dimanche 9 juin 2019

Pointe de Flamme

Saint Jérôme lisant, tableau de Georges de La Tour

Tout le long de sa vie
Il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
-
Jules Supervielle
(Extrait de Le miroir des morts in Gravitations, Gallimard, 1966)





samedi 8 juin 2019

Désormais tout est changé...


De tous les actes inachevés, de tous les gestes que nous n'avons pas menés jusqu'au bout, de tout cet à-peu-près dont nous tissons nos jours et nos nuits, de toutes les rencontres avortées avec soi-même et les autres, naît un jour la crise. 
Une femme vit cette "nuit de l'âme" en plein hiver, dans la solitude d'une maison retirée. Elle l'explore, la pénètre et la retient en des lignes brèves, justes, fatales, qui touchent droit au coeur. Christiane Singer exprime ici par la voie de la fiction cette quête de l'essentiel tapi au fond de nous, qui constitue aussi la trame de ses essais. Traversée du miroir, récit initiatique, Histoire d'âme, Prix Albert Camus 1989, évoque, au plus profond et au plus simple, le mystère, la difficulté et le bonheur d'être.



Désormais tout est changé.
J'ai goûté - comme par mégarde - à la saveur d'être,
et tout est changé.

Quelque chose, en moi, n'est pas né avec moi 
et ne mourra pas avec moi.
Par cette certitude, tout est changé.

Il n'y a plus personne à qui reprocher quoi que ce soit
- plus personne, non plus, à convaincre de quoi que ce soit...
A l'instant où cesse en moi toute représentation - 
toute idée "sur" les choses, les voilà qui apparaissent 
dans leur évidence impérieuse, leur vide lumineux.

Histoire d'âme de Christiane Singer
********

vendredi 7 juin 2019

Méditer! A quoi "bon"?

 
 
Dans les années 1970, à l'occasion d'une conférence, Dürckheim déclare:
« L’homme occidental souffre depuis longtemps d’une forme de vie dont le caractère effréné débouche sur ce qu’on appelle le stress.
La vraie cause de cette maladie n’est pas la somme de conditions extérieures mais l’absence de contact avec son propre être intérieur.
On trouve là aussi la cause de nombreux maux qui n’ont pas de raisons apparentes.
D’où l’importance de cet exercice spirituel qu’est : la culture du silence. Afin que la conscience intime, la conscience sensorielle, débarrassée du tumulte des pensées et des images du monde, révèle ce qui en chacun, est au-delà et en-deça du bruit, des concepts, des images.
La culture du silence intérieur passe par l’exercice de la parfaite immobilité du tout corps-vivant dans sa globalité et son unité.
La culture du silence intérieur passe par l’attention au simple va et vient du souffle.
Le silence intérieur n’est pas l’absence des bruits extérieurs mais un état d’être que plus aucun bruit ne dérange
».

Il serait dommage que le mot MÉDITATION, aujourd’hui sur toutes les lèvres, manque son objet. Lorsque je lis la liste « des cent bienfaits de la méditation de pleine conscience », j’ai l’impression que le mot — méditation — a pris place dans la culture du développement personnel qui répond aux désirs de l’ego: l’amplification du MOI, la sécurité du MOI, le confort du MOI, la permanence du MOI.
Par contre, depuis plus de 25 siècles, ce que je désignerais comme étant la méditation ancestrale est pratiquée « sans but » ! Cet exercice, indissociablement corporel et spirituel, a pour sens l’éveil au vrai soi-même qui n’est pas l’ego. Le maître zen désigne cette réalité, que chacun est, comme étant la vraie nature de l’être humain ; ce que Dürckheim appelle notre être essentiel.
L’expression japonaise pour cette pratique méditative est "zazen"; ce que Dürckheim, dans la langue allemande traduit par l’expression "Achtzamkeit Meditation" (méditation de pleine attention).

Si la pratique de zazen est sans but, cela ne signifie pas qu’elle est sans effet. Voici un exemple qui répond à cette question : « Méditer (sans but) ! A quoi ‘’bon‘’ ? ».

Année 1986. Comme chaque mois, depuis une quinzaine d’années, me voilà à Rütte, ce petit village de la Forèt Noire où Graf Dürckheim demeure depuis son retour du Japon (1947).
Il vient de fêter son quatre-vingt-dixième anniversaire.
« Comment allez-vous Graf Dürckheim ? ».
Sans la moindre hésitation il me répond « Bien … oui, je me sens vraiment bien ».
Sans vouloir être irrespectueux, je ne peux m’empêcher de lui exprimer mon étonnement : « Je viens de vous voir monter les escaliers qui mènent à votre bureau et il semble que vous avez désormais besoin d’aide pour franchir chaque marche ; vous reconnaissez que l’altération de la macula fait que vous voyez de moins en moins bien et … vous me dites que vous allez vraiment bien ! ».
Sans paraître le moins du monde déconcerté par ma remarque, il me dit, en souriant :
« Ah oui, bien sûr, si vous parlez de ça ! »

Si vous parlez de ça ! Autrement dit, si vous parlez du bien-être tel que nous l’envisageons lorsque nous sommes identifiés à cette part de nous-même qu’est l’ego : centre des images, des pensées, des désirs et des craintes. A ce niveau d’être, le bien-être résulte de l’accomplissement de ce que MOI j’aime, ce que MOI je veux, ce que MOI je désire, ce que MOI j’ambitionne, ce que MOI je prétends !
Bien-être rapidement contrarié lorsque se présente ce que MOI je n’aime pas, ce que MOI je refuse, ce que MOI je conteste, ce que MOI je désavoue !

La réponse de Graf Dürckheim n’a rien à voir avec ce — bien-être  — relatif.
Sa réponse est celle d’un homme en chemin qui, grâce à des années d’exercices reconnait que le vrai point d’appui de l’être humain n’est pas l’égo mais cette réalité encore trop souvent ignorée : sa propre essence.

Par sa réponse : « Bien … oui, je me sens vraiment bien ! » le vieux sage de la Forèt Noire témoigne que sur ce chemin de maturation qu’est le zen, la méditation ancestrale ouvre sur un "bien être" que nous pouvons estimer comme étant l’état de santé fondamental de l’être humain. Un être bien qui, sans les nier, n’est pas ou est moins affecté par les épreuves existentielles et les misères auxquelles chacun de nous est obligatoirement confronté.

Inviter l’homme actuel à une pratique méditative qui devrait lui permettre de se débarrasser de la souffrance, de la douleur et de l’insatisfaction comme on jette un kleenex à la poubelle est une ineptie. Si le mot méditation a un sens, c’est celui de préparer les conditions qui permettent l’ouverture à une autre manière d’être face à ce qui contrarie ou importune notre petit MOI.
Jacques Castermane 


***********

mercredi 5 juin 2019

L’ortie, une amie dans votre jardin

Si sa réputation n’est pas au beau fixe chez les jardiniers, les promeneurs ou les enfants, l’ortie a pourtant beaucoup à apporter si on se donne la peine de l’utiliser : en plus d’être un légume délicieux à redécouvrir, elle est dotée de nombreuses propriétés…. Présente dans toutes les régions de France et bien au-delà, c’est une des plantes médicinales les plus communes : de plus elle est si bien connue de tous qu’il n’y a aucun risque de confusion lors de sa cueillette…

L’ortie: des propriétés innombrables

Elle est connue et citée dans les écrits datant de l’antiquité pour ses propriétés cicatrisante, anti hémorragique et comme un fortifiant exceptionnel.
Les propriétés des feuilles, des graines et des racines sont légèrement différentes :
Ses graines, récoltées à l’automne et séchées, sont utilisées pour renforcer le système immunitaire et garder la forme en hiver.
Sa racine possèderait des propriétés sur l’hypertrophie bénigne de la prostate.
Mais ce sont les feuilles qui sont les plus utilisées…
Les feuilles de l’ortie contiennent de nombreuses vitamines, dont la vitamine C, vitamine K et provitamine A, des flavonoïdes, des minéraux et oligo éléments, (notamment calcium, magnésium, silice, zinc et fer).
La silice que l’ortie apporte permet d’augmenter la fixation des minéraux qu’elle contient.
L’apport de minéraux par une plante comme l’ortie permet parfois de relancer la minéralisation, car celle-ci apporte non seulement l’oligo élément recherché, mais aussi tous ses cofacteurs indispensables à son utilisation par l’organisme.
Elle peut alors potentialiser tous les apports minéraux et surtout les mettre à disposition totale de l’organisme pour leur utilisation.
Elle est associée fréquemment avec succès au traitement de l’anémie.
L’ortie apporte également des acides aminés.
Elle est très riche en chlorophylle, bénéfique pour la flore intestinale.
L’ortie bénéficierait également d’une action dans la prévention et la réduction des calculs biliaires.
Elle possèderait également une légère action hypoglycémique.
L’ortie est également utilisée traditionnellement pour soulager les symptômes de la rhinite allergique, ou rhume des foins. Elle posséderait des propriétés anti allergiques intéressantes.
Ses propriétés diurétiques sont intéressantes en cas d’œdème et de rétention d’eau. C’est donc également une plante dépurative au niveau rénal, régulièrement employée pour soulager les douleurs rhumatismales.
Son action détoxifiante est également bénéfique pour tous les problèmes de peau : acné, eczéma….
Sa richesse minérale et vitaminique en fait un tonifiant hors pair. Le magnésium qu’elle apporte lui permet aussi d’apaiser les tempéraments nerveux, de favoriser un meilleur sommeil et même d’apaiser les règles douloureuses.
La silice qu’elle contient en fait une alliée incontestable des os et des dents, mais aussi de la peau et des ongles qu’elle renforce.
Son action hémostatique peut être intéressante pour stopper les saignements de nez, ou atténuer des règles hémorragiques.

Comment utiliser l’ortie ?

On peut la trouver en extrait liquide, ampoules ou teintures mères, en poudre ou en gélule. L’utilisation sous forme de teinture mère est la plus efficace pour profiter au mieux de ses bienfaits sur la santé, mais il est bien sûr possible de varier les formes d’apports. Son utilisation est déconseillée chez les personnes souffrant de pathologies rénales et chez les personnes sous anticoagulant.
Mais l’ortie est aussi un légume qui se cuisine : il y a bien sûr la traditionnelle soupe ou velouté, mais il existe bien d’autres recettes à découvrir…
L’ortie peut remplacer avantageusement les épinards dans toutes les recettes classiques : quiches, gratins, tourtes, en sauce pour accompagner des pâtes…etc. L’ortie peut aussi se cuisiner en pesto, cakes ou terrines.
Ses graines peuvent aussi utilisées comme condiments, mélangées à part égales avec des feuilles d’ortie séchées et du sel. Une fois le mélange broyé très finement, c’est un moyen d’assaisonner sainement divers plats toute l’année.
Enfin, l’ortie est également utilisée comme soin de beauté, en lotion tonique pour la peau et les cheveux. On peut préparer une décoction assez concentrée à utiliser immédiatement sur la peau.
Pour les cheveux, on peut laisser macérer 3 semaines racines et feuilles d’orties dans de l’alcool fort ou mieux, du vinaigre de cidre, pour obtenir un vinaigre de toilette. Une fois filtrée, la préparation est à utiliser sur le cuir chevelu uniquement.
Pour la peau, on préférera une macération dans de l’huile ; attention à bien laisser sécher les feuilles quelques heures avant de les laisser macérer, pour ne pas voir moisir la préparation…
On vous l’accorde, l’ortie n’est pas d’un abord facile, mais elle a tout pour vous séduire, non ?
Article rédigé par Marie Chetaille, Naturopathe

**************

*****

lundi 3 juin 2019

Un recueil pour se recueillir !


 Yannick David a publié un recueil qui peut vous accompagner précieusement sur votre chemin intérieur. Je vous conseille d'entrer à travers ses mots pour partager une véritable expérience...

"J'ai commencé ce blog il y a une dizaine d'années, et j'ai eu l'occasion d'écrire et de partager des poèmes. J'en ai réuni près d'une centaine dans ce recueil intitulé Echos de l'intérieur, car ils sont le reflet d'une démarche profondément intérieure."
(Vous pouvez vous procurer le livre en lui envoyant un mail, il coûte 12 euros + 3 euros de frais d'envoi. )


A toi qui cherches
 


A toi qui cherches 
A toi qui souffres 
A toi qui pleures 
Laisse aller !
Ne retiens rien
Sois vrai avec ce qui se passe en toi 
Même si tu as peur 
Ne crois pas ton imagination 
N’écoute pas tes pensées 
Laisse aller !
Tes espérances tombent ?
Elles étaient fausses.
Tu te crois désespéré ?
C’est une renaissance. 
Vide-toi de ce qui doit sortir 
De ce vide naîtra la lueur 
Qui t’accompagnera 
Même au bord du vide 
Il y a une main qui se présentera 
N’aie pas peur 
Laisse aller 
Essaie une fois 
Juste une fois 
Et tue-moi si j’ai tort

****

dimanche 2 juin 2019

Hommage à Michel Serres


La profession de foi de Michel Serres (né à Agen, le 1er septembre 1930, philosophe et épistémologue français et décédé hier) laisse une place au divin... mais pourquoi la société ne reflète-t-elle pas le divin ?

extrait d'un film documentaire (France 5, janvier 2008)



 Combattre les ténèbres actives ! La nuit est la source de peurs à l’inverse de la lumière. 
C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. L’obscurité n’a jamais vaincu la lumière !
Michel Serres nous partage sa nocturne perception (6 min.) :

écouter Michel Serres
---------

jeudi 30 mai 2019

La pensée précède l'émotion !



« Je ne remets pas en cause ce que j'ai pu dire ou écrire sur les émotions, mais je voudrais insister sur cette destruction du mental qui correspond à ce que Swâmiji appelait dans une lettre qu'il m'avait écrite « thoughtlessness », « le fait d'être sans pensées ». J'avoue ne pas avoir compris à l'époque ce qu'il voulait dire, persuadé que ce thoughtlessness concernait la méditation profonde mais que, dans la vie courante, il fallait bien penser. 
C'est après avoir reçu cette lettre que j'ai compris que pour tout ce que nous appelons pensée intelligente Swâmiji utilisait le mot voir, traduisant par là le sanscrit buddhi. Plus les années ont passé, plus cette distinction entre voir et penser, qui paraît peut-être arbitraire au premier abord, m'a convaincu et c'est pourquoi je la reprends à mon compte. Ne plus penser, voir. Si des mécanismes se sont mis en place autrefois, c'est dans la rectification de la pensée ou la destruction de la pensée pour la remplacer par la vision que réside le véritable espoir de libération. L'émotion existe parce que nous pensons. Pour les maîtres tibétains, l'émotion est une modalité particulière de la pensée, rien d'autre. 
Tout l'enseignement de Swâmiji tourne autour de cette idée de base.» 

Arnaud Desjardins

****************