samedi 18 janvier 2014

Svâmi Prajnânpad par Denise Desjardins


André Comte-Sponville a dit de lui qu’il est le « maître qui convient quand l’espérance ne convient plus ». Pragmatique, précis, Svâmi Prajnânpad tenait sans doute sa rigueur d’une formation scientifique - il enseigna la physique dans sa jeunesse - et de la tradition brahmanique dont il était issu. Il n’avait rien de mystique. Certes, il a vécu quelques années comme un moine errant dans l'Himalaya, mais il qualifia plus tard cette période de «folie ». Car pour lui, qui s’y engageait aussi, c’est au cœur même de nos contraintes familiales et professionnelles que nous devons « faire le travail » et trouver le chemin de l’acceptation. Il a été l’un des premiers lecteurs orientaux de Freud, et s’en est inspiré pour concevoir son approche, une forme de psychothérapie spirituelle, à mi-chemin entre vedânta et psychanalyse.


À partir de 1959, date où Daniel Roumanoff rencontra celui que j’appelle « le sage de Channa » - du nom de l’endroit où était implanté son ashram - quelques Occidentaux, dont Arnaud Desjardins et moi-même, s’installèrent auprès de lui pour recevoir, via des entretiens puis plus tard une correspondance, ce qui s’avérera un enseignement spirituel hors du commun : dire oui à ce qui est, ici et maintenant ; passer de l’opinion à la perception, de l’imagination au fait, de l’illusion à la réalité... Tant d’invitations à se transformer !

J’aimais sa noblesse, son élégance. Il incarnait comme personne cette réalisation de soi que nous avions soif de trouver. Il était surtout doué d’une incroyable capacité de compréhension de l’autre. Il me disait : « Il faut que j’écoute ce que vous me dites, que je devine ce que vous me cachez et que je comprenne ce que vous ne pouvez pas comprendre. » Il « perçait les nœuds du cœur », en effet, mais dans un seul but : favoriser l’expression de l’être de celui qu’il accompagnait.






« Votre monde, c’est vous qui le fabriquez, de seconde en seconde, en faisant de la réalité une affaire personnelle, autrement dit une affaire émotionnelle. »





« Vous pensez que vous voyez et vous ne voyez pas que vous pensez. »




« Accepter consiste non seulement à dire oui à ce qui est ici et maintenant, mais aussi à ce qui va arriver. »



« Pas ce qui devrait être, mais ce qui est. »




« Moi seulement, moi et les autres, les autres et moi, les autres seulement. »




citations de Swami Prajnanpad extraites des livres d'Arnaud Desjardins

vendredi 17 janvier 2014

Transmission avec Denise Desjardins (3)


Mes conseils pour trouver l’unité intérieure

1_ CULTIVEZ VOTRE GERME D'ÉVEIL
Tout être, même celui qui semble très loin des questions spirituelles, porte en lui un germe d'éveil à l’état latent qui ne demande qu’à se développer jusqu’à atteindre un autre niveau d’être. Un grand maître tibétain m’a d’ailleurs dit un jour en ce sens : « Vous ou moi, il n'y a pas de différence. » Mais comme le germe végétal a besoin de lumière, d’air et d’eau pour se développer, nous avons besoin de calme intérieur et d’une grande ouverture envers nous-même pour que cette possibilité s’accomplisse. Avoir une vie intérieure suppose donc qu'on lui consacre du temps et de l’attention.

2_ SOYEZ UN AVEC CE QUI SE PASSE EN VOUS
Pour atteindre l’unité intérieure, il faut déjà faire un travail d’unification. Il commence par le fait d’accepter inconditionnellement et absolument toutes les émotions et les pensées quand elles arrivent, en sachant que « cela, c’est ma vérité du moment ». Cette adaptation à ce qui se présente et va, comme tout phénomène, disparaître - qu’il s’agisse de colère, de peur ou de rumination mentale - devient de plus en plus facile avec la pratique.

3_ SOYEZ UN AVEC CE QUE VOUS FAITES
Pour les grands sages que j’ai rencontrés, la méditation n’était pas seulement le fait de s’immobiliser quelques heures sur un coussin. Il s'agit aussi d’être vigilant au quotidien : même si l’on est en train d’éplucher des légumes, être totalement unifié, 24 heures sur 24, et sans renâcler. Cela paraît simple, mais est en réalité très difficile, car le plus souvent, on oublie de demeurer dans cette attention.

4_ DÉVELOPPEZ VOTRE ALTRUISME
Pour Svàmi Prajnânpad, toutes les émotions sont négatives, car elles sont sources de division intérieure. En revanche, les « sentiments » - l’amour, la compassion et la gratitude - qui aident à faire passer l’intérêt des autres avant le nôtre lorsqu’ils sont vécus pleinement - c’est-à-dire sans haine ni frustration - permettent l’ébauche d’une unité intérieure. 


source : La Vie

jeudi 16 janvier 2014

Transmission avec Denise Desjardins (2)


Avec le grand âge, je me sens dans une transparence bienveillante. J’ai perdu en mobilité, certes, mais gagné en compréhension...


Cette recherche d’absolu, je l’ai racontée dans mes livres : le départ en Inde, la rencontre avec la sainte indienne Mà Ananda Moyî et les bouddhistes tibétains, mon travail avec Svâmi Prajnânpad, qui enseignait l'Advaita Vedânta... Je recherchais ardemment ce qui se dégageait d’eux : l’éveil et la sérénité.

Depuis toujours, j’étais en effet souvent envahie de peurs irraisonnées, j’étais rebelle et souffrais d’une grande difficulté relationnelle avec ma mère. Quand je suis partie en Inde dans l’ashram de Svâmi Prajnânpad, j’ai osé un jour lui révéler la vérité : malgré les heures de méditation, chaque fois que je devais voir cette femme, j’étais envahie de terreur. Cela lui apparut alors évident : cette hostilité vis-à-vis de ma mère était un empêchement à ma vie intérieure. M’en libérer était devenu incontournable.
Cela prit des années. De longues heures d’exploration intérieure et de dialogue avec mon maître, notamment à travers les « lyings », ces sessions allongées, véritables catharsis émotionnelles qui, grâce à l’association libre, m’ont permis d’accéder aux strates inconscientes de mon être. Je n’ai jamais autant pleuré ! Peu à peu, un événement enfoui se révéla. Un moment de violence extrême que ma mère avait eu envers moi, alors nourrisson, et qui devait aussi faire écho à ces expériences antérieures auxquelles se réfère notamment le bouddhisme.

Cette révélation expliqua mes terreurs. Par la suite, je commençai peu à peu à ne plus me sentir ballottée par mes émotions. J’ai plus tard décidé de redonner ce que j’avais abondamment reçu, et encore aujourd’hui, à 90 ans, je reçois en « lying » une personne presque chaque jour. Avec ce grand âge, je me sens dans une transparence bienveillante. Tout ce qui a été ma « personne » a d’une certaine manière disparu : je ne suis plus une peintre, une épouse, une mère... J’ai perdu en mobilité, certes, mais gagné en compréhension. Le désir de délivrance intérieure qui m’a guidée toute ma vie, avec rage et détermination, s’est transformé en pure compassion pour ceux qui cherchent à se transformer.



Ainsi, je ne désire ni une fin prochaine
Ni un éventuel prolongement de mes jours
Mais j'accepte de jouer loyalement
Le dernier acte du long théâtre de ma vie
Où j'ai fait le plein d'actions, de sensations
Le plein de donner, le plein d'aimer,
Le plein de recevoir.
Que ma façon de me comporter et mon équilibre
Me permettent d'attendre paisiblement
Le moment où je quitterai cette existence,
Tel est aujourd'hui, mon souhait. 

(Uzès, mai septembre 2012)

mercredi 15 janvier 2014

Transmission avec Denise Desjardins (1)

Elle a été initiée au travail sur soi et à la méditation par des sages tibétains et hindous, qu’elle est allée très tôt rencontrer en Asie. Mais c’est une voie singulière, entre Advaita Vedânta et psychanalyse, qui lui a permis d’accéder à sa vérité.

Parvenir à l’unification intérieure, faire l'expérience de la non-dualité. Ces promesses de l’enseignement des grands maîtres bouddhistes tibétains et hindouistes que j’ai rencontrés à la maturité, j’en avais senti les prémisses dans mon enfance. C’était à Alger, un soir, alors que petite fille de 10 ans traversant un chagrin, j'attendais avec impatience le retour de mon père à la fin de sa journée de travail. « Il me prendra dans ses bras, me consolera », pensais-je. Quand ce moment tant attendu arriva enfin, je me jetai vers lui. De grosses larmes tombées de mes joues ont alors mouillé son bras. « Va te moucher », me dit-il sèchement. Moi qui croyais son amour pour moi inconditionnel, je vécus sa réaction comme un rejet définitif.

Je courus dans ma chambre, désespérée, une seule idée en tête : mourir. J’imaginai alors un scénario suicidaire : je me mettrais toute la nuit à la fenêtre, j’attraperais une grave maladie, c’en serait fini pour moi... Je fis ainsi. Déshabillée, je m’exposai de longues heures à la fraîcheur de la nuit. Mais peu à peu, cette situation douloureuse se transforma en source d’apaisement. Le ressac de la mer, la douceur de l’air, le ciel étoilé... Tout à coup, je n’étais plus seule, ni rejetée. Il me semblait être dans un cocon protecteur. Et mon père n’était plus hostile, puisque tout ce qui m’entourait, me ressourçait. Comme je l’ai écrit dans mon dernier livre : « La nuit m’avait transportée là où il n’y a plus de contraires, ce n’était pas la mort, mais la disparition de toute division, des moindres refus, des tristesses et des manques. Et seul demeurait ce que je ne savais encore nommer : la gratitude d’avoir reçu. Je dirais aujourd’hui : la plénitude. »

La plénitude, je l’ai ardemment recherchée. Dans une première partie de ma vie, d’abord, alors que j'étais peintre. Dès mes dessins d’enfants, puis mes œuvres d’artiste reconnue - sous le nom de Denise Chesnay - j’avais constaté que, lorsque je peignais, le fait de fixer l’extérieur (un paysage, un visage...) tout en restant connectée à mon intériorité suspendait l'activité mentale habituelle du type « j’aime/je n’aime pas », le jugement. Et l’expérience esthétique pouvait alors me toucher en profondeur. J’avais compris qu’en m’intériorisant, je pouvais atteindre des états extrêmement régénérants et libérateurs. Ce fut donc pour moi une étape essentielle de ma quête de vérité. Mais les rivalités entre peintres, la nécessité de se vendre, me plongèrent dans une grande désillusion...

C’est au moment où ma passion pour l’art déclinait que je fus introduite dans les groupes de Georges Gurdjieff, initié des soufis et auteur du célèbre Rencontres avec des hommes remarquables. Les exercices de « rappel de soi » qu’on y enseignait pour développer l’attention à l’autre tout en restant centré finirent de me convaincre que la quête de l’unité intérieure était le sens de ma vie. Je rencontrai là un autre chercheur spirituel, celui qui allait devenir mon époux, Arnaud Desjardins. Nous avons su dès le début de notre relation que nous ne voulions pas seulement former un couple affectif et sexuel, mais vivre en commun une évolution intérieure...

(source : La Vie)

C'est pourquoi ce qui demeure
Des jours qui me sont destinés,
Je le considère avec gravité et gratitude
Mais sans inquiétude, comme un cadeau
Que je dois respecter.
Il m'offre la possibilité
D'aller jusqu'au bout de mon chemin d'évolution

(Contre vents et années)

mardi 14 janvier 2014

Le baratin intérieur... avec Alexandre Jollien

Je vous ai sélectionné quelques extraits de l'émission de France Inter avec Frédéric Lopez où Alexandre Jollien présente le "Petit traité de l'abandon : pensées pour accueillir la vie telle qu'elle se propose" (mai 2013).


Quelques moments choisis 
avec Alexandre Jollien
(22 min)

lundi 13 janvier 2014

dimanche 12 janvier 2014

Nos parents nous mènent-ils à l'introspection ? avec Marc Pistorio


Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait qu’on ne peut pas parler à ses parents ? Est-ce par manque d’intérêt ? Parce qu’on a peur de leur réponse ? Si l’on se donnait le droit, qu’est-ce qu’on aurait à leur dire ? Une chose est certaine, il ne faut pas attendre qu’ils soient au seuil de la mort pour leur parler. On se prive ainsi de développer une relation saine avec eux.

[l'introspection]....C’est un programme qui n’est pas nécessairement très tentant... Mais il faut se demander si, en me refusant le droit à pareille démarche, vais-je un jour réussir à être exactement moi-même, à être aimé pour ce que je suis, à choisir des relations qui sont saines pour moi ? La réponse, c’est non. Pour arriver à tout ça, l’introspection est souvent essentielle. Entreprendre une démarche d’authenticité, ça peut vouloir dire, pour un temps, s’isoler parce qu’on dérange un peu nos proches. Mais ça ne dure qu’un temps. Les gens qui resteront sont ceux qui nous aiment vraiment et qui nous veulent du bien !

Marc Pistorio
(magazine Mieux être)

Réponse de Marc Pistorio à une question d'enfant
source : France Inter




samedi 11 janvier 2014

Mystère de la lumière...


J'aime les enlumineurs, les peintres, les maîtres verriers, tous ceux-là qui tentent de capturer l'impalpable lumière du ciel. Toute leur attention, tous leurs gestes sont orientés vers la qualité du jour, vers ce déclin ou cette aube, et même dans le sommeil la lumière les traverse... 
Jacqueline kelen


Photo du blog de Dominique

vendredi 10 janvier 2014

Denise Desjardins et le sens de la Vie

Elle a côtoyé les plus grands maîtres spirituels du XXe siècle. A 90 ans, Denise Desjardins publie son livre testament, Contre vents et années (éd. Table ronde). Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des Religions, est partie à sa rencontre.

« Chaque être humain porte, enfoui en lui, un germe d’éveil, dans un état latent. Pour parvenir à la symbiose avec tous les êtres, tout l’espace, et finalement ne faire qu’un avec l’infiniment vaste, ce potentiel d’éveil doit être développé. Mais la plupart des personnes l’ignorent ou ne s’en préoccupent guère. Swâmi Prajnânpad disait d’ailleurs : “L’homme a des possibilités infinies, mais des probabilités limitées” ! Nourrir le germe d’éveil est le but de la vie humaine. C’est à cela que sert la méditation : calmer son individualité, apprendre le détachement, donner de l’attention et de l’énergie pour nourrir cette possibilité d’éveil. Ne pas le faire, c’est passer à côté du vrai sens de la vie. »


Denis Desjardins en quelques dates

1923 | Naissance à Alger dans une famille juive.
1943 | S’installe à Paris et se lance dans la peinture, puis découvre les groupes Gurdjieff.
1959 | Entreprend avec son mari Arnaud Desjardins et leurs enfants un voyage en Inde, aux côtés de Mâ Ananda Mayî et de Swâmi Prajnânpad.
1974 | Fonde un ashram en Auvergne avec son mari, et se consacre à la pratique et à l’enseignement du lying.
1994 | Publie De naissance en naissance
1995 | Publie La Route et le CHemine. Carnet de voyage et d'ascèse
1997 | Publie La mémoire des vies antérieures
2001 | Publie Le Lying, passerelle au coeur de soi
2008 | Publie La Rage et l'Absolu
source : le monde des religions

jeudi 9 janvier 2014

Yvan Amar rencontre son maître Chandra Swami


Dès mon arrivée en Inde se produisirent plusieurs coïncidences. Je rencontrai d’abord des Canadiens ; l’un d’eux avait entendu parler d’un sage qui vivait sur une île forestière, au milieu du Gange, sur les contreforts de ('Himalaya. Puis, à Rishikesh même, une Américaine me confia qu’elle avait passé de nombreuses années en Inde, et qu’un seul homme pouvait à ses yeux être qualifié de maître, de guru authentique : il vivait sur une petite île forestière, au milieu du Gange, sur les contreforts de l’Himalaya. Le lendemain, une troisième personne, une jeune Européenne, me dit qu’elle avait rencontré un sage qui vivait sur une île forestière, au milieu du Gange, et que depuis elle voulait suivre son enseignement. Elle me montra le livre de cet homme, qui était Chandra Swami. Dès que je le vis en photo, je me sentis appelé. L’Américaine me prêta ce livre que je lus d’une traite et, comme il était très difficile de se le procurer, j’en recopiai les trois quarts pendant la nuit ! Le lendemain matin, lorsque je lui rendis le livre, la dame m’expliqua comment me rendre auprès de Chandra Swami et je partis aussitôt. Il y avait tout juste quinze jours que je me trouvais en Inde.

C’était en novembre. J’arrivai à l'âshram où pouvaient loger les visiteurs. Le swami séjournait alors au Cachemire, mais il ne tarderait pas à rentrer. Je savais qu’il avait accompli une partie de sa sâdhana* dans cette région et qu’il rendait régulièrement visite à ses devotees. Un matin, vers cinq ou six heures, on vint frapper à la porte de ma chambre pour me demander si je voulais voir le swami qui passait à l’âshram avant de regagner sa hutte dans la forêt. On m’amena dans une pièce et je me retrouvai devant Chandra Swami. Il ne se passa rien d’extraordinaire, mais trois choses me frappèrent à cet instant. D’abord, la beauté de cet homme m’apparut comme un témoignage incontestable : seule une expérience ultime pouvait communiquer une telle beauté. En sa présence, je sentis en outre que jamais je ne l’oublierais et que jamais je ne pourrais lui mentir.


De la façon la plus naturelle, comme font tous les Indiens, il me demanda simplement : « Where do you come from ? » Puis il resta silencieux et me dit enfin que je pourrais lui rendre visite à l’heure du darshan, sur son île, où il recevait chaque jour les quelques personnes qui voulaient bien faire la marche dans la forêt. Je fis ce trajet pendant plusieurs mois. C’est là que j’eus la chance de vivre cette chose si rare en Occident : une relation totale avec un être. Le plus précieux, pour moi, c’est que cette relation ne se produisait jamais à partir d’un fait déterminé ; c’était toujours dans l’instant, dans l’obligation d’une sincérité totale à ce qui était.

Chandra Swami est l’incarnation même de ce qu’évoque le mot guru. En sanskrit, guru signifie « poids » : ce qui a du poids, ce qui est lourd. La même racine a donné grave, gravité, gravitation. Le guru est un homme de poids, comme on dit d’une parole qu’elle a du poids, ou d’un homme qu’il pèse dans une décision. Il est le poids de ce dont il témoigne dans la mesure où, plus qu’un maître spirituel, il est un maître matériel, incarnant cet esprit qu’il a réalisé. Étant le poids de cette expérience, il donne en outre du poids à ce qui est autour de lui, de la gravité à ce qu’il côtoie. Ainsi confère-t-il un centre de gravité aux choses, réinsère-t-il tout ce qu’il touche dans la gravitation naturelle. En sa présence, on est pris dans cette gravitation, contaminé par ce poids ; d’un coup, on a l’impression d’être lesté dans le réel. Le contact que j’ai eu avec lui, au-delà des mots, tenait dans cette sorte d’ancrage. Bien plus que le prétexte des enseignements, des pratiques, c’est cette qualité de relation, de contact de réalité qui a été essentiel.

Yvan Amar
L'Effort et la Grâce

mardi 7 janvier 2014

Denise Desjardins par Martin Colombet


"Denise Desjardins est une très vielle Dame. Je la photographie chez elle, dans un petit appartement d’un immeuble très chic de l’ile Saint Louis. Une seule fenêtre qui donne sur la Seine et qui forme avec le bitume et le ciel un aplat de gris un peu austère. Il a beaucoup plu la veille et la Seine est furieuse. 
Un homme qui a ouvert le feu ce matin sur des inconnus à Libération poursuit sa folle cavale dans l’ouest Parisien. Les bateaux de la police fluviale qui participent à la chasse à l’homme passent dans un sens et puis dans l’autre. Une sorte de psychose vient troubler la tranquillité des plus vieux quartiers de Paris où plus grand chose ne se passent d’habitude. 
A quelques centaines de mètres d’ici, le jeune homme blessé le matin même se fait sauver à la Pitié Salpétrière. 
Denise est très élégante, elle a mis son châle en soie. Les vieux abats-jours en tissu diffuse une lumière chaude et douce qui fait écho aux réverbères de la rue qui viennent de s’allumer dehors. La nuit tombe et les touristes flânent dans cette froide soirée d’hiver. J’ai passé deux heures avec elle, nous avons pris le temps de faire une belle photo avec Denise. Nous avons un peu parlé aussi et puis elle m’a demandé de partir, à cause de la fatigue."

source : http://www.martincolombet.info/tag/denise-desjardins/

Au chœur des moines...


Le chant du mystère :