mercredi 19 octobre 2016

Catherine Harding chez José Le Roy pour une rencontre de "Vision sans tête"

Pour tous ceux qui n'ont pas eu la chance de l'entendre et de la voir, voici une partie de son introduction, qui a touché les amis qui étaient présents chez José Le Roy la semaine dernière. 
Merci Catherine !


"Catherine Harding : J’ai reçu ce corps à la naissance, mais il tombe en ruine maintenant. Il faut changer des pièces, comme dans un contrôle technique. En fait, cela m’aide beaucoup, car je n’ai plus aucune identification avec ce corps ; il n’y a plus rien là de ce qui s’appelait Catherine : j’ai été opérée dans les pieds, j’ai des hanches en métal, des épaules en métal, des prothèses dentaires, il n’y a plus rien…Cela se détraque, une chose après l’autre (rires)…alors qu’au centre rien n’a changé, rien. Ce qui regarde le monde ne bouge pas. Dans ce qui regarde en moi, rien ne change. Je suis retournée dans ma ville natale, Strasbourg, que j’ai quittée à sept ans, ce qui remonte à la guerre, je regardais la rivière qui traverse Strasbourg, et j’ai constaté qu’il n’y avait rien de changé dans mon regard ; sept ans…maintenant…c’est pareil. Ce qui regarde en moi, n’a pas changé depuis que je regarde. Je mesure que rien ne change à l’intérieur de moi.

C’est d’ailleurs un problème, parce que parfois je me dis « bon je vais faire ceci ou cela » et boum, je ne peux plus. La carcasse, la bagnole ne suit pas (rires). Cette carcasse arrive bientôt au bout, elle va aller à la casse, et elle n’est plus à l’argus du tout, mais ce n’est que la carcasse…Et plus on vieillit, et plus on s’en aperçoit. Pour moi, le vieillissement quelque part est très intéressant, et c’est un grand enseignement. Ce n’est pas grave, car le bonheur d’être ne change pas, sauf quand on a de grandes souffrances physiques. Mais même là, la Vision Sans Tête ça marche. Ce qui ne va pas dans ce corps c’est cette carcasse, mais moi ça va. Quand on applique cette vision, on est centré, eh bien, la douleur existe, mais elle est dehors, un peu dehors; bien sûr cela dépend de son intensité, mais elle toujours un peu dehors. Cela permet de supporter beaucoup mieux, parce qu’on n’est pas atteint en plein centre.

Et ce que j’apprends aussi en vieillissant, c’est que j’étais quelqu’un de très actif, je faisais beaucoup de choses, et là j’apprends à simplement être, au lieu de faire. Je vois la différence entre faire plein de choses et être, être tout simplement, dans le silence, ; et cela est très intéressant aussi. Faire ou être, faire et être. Il y a la question de Hamlet : « être ou ne pas être telle est la question ? » Un livre de Douglas Harding porte ce titre : Être et ne pas être telle est la réponse. Et en fait c’est vrai. Voilà, c’est pour redire encore une fois : ayez confiance car le retournement de 180° ça marche, pour rentrer chez soi, pour rentrer à la maison, la maison étant ce que nous sommes vraiment, vraiment. C’est souverain quoi qu’il arrive. C’est un accès physique, qui passe par le corps, à ce que nous sommes : l’Être, la Conscience et la Joie, satchidananda. Pour moi, je l’appelle la paix. J’ai eu beaucoup de problèmes récemment, physiques, perte d’être chers, et j’aperçois qu’il suffit que je rentre en moi-même, comme nous allons le faire ce soir, pour retrouver la PAIX, une sérénité, une joie profonde. La joie de l’être est donnée à tout le monde.

Je lis plein de livres et les trois quarts de livres spirituels, parlent de rencontrer un maitre, de tomber un samadhi…etc…tout le monde court après. Pour moi, ce n’est pas cela. C’est une perte de temps. Parce que vous n’avez à aller nulle part, vous y êtes déjà. On y est tout le temps. Il suffit d’en prendre conscience. Cela vous rend libre, vous permet de rester indépendant et de ne pas dépendre d'un gourou quelconque…Pour moi, c’est un grand cadeau. C’est à la portée de tout le monde si on veut bien regarder. Certes de grands maîtres nous l’ont dit aussi, mais je crois que Douglas est le seul qui ait donné cette clef physique, toute simple. On entend cette expression depuis 2000 ans : « Regardez à l’intérieur de vous ». Je me disais « Oui, je comprends, mais comment est-ce que je fais pour regarder à l’intérieur de moi » Pourtant c’est tout simple, grâce à ces exercices que Douglas a inventés.

Il faut beaucoup d’humilité, je crois, pour arriver à cela. Et ça aussi, la vieillesse, les problèmes physiques, nous l’apprennent. Quand on est dans un état vraiment terrible, pire que mal, on dépend de tout le monde, l’orgueil d’être la petite personne…tout tombe. Et l’humilité est essentielle. La petite personne est très précieuse, le véhicule est précieux, mais on s’identifie à cela. Je réalise que Catherine est un nom qu’on m’a collé, ce corps c’est pareil avec ses qualités et ses défauts, on n’est pas responsable de tout cela ; ce n’est pas vraiment nous. Mais ce que nous sommes c’est ce qui est, ce qui regarde. On le voit dans le regard des enfants, cette béance qui n’est qu’accueil. Et c’est cela que nous sommes tout le temps et qu’il faut retrouver. On a été recouvert par plein de conditionnements familiaux, national, etc..

Mais cela, la vision de soi, est une bénédiction : où qu’on soit, quelle que soit la couleur de notre peau, quel que soit l'endroit où nous sommes nés…rien ne nous empêche de faire ce retour et retrouver qui nous sommes vraiment." 

 Catherine Harding





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dimanche 16 octobre 2016

Méditation pour les étudiants


Un cours obligatoire de méditation... même si la méditation est plus que cela... c'est déjà ça :




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Chemin méditatif pour lâcher les pensées...


"Le Chemin, tout le Chemin en un sens, peut être considéré comme la levée des obstacles à la véritable méditation... "

Chemin de la plaine

"Dans les jours qui viennent, essayez de passer vos pensées au crible de la buddhi : quelles pensées se lèvent en moi, quelle valeur ont-elles, font-elles ou non partie des pensées à éliminer pour acquérir la maîtrise de mon mental? Si vous reconnaissez la nécessité de cette maîtrise proposée par le Bouddha, vous ne laisserez plus une pensée nuisible, contraire au chemin, consommant votre énergie, vous arrachant au centre, s’installer dans votre cerveau. Vous n’accueillerez plus ces pensées. Une idée en entraîne une autre qui en entraîne une autre à son tour et ainsi de suite. 
Non."
Lac de méditation



"Swâmiji (Swami Prajnanpad) disait : « Intérieurement soyez activement passif, extérieurement soyez passivement actif. » 
« Extérieurement, passivement actif » veut dire actif mais avec un non-agir, un lâcher-prise, une soumission intérieurs. Et pourquoi « intérieurement, activement passif »? Si vous n’exercez pas une certaine activité pour vous rendre passif, vous ne serez pas silencieux intérieurement : vous serez agités, des pensées viendront. La moindre impulsion motrice est une action, une pensée est une action mentale. 
Si vous vous contentez de ne rien faire, « allongez-vous, relâchez-vous, faites le vide, ne pensez à rien », au lieu de ne penser à rien vous allez vous laisser happer par les associations d’idées, les distractions et vous ne serez nullement passif. 
Vu du dehors vous resterez immobile mais intérieurement? Et au bout de quelque temps, vous ne serez même plus immobile vu du dehors. Ça va commencer à bouger, le visage, les épaules, les doigts. 
Extérieurement, soyez passivement actif, comme un instrument de la vérité ayant une compréhension supérieure à la compréhension ordinaire du mental. Intérieurement soyez activement passif, vigilant.

Extraits de "Approches de la Méditation"
de Arnaud Desjardins

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samedi 15 octobre 2016

En chemin méditatif avec Chandra Swami

Ce que dit Swamiji à propos de la Méditation : 



 "Par la méditation, on n'accomplit rien de nouveau. Par la méditation, on découvre simplement son Être essentiel, son véritable Centre."

"Apprendre à méditer, c'est comme apprendre à nager. Vous ne pouvez pas apprendre à nager uniquement dans les livres ou en écoutant des discours sur la natation. Comment apprend-on à nager? On se met à l'eau. Pas trop profonde, pour ne pas risquer de se noyer, mais assez quand même pour juste garder la tête hors de l'eau. De même, pour apprendre à méditer, il faut s'asseoir et essayer, pour ainsi dire, de se maintenir au-dessus de ses pensées et de ses sensations. Pour cela il faut être alerte et vigilant, pour ne pas se laisser aller à s'identifier à quelque pensée ou sensation. La vigilance est la clé de toutes les techniques de méditation."

"Méditer, c'est être assis auprès de Dieu en pleine conscience, comme un amant auprès de sa Bien-aimée. Qui peut s'endormir alors qu'il (elle) est en compagnie de son (sa) bien-aimé(e), occupés à échanger des mots doux ? N'ai-je pas raison ? Faites de Dieu votre Bien-aimé, et pendant la méditation, asseyez-vous en sa compagnie.”

"La concentration spirituelle implique de rassembler toutes les énergies et capacités éparses de l'être, et de les diriger vers le Divin dans l'unique but de Le réaliser par expérience directe."

"Le mental est comme un miroir où vous vous regardez. Quand le miroir est sale, vous ne pouvez distinguer clairement votre visage. De même, lorsque votre mental est agité et impur, vous ne pouvez pas savoir qui vous êtes vraiment. Le but de la méditation est de purifier le mental et d'en arrêter les modifications, afin que vous puissiez prendre conscience de votre propre Être essentiel et vous établir en Lui."

"Pour vous connaître, vous devez faire prendre à votre attention un virage à 180 degrés. De ce qui est vu, l'attention doit se tourner vers celui qui voit, le Témoin. C'est ce que Jung appelle 'inverser le courant de l'attention'. Le principe qui sous-tend toutes les méthodes de méditation est de commencer par séparer le Témoin de ce qui est vu."

"Il y a plusieurs étapes dans la méditation. Dans la méditation non duelle, le sujet et l'objet, l'observateur et l'observé, ne font plus qu'un. C'est dans la méditation non duelle uniquement que persiste la Conscience sans aucun objet."

"Le but de la contemplation spirituelle est de nous emmener au-delà du mental, jusqu'à la vision supra-mentale directe du Divin. Une parfaite contemplation nous conduit à un état de relaxation sans contraintes et sans efforts dans l'Esprit divin.On peut dire aussi à une absorption spontanée dans le Témoin, dont la pure lumière brille dans le silence profond, là où les activités mentales, penser, vouloir, savoir, sentir, n'existent pas."

"Le but ultime, le plus haut accomplissement de la méditation n'est pas l'obtention de la paix du mental. La paix du mental, l'accession au silence réel, l'état libre de toute pensée, tout ceci n'est qu'une étape sur le chemin spirituel. Il y a au-delà tant d'expériences spirituelles plus élevées ! L'expérience ultime est la Réalisation de Dieu: atteindre pleinement Dieu, résider en Lui, se noyer en Lui, retourner à Lui comme la vague retourne tout entière à sa source, l'océan. Le but ultime de la méditation est la fusion en Dieu, qui est Béatitude infinie, Conscience infinie, Amour infini, Lumière infinie et Existence infinie."

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source : ashram de Chandra Swami


vendredi 14 octobre 2016

Les Trois Cheveux d'Or pour se guérir...

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution d'un nouveau jeu auquel j'ai collaboré :




Parution des Trois cheveux d'or de Sabine Dewulf, Stéphanie Delcourt et Eric Dewulf aux éditions du Souffle d'Or. 

Il s'agit d'un jeu complet et original, outil de guérison. 
Créativité, shiatsu et méditation consciente pour le quotidien sont au rendez-vous.



Vous pouvez déjà tirer une carte en cliquant sur le poème ci-dessous :





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jeudi 13 octobre 2016

En chemin méditatif avec Chandra Swami


Inspiré par le Divin, Swamiji observe depuis 1984 un silence ininterrompu qui se poursuit à ce jour. Au cours des vingt dernières années, des milliers de chercheurs spirituels ont fréquenté Sadhana Kendra Ashram, attirés par l'irrésistible magnétisme spirituel de ce sage silencieux. 
Swamiji accueille et accepte tout le monde avec le même amour inconditionnel, et guide chacun sur le difficile chemin de l'épanouissement spirituel. Simultanément, il supervise toutes les activités de l'ashram, demeurant constamment établi dans la Béatitude ininterrompue du Soi, à la fois acteur divin et témoin détaché de tout ce qui se déroule autour de lui. 
Il est indéniablement un instrument du jeu divin (lila).



Swamiji classe en 3 catégories fondamentales les différentes techniques de méditation pratiquées dans les diverses traditions spirituelles ou religieuses: 
la méthode négative, la méthode positive, et la méthode d'observation des pensées. La méthode négative consiste à rejeter toutes les pensées ou émotions qui s'élèvent dans le mental au cours de la méditation. 
La méthode positive implique l'usage d'un support: nom, mantra, image, ou idée reliée au Divin, sur lequel on concentre le mental, afin de le rendre silencieux et focalisé. La méthode d'observation des pensées consiste à simplement observer le mental, et toutes les pensées, images ou émotions qui peuvent y surgir, avec l'attitude détachée d'un témoin, sans s'y impliquer. Toutes ces méthodes sont exposées en détail dans le livre de Swamiji "L'Art de la Réalisation". 

Selon Swamiji, toutes sont à même de rendre le mental silencieux et paisible, et donc, de mener à la Réalisation. Mais il met particulièrement l'accent sur l'importance et l'efficacité de la prière et de l'abandon de soi à Dieu dans le cheminement spirituel, conjointement à l'effort personnel.

"La méditation peut être décrite comme un art de voir sans interférence de notre mental conditionné. Détournez votre attention de tous les objets, de toutes les situations et relations, et regardez à l'intérieur de vous-mêmes. C'est cela, la méditation." 

 Shri Chandra Swami Udasin

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mercredi 12 octobre 2016

Quand l'aubier nous parle de l'aube...


Hêtre à l'aulne de l'éveil,
c'est un sacré bouleau !



"L’arbre est un symbole extraordinaire pour représenter la croissance et le développement progressif sur les plans physique, émotionnel, mental et spirituel. Il commence par une petite graine pour devenir un être grand, fort, solide et droit. Il produit d’autres graines, symboliquement d’autres enfants. Il s’établit à un endroit, comme l’être humain dans sa maison, et il travaille comme une véritable usine, produisant tous les éléments qui le constituent et mettant à disposition tout ce qu’il produit, tout ce qu’il est. Il transforme la pollution et participe à la création de l’oxygène indispensable à la vie sur Terre. 

À lui seul, il représente une véritable société altruiste, car il offre gratuitement abri, nourriture et autres, à une multitude d’espèces, y compris l’homme. Par rapport à l’être humain, les racines de l’arbre symbolisent l’ancrage dans la vie concrète, dans le monde de la matérialité, mais aussi le travail réalisé au niveau de l’inconscient et qui nous aide à nous construire solidement pour grandir dans la droiture avec de belles pensées, de beaux sentiments et matérialiser par la suite de belles œuvres. 

Son tronc représente la droiture, la solidité des jambes et de la colonne vertébrale ; sa couronne constituée par les branches, les feuilles et les fruits symbolise la tête, la chevelure et le cerveau ; son apparence générale représente l’énergie que nous dégageons, c’est-à-dire notre aura, notre rayonnement, notre épanouissement, les beaux sentiments. Quand notre arbre intérieur est solide, en santé et épanoui, il produit des fruits que nous pouvons partager avec les autres. Par son lien avec le Ciel et la Terre, il nous communique la Connaissance, nous aide à retrouver nos racines originelles et à assumer l’expérience de la matérialité avec confiance."

source : Univers/Cité Mikaël






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mardi 11 octobre 2016

Au cœur du chemin...


Quand il n'y a plus rien, il n'y a que l'Amour. 
Il n'y a plus que l'Amour. 
Tous les barrages craquent. 
C'est la noyade, c'est l'immersion.
L'amour n'est pas un sentiment. 
C'est la substance même de la création... 

 Christiane Singer

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dimanche 9 octobre 2016

Thich Nhat Hanh : un maître du bouddhisme (3)



Lors de votre enseignement, vous avez expliqué le lâcher-prise, en utilisant la métaphore du vacher qui doit lâcher ses vaches s’il veut moins souffrir. N’est-ce pas décalé, dans un contexte de crise où les gens souffrent moins de « trop posséder » que du manque de travail et de ressources?
T.N.H. : Souvent, on pense que l’on ne peut pas lâcher telle personne ou telle propriété parce que l’on ne pourra pas continuer de vivre sans elle. Mais peut-être est-ce en s’en détachant que l’on souffrira moins. Alors, il faut avoir assez de courage pour pouvoir la laisser aller. Mais toutes les possessions ne constituent pas des obstacles au bonheur ! Seule est une « vache » la possession que vous ne savez pas lâcher. Car elle fait de vous son esclave.

Que conseillez-vous, alors, pour « bien » lâcher prise?
T.N.H. : Dressez une liste, par écrit, de toutes vos « vaches », ces choses mais aussi ces connaissances que vous croyez très importantes, car si vous ne pouvez pas lâcher une connaissance, vous ne pourrez pas arriver à une plus élevée. Puis regardez-les en pleine conscience. Et entraînez-vous à les laisser s’éloigner. Cela vaut avec tous les attachements. Dans le couple ou dans la relation parent-enfant, l’amour véritable consiste à cultiver la liberté des uns et des autres. 

Certains vous qualifient d’« être éveillé » ou de « bouddha ». L’êtes-vous ?
T.N.H. : Tout le monde l’est ! Car tout le monde a une conscience. Vous aussi, si, lorsque vous marchez, vous êtes consciente de votre pas, vous êtes un être éveillé ! Mais, selon votre pratique, vous pouvez l’être à 10 %, à 20 %, à 40 % de votre temps. Et 40 % ou 50 %, c’est déjà beaucoup ! Il faut garder un peu de boue pour pouvoir faire pousser le lotus. La souffrance sera toujours là, car tant qu’il y a de la vie, il y a de la souffrance. Mais celui qui pratique apprend à la transformer dans la joie et dans la paix.

Comment préparez-vous l’« après-Thây » au Village des Pruniers ?
T.N.H. : Je ne vais pas mourir. [Il éclate de rire.] Si vous regardez autour de vous, vous pourrez me voir dans les moines et moniales. Mais ils vont aussi pratiquer le lâcher-prise : des États-Unis à Hong Kong, partout les sanghas travaillent déjà seules. Et notre tradition doit continuer d’évoluer en se nourrissant des sciences et de la psychologie.

Vous n’avez pas d’héritier direct?
T.N.H. : Tous le sont. On va comme une rivière, non comme des gouttes d’eau. Comme on l’a dit au Parti lors de notre retour au Viêt Nam * : « Les vrais communistes, c’est nous ! » [Il rit]


*Thich NhatHanh a obtenu la permission de se rendre au ViêtNam, où chacun de ses déplacements, attirant des milliers de personnes, a été très encadré par le gouvernement.

Psychologies magazine - mars 2014

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samedi 8 octobre 2016

Thich Nhat Hanh : un maître du bouddhisme (2)


Pouvez-vous me parler de vous enfant ?
T.N.H. : [Long silence.] Regardez cette photo au mur [il désigne de la tête un portrait de lui, en noir et blanc, enfant à l’air grave et serein]. Cet enfant a eu des parents très aimants et il avait seulement 16 ans quand il est devenu moine ! [Rires]

Vous voulez dire que vous n’avez pas d’enfant intérieur blessé? Vous êtes pourtant passé par des guerres...
T.N.H. : Des guerres terribles... Cela nous fait souffrir. Mais cela nous aide, aussi. Quand, à l’école, des amis ont été tués par des soldats, il est devenu évident que l’on ne pouvait pas se contenter de réciter des sutras. Il fallait agir. Ainsi nous est venue l’idée du « bouddhisme engagé » : on a organisé des groupes de jeunes moines et laïcs pour créer des hôpitaux, des écoles... Cela aide à soigner les blessures physiques et mentales : celles des autres et les siennes. Il faut apprendre à savoir souffrir afin de souffrir moins.

Qu’est-ce que ça signifie, « savoir souffrir » ?
T.N.H. : C’est ne pas chercher à fuir sa souffrance, mais l’accepter, la regarder en pleine conscience. Puis l’utiliser pour en tirer une énergie positive : la transformer et, ainsi, se transformer.

L’utilité de la « communauté » (sangha) paraît évidente dans des conditions de guerre. Mais aujourd’hui et ici, à quoi sert-elle ? 
T.N.H. : Au village, nous organisons des retraites pour plus de mille personnes : pour aider un tel groupe à se transformer, un maître, même talentueux, ne peut pas suffire; il a besoin d’une sangha qui génère une énergie collective de compassion et de pleine conscience. Je pense qu’il en va de même pour les thérapeutes : s’ils s’organisaient en communautés de pratique, ils aideraient mieux les gens. 

Est-ce la sangha qui vous a aidé à supporter la souffrance de l’exil, dès 1966 ?
T.N.H. : Au fil de la pratique, on en vient à reconnaître que notre pays n’est pas telle partie de la planète et que nos concitoyens ne sont pas que des Vietnamiens, mais aussi des Français, des Anglais, des Américains... Il n’y a plus de discrimination.

C’est ce que vous appelez l’« inter-être » : vous dites que nous ne « sommes » pas, mais que nous « inter-sommes »...
T.N.H. : L'inter-être n’est pas une philosophie, c’est une vision profonde que l’on acquiert en tournant son regard vers la nature. Par exemple, la science a découvert que matière et énergie « inter-sont » : l’une peut devenir l’autre. Si les chrétiens et les musulmans se regardent en profondeur, ils découvriront cette nature de l’inter-être et la guerre cessera. 

Cela fait un demi-siècle que vous diffusez ce message de paix, y compris auprès des plus puissants, mais nous sommes encore loin d’un monde sans guerre !
T.N.H. : Parler de paix aux puissants, c’est facile, mais cela ne suffit pas. Il faut que chacun applique cette loi de l’inter-être dans son quotidien. Et pour cela, il faut s’organiser en sanghas, c’est-à-dire pratiquer la pleine conscience ensemble : en famille, à l’école, dans l’entreprise, au conseil municipal... 


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vendredi 7 octobre 2016

Thich Nhat Hanh : un maître du bouddhisme (1)

Sa lutte non violente contre la guerre du Viêt Nam, son pays, avait fait de lui un ennemi majeur aux yeux des dirigeants et une source d’influence pour Martin Luther King, entre autres. Plus de quarante ans plus tard, Thich Nhat Hanh reste un maître inégalable.
Des millions de bouddhistes et de laïcs suivent son enseignement via ses livres, ses conférences ou ses retraites données chez lui, en France, au Village des Pruniers. Il a créé ce centre bouddhique en 1982, seize ans après avoir été contraint à l’exil par le gouvernement vietnamien.

C’est là que nous le rencontrons, tôt le matin, dans une grande salle peuplée de moines et moniales et de laïcs venus des quatre coins du monde pour une retraite de quelques jours, semaines ou mois. D’un pas lent, arrive Thây (« maître »), un petit homme de 87 ans qui en paraît 60, à l’air inébranlable. Avant de donner un enseignement, il invite, sans rien dire, à une méditation, puis à quelques gestes de gymnastique - dont il expliquera qu’il ne les fait pas « pour être en forme », mais pour le plaisir de se sentir vivant. Une occasion parmi d’autres de pratiquer la pleine conscience, principe central du bouddhisme. Plus tard, nous obtenons un rendez-vous dans son ermitage : assis à son bureau, à la lueur rougeâtre d’une lampe et face à une forêt de pins, Thây réalise des calligraphies. L’image semble sortie d’un conte bouddhiste ancestral. Sœur Không, sa plus ancienne compagne de route et cofondatrice du Village des Pruniers, et sœur Dinh, son autre bras droit, nous invitent à nous asseoir face au maître, qui nous a rejointes en silence. On aimerait que cet homme, qui a échappé par miracle aux bombes françaises, américaines, puis aux mains des communistes et à la douleur de l’exil, nous parle de lui.
La voix douce et ferme, il répond : « “Moi, moi”, il n’y a pas de soi séparé. » Rencontre rare avec un vrai sage.

Psychologies : Votre nouvel ouvrage porte sur l’enfant intérieur, une notion de psychologie. Comment la définissez-vous en tant que bouddhiste ?
Thich Nhat Hanh : Quand vous plantez une graine de maïs dans le sol, elle pousse et se transforme en plante. Alors, vous ne voyez plus la graine. Elle est pourtant toujours vivante. Lorsque vous regardez un adulte, l’enfant est bien là, même si vous ne pouvez pas le voir. Souvent, cet enfant a souffert et continue de souffrir. Pour le guérir, il faut commencer par le voir, reconnaître sa tristesse, puis lui parler en l’entourant de votre tendresse, en pleine conscience. Ainsi, vous l’apaiserez.

Vous considérez-vous comme un thérapeute?
T.N.H. : Dans notre tradition, on nomme le Bouddha « le roi des guérisseurs ». Car le dharma [l’enseignement du Bouddha,] a pour fonction de guérir les gens : la colère, le désespoir ou la jalousie sont leurs maladies. Le bouddhisme a, depuis l’origine, une approche psychologique. On y parle de la « conscience du tréfonds », qui correspond à l’« inconscient ». C’est là que résident les graines de ces « maladies », qui ne sont des maladies que si nous laissons leur énergie nous nuire sans utiliser la pleine conscience. Elle seule permet de se guérir, et de guérir les autres.

« Prendre soin de son enfant intérieur » n’est donc pas qu’une démarche individuelle...
T.N.H. : Non, car l’enfant intérieur est un enfant collectif. Il est une continuité des enfants intérieurs de votre père, de votre mère et de tous vos ancêtres. Si vous pouvez apaiser le vôtre, vous apaiserez aussi les leurs. Vous pratiquez non seulement pour vous, mais pour vos ancêtres.

Dans votre enseignement, ce matin, vous avez dit : « Si vous n’êtes pas heureux, c’est à cause de vous, parce que vous n’utilisez pas la pleine conscience. » Croyez-vous vraiment que cela soit suffisant?
T.N.H. : La marche méditative, la respiration consciente vous permettent d’être vraiment là. Et si vous êtes vraiment là, alors vous reconnaissez les conditions du bonheur que vous possédez. En profiter devient enfin possible. Tout de suite !

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