jeudi 4 avril 2024

Comment allez-vous ?

Mes chers amis,


Méditer c'est notamment apprendre à observer son esprit, c'est apprendre à observer nos réactions face à ce que nous percevons. Nous souhaitons tous expérimenter, vivre le bien être et éviter le mal être. 

Ce bien être et ce mal être vont uniquement dépendre de nos réactions face au monde, et non, comme nous l'imaginons souvent, du monde lui-même. La vie suit son cours, si nous sommes en accord avec elle, nous sommes heureux, si nous ne sommes pas d'accord, que cela nous rend triste, envieux ou nous met en colère nous serons malheureux.

Pouvez vous observer que la même chose nous mettra un jour en colère et pas le lendemain. Durant la méditation, nous pouvons apprendre à observer ces réactions émotionnelles qui surgissent en nous. 

La première étape c'est de les reconnaître, si elles ne sont pas reconnues, nous risquons d'être emportés dans une réaction émotionnelle que probablement nous n'arriverons pas à vraiment contrôler et qui pourra aboutir à de la souffrance autant pour nous que pour les autres.

Une fois la réaction émotionnelle reconnue, identifiée, nous pouvons voir si nous avons tendance à la suivre, à la rejeter ou à la laisser suivre son cours.

L'invitation dans la méditation est de ne rien faire de ce qui se lève, ni adopter, ni rejeter et de voir ce qui se passe quand on ne fait rien d'une émotion.

Vous aurez peut être la bonne surprise de voir que l'émotion qui est insubstantielle, vide de toute substance, quand on ne la saisit pas, a tendance à se dissoudre naturellement au sein de l'espace que nous sommes.

Mais ne me croyez pas, osez l'expérimenter vous mêmes.

Je vous souhaite à tous une belle journée, conscient et libre de tous les poisons qui peuvent se lever dans votre esprit.

Philippe Fabri

------------------


mercredi 3 avril 2024

Contrôle du contrôle

 


Lors de la méditation d'hier ... nous avons tenté d'explorer notre besoin de tout contrôler, afin de réaliser ce que nous pouvons réellement contrôler.

C'est un sujet important car la sensation de perte de contrôle est à la base de beaucoup de nos colères et donc de notre mal être.

N'oublions pas que nous souhaitons tous mettre fin à notre mal être, mais que nous sommes relativement confus quant à l'origine de notre mal être. Lâcher l'illusion ou la nécessité de devoir contrôler certaines choses et situations pourrait nous permettre de diminuer notre mal être.

Je vous souhaite une belle journée à vous tous, conscient que le contrôle que vous avez sur l'instant qui va juste arriver est relativement limité.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

---------


mardi 2 avril 2024

Un lieu de transformation est une succession de portes...

 

UN LIEU DE TRANSMISSION EST UNE SUCCESSION DE PORTES - ET AUSSI UNE PLAQUE CHAUFFANTE (extrait du "carnet")

« le chemin, c’est le trouble lui même » (Swami Prajnanpad cité par Arnaud Desjardins). 


Pour mûrir, avancer sur la voie, il est indispensable d’être par moments troublé déstabilisé dans ses fonctionnements mécaniques, son image de soi même, ses idéaux, ses opinions et identifications…  

Etre déstabilisé et le rester suffisamment pour avoir le temps, non pas de se rééquilibrer à l’intérieur du système, mais de trouver l’axe … 

Voila qui constitue une condition sans laquelle il n’y a pas d’avancée significative. 

Plusieurs difficultés à cet égard.  

D’abord, pour être déstabilisé, il faut s’exposer un peu, sortir du bois. Il faut d’une certaine manière le demander. 

Et se trouver dans des conditions (étant entendu que si l’on s’y trouve c’est sans doute que cela répond à une demande, même non consciente) qui favorisent cette déstabilisation. 

C’est l’une des raisons d’être d’un lieu spirituel - ashram, monastère, centre de retraite, ou simple maison où prend place un authentique travail -  de proposer des conditions et un contexte propices à la dite déstabilisation. 

Reste que de tels lieux peuvent aussi fonctionner en trompe l’œil, procurer l’impression qu’on y séjourne alors qu’on en a à peine entrevu le seuil, surtout si il est dans leur vocation d’accueillir largement et que leur porte est assez grande ouverte. 

« Frappez et l’on vous ouvrira » …

Oui, mais si la première porte s’ouvre trop facilement, c’est, soit que le lieu se réduit à une belle façade à l’intérieur de laquelle on ne trouvera pas grand chose, soit que cette première porte n’est que le prélude à beaucoup d’autres.

C’est le piège inhérent aux lieux selon toute apparence ouverts, si chargés et porteurs soient ils. Ils peuvent donner l’impression qu’on y pénètre en profondeur alors même qu’on demeure frileusement aux abords. 

En vérité, un lieu authentiquement spirituel n’a pas une  seule porte d’entrée mais une succession de portes auxquelles il s’agit de frapper. 

Une porte s’ouvre, une autre apparait, puis une autre, chacune des portes se révélant, ou pas, en fonction de - ou pas- en fonction de l’avancée, de la maturation et de la demande intime de chaque invité. 

A chacune de ces portes, il s’agit de frapper.  « Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus ». 

Rares sont ceux qui frappent et qui frappent encore et encore, porte après porte.

La première porte facilement franchie,  ils se contentent  - et pourquoi pas, d’ailleurs ? - de demeurer dans l’antichambre et de se nourrir des bruits de la fête, qui leur parviennent depuis l’intérieur du sanctuaire, quitte à parfois confondre l’antichambre et le sanctuaire. Je me souviens si souvent de cette parole d’Arnaud me disant : « ici, on met des casseroles sur le feu. Quand l’eau a un peu chauffé, on retire la casserole du feu avant l’ébullition, puis on en met une autre… » 

Terrible parole. Rares sont les casseroles qui restent sur le feu.

C’est toute la difficulté et le piège d’une fréquentation de la voie en dilettante de bonne volonté. 

Se rapprochant d’une source de chaleur, la casserole que nous sommes va chauffer un peu à feu très doux, avant de se retirer du feu avec une agréable sensation , souvent en se racontant que ça a chauffé fort alors que la température est à peine montée et pas suffisamment pour qu’une transformation s’opère.

Cela dit, pourquoi pas ? 

Il entre dans la vocation généreuse de certains lieux de mettre quantité de casseroles à feu doux pour qu’elles repartent moins froides qu’elles ne sont arrivées. Ce qui n’empêche en rien ces mêmes lieux de proposer des cuissons à haute température pour les casseroles motivées…

D’autres lieux, nécessairement de moindre taille, vont davantage favoriser une manière de cuisson collective. Ce sont ceux où le dispositif dit de sangha joue un rôle actif. 

Là aussi, au final, chacun recevra en fonction de ce qu’il ou elle demande et surtout est prêt à donner, mais le processus peut s’avérer plus collectif.

Non que ce soit magique ; mais de fait, certaines personnes qui n’auraient probablement pas beaucoup bougé dans un contexte plus général se trouvent comme entraînées dans une dynamique d’ensemble qui surpasse parfois leur aspiration individuelle. 

C’est la dynamique de la sangha en tant que communauté soudée, resserrée, et prise dans un processus continu à durée indéterminée.

Dans ce contexte, des personnes insuffisamment motivées  ou pas encore prêtes auront parfois du mal à rester au fur et à mesure que la grande marmite collective chauffe.

Certaines se dépêcheront de s’en retirer dès qu’elles sentiront l’amorce d’un frémissement. 

D’autres, cependant, pas nécessairement plus ardentes, n’en trouveront pas moins une manière de bénéficier de la cuisson collective sans elles mêmes passer par une transformation significative. 

Enfin, chaque lieu authentique a sa grâce et ses possibilités spécifiques. Un grand lieu peut certaines choses qu’un petit lieu ne peut pas, et vice versa.

En vérité, à chaque lieu sa ou ses vocations, à chaque lieu authentique sa place et sa fonction au sein de l’ensemble de ce qu’on appelle la transmission. 

Chacun sera attiré en tel ou tel lieu ou en plusieurs lieux,  selon sa destinée, ses tendances profondes, ses dynamiques sous jacentes.

Gilles Farcet

************

lundi 1 avril 2024

Passage sur terre...


 Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d'années. Il n'emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l'air contre ses tempes, les confidences de l'eau entre ses mains les éblouissements des renards qui croisaient son chemin, de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l'univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu'à la corde ces paroles de l'errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l'herbe, ainsi s'agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d'un visage si humain qu'il en devenait divin. "Mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l'économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l'amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s'éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l'existence de Dieu : on ne s'adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Christian Bobin - L'homme-joie page 153

---------------

dimanche 31 mars 2024

Rire au paradis

 


« J'aime le rire. Je l'aime avec gourmandise, je l'aime tellement qu'il me donne le seul doute quant à la figure radieuse du Christ : pas un seul éclat de rire dans les Évangiles. Il est vrai que les dieux ne semblent pas goûter au rire. Ils vont plutôt du côté du sourire et cependant je ne peux croire que le rire soit laissé comme un os à ronger pour les diables, je ne peux penser que le rire n'a pas sa place en paradis : qui a vu un petit enfant éclater de rire a tout vu de cette vie et de l'autre. »


Christian Bobin, L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994, p. 88


--------------

samedi 30 mars 2024

Manifestations

 


"Enfant, peut-être avez-vous joué avec un kaléidoscope, un jouet très simple et merveilleux. J’en ai quelques-uns dans ma cabane. Il y a des morceaux de matériaux colorés et deux miroirs à une extrémité qui laissent voir de nombreux motifs différents. Chaque motif est une belle manifestation. Si vous la tournez un peu, cette manifestation sera remplacée par une autre manifestation. Chaque manifestation est belle. En tant qu’enfant, vous n’êtes pas triste qu’une manifestation remplace une autre. Les manifestations aussi, même extrêmement belles, ne se sentent pas tristes quand elles cèdent leur place à la manifestation suivante. L’enfant apprécie simplement les changements sans aucun regret car la prochaine manifestation sera aussi belle que la précédente. Il n’y a pas de peur, pas de regret car toutes les manifestations ont le même fond, les petits bouts de couleurs dans le kaléidoscope. Le socle de toutes les manifestations est toujours là. Si vous pouvez toucher ce fondement, les changements ne vous dérangent pas. Vous n’êtes pas piégé par ce corps, vous savez que ce n’est qu’une manifestation. Vous êtes prêt à vous manifester sous une autre forme aussi merveilleuse que celle-ci."

Maître zen Thich Nhat Hanh

----------------

vendredi 29 mars 2024

Prenez vos élèves dans vos bras...

 


Jacques Castermane parle de sa rencontre et de son amitié avec Arnaud Desjardins. 

Enregistré en octobre 2022 au centre Durkheim de Mirmande. 



**********

Source : les films de la table 10


jeudi 28 mars 2024

21 messages

 21 messages à transmettre à chaque membre de la génération suivante :


1. – Tu es un être désiré. Tu es ici parce que l’Univers l’a décidé.

2. – Ressens que tu es libre d’être ce que tu es, ne laisse personne te mettre d’étiquette, ni t’imposer de scénario qui ne correspond pas à ton authenticité.

3 . – Chaque ancêtre de ton arbre est un cadeau à l’intérieur de toi qui doit être utilisé en ta faveur et en faveur de tout l’Univers.

4.  –  Apprend à ne pas demander d’amour, aime simplement.

5. – Crois aux petits miracles quotidiens et sois attentif aux coïncidences, car il y a en elles des messages cachés qui peuvent te guider sur le bon chemin.

6. –  Chaque jour, fais un acte généreux envers un proche.

7. – S’il y a eu des traumatismes dans ton arbre généalogique, guéris-les en agissant.

8. – Laisse-toi guider par ton corps, il est sage. Il t’alertera dans les situations que tu dois éviter, en te faisant ressentir de la tension ou du malaise. Il te dira aussi quand tu seras aligné avec ce que tu es, en te faisant ressentir une relaxation et du bien-être.

9. – Ne contamine pas ton corps avec des toxines ou une mauvaise alimentation.

10. – Quand tu le pourras, sois indépendant. Travaille en utilisant ta créativité et deviens adulte.

11. – Écris un poème chaque jour.

12.- Cherche et provoque des situations qui te font rire.

13. – Aie tendance à partager, à collaborer et à être solidaire.

14. – Quand tu as des problèmes, tu peux les analyser, tu peux en parler, mais sois certain que tant que tu n’agis pas, la transformation ne se produit pas.

15. – Ressens de la GRATITUDE pour tous les cadeaux que l’Univers te fais.

16. – Rappelles-toi qu’en ce plan d’existence, rien ne périt, mais se transforme.

17. – Lis, étudie, connais… expérimente par toi-même.

18. – Ne t’attache pas au matériel. Ne consomme que ce dont tu as besoin.

19. – Ne t’attache pas non plus à quelque croyance que ce soit. Ton corps se renouvelle chaque jour, fais en sorte que tes idées aussi.

20. – Sème chaque jour les  graines qui te viennent du dedans ou de l’extérieur. Ces graines peuvent être des mots, des caresses, de la beauté, des actions. De ces graines germent plus de sagesse, d’amour, d’art et de santé.

21. – Que le territoire qui est au-delà de ton corps, de ta maison, de ton quartier, de ta ville… de la planète et de l’Univers, fasse l’objet de tous tes soins.

Alejandro Jodorowsky

-----------------

mercredi 27 mars 2024

La conscience éveillée

 Article rédigé par Sabine Dewulf

Je viens d’achever la lecture du tout nouveau livre des éditions Accarias-L’Originel : Râmana Mahârshi et J. Krishnamurti, « La conscience éveillée – Instructions spirituelles, entretiens, témoignages inédits », Présentation, traduction et notes de Patrick Mandala, éditions Accarias L’Originel, 2024, 155 pages, 16 €. Et je partage avec plaisir ma recension de cet ouvrage.


Pour tous ceux qu’intéressent ces deux sages, voici un livre particulièrement intéressant, pour différentes raisons. D’abord, comme tous les livres de cet éditeur, il s’agit d’un ouvrage très précisément documenté. En outre, il met leurs enseignements respectifs en perspective, l’un par rapport à l’autre. Enfin, il apporte également des éléments relatifs à chacun d’eux, envisagé séparément. Notons que tout cela s’organise sans provoquer de lassitude : les comparaisons comme les présentations séparées alternent avec souplesse ; elles sont d’ailleurs écrites par différents témoins ou spécialistes et occupent des espaces assez brefs, pour une lecture très agréable…
Dans les deux premières sections du livre, les articles de divers auteurs tracent des parallèles entre le Mahârshi et Krishnamurti, sans négliger leurs divergences : Douglas Harding (un sage anglais dont l’enseignement fut des plus précieux) expose des « différences et rencontres sur le fond » ; puis Patrick Mandala nous propose des « Regards croisés » entre le « questionnement » de Krishnamurti et l’« investigation » de Râmana Mahârshi et leurs « méthodes d’enseignement ». Plus loin, grâce à Robert Powell, l’un des pionniers de la transmission des enseignements non-duels en Occident, nous découvrons un chapitre consacré aux divergences et convergences des conceptions de « la conscience éveillée » chez ces deux maîtres. Plus loin encore, le petit-neveu de Râmana Mahârshi, Swâmi V. Ganesan, explore leur approche de l’« investigation » et de l’« identité ».
Quant à la troisième partie, elle est entièrement consacrée à Krishnamurti, à travers une discussion que le sage mena avec des philosophes et des scientifiques, un entretien qu’il eut avec un journal de New York, aujourd’hui disparu, puis des textes littéraires très rafraîchissants : un poème datant de 1928 et cinq extraits des « Petites pièces » écrites spontanément, sans subir de retouches.
Dans la deuxième partie du livre, Krishnamurti est encore présent, à travers deux articles : l’un est écrit par Maurice Frydman, devenu Swâmi Bharantânanda, et dont l’un des intérêts est de pointer du doigt certaines similitudes avec l’enseignement d’un autre grand sage, Swâmi Prajnânpad, dont Arnaud Desjardins fut le disciple ; l’autre est de la main du Dr. Susunaga Weeraperuma, son biographe. En ce qui concerne Râmana Mahârshi, une part de son enseignement est disponible sous la forme d’un Satsang décomposé en 19 questions-réponses qui occupent une vingtaine de pages, dans cette même deuxième section.
Pour ma part, j’ai été frappée par les convergences qui relient ces deux enseignements, même si Krishnamurti est présenté comme un sage moins constant, avec des moments de retour à notre condition duelle, que le Mahârshi. Mais j’ai aussi été intriguée par une divergence majeure, perceptible à travers les deux définitions que nous offre Robert Powel du terme « conscience » tel qu’il est employé par les deux hommes. En effet, pour Krishnamurti, « la conscience est le sens du « je suis », de l’Êtreté – l’Être ou la Conscience universelle -, résultant de la transcendance de l’observateur psychologique ou du « je » ». Pour Râmana Mahârshi, en revanche, ce mot semble désigner le stade ultime de la réalisation dans la mesure où « la conscience est identique au Soi ou à l’Absolu, qui est réalisé lorsque, à terme, le « Je suis », ou la Conscience Universelle est transcendé. » (p. 61-62)
Pour terminer, voici deux citations de ces sages qui ont retenu mon attention.
« Vous ne pouvez pas atteindre le Soi puisque vous l’êtes déjà !
Le changement n’est qu’une pensée. Dès l’instant où apparaît la pensée « je » toutes les autres pensées se manifestent. Aussi, voyez bien à « qui » elles se présentent. Dès l’instant où vous les transcendez et demeurez à la Source, elles disparaissent, c’est-à-dire qu’en remontant à la Source de la pensée « je », le Moi parfait est réalisé. « Moi », c’est le nom du Soi. »
(Râmana Mahârshi, p. 42)
« Immobiles étaient mes membres,
Détendus et en paix.
Une joie d’une profondeur insondable
Remplissait mon cœur.
Ouvert et vif était l’esprit – concentré.
Oublieux du monde transitoire,
Une force tout entière me pénétrait.
Comme la brise d’Orient,
Qui soudain surgit,
Et apaise le monde fatigué
Là, devant moi,
Assis, jambes croisées, tel que le monde le connaît,
Dans ses robes jaunes, simples et magnifiques,
Se tenait le Maître des Maîtres. »
(Krishnamurti, extrait du poème intitulé « L’Ami immortel », p. 138-139.)

-------------------

mardi 26 mars 2024

"Joy is in action, not in planification."

 


"Joy is in action, not in planification."

J'entends encore Swamiji prononcer ce mot "Do !", "Agissez !".
"La joie est dans l'action, pas dans la planification. "
Parmi mes souvenirs les plus intenses de Swamiji, il y a cette incitation à l'action, pas dans le domaine spirituel à proprement parler mais dans le domaine de nos existences concrètes : entreprenez, accomplissez, réalisez, réussissez - ce que vous voulez.
C'est dans le monde où nous vivons, qui n'est pas un monde de moines zen ni de moines trappistes, que nous avons à agir consciemment, délibérément, lucidement.

source : La Voie et ses pièges, chap. "L'action libératrice".
tiré de "Les formules de Swami Prajnanpad"

---------------------

lundi 25 mars 2024

Il faut parfois demander pardon

 

il faut parfois demander pardon

au crépuscule
pour les chagrins causés
les peines infligées
dans l’insouciance des commencements
la fébrilité des premiers pas
l’ivresse de la cueillette
il faut parfois demander pardon
dans la pénombre
pour ce que l’on ne savait pas
pour ce que l’on ne voyait pas
dans l’éblouissement du plein jour
tout étant consommé
il faut parfois demander pardon
pour ce sur quoi on ne peut plus rien
hormis demander pardon
invoquer les visages, les noms
mesurer sa misère
et simplement
demander pardon
et au final s’aviser
que c’est à soi même
qu’il faut
demander pardon
car c’est l’intégrité
de soi même
que l’on a blessé
c’est sa dignité propre
à qui l’on a manqué
c’est son intime vérité
que l’on a évitée
à travers cet autre
que je n’ai pas honoré
c’est bien mon innocence
qui a été bafouée
c’est bien ma personne
que je n’ai pas su aimer
ma personne,
la tienne
la vôtre
la leur
et
quand tout est vu
la personne
dont la mienne
la tienne
la vôtre
la leur
sont autant
d’uniques déclinaisons
la personne
hors laquelle
il n’est pas de pardon

Gilles Farcet

-----------------

dimanche 24 mars 2024

Anne Le Maître : « Le silence conduit au cœur profond » (2)


Le silence peut être perçu comme une perte de temps… Vous, vous croyez au contraire à sa fécondité ?

Oui, et j’aime l’image de la jachère : parfois, ne rien faire est plus fécond que faire. Si cela est avéré en agriculture, pourquoi cela ne serait-il pas vrai pour nous aussi ? En passant pendant deux ans dans mon petit jardin à écouter les oiseaux, j’ai réalisé qu’il y en avait 41 sortes différentes. La fécondité de cette écoute ne fut pas seulement l’identification de 41 espèces, elle engendra aussi une prise de conscience le jour où il en manqua un : je mesurai alors l’effondrement biologique, et, face à cette réalité insupportable, je me mis dans l’action en m’engageant dans l’écologie. L’idée de jachère prend ici tout son sens : dans mon silence du matin, j’ai longtemps ignoré que 41 sortes d’oiseaux se cachaient dans le jardin. Le silence permet une autre perception du réel. Il nous rend plus poreux à ce qui nous entoure, et offre ainsi la possibilité de se laisser toucher et rejoindre.

Si le silence est fécond, il peut aussi être mortifère…

On parle de « silence de mort ». Il y a le silence des victimes et celui des bourreaux. Le silence de celui qui n’a pas la place de s’exprimer, et du témoin qui ne veut pas voir, pas dire. Le silence comme négation de l’être, de ce que vit l’autre : ceci n’existe pas, je ne veux pas entendre ta parole. On le voit notamment avec les abus sexuels. C’est là le contraire du silence d’écoute. Il y a aussi le silence enfermant, de la personne qui ne peut plus parler en elle-même, parce qu’elle est, par exemple, en dépression. Il faudra beaucoup d’écoute pour parvenir à la faire sortir de ce silence…

Alors que nous aspirons, dans une société très bruyante, à de plus en plus au silence, ce dernier nous fait peur…

Il y a peut-être, dans ce paradoxe, une réaction de survie : nous vivons dans une société de la sursollicitation permanente, en bruit, en sons, en monde. En images aussi – qui génèrent du bruit intérieur. Nous avons du mal à échapper aux écrans dans l’espace public, cela envahit nos cerveaux. Sans parler de nos téléphones qui nous envoient des notifications. Notre organisme en pleine overdose voudrait être plus tranquille et dans le même temps, s’il est enfin moins sollicité, on se sent esseulé, comme mort. Si la relation n’est que sur le mode de la sursollicitation, alors l’absence de sollicitations reviendrait à absence de relation. Là se niche peut-être l’angoisse, en partie. Et pourtant : si le langage est relation avec l’autre, le silence peut aussi être relation. Merveille du silence partagé dans l’amitié ou l’amour… Pouvoir se taire à deux, c’est vivre ensemble la présence.


Notre société est aussi celle de la performance, de la frénésie, du rendement…

Et le silence, lui, est gratuit et prend du temps… Le risque de nos sociétés hypermatérialistes est de nous vider de l’intériorité. Et ce qu’il reste de l’intériorité, on nous le vend sous forme marchande : multiplication de stages de développement personnel, de yoga, de jeûne, etc. Loin de moi l’idée de condamner tous les stages, mais il s’agit de faire preuve de discernement et il y a des miroirs aux alouettes. La gratuité est d’ailleurs suspecte et c’est comme les stages de jeûne où vous payez très cher le fait d’être encadré pour ne pas manger : j’imagine que si l’on avait réussi à mettre un prix au silence, il y aurait des marchands de silence.

Vous faites le lien dans votre livre entre le silence et le jeûne…

Dans les deux, on creuse pour faire place à l’inattendu. Car, si on attend quelque chose, on ne fait pas réellement place. L’inattendu est comme la Résurrection. Quelle surprise pour les apôtres face au Christ ressuscité ! On retrouve cet inattendu dans la Nativité, faisant suite à l’Avent, temps d’attente et de silence : un roi enfant né dans une mangeoire… Jeûner de bruit, pratiquer « l’abstinence des lèvres », comme l’écrit Nathalie Nabert, dans le Maître intérieur, n’a ainsi pas pour but d’attendre quelque chose de précis, au contraire. La fécondité est la possibilité d’un surgissement quel qu’il soit. D’un projet, d’une parole, d’une rencontre.

Dans le silence comme dans le jeûne, la question du manque est cruciale…

Le silence nous fait éprouver le manque, car il nous oblige à nous asseoir et à nous poser les vraies questions. À revenir à l’essentiel. Or, face à une société du plein, du gavage, avec trop de bruit, de calories, de choses à acheter ; une société qui répond toujours à la satisfaction immédiate du besoin et du désir, se découvrir habité par le manque – et je pense qu’il est consubstantiel à ce qu’on est – me paraît un remède sain. Car c’est en se vivant dans l’incomplétude qu’on ira chercher ailleurs, qu’on s’ouvrira à la relation à l’autre et à Dieu.

-----------------------

samedi 23 mars 2024

Anne Le Maître : « Le silence conduit au cœur profond » (1)


Gratuit, subversif et fécond, le silence n’a jamais été autant désiré et recherché dans une société bruyante, invasive et consommatrice. Entretien avec Anne Le Maître, autrice d’« Un si grand désir de silence » (Cerf), qui a reçu en 2023 le prix de la liberté intérieure.

Interview Anne-Laure Filhol


Quelle définition donneriez-vous au silence ?

Il n’est pas forcément l’absence de bruit. C’est un état intérieur d’apaisement du tumulte en soi. Le silence permet à la fois d’être davantage dans la justesse vis-à-vis de son être intérieur et beaucoup plus disponible à ce qui arrive. Les deux s’enrichissent simultanément et si l’un va sans l’autre, il y a déséquilibre. Le silence est ainsi ce lieu intérieur dans lequel le dialogue entre ce qu’on est profondément et ce qui advient dans la relation avec les autres peut s’épanouir.

Le silence intérieur est-il l’absence totale de pensées ?

Non, c’est même l’inverse. Le silence intérieur est ce moment – ou ce lieu – où les pensées incessantes, où les mouches que l’on a dans la tête (« Il faut que je sorte la lessive de la machine à laver, que je prenne rendez-vous avec telle personne… ») se calment. Nous avons plusieurs niveaux de conscience de soi. Le silence intérieur est peut-être moins la pensée et davantage ce qu’il se passe à un niveau plus spirituel. Lorsque je fais une retraite ou que je pars marcher, plusieurs jours sont nécessaires pour que je descende dans le lieu du cœur, qui n’est pas un endroit où je ne pense pas, mais où je pense juste. Un lieu où je suis reliée à quelque chose qui est une source profonde, à une énergie vitale. Aussi, comment fait-on pour prendre une décision de vie ? Ne faut-il pas se taire et se rendre compte à un moment que la décision est prise ? Quelque chose s’est joué dans le non verbal.

Le silence conduirait donc au cœur profond…

Sans aucun doute. Et quand on est croyant, on peut y voir la présence de Dieu…

À force de faire le vide en soi, n’y a-t-il pas dissolution de l’être ?

Telle est la question angoissante : qui suis-je quand je ne parle pas ? Pourtant, si je me tais, ce n’est, la plupart du temps, pas le vide que je vais rencontrer, mais du plein. Du plein d’être. Prenons un exemple : vous êtes en forêt avec des amis, il fait beau, les oiseaux chantent. Au bout d’un moment, vous décidez de vous asseoir et de vous taire. Et plus vous allez vous taire, plus vous allez percevoir tout ce qu’il se passe : prendre conscience de la diversité des oiseaux – qui vont peut-être chanter plus fort parce que vous les dérangez moins –, des arbres, des plantes… De faire diminuer quelque chose de sa propre présence envahissante va ainsi faire surabonder le reste. Dans le silence, il y a de la surabondance en soi (de sensations, de réflexions de souvenirs) et à l’extérieur de soi.

Avant d’accéder à cette surabondance dont vous parlez, n’aurait-on pas peur de l’ennui ?

Je crois que l’ennui n’est que le début de l’angoisse du vide. Et en général, on s’arrête à l’ennui et on le comble d’une manière ou d’une autre. Là réside le divertissement pascalien, nous détournant de l’essentiel : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Le silence nous renvoie ainsi à notre finitude, à la mort, et nous sommes souvent réfractaires à regarder en face cette idée inconfortable. Le silence requiert un certain travail, certaines conditions…

Quelles sont-elles ?

Dans mon cas, c’est d’abord de considérer la possibilité du silence comme un état de fécondité et non pas de perte. Puis d’identifier ce qui constitue un écosystème favorable pour qu’à certains moments il y ait ces silences dans ma vie. Cet écosystème démarrait dès le matin, quand je ne vivais pas seule : je me levais souvent une heure avant le reste de la maison. Un temps où je passais une heure à boire mon thé et à réfléchir, où surgissait parfois une envie d’écrire ; de prier à d’autres moments. C’était un temps d’ouverture. Ensuite, je m’impose une certaine discipline, en restant vigilante pour discerner les moments où je me laisse trop aller, lorsque par exemple je me connecte quatre fois en quelques heures à un réseau social. Aussi, mon besoin de silence est nécessaire, pour mon équilibre intérieur et l’écriture. Si je suis donc trop longtemps dans le bruit et que je suis mal, je rentre chez moi, renonce à voir telle ou telle personne, je me passe d’écrans. La troisième condition est à mes yeux le travail, au sens de la persévérance dans ce modèle-là.

------