dimanche 18 janvier 2015

Bienveillance et compassion avec Matthieu Ricard

Au travail, comment peut-on être inconditionnellement bienveillant face à des collègues qui nous irritent ?

Les différends sont bien souvent des tempêtes dans un verre d’eau. Ce qui aide beaucoup face à une personne désagréable, c’est de prendre de la hauteur. Face à ses émotions, le simple fait de rester cinq minutes avec soi-même, de laisser reposer son esprit et de se demander si l’agressivité est la solution apaise l’orage. La solution passe d’abord par le dialogue : toutes les études montrent qu’ouvrir son cœur, exprimer ce qu’on ressent est la meilleure façon de diminuer l’animosité. Dans tous les cas, il faut adopter la voie de la non-confrontation, tout en restant ferme et en faisant valoir ses droits. Cette attitude est toujours payante sur le long terme et finit par éroder la carapace des esprits chagrins.

Les religieux développent leur compassion à travers la méditation et la prière. Devrions-nous tous en faire autant ?

(Rires) Il faut démythifier ce concept, trop lié aux techniques orientales. Méditer signifie, en sanscrit, cultiver et, en tibétain, se familiariser. Je propose de considérer la méditation comme un entraînement de l’esprit. Des études menées dans des laboratoires de neurosciences montrent que, pratiquée de façon régulière, la méditation modifie la structure du cerveau et notre manière de penser. De la même manière que la pratique sportive modifie en profondeur- notre santé et notre psychisme. Dans mon livre, j’explique quatre techniques assez simples. Toutes font appel à l’attention portée aux mouvements du souffle. Chacun peut ensuite entraîner son esprit à la compassion, en se concentrant sur la souffrance d’un être cher, en visualisant les sentiments qu’on porte à un être aimé, avant d’étendre mentalement ces pensées bienveillantes à un cercle plus vaste.


A la maison et à l’école, est-ce un outil qui permet d’éviter les conflits?

Je vais vous raconter une histoire que j’aime beaucoup. C’est une école maternelle, dans le Wisconsin, où des enfants de 4 ou 5 ans, généralement issus de milieux défavorisés, apprennent à se concentrer sur le va-et-vient de leur souffle et sur les mouvements d’un petit ours en peluche posé sur leur poitrine. Puis ils vont observer comment poussent les « graines de paix » qu’ils ont plantées. De quoi ces plantes ont-elles besoin pour pousser ? Et -par association d’idées - de quoi l’amitié a-t-elle besoin pour progresser? L’enseignant les aide ensuite à comprendre que ce qui les rend sereins est aussi ce qui rend sereins leurs petits camarades. Ce programme expérimental, conduit en trois séances hebdomadaires d’une demi-heure, a modifié de façon notable le comportement de ces enfants. Après dix semaines, ils pratiquaient spontanément des actes de bonté, ils identifiaient mieux leurs émotions et celles des autres élèves et savaient exprimer de la gratitude à autrui. Incroyable, n’est-ce pas? Lorsque ces résultats ont été portés à la connaissance du dalaï-lama, il a eu ce commentaire : « Une école, dix écoles, cent écoles, puis, par l’intermédiaire des Nations unies, les écoles du monde entier... » Est-ce que j’ai répondu à votre question?»


samedi 17 janvier 2015

Etre poète avec Christian Bobin


En effet, pour être pleinement poète, il faut être aussi scrupuleusement précis qu’un notaire. Il ne faut rien ajouter à ce que l’on voit. Il s’agit de trouver tout seul les mots qui diront sans déborder ce que les yeux ont vu. 

Écrire, c’est prendre les mots un par un et les laver de l’usage abusif qui en a été fait. Il faut que les mots soient propres pour pouvoir être bien utilisés. 

Ce travail-là est le premier. Les mots dieu ou amour ont traîné partout, et pourtant ils sont trop précieux pour qu’on les abandonne. Il faut donc rafraîchir le langage pour qu’il retrouve son innocence. Il faut que les mots retrouvent cet étonnement incroyable des bébés qu’on lave et qu’on frictionne. 

Ils sont alors si purs qu’ils arriveraient presque à nous rendre aussi innocents qu’eux sur l’instant. La vérité nous rend cette candeur première, la beauté de celui qui entre dans une église pour prier sans être vu, ou de celui qui ouvre un livre dans un jardin public : le visage devient alors comme une petite chapelle. 

C’est beau : on dirait un départ sur place.


 Christian Bobin, La lumière du monde, p.97


vendredi 16 janvier 2015

Une société qui tourne à vide avec Cheikh Khaled Bentounes

Khaled Bentounès est le chef spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, établie à Mostaganem (Algérie), qui compte des milliers d’affiliés dans le monde. Il est notamment le fondateur des scouts musulmans de France.

Le Point: N’est-il pas temps pour les musulmans de réagir fermement contre la violence djihadiste?

Khaled Bentounès: Le problème dépasse l’islam. C’est notre société qui tourne à vide. Nos jeunes sont consumés par le consumérisme. Parce qu’on n’entend parler que de violence, les gens vivent dans la peur, se replient sur eux-mêmes et finissent par refuser l’autre. Les extrêmes cultivent cette peur, et en tirent prétexte pour appeler à l’exclusion.

Iriez-vous jusqu’à dire que l’extrême droite populiste et xénophobe a finalement les mêmes intérêts que l’islam radical ?
Non, mais ils ont un point commun : tous appellent au sang en poussant les communautés à s’opposer. Il faut s’interroger sur ce que nous faisons pour vivre ensemble et cultiver les valeurs qui nous protègent de la démence.

Quelles sont les valeurs du futur, selon vous?
La plus essentielle est l’humanité. Il faut absolument réapprendre où est la ligne rouge entre humain et inhumain. Et enseigner à nos enfants la sacralité de la vie. Tout être humain, quel qu’il soit, croyant ou non, musulman ou non, quels que soient sa religion, sa philosophie, son peuple, son sexe et sa race, doit être respecté. C’est une obligation fondamentale pour chacun de nous. Mais il est aussi essentiel de refuser la violence et tout ce qu’elle implique. Il faut s’unir en tant que citoyens pour défendre les principes d’égalité et de fraternité. C’est en étant unis que nous pourrons donner du sens à la vie. C’est pour cela que nous avons demandé à l’Onu la création d’une journée mondiale du vivre-ensemble.

Une journée des femmes, une «pour vivre ensemble»... Ce genre d’initiative n’est-il pas vain?

Non, car j’en suis convaincu, c’est un moyen de poser le problème de la vie en société, de marquer la frontière entre ceux qui ont confiance dans l’humanité, qui se battent pour elle, et ceux qui n’ont qu’un désir, la détruire
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jeudi 15 janvier 2015

mercredi 14 janvier 2015

Voyage aux pays de l'amour (2) avec Jacques Salomé




Deuxième partie - 14 min.



Voici un message de Jacques Salomé concernant les récents événements en France :

Maintenir vivante la vie! 
Indigné face à cette nouvelle violence qui plonge le pays entier dans l’obscurité d’un deuil, dans la souffrance de la perte des êtres chers, je prends ma plume, dans les possibles de mon état de santé d’aujourd’hui, pour apporter mon soutien. Nous sommes semble-t-il condamnés à vivre entre une violence apparente, celle qui tue la vie d’un ou de milliers d’individus, celle qui nous révulse, nous indigne, brouille et angoisse notre réalité et aussi notre imaginaire et la violence latente qui stérilise, blesse, mortifie, l’espoir, le rêve, nous projette dans un avenir dévitalisé, si prévisible, qu’il nous laisse sans choix. Au-delà de la violence qui nous entoure, nous envahie et tente parfois de nous détruire, garder vivante cette parcelle de vie pour l’offrir à ceux qui nous entourent et cela au présent. S’ancrer au présent, dans l’instant pour résister, pour faire contrepoids, pour continuer à alimenter une énergie d’amour.


dimanche 11 janvier 2015

Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers...


Dans son métier de chanteur-poète, Julos Beaucarne était secondé par sa femme, Louise-Hélène. Le 2 février 1975, un déséquilibré l'a poignardée.
Après ce drame épouvantable, Julos a écrit à ses amis, au cours de la nuit même qui a suivi la mort de sa femme, la lettre que voici :


Amis bien-aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douée. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion. C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.






samedi 10 janvier 2015

L’art de prendre son temps ! avec Jacques Castermane


« Lorsque je médite je fais l’expérience d’un retour à moi-même ; il m’arrive de me sentir calme, de me sentir être. Mais au cours de la journée je suis rapidement pris par les choses de la vie ; je m’oublie dans ce que je fais. Plus je médite régulièrement et plus je sens cette dichotomie entre deux manières d’être. Je sens que la vie quotidienne pourrait être animée par la qualité d’être qui m’habite lorsque je médite, mais je n’y arrive pas. Est-il possible de relier ces deux modes d’être au monde, que je vis comme étant séparés ? »

La personne qui tient ce discours résume assez bien le problème auquel sont confrontés la plupart de celles et ceux qui méditent régulièrement avec sincérité. Afin de sortir de cette dichotomie entre deux manières d’être s’impose l’exercice de l’attitude méditative dans le quotidien qui prolonge l’exercice de la méditation. Parce que ces qualités d’être que sont le calme intérieur, la paix intérieure, ne sont pas des aptitudes qui tombent du ciel !

Existe-t-il une recommandation sur la conduite à suivre afin de ne pas rester dans ce grand écart entre ce que je vis au cours de la pratique de la méditation et ma façon de vivre dans le quotidien ?
Oui. La première recommandation est d’apprendre l’art de prendre son temps !
Il m’arrive aussi, poussé par je ne sais quelle impulsion, de me presser, de me hâter, sans raison aucune. C’est le moment où l’homme témoigne qu’il est coupé de ce qu’il ‘’est ‘’ par ce qu’il ‘’a ‘’ dans sa conscience ordinaire, me disait Graf Durckheim.
Cela s’appelle : « Être hors de soi ! »

L’art de prendre son temps participe à la culture de la tranquillité, à la culture du silence intérieur. Ralentir ! Décélérer ! Afin de momentanéiser ces actions considérées comme étant banales : marcher de la cuisine à la salle à manger, passer d’un bureau à l’autre, marcher du domicile au parking (exercice à interrompre lorsque vous traversez une voie de circulation ! ).

Je sais que ce qui exaspère l’homme occidental, décidé à se prendre en main afin de devenir celui qu’il est vraiment dans la profondeur de son être, c’est la simplicité des exercices. Pourtant, il y a dans cette simplicité la garantie qu’il s’agit bien d’une Voie qui a pour sens de tendre vers la sagesse. Parce que ce sont les exercices les plus insignifiants qui conduisent à la connaissance immédiate de notre propre fonctionnement, à la connaissance de notre manière d’être et de faire, qui fait obstacle à l’accomplissement de notre nature essentielle.

En ce début d’année, moment privilégié pour prendre la décision de changer sa manière d’être, je vous invite, à prendre le temps de vous asseoir (chaque matin pendant une vingtaine de minutes) dans la tenue juste (plus juste), dans la forme juste (plus juste) et de ne ‘’rien faire‘’ ; ne rien faire si ce n’est vous glisser dans la pleine attention au va et vient du souffle. Cela s’appelle exercer la méditation de pleine attention.

Et je vous invite, de temps à autre dans la journée, de profiter des quelques pas qui permettent un déplacement pour prendre le temps de marcher un tout petit peu plus lentement que d’habitude. Cela s’appelle exercer l’attitude méditative dans le quotidien.

D’accord ! Mais quel sera le bénéfice de ces exercices ? 
A chacun de le découvrir en pratiquant !


vendredi 9 janvier 2015

Hommages dessinés...






L'homme s'ennuie du bien, cherche le mieux, trouve le mal et s'y soumet par crainte du pire.
François Gaston de Lévis 



jeudi 8 janvier 2015

Allô Papa Tango Charlie...Répondez, nous vous cherchons

  






 « Tu ne tueras point » (Le Coran)


من أجل ذلك كتبنا على بني إسرائيل أنه من قتل نفسا بغير نفس أو فساد في الأرض فكأنما قتل الناس جميعا ومن أحياها فكأنما أحيا الناس جميعا ولقد جاء تهم رسلنا بالب ينات ثم إن كثيرا منهم بعد ذلك في الأرض لمسرفون


Traduction approchée
C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu'en dépit de cela, beaucoup d'entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre. (Al-Ma'ida 5: 32) La table servie


mercredi 7 janvier 2015

Le sourire de mon père avec Christian Bobin



La mort a oublié d'emporter le sourire... 
Hommage de Christian Bobin à son père 
accompagné ensuite d'une musique...
(7 min.)