lundi 14 juin 2010

Expérience ou Croyance avec Arnaud Desjardins

Swâmi Prajnânpad m'a souvent rappelé au fil des années : «The way is not in the general, Arnaud, the way is in the particular», «la voie n'est pas dans les idées générales mais dans les situations particulières». Je vous invite donc à me poser et à poser à Véronique des questions qui vous mettent en cause personnellement. Mais n'oublions pas que ces questions prennent leur place dans une démarche d'ensemble qui peut vous conduire, selon un passage d'une Upanishad célèbre et souvent cité, «de l'irréel au réel, des ténèbres à la lumière et du mortel à l'immortel». Je voudrais donc commencer nos rencontres par un rappel de quelques idées, quelques vérités, qui inspirent notre yoga particulier, l'adhyatmayoga selon Swâmiji. En Occident, la religion est avant tout affaire de croyance. Croyons-nous que Dieu existe ? Croyons-nous les paroles du Christ ou du Bouddha ? En matière de spiritualité, nous pouvons avoir beaucoup d'opinions, des idées chrétiennes ou bouddhistes qui nous sont chères mais qui ne sont pas pour nous des vérités indiscutables dont nous avons l'expérience concrète. Personne ne discute le fait que l'Inde se trouve en Asie, la France en Europe et le Mexique en Amérique, mais tout le monde peut se permettre de porter aux nues ou de remettre en cause le christianisme, l'islam ou le bouddhisme. Le mental adhère facilement à des idéologies. Cela lui évite de faire un travail personnel pour voir et comprendre. Nous pouvons opter pour une idéologie fasciste, socialiste, libérale, mais il est possible aussi d'adhérer à une idéologie bouddhiste, chrétienne ou védantique. Je ne mets pas en cause la vérité du christianisme, j'essaie de comprendre pourquoi, au nom d'un Jésus qui a tant insisté sur l'amour entre ses disciples - «Qu'ils soient Un comme le Père et moi sommes Un», «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres.» - les hommes se sont-ils tant haïs et entretués. Dès les débuts du christianisme, les divisions ont fait rage. Il faut avoir le courage de voir cela en face, non pas en tant qu'historiens des religions mais en tant qu'hommes et femmes responsables. Avons-nous envie de nous forger une certitude personnelle, basée sur une expérience concrète, qui nous amènera à une réelle transformation ? Ou préférons-nous croire et nous sentir agressés par les croyances des autres ? Cela fait une immense différence.

"La traversée vers l'autre rive" de Arnaud Desjardins

dimanche 13 juin 2010

Eau douce...


Heureux les doux de Alexandre Jollien

À l'heure des textos, des e-mails, des licenciements économiques, dans une société oppressante, je souhaite faire l'éloge de la vertu de douceur. Quand la concurrence sévit, lorsqu'un cli­mat de compétition règne, comment ne pas sombrer dans la brutalité, l'agressivité ou l'indifférence ? Et très concrètement, comment ne pas surréagir à ce courrier un peu froid? Comment rester libre devant l'autre sans pour autant se réfugier à l'abri de soi, bien au chaud? Loin de la niaiserie, la douceur constitue à mes yeux la véritable force de l'homme. Ce qui fait dire à Spinoza que le sage agit avec humanité et douceur. Être doux avec soi, oser une bienveillance, exi­ger le meilleur avec tendresse relève d'une ascèse et cela me plaît.
Les coups de la vie et les déceptions me poussent souvent, à rêver d'une insensibilité et, risquons le mot, d'une froideur qui en imposeraient et me protégeraient durablement des blessures qui naissent inévita­blement d'une rencontre authenti­que. Il y a peu, je m'entretenais avec un chirurgien. Il affirmait que, sans distance, sans barrière, le quotidien serait insupportable. Je suis de plus en plus convaincu du contraire. Cependant, tenir une attitude aussi éloignée de la crispation sécuritaire que d'une sensiblerie pathologique est délicat. La douceur permet cette justesse. Contrairement à ce que l'on peut croire, elle ne tolère pas tout. Rien ne la contrarie davantage que la candeur qui accepte l'intolérable et ne réagit à rien. La douceur n'est pas une passivité mais un élan vital.
Concilier douceur et détermination est sans doute l'une des choses les plus difficiles au monde, je l'avoue. De là à se priver d'un si fécond mariage, il y a un pas que je me refuse de franchir. Je me couperais de l'essentiel. Oser la douceur, c'est quitter résolument la brutalité, la violence, la distance pour accueillir autrui, le réel et soi sans aucune rudesse, c'est devenir profon­dément actif et résister joyeusement à toutes les passions tristes qui peu­vent s'élever. Sur ce difficile chemin, je trouve des guides : le Bouddha, le Christ avant tout, Spinoza, Etty Hifie­sum et tant d'autres. Je m'émerveille que ces doux soient des hommes et des femmes d'une force extraordinaire, presque surhumaine. On est loin du fadasse, du sirupeux et de l'inertie. Dans la lettre aux Galates, saint Paul considère au contraire cette vertu comme un fruit de l'Esprit, au même titre que l'amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur et la maîtrise de soi.
Pourquoi tant d'esprits chagrins dévalorisent la douceur ? Pour ma part, je désire faire de chaque ren­contre, de chaque être humain croisé dans la rue, de chaque proche, un maî­tre en douceur. Trouver en chaque personne une occasion d'abandonner peu à peu les réflexes, les instincts qui me portent à la colère, à l'agres­sivité, qui m'incitent à m'affirmer et à m'imposer. Je souhaite plutôt accueillir le monde le plus tendre­ment possible. Concrètement, tout peut devenir terrain d'exercices un e-mail indélicat, un passant trop pressé, un vendeur discourtois, voilà autant de maîtres qui m'exhortent à pratiquer la douceur quand tout me conduirait à la brutalité. La douceur ne vient pas de la répression, il ne s'agit pas de mettre une pierre sur nos rages, nos emportements mais, bien au contraire, de les recevoir avec tendresse et bienveillance. Car, souvent, la première victime de nos rudesses, c'est nous-même.

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Il est l'auteur notamment, d'Éloge de la faiblesse et de la Construction de soi.
La Vie -29 avril 2010

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samedi 12 juin 2010

vendredi 11 juin 2010

L’abîme lumineux de Philippe Mac Leod

Un magnifique texte de Philippe Mac Leod :


Au fond de chaque regard, der­rière chaque geste, il est un espace immense, une lumière humaine qui se mêle au bleu du monde, qui par­ticipe de son infinitude. Comme elle s'épanouit au-dehors, la vie s'ouvre en dedans. Elle suscite un univers qui parachève celui qui lui a donné nais­sance. Et c'est là ce que nous avons désormais de plus grand : la flamme fragile d'une conscience, l'intérieur même de la lumière, la face secrète d'une réalité qui nous déborde.
Le sentiment que tu as de toi-même n'éclaire pas seulement ton cœur, il t'enveloppe comme une sorte de halo qui t'accompagne. Il manifeste pour ainsi dire le filigrane inimitable de ta personne. Sans la conscience, l'exis­tence n'aurait aucune profondeur. Elle seule crée l'atmosphère spiri­tuelle dans laquelle tu baignes, la réso­nance possible de ton être. Sans cette expérience unique, je ne serais pas cet homme qui te parle aujourd'hui, et si nous nous comprenons si rapide­ment, à demi-mot, c'est bien par cette réalité intime qui nous fait un. 
Considère seulement le miracle d'un oeil qui s'ouvre au monde, tremblant à la lueur quasi divine qui le traverse. Le propre de l'homme, on n'y accorde pas assez d'importance, demeure cette faculté étrange en regard de la dispersion et de la profusion des perceptions, cette faculté unique de concentration, de recueillement. La vie dans son intensité tient à la puissance de notre attention, à son pouvoir d'unification, à la luminosité de notre conscience, à l'effort régulièrement déployé pour amener à la surface les trésors qui dorment au plus profond de nous-mêmes.
C'est par cette intimité que tout prend véritablement corps et sens, corps et sens qui font la présence : un visible animé de l'invisible. L'éclat d'un visage, la douceur boulever­sante d'un sourire, le tremblement d'un souffle, d'une voix qui colore les airs, sa clarté, son étrangeté parmi l'opacité des choses, voilà le signe de l'homme : toute sa singularité tient dans la profondeur de ce mystère incommunicable, qui rejoint l'incon­naissable de Dieu.
Il faut aimer la vie, passionnément, éperdument ; croire en sa résonance divine dans le fond de notre âme ; plus loin, plus haut que les petites joies qu'on a l'habitude de lui soutirer, aimer la grandeur de son mystère, vaste comme un ciel étoilé, déchi­rant comme la mémoire des visages à jamais refermés sur leur secret.
Car c'est encore cela, le miracle étourdissant de la personne que nous sommes, comme si l'univers tenait à un fil, un mince rayon, infiniment ténu, l'absolu entrevu alors même que tout nous échappe. On se bles­serait à vouloir embrasser l'abîme tout entier, on ne peut y entrer que par sa dimension tragique, angois­sante souvent, pour en pénétrer les replis les plus cachés, apprivoiser le sentiment de son intime totalité et atteindre la lumière inimagi­nable qu'il recèle. Comme dans la Visitation, nous sommes porteurs d'autre chose que nous-mêmes, d'une présence intérieure qui nous devance, et passe des uns aux autres, à notre insu, sans bruit, sous le four­millement des mots, par-delà nos échanges parfois les plus anodins. La personne humaine n'advient que par ce qui la dilate, ce qui la transcende. Comme une brèche, une sorte d'issue inattendue, elle ne se révèle que par l'au-delà qu'elle sécrète. L'individu, lui, disparaît dans la multitude grouillante, il ne dépasse pas l'espèce. Ta personne est essentiellement béante. Unique parce qu'en son cœur elle est une. Source. Présence.


PHILIPPE MAC LEOD est écrivain, il a publié plusieurs recueils de poésie. Son dernier ouvrage, l'Infini en toute vie, est paru aux éditions Ad Solem.

jeudi 10 juin 2010

La maladie d'Alzheimer et la mort avec Marie de Hennezel (3)

"Alors que la mort est si proche, que la tristesse et la souffrance dominent, il peut encore y avoir de la vie, de la joie, des mouvements d'âme d'une profondeur et d'une intensité parfois encore jamais vécues."


Dernière partie de 8 minutes avec Marie de Hennezel

mercredi 9 juin 2010

La fin de vie avec Marie de Hennezel (2)

Marie de Hennezel est une psychologue et psychothérapeute française née à Lyon le 5 août 1946.
Elle est titulaire d'un DESS de Psychologie et d'un DEA de Psychanalyse. Elle a travaillé pendant dix ans dans la première unité de soins palliatifs de France, créée en 1987 à l'Hôpital international de la Cité universitaire de Paris. Elle anime des conférences et des séminaires de formation à l'accompagnement de la fin de vie en France et à l'étranger.


Deuxieme partie de l'interview de Marie de hennezel

mardi 8 juin 2010

Un brin de croissance

Chaque brin d'herbe possède son ange qui se penche et murmure " grandis, grandis " 
(Le Talmud)

Accompagner la vie avec Marie de Hennezel (1)


Marie de Hennezel
"J'ai accompagné, pendant de nombreuses années, des personnes en fin de vie et leurs familles. 
Cette expérience m'a convaincue de la valeur humaine des derniers instants de la vie. 
Les derniers mots, les derniers gestes, les derniers regards d'une personne, cela compte! 
Ne laissons pas mourir sans tendresse et sans cet ultime échange, ceux que nous soignons et que nous aimons!"

Interview de Marie de Hennezel sur une radio chrétienne (1) :

Extrait d'une conférence de Marie de Hennezel (octobre 2007)

Voir l'ensemble des articles sur marie de Hennezel

lundi 7 juin 2010

Le marketing olfactif

En ce début de semaine, respirons... mais pouvons-nous nous fier à notre nez ?:

dimanche 6 juin 2010

Deux petites histoires avec Christian Bobin



La maladie d'Alzheimer ou le miracle d'être en vie!
Moustache et Violettes

samedi 5 juin 2010

Ma solitude est plus une grâce qu’une malédiction par Christian Bobin

L’aptitude à être seul est-elle l’expression d’une inadaptation au monde ou d’une réalisation de soi ? Pour l’auteur du “Très-Bas”, la question ne se pose pas : Il est un solitaire heureux qui ignore l’ennui et connaît la plénitude.
Marie de Solemne :
De Christian Bobin, on sait surtout qu’il fuit les mondanités et préfère explorer le silence.
Il y consacre sa vie et son œuvre. Ses thèmes de prédilection : le vide, la nature, l’enfance, les « petites choses » comme il le dit lui-même. La solitude, il la connaît mieux que personne. Il la quête. Davantage encore depuis la perte brutale de son amie, en plein été 1995. Un deuil qu’il raconte dans “la Plus que vive” (1). Récemment interviewé par Marie de Solemne dans “la Grâce de la solitude” (2) , le poète s’interroge sur l’origine et les conséquences de ce sentiment qui, avec l’état amoureux, est sans doute le plus partagé au monde. Extraits.
1 - Gallimard, 1996.
2 - “La Grâce de la solitude”, dialogues entre Marie de Solemne et Christian Bobin, Jean-Michel Besnier, Jean-Yves Leloup, Théodore Monod (Dervy, coll. « A vive voix », 1998).

Marie de Solemne : "Parleriez-vous plus volontiers de la solitude comme d’une grâce, ou comme d’une malédiction ?"

Christian Bobin : D’abord, j’en parlerais plutôt dans sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment. Il est 22 heures, c’est l’obscurité. Le ciel n’est pas encore tout à fait noir, il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence –, un petit appartement dans lequel je vis depuis une quinzaine d’années, des cigarettes – que je ne peux pas m’empêcher de fumer –, des livres – que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir. Au fond, de manière curieuse, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça : un état matériel. C’est que personne ne vienne. Que personne ne vienne là où vous êtes. Et peut-être même pas soi.
Mais pour répondre à votre question, la solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. […] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

Source

vendredi 4 juin 2010

A réfléchir ou plutôt... à vivre

"La méditation, c'est passer de la fausse dualité à la véritable non-dualité par la vrai dualité."
Emmanuel Desjardins