samedi 6 mai 2023

En chemin


Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin
Tout passe et tout reste
Mais il nous revient de passer
Passer en faisant des chemins
Des chemins sur la mer 

Toi qui chemines, ce sont tes traces,
Le chemin et rien de plus ;
Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant 

En marchant le chemin se fait
Et quand on se retourne pour voir
On voit le sentier que jamais
L’on n’aura plus à fouler

Antonio Machado , Caminante, no hay camino

vendredi 5 mai 2023

Le choix des pensées



Vous avez certainement déjà remarqué que vous ne choisissez pas vraiment vos pensées, elles apparaissent, elles surgissent, sans que vous ne fassiez rien.

Votre libre arbitre, quand vous prenez conscience de la pensée qui a surgi, est de suivre ou ne pas suivre cette pensée, de réaliser que son contenu n'est pas toujours vrai (notamment les jugements), que si vous discutez avec cette pensée, vous allez créer une autre pensée jusqu'à cela devienne un véritable tumulte mental.

D'une certaine façon toutes les pensées que vous cultivez vont revenir et celles que vous ne suivez pas vont perdre de leur force et finalement ne plus revenir.

Pour modifier nos pensées, nous pouvons aussi prendre l'habitude de cultiver des pensées altruistes, des pensées de générosité, de courage, de patience...

Changer le monde et changer les autres est au-dessus de mes forces et ne correspond pas vraiment à ce que je souhaite. Changer ma vue sur le monde est par contre possible.

Puis-je réaliser

  • que tout est impermanent et donc peut-être précieux ?

  • Que tout dépend de causes et de conditions, qu'aucun phénomène, aucune perception n'existe seul, par lui-même. Tout est toujours la conséquence d'autre chose selon les conditions du moment.

  • Que tous les êtres souhaitent être heureux.

  • Que tous les êtres ne souhaitent pas souffrir.

  • Que l'immense majorité des êtres est inconsciente des conséquences de ses actes, preuve en est qu'ils réalisent des actes qui font souffrir les autres et qu'ainsi ils n'empruntent pas le chemin du bonheur.

Je vous souhaite à tous une belle journée sur le chemin du bonheur.


Philippe------------

jeudi 4 mai 2023

Stratégie de survie, encore et toujours

 Un homme que j’accompagne depuis plus de vingt ans me parle de ce qu’il observe de sa « stratégie de survie » telle qu’elle se manifeste sur le vif, à travers des réactions intérieures et extérieures. 


Ce qu’il y a de remarquable avec cette fameuse stratégie de survie, c’est qu’elle peut s’énoncer en quelques phrases, lesquelles n’auront rien d’extraordinaire pour un auditeur non averti, et qu’elle ne bouge pas au fil des années, des décennies, de l’existence toute entière. 

Elle ne se modifie en rien. Ce que cet homme perçoit maintenant avec tant d’acuité était là il y a vingt ans. De fait, nous l’avons déjà abordé ensemble à maintes reprises, et presque dans les mêmes termes. 

Ce qui change, ce n’est pas la stratégie c’est sa conscience à lui du degré auquel cette stratégie le manipule. 

En pratique, cette stratégie n’est rien d’autre que l’ego et le mental au niveau du noyau, la façon dont l’ego et le mental se sont cristallisés chez cette personne particulière. C’est précisément pourquoi la prétention à émerger du principe ego est naïve.

 L’ego n’est pas un principe, c’est chez chacun de nous un fonctionnement certes régi par des lois impersonnelles s’appliquant à tous (l’ego-centrisme) mais qui s’articule de manière quasi unique chez chacun. 

Voilà aussi pourquoi la distinction entre psychologie et spiritualité s’avère au final artificielle. 

Il y a bien un « niveau spirituel » à distinguer du « niveau psychologique ». 

Mais dès lors qu’il s’agit de « Travail » de "liberté", les deux s’interpénètrent continuellement. 

Oui, le niveau spirituel en lui même n’est pas affecté par le niveau psychologique ; oui ce niveau spirituel est en lui même radicalement libre, non dépendant, non inscrit dans le temps, l’espace, l’histoire … 

Et l’erreur fatale consiste à croire, encore une fois naïvement si on y réfléchit ,qu’une forme humaine (donc une personne) pourra en tant que forme fonctionner dans le monde des formes à partir de ce niveau spirituel sans que quoi que ce soit de la forme interfère et colore.

Erreur qui amène à considérer (ce qui est bien pratique) que l’ « éveil » se passe de tout contexte et donc à négliger, même pas le travail « psychologique » mais tout simplement … le « Travail », le travail sur cette matière humaine à travers laquelle le niveau spirituel va s’exprimer, se manifester. 

Cette négligence conduit à tous les abus, à toutes les illusions, à toutes les « chutes » malheureusement si fréquentes dorénavant chez nombre d’enseignants se voulant « éveillés ». Ils ont négligé le contexte, voire utilisé  « l’éveil » comme un alibi pour s’économiser le « travail ». Dangereuse négligence à moyen terme. 


J’ai relu récemment des notes prises il y a quelques années à propos de ma propre « stratégie de survie ».  Et j’ai été frappé de constater comment tout était déjà clairement articulé dans ces notes. Et comment, pourtant, il m’est nécessaire d’y revenir, encore et encore, tant qu’il en reste ne serait ce que des bribes actives. 

En vérité, sur la voie, on ne fait que tourner autour du noyau, en cercles concentriques. On tourne autour, on s’en rapproche. Plus on s’en rapproche plus c’est « chaud ». Jusqu’à traverser le dit noyau. Le trou de l’aiguille. Voir le traverser plusieurs fois car il a la vie dure. 

C’est cela « le travail ». Combien de personnes pourtant sincèrement touchées par « la voie » ne le soupçonnent pas encore ? Et ce travail se situe tellement à l’opposé des fascinations actuelles pour l’immédiat, la soi disant approche « directe ». Comme si il existait des approches "indirectes" empruntées par quantité de pauvres gens tenant absolument à perdre leur temps ...

Gilles Farcet (extrait du "carnet")

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mardi 2 mai 2023

Vers une conscience vivante

 Voici mes impressions après la lecture du nouveau livre "Vers une conscience vivante" de Jean Bousquet, éditions ACCARIAS L’ORIGINEL, 2023, 187 pages.

« Apprendre à vivre sans refuge conceptuel est garant de la plus haute sécurité. » (p. 41)

Ce livre de Jean Bousquet, conférencier et écrivain, se compose de 43 chapitres thématiques, du « temps d’une vie » à la « libération spirituelle », de longueur variable et de contenus divers, du texte élaboré à la succession d’aphorismes. Il nous invite avant tout à demeurer au cœur de nos questions, de leur exigence vitale, en oubliant les réponses, qui toutes ne pourront que nous conduire à une fausse sécurité. Il passe en revue les grands domaines de l’existence superficielle qui est la nôtre – de la société mercantile, néo-libérale, sur-consommatrice, qui dégrade et saccage les ressources planétaires, à l’intelligence artificielle – et propulse dans notre esprit un grand souffle libérateur.
La syntaxe et le vocabulaire utilisés en témoignent : il ne s’agit pas ici de nous proposer une nouvelle sagesse ou une nouvelle méthode spirituelle, mais au contraire de balayer et de dissoudre… Aussi les phrases sont-elles volontiers marquées par la négation. On y relève des adjectifs puissants comme « radical », « vertical », « crucial », « sauvage », « invincible », « inconditionnelle », « incommensurable », des déterminants absolus tels que « tout », « aucun », des adverbes tranchants comme « rien », de vigoureux substantifs comme « soif », « cataclysme », « brasier », des formules décisives, à l’image de « cri vers la Lumière », « Révélation fulgurante », « immensité inembrassable », « indispensable arrachement aux habitudes délétères, mortifères » loin du « marécage de l’accoutumance à un monde, à une vie sans perspective, à une vie coupée de l’Esprit, sans joie réelle, sans amour, sans renouveau ». L’auteur utilise également le mode impératif, ainsi que des figures de style particulières, par exemple cette métaphore filée, en s’adressant directement à nous pour rendre l’impact de ses mots encore plus intense et frappant : « Imaginez que vous entrez dans un appartement situé en étage […]. Il arrive un moment crucial, critique, où tout ce bric-à-brac psycho-mental vous pèse, oui, vous devient insupportable »… Ailleurs, il emploie l’antithèse, seulement marquée par le point-virgule : « Toutes les formes meurent un jour ; la Vie demeure éternellement. » Ou bien ce néologisme qui dit bien ce qu’il veut dire : « mots-cages ». Ou encore l’énumération de synonymes et de sonorités, la répétition de mots ou l’anaphore, qui assènent leurs coups de marteau : « fermée, fixe, figée, finie, définitive, donc morte » ; « Plus rien à gagner ; plus rien à perdre non plus. »
On l’aura compris, cet ouvrage de Jean Bousquet nous invite perpétuellement à la « révolution » intérieure. Il met en garde contre tous les pièges spirituels, y compris ceux de la méditation. Il martèle, tranche dans le vif, nettoie et rafraîchit. Un livre qui ne fait pas semblant et qui décape, inattendu et salvateur !
Voici un bouquet de citations qui m’ont particulièrement frappée :
● « Lorsque des traditions spirituelles affirment que le monde est illusion, ce n’est pas tant de la matière qu’il est question mais de l’inévitable biais cognitif-perceptif de notre conscience inconsciente d’elle-même. »
● « C’est indescriptible et pourtant très simple : c’est comme c’est ; une évidence indiscutable à laquelle on se rend enfin. Il n’y a rien à en dire, rien à en penser ; on ne peut ni l’aimer ni la détester, tant elle emplit tout ; ce serait encore s’en éloigner, l’envelopper de chimères, la cacher de nouveau. La réalité, c’est ce qu’il reste quand il n’y a plus rien. »
● « La vraie pensée est au-delà des mots. La vraie pensée est silencieuse. »
● « Comme pour tout, il y a un prix à payer pour pouvoir se tenir sereinement et durablement debout sur le terrain solide de la vérité. »
● « La conscience vivante n’est pas un mécanisme de la pensée. La conscience vivante est un voyage sans destination ; nous « n’arrivons » jamais, nous restons simplement vivants, alertes, en éveil. »
● « Seule la Vie crée ; l’être humain ne sait que reproduire, imiter, multiplier ; et bien souvent, seulement se reproduire, s’imiter, se multiplier. »
● « Ceux qui se dépouillent de tout mouvement interne se connectent au simple. »
● « Personne n’est droit. Personne n’est vertical. Personne n’est l’intermédiaire parfait entre ciel et terre, le « paratonnerre » idéal. Tous penchent d’un côté ou de l’autre, suivant des inclinations irrépressibles, ataviques, viscérales, structurelles, cellulaires, innées. »
● « La chute cesse lorsque plus rien en moi ne résiste à la chute. »
● « L’acte authentique, libre de tout devenir ou intention spatiotemporels, dénoue les liens, tranche les nœuds, enseigne sans paroles : il délivre le présent. »
● « Consulter la mémoire est une activité bruyante autant qu’inutile, pleine d’espoir fébrile et d’anxiété, finalement frustrante. Rien de neuf ne peut en sortir. Or le silence absolu est toujours neuf, toujours vierge, toujours surprenant, toujours émerveillant. »
● « Ne vous enfuyez pas, ne résistez pas, ne dissimulez pas, mais voyez ! C’est cela, être vide ; c’est cela, le vide libérateur ! »
● « Donner presque tout, jeter presque tout dans le feu de la vérité, est insuffisant, inutile. Un engagement total – non pas dans une organisation, non pas dans une foi quelconque en une quelconque divinité – est le minimum exigible. »
● « Le septième sens n’est pas un ajout, une nouvelle excroissance ou propriété de la personne humaine issue de l’évolution. Il est le résultat d’un retournement, d’une révolution interne spontanée, d’une rupture radicale avec tout le fonctionnement ordinaire (ou extraordinaire ) de la personne (pensée, sentiment, désir, émotion, activité) - d’un adieu conscient à toute la confusion reconnue telle qu’elle est. »
● « Le vide est la seule réalité permanente ; tout ce qui vient l’emplir ou le traverser n’est que passager, transitoire. »
● « Il n’existe pas de mauvais choix ; seulement des choix conscients et des choix inconscients. »
● « Le feu de l’attention est un feu de joie libératrice. En consumant ce qui est mort en nous, il redonne la vie. »
● « La peur de l’ego n’a pas d’autre fondement que l’existence même de celui-ci ; l’ego est la peur, l’ego est la mort. […] La mort de cette mort est Vie véritable. »
● « La libération spirituelle passe immanquablement par des actes posés en toute conscience, des engagements mesurés et conséquents. Chaque pas prépare l’envol, mais les pas, aussi nombreux soient-ils, ne peuvent suffire à eux seuls. Un élément mystérieux, très individuel et intime, doit être ajouté ; un levain seul capable de faire monter la pâte soigneusement pétrie. Ce levain est la soif spirituelle, réelle, authentique, puissante, inextinguible, qu’aucun enseignement, aucune pratique, aucune appartenance ne saurait faire naître ni étancher. »

Par Sabine Dewulf
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lundi 1 mai 2023

Le besoin de vivre

 


"Ce n'est pas ce que je voulais !...
Mais peut-être que c'est ce dont j'avais besoin"

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dimanche 30 avril 2023

Comment… entrer dans la contemplation


Partout, dans les Évangiles, Jésus est d’abord un contemplatif : « Il le regarda et il l’aima » (Marc 10, 21). Cet état nous met dans les bonnes dispositions pour recevoir ce qui nous émerveille. Avec de l’entraînement, c’est possible au quotidien, dixit celle qui a passé plus de 180 jours dans un lit d’hôpital, à 37 ans !


1. Traquer la beauté…

…dans une tasse de café, un rayon de lumière. Une fois, lors d’un voyage en famille en voiture, nous passions sur un pont. L’eau offrait un tel reflet turquoise que j’ai fait arrêter tout le monde, juste pour le saisir. Ça a renâclé, mais pas trop. Ils savent que je suis plus disponible quand je me permets ce genre de chose ! Plus je m’abreuve de ce qui me transporte, plus je vis pleinement.

2. Consacrer du temps

Trente minutes gratuites, devant quelque chose de beau. Ne rien faire. Juste écouter, détailler les couleurs sans chercher un résultat, une analyse. Les effets, à ce stade, peuvent déjà être très bénéfiques. Un jour de grande colère, cette étape-là m’avait déjà permis de sortir de ma rage, avant même de peindre.

3. Regarder avec attention

J’observe cet arbre en hiver. Évidemment, il doit être gris. Pourtant n’y vois-je pas des nuances de mauve ? Laisser faire son impression, sans enfiler ses propres lunettes, ouvre des perspectives étonnantes. Pourquoi ne pas prendre de quoi dessiner ? Écrire ? Tenter de garder cette émotion sous une forme concrète permet de la choisir. Or, on devient ce qu’on choisit. La beauté transforme.

4. Ne pas chercher à bien faire

Petite fille, j’aimais reproduire des tableaux. Une fois, j’achoppais sur un visage. Je n’arrivais pas à faire la bouche. Je cherchais trop à « bien » faire. Mon père me glisse alors ce conseil : « Mets du violet sur la lèvre supérieure et du rose dessous. » Deux couleurs pour une même bouche ? Il avait raison. Ça m’a débloquée et ouvert un monde de possibilités.


Elo de la Ruë du Can



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Pour en savoir plus : 
Élo de la Rüe du Can : La foi par l'art et la matière

Première artiste à exposer sur les grilles des Invalides à Paris, cette dessinatrice designer est une combattante. Après une chute qui, depuis 2018, la cloue dans un fauteuil roulant, cette mère de cinq filles raconte l’épreuve et sa constante recherche de Dieu.

Par Emmanuelle Ollivry

Je me réveille à moitié morte, en ce jour de mars 2018. L’échelle a glissé et je viens de me briser la colonne vertébrale. Briser un monde aussi. Je suis artiste et designer textile. J’ai travaillé pour Dior et consorts, dessinatrice des fashion-weeks européennes… Dans ce milieu, une fille, c’est d’abord une démarche. Et là, je viens de changer d’univers en quelques fractions de seconde.

Je suis comme passée au cœur d’un réacteur d’avion. Impossible de situer le sol ni le plafond. Mes muscles s’évaporent, mais je me sens aussi comme absorbée par le plancher et plus rien ne fonctionne en dessous de ma taille. Entre rage et découragement, en constatant l’étendue de ce qui grippe la mécanique, je mesure en même temps l’extraordinaire complexité du corps humain. Commencent alors de longs mois d’hospitalisation et de questions.

Cette machine si complète peut-elle être conçue par autre chose qu’une intelligence divine ? Remarcherai-je un jour ? Quand retrouverai-je mon mari, Romain ? On se voit déjà si peu, du fait de son métier, auréolé de mystère. Après les Forces spéciales, le renseignement. Ça veut tout dire et rien dire à la fois. Je ne sais jamais où il part, ni combien de temps. Comment gérer nos cinq filles, dont la dernière n’a pas 18 mois ? Une seule réponse campe dans mon esprit : Dieu ne peut vouloir ma souffrance abyssale. Ce serait intenable.


Un catéchisme pétri de règles et de grands principes

Pourtant, on m’a enseigné tout autre chose. Mon enfance est un improbable pari, mixant catéchèse janséniste de ma grand-mère et quotidien joyeusement foutraque, quasi exempt de règle. D’une part, je navigue dans une atmosphère bohème : profusion de pastels à disposition, fragrances de cire de fonderie, super-platine vinyle dont les notes jazzy font souvent oublier les tartes dans le four.

Avec mes quatre frères et sœurs, je partage un grand loft à Trappes, où se trouvent également les ateliers de mes parents (père sculpteur, athée, et mère catholique, peintre prolifique). D’autre part, toute la fratrie suit un catéchisme rigoureux, dans sa version presque juridique. Il faut connaître la cartographie des péchés (véniels ou mortels) hisser la souffrance au rang de vertu, connaître les prières susceptibles de nous obtenir des indulgences.

Moi, je ne crois pas en un Dieu comptable. J’ai l’intuition qu’il passe par la matière, les sens, l’odeur de l’encens, les couleurs, les attitudes, le cœur. Par exemple, quand à 10 ans, je fais une randonnée à la montagne, je suis saisie par la beauté époustouflante d’une clairière. Ça me remplit tellement de l’intérieur que j’y vois une manifestation concrète de Dieu dans ma vie. Un peu à la manière d’un saint François d’Assise qui accepte de devenir pauvre, voire antisocial, pour rencontrer son Seigneur dans la création. En écoutant, observant, touchant.

À 25 ans, je suis également bouleversée par une messe de Pâques ukrainienne. De véritables armoires à glace testostéronées y embrassent le sol avec vigueur pour manifester leur petitesse devant le Seigneur. Dans le geste de ces hommes, consentant à s’abaisser, je perçois encore une manifestation de ce Dieu qui nous dépasse.

Avec le catéchisme de mon enfance, pétri de règles et de grands principes, j’avais pensé que croire consistait en une marche à suivre technique, aux étapes préétablies. Ces moments de grâce me poussent plutôt à chercher des réponses dans la contemplation, la matière, voire le travail de mes mains, comme l’artiste que je deviens. Cela explique mon ­attirance pour la vie de mon oncle Joseph, moine portier à l’abbaye de Wisques (Pas-de-Calais) où se fabriquent quantité de cartes de première communion artisanales, joliment ouvragées.


Il m’emmène, dès mon plus jeune âge, dans l’atelier de gravure, me fait plonger dans ce quotidien équilibrant, entre prière et travail. Cette vie créative au service du spirituel, ça a du sens. C’est ainsi que je rencontre vraiment Dieu. J’en reçois d’ailleurs une confirmation très forte, à 21 ans.

Témoignage de foi par l'art et conversion

J’entre alors à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris où je côtoie une étudiante, Clarisse, au destin singulier. Dans tout son travail, elle brandit sa foi. Un peu à la manière du Greco, ce théologien qui se sert de la peinture comme d’une chaire. Ainsi, lorsqu’elle crée une splendide robe en feuilles d’or, elle la conçoit délibérément pour la Vierge et en témoigne. Or, cette jeune fille meurt dans un accident de voiture, au beau milieu de son cursus dans l’enseignement supérieur, le jour de Pâques. Toute la promotion est chavirée et assiste à l’enterrement, dont le livret est orné d’un magnifique pommier en fleurs.

En regardant son parcours, je ressens une forme de plénitude qui m’appelle à, moi aussi, ajuster vie intérieure et travail, pour traquer le beau, et pas seulement représenter ce qui s’offre à mes yeux. Son témoignage de foi par l’art rejoint mon aspiration à contempler l’Invisible dans la création. J’expérimente que Dieu passe par la matière pour nous toucher. À cette période, je lis la Bible et je médite 30 minutes à une heure chaque jour. Pendant ce temps, je ne fais « rien ». Je me laisse transformer, je vais à l’adoration, je cherche la porosité entre visible et invisible.

Crise majeure et avancée dans la foi

Puis, à peu près au moment où je mets au monde ma première fille, je traverse une crise majeure. Dieu ne fait quasiment plus partie de ma vie, et le catholicisme m’apparaît comme un rituel froid, déshumanisé. Pourquoi là, à cette période ? Je n’en ai aucune idée. Je fais quand même baptiser mes trois aînées. Un vrai choix personnel, puisque Romain n’est pas croyant. Cette tourmente (de laquelle je ne me sens pas pleinement sortie) je m’en extrais, petit à petit, cette fois encore grâce à la matière.

Les questions qui me taraudent sont aussi métaphysiques, géographiques que physiques. Par exemple, je n’arrive pas à m’approprier le mystère de la résurrection du Christ, mais je reste fascinée par le linceul de Turin. Comment une lumière peut-elle projeter l’image de Jésus sur le tissu ? Est-il possible qu’une puissante émission de neutrons et de protons forme vraiment une empreinte, grâce à l’oxydation des fibres de cellulose ?

J’ai besoin d’une clef d’entrée scientifique. Et je la reçois, il y a cinq ans, alors que je lis le récit du Dr Hida. Ce médecin japonais, témoin de l’explosion à Hiroshima, raconte une lumière immense, d’une intensité inconnue, capable d’imprimer sur un mur l’ombre d’un homme en mouvement. Le lien avec le linceul m’apparaît comme une évidence. Ce phénomène existe donc selon des lois physiques ! Le savoir m’est essentiel pour avancer dans ma foi.

« Un état contemplatif de paix profonde »

Je trouve aussi des échos à mes questions dans les écrits de la mystique Maria Valtorta, certes controversés, mais qui fourmillent de détails topographiques, alors que l’auteure n’a vraisemblablement pas mis les pieds sur les lieux : « Jésus est seul. Il médite, assis sous un chêne vert gigantesque qui a poussé sur une pente du mont Garizim qui domine Sichem. La ville, d’un blanc rosé sous le premier soleil, est située tout en bas, et s’étend sur les premières pentes du mont. Vue d’en haut, elle ressemble à une poignée de gros cubes blancs renversés par quelque grand enfant sur un pré vert incliné. »

Ces descriptions me donnent le désir de peindre, en renouant avec cet état contemplatif de paix profonde. L’accident arrive à ce moment de ma vie où je suis convaincue de l’existence de Dieu, mais toujours en quête de le connaître vraiment.

J’arrive à l’Institut national des Invalides pour six mois à temps complet, puis deux années en hospitalisation de jour. Tous mes repères volent en éclats tandis que je regarde mon corps inerte dans ce lit. Mes yeux s’évadent par la fenêtre d’où j’aperçois le dôme rutilant. Jour après jour, la beauté de l’architecture me tracte vers le ciel. Il y a une sorte de bénédiction dans ce lieu. Une grandeur qui relève. Est-ce cela que voulait Louis XIV ? Donner un toit aux vétérans oubliés, prouver sa reconnaissance sous la forme d’un bâtiment majestueux ?

Je songe que si les châteaux sont pour les gens importants, alors nous tous, nous le sommes. Je saisis mon iPad et mes doigts ébauchent sur l’écran le contour d’un entablement ou d’un visage voisin. Je cherche des nuances non acquises (un bleu sur une joue, un rouge sur la pierre) et j’apprends à reconquérir ma dignité.

Je repense alors à cette scène du Nouveau Testament que j’aime tant : quand Jésus est interpellé par les scribes et les pharisiens pour savoir s’il approuve la lapidation de la femme adultère. Quelle est sa toute première réponse ? Se taire et, avec son doigt, dessiner sur le sol.

Elo de la Ruë du Can


source : La Vie


Les étapes de sa vie 

1981 Naissance dans les Hauts-de-Seine. 

2001 Entrée à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris.

2007 Rencontre avec Romain, son mari.

2009 à 2016 Naissances de ses cinq filles.

2018 Chute d'une échelle.

2022 Première exposition d’envergure à Paris, avant une tournée encore en cours.

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vendredi 28 avril 2023

Être espace

 


La méditation va d'instant en instant.

Les yeux voient, les oreilles entendent.

Les organes fonctionnent.

Il n'y a ni intériorisation, ni concentration, ni introversion, ni retrait des sens.

Ne cédez pas à ces vieilles habitudes de retrait.

Entrez dans une expansion non orientée, dans l'espace sans espace.

C'est sahaja, le non-état naturel où toute activité est au sein de l'être.

transmettre la lumière/jean klein/le relié poche

illustration de Gérard Beaulet

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jeudi 27 avril 2023

A tendre vers ?


Attendre est un état d'esprit. En résumé, vous voulez le futur, mais non le présent. Vous ne voulez pas de ce que vous avez et désirez ce que vous n'avez pas. Avec l'attente, peu importe sa forme, vous suscitez inconsciemment un conflit intérieur entre votre ici-maintenant, où vous ne voulez pas être, et le futur projeté que vous convoitez. Cela réduit grandement la qualité de votre vie en vous faisant perdre le présent. Il n'y a rien de mal à essayer d'améliorer vos conditions de vie, et vous pouvez le faire. Par contre, vous ne pouvez améliorer votre vie. La vie passe avant tout.

La vie est votre Être intérieur le plus profond. Elle est déjà entière, complète, parfaite. Ce sont les circonstances et vos expériences qui constituent vos conditions de vie. Il n'y a rien de mal à aspirer à aspirer à certains buts et à vous efforcer de les atteindre. L'erreur, c'est de substituer cette aspiration au sentiment de vivre, à l'Être. Le seul point d'accès à l'Être, c'est le présent. Vous êtes donc comme l'architecte qui ne prête aucune attention aux fondations d'un édifice, mais passe beaucoup de temps sur la superstructure.

Par exemple, bien des gens attendent que la prospérité vienne. Mais celle-ci ne peut arriver dans le futur. Lorsque vous honorez, reconnaissez et acceptez pleinement votre réalité présente et ce que vous avez – c'est-à-dire le lieu où vous êtes, ce que vous êtes et ce que vous faites dans le moment –, vous éprouvez de la reconnaissance pour ce que vous avez, pour ce qui est, pour le fait d'Être. La gratitude envers le moment présent et la plénitude de la vie présente, voilà ce qu'est la vraie prospérité. Celle-ci ne peut survenir dans le futur. Alors, avec le temps, cette prospérité se manifeste pour vous de diverses façons. Si vous êtes insatisfait de ce que vous avez, ou même frustré ou en colère face à un manque actuel, cela peut vous motiver à devenir riche. Mais même avec des millions, vous continuerez à éprouver intérieurement un manque et, en profondeur, l'insatisfaction sera toujours là. Vous avez peut-être vécu de nombreuses expériences passionnantes qui peuvent s'acheter, mais elles sont éphémères et vous laissent toujours un sentiment de vide et le besoin d'une plus grande gratification physique ou psychologique. Vous ne vivez donc pas dans l'Être et, par conséquent, ne sentez pas la plénitude de la vie maintenant, qui est la seule véritable prospérité.

Alors, cessez d'attendre, n'en faites plus un état d'esprit. Lorsque vous vous surprenez à glisser vers cet état d'esprit, secouez-vous. Revenez au moment présent. Contentez-vous d'être et dégustez ce fait d'être. Si vous êtes présent, vous n'avez jamais besoin d'attendre quoi que ce soit.

Ainsi donc, la prochaine fois que quelqu'un vous dira : « Désolé de vous faire attendre », vous pourrez répondre : « Ça va. Je n'attendais pas. J'étais tout simplement là, à m'amuser ! »

Le pouvoir du moment présent par Eckhart Tolle

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mercredi 26 avril 2023

Etre entendu

 ETRE ENTENDU(E) - extrait du "carnet"


Dialogue archétypal :
-Je demande à être entendu (e)
Tu ne seras jamais « entendu(e) » par ceux dont tu voudrais l’être, à savoir tes parents ou même tes petits camarades. L’issue n’est pas là. Demande toi qui veut être entendue, par qui et pour quoi ?
-Je ne demande pas à être entendu(e) par mes parents ou mes petits camarades .
-Par qui alors ?
-Par ma femme, mon mari, ma belle mère, ma belle soeur, mon chef , mon voisin…
-Se pourrait il que ta souffrance vienne de ce que tu demandes - exiges- d’être entendu(e) par des personnes qui, au jour d’ aujourd’hui en tout cas, ne sont pas en capacité de t’entendre ?
-Alors je veux être entendu (e) par Dieu.
-Dieu n’est pas un psy payé pour t’écouter. Il ou elle a autre chose à faire.
-Même lui (elle ?) ne m’entend pas alors ?
-Tant qu’en toi (en moi) ça refuse ce qui a été, ce qui est et l’idée que tu te fais de ce qui sera, ce n’est même pas que Dieu ne t’entend pas , c’est qu’en pratique il n’existe pas. En tout cas il n’est pas là.
Il se présente dès qu’en toi ça cesse de justifier le refus et donc de refuser, de réclamer, de revendiquer. Alors il ne te donne pas nécessairement ce que tu exiges ; il te replace en un espace où tu n’en as plus besoin.

Gilles Farcet

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mardi 25 avril 2023

lundi 24 avril 2023

Esperance bienveillante

 Matthieu Ricard aborde la crise climatique sous l'angle de la bienveillance, un pas de côté qui pourrait permettre à tous d'agir pour le bien commun...



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