vendredi 5 août 2011

Trouver son étoile...



Chaque objet est protégé par une étoile dans le ciel. A travers le Zohar, sur le chemin des étoiles gardiennes de tous les êtres...


lu par Leili Anvar


jeudi 4 août 2011

mardi 2 août 2011

L'Ici et Maintenant avec Taisen Deshimaru

Si nous réalisons le satori ici et maintenant,
Les idées de juste et de faux
Ne doivent plus pénétrer dans notre esprit.


Si nous réalisons la Voie, ici et maintenant, il n'y aura plus place dans notre esprit pour l'idée du juste ni pour celle du faux. Dans la vie, le bonheur devient malheur, le malheur devient bonheur. Si nous obtenons une chose, disait Dogen, nous en perdons une autre; et, si nous perdons une chose, nous en obtenons une autre.

Dans notre vie quotidienne, nous sommes souvent en opposition, en contradiction avec l'ici et maintenant. Mais, pour peu que nous abandonnions les notions de prendre et de rejeter, tout se manifeste devant nous, notre conscience est pacifiée, et notre esprit demeure tranquille, sans dualité, au-delà de la relativité.


Extraits de "Taisen Deshimaru : L'esprit du Ch'an"

lundi 1 août 2011

En souvenir d'une visite du jardin d'Albert Kahn...

La symbolique de la vie d'Albert Kahn est déterminée par trois axes principaux: l'axe de la vie, l'axe de la mort, l'axe masculin-féminin. Elle est ordonnée autour d'un cours d'eau qui prend sa source dans un cône de galets blancs figurant la naissance d'Albert Kahn. Ici, les compositions de pierres règlent le pas et l'attitude. L'étang, essentiel, représente le miroir du ciel. A la fois féminin et fluide, il équilibre les zones sèches de sable ou de galets, principes de masculinité. La juxtaposition des formes et des éléments (pierre, eau, plantes, en apparence opposés mais harmonieux) représente la nature, avec laquelle le sage doit entrer en communion.


Le pont rouge, symbole de bonheur et de sincérité, fait la transition entre la vie matérielle et la vie spirituelle d'Albert Kahn. Doué d'une intuition extraordinaire pour les affaires, il jettera ses forces vives dans un combat pour un monde meilleur. Une fontaine exprime ce tournant de sa vie spirituelle, avant de s'apaiser en une zone d'eau calme. Les berges, faites de galets, représentent les "Archives de la planète" la plus grande oeuvre de mécénat privé de notre siècle. Une image du monde en documents irremplaçables est ainsi réalisée entre 1910 et 1931 par une quinzaine de photographes et de cinéastes (72 000 plaques autochromes). Ces archives constituent une source vivante de poésie et de vérité pour la mémoire de notre temps.



Une partie du jardin, calme et sereine, représente la partie heureuse de la vie d'Albert Kahn: abondance matérielle, expansion, création d'oeuvres humanitaires. Ce "bizarre homme d'argent" à l'impérieux besoin de solitude (pour mieux pénétrer au plus profond de lui-même) consacre sa vie à la réalisation d'un rêve: l'amour et la communion entre tous les peuples, qui ne peut s'accomplir que dans le respect des différences et la compréhension de toutes les cultures.



La limite du jardin japonais et la fin de la vie d'Albert Kahn. 


Le krach boursier de 1929, qui l'a ruiné, est symbolisé par un mur de pierres roses. L'étang, devenu torrent, termine sa course dans un cane de galets noirs évoquant la spirale descendante de son existence. Une sphère noire évoque la mort. Au fond du paysage, le regard se porte sans heurt vers une autre partie du jardin: la forêt vosgienne. Cet «autre monde» constitue, avec le jardin japonais, l'expression symbolique de la pensée de leur créateur: réaliser, en miniature, l'unité du monde, en harmonisant diverses forces de la nature.



dimanche 31 juillet 2011

La vie infinie par Joshin Luce Bachoux


 Cet homme est assis devant moi ; nous prenons le thé et il me parle depuis près d’une demi-heure maintenant mais il ne me regarde pas, il ne voit rien de ce qui l’entoure, ni cette belle journée d’été, vibrante de lumière, ni le bois poli de la table, ni les grands iris bleus qui emplissent la pièce de leur parfum. Il ne voit que lui-même, enfermé en lui-même par l’étiquette – qu’il a reçue ? Qu’il a saisie ? – et qui a été son premier mot : « Depuis toujours, je suis une victime. » Peut-être que ce mot l’a aidé un jour à surmonter une situation trop difficile, à passer un cap vers une autre histoire ; mais il semble aujourd’hui enfermé dans ce rôle, coupé de toute autre part de lui-même.
Il est difficile de se débarrasser d’une définition, qui nous soutient, sans doute, mais aussi nous clôture. Ce qui a été un jour un abri nécessaire devient imperceptiblement une souffrance. C’est alors comme une écharde dans notre chair, enfoncée si profondément en nous qu’elle en est impossible à atteindre, mais dont chaque mouvement ravive la douleur. Alors, on bouge de moins en moins. La vie se réduit et, petit à petit, il nous semble qu’il ne reste plus de nous que cette étiquette, et nous nous enfermons : « Je suis ceci. »


Nous ne sommes pas, il me semble, si faciles à définir, et heureusement ! Je suis, certes, composée de tous les instants que j’ai vécus, des joies ­immenses et des grands chagrins, des jours de solitude et des jours de soleil, de chaque trace sur mon corps et de chaque souvenir dans mon cœur. Tous ceux qui m’ont entourée, les personnes que j’ai rencontrées font partie de moi. Les situations dans lesquelles je me suis trouvée, plaisantes ou déplaisantes, m’ont appris la confiance ou le retrait, l’audace ou la tranquillité.

Je suis – nous sommes – l’enfant, attendu ou pas ; aimé ou tout juste accepté ; celui qui a grandi sans heurts, ou celui qui a appris trop tôt le chagrin. Ombre et lumière, nos origines et notre histoire nous marquent et nous modèlent : je suis cette femme née dans un certain lieu, à un certain moment, dans une relation qui s’est déroulée avant ma naissance, sur laquelle je n’ai pas de prise.


Mais je ne suis pas seulement la somme de ce que je suis. Je suis – nous sommes – bien plus que tout cela : nous sommes insaisissables, sans limite. Je suis la vie sous toutes ses formes, de la nuit la plus noire au ciel étoilé, de la pâleur de l’aube aux grondements de l’orage. Je suis cet oiseau qui s’élance, et la source qui chante au creux de la prairie ; je suis l’arbre éclatant, et le sombre sapin. Je suis l’autre, et tous les autres : mon voisin, l’inconnue qui me croise, l’étranger en détresse ; cet homme affairé qui passe, ce nouveau-né qui hurle et soudain sourit, cette femme joyeuse portant son enfant dans ses bras et tous ceux que je ne rencontrerai jamais. Je suis aussi la guerre, et le bourreau, et la victime, et la terreur. Je suis le regard clair qui se pose sur le jour nouveau, et je suis le pas qui pose la fatigue dans la brume du soir. Comme chacun d’entre nous. Transformée par chaque respiration, par chaque moment, par chaque infime changement dans une de mes cellules.

Je suis – nous sommes – l’espoir, et la peur, et la joie. Et l’amour, plus grand que chacun de nous.




Joshin Luce Bachoux, nonne bouddhiste, anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.

samedi 30 juillet 2011

Obscurité intérieure...


Autant que je puisse en juger, le seul but de l’existence humaine est d’allumer une lumière dans l’obscurité de l’être. 
Carl Gustav Jung

jeudi 28 juillet 2011

Roland Yuno Rech... Zen et quête de sens (3)

Laisser zazen faire zazen
Notre force de vie ne doit être ni relâchée ni trop tendue. Ce qui importe, c’est qu’elle reste entièrement en état d’éveil. La méditation zen est un effort sans effort: accepter de ne rien faire de spécial, ni physiquement ni mentalement, pour que l’esprit rencontre l’esprit. Dans nos vies, selon les circonstances, on est toujours prêt à faire beaucoup de choses; se dépouiller de tous les “faire”, c’est retrouver la condition normale de l’esprit.


Troisième et dernière partie :



source : France Inter

mercredi 27 juillet 2011

Roland Rech... Zen et quête de sens (2)

‎"Ce corps impermanent est constitué d’éléments appartenant à tout l’univers : poussière d’étoile il n’appartient à personne. Réaliser cela aide à se déprendre de ses attachements et à voir l’ultime réalité de notre non-naissance et donc de notre non mort, car qu’est-ce qui naît et qu’est-ce qui meurt ?"
Roland Rech
Deuxième partie :



source : France Inter

mardi 26 juillet 2011

Roland Rech... Zen et quête de sens (1)

Roland Rech, un moine qui a décidé de vouer sa vie à la transmission du Zen. Il enseigne le zen dans des sesshin en Europe et au temple de la Gendronnière et quotidiennement au dojo zen de Nice. Il a publié ses enseignements dans des livres comme « Zen, éveil au quotidien » chez Acte Sud en 1999 et « Moine Zen en occident » chez Albin Michel en 2009.

Première partie :



source : France Inter

lundi 25 juillet 2011

A l'extérieur de nous-même ? par Andrew Cohen

La seule chose qui nous maintient en esclavage est la croyance, non mise en question, que quelque chose de fondamental nous manque. Donc, par ignorance de notre état naturel, nous nous attachons aux gens et aux choses, convaincus que grâce à ces liens nous trouverons le bonheur et la satisfaction. 
Mais cela ne marche jamais ainsi. Car là où il y a attachement, il y a peur de perdre. Et là où il y a la peur, il ne peut jamais y avoir de véritable bonheur ou de satisfaction profonde. C'est la révélation de l'Éveil elle-même qui nous montre tout ceci directement — la vérité pérenne que le véritable bonheur et la seule satisfaction durable sont en nous-mêmes en tant que notre Vrai Soi, notre état naturel, déjà plein et intègre tel qu'il est. 
Mais dans ce monde d'obscurantisme, nous sommes tous profondément conditionnés à croire que le bonheur et la satisfaction se trouvent quelque part en dehors de nous-mêmes. Quand nous voulons véritablement être libres, nous renonçons à cette façon de penser. Nous la laissons tomber parce que nous avons eu des aperçus du bonheur profond qui est déjà présent au fond de notre conscience, un contentement continu qui ne sera nôtre que lorsque nous aurons enfin cessé de chercher à l’extérieur de nous-mêmes.

Extrait de Vivre l'Eveil, de Andrew Cohen, Ed. Le Club

dimanche 24 juillet 2011

Alexandre Jollien : Éloge de l’abandon

Handicapé, le philosophe s’est battu pour donner sens à sa vie puis trouver, par la méditation et la prière, sa liberté intérieure.
La vie d’Alexandre Jollien, 34 ans, ressemble à une course d’obstacles, à un combat pour vivre et donner sens à l’existence. Né avec le cordon ombilical autour du cou, privé d’oxygène à la naissance, il est infirme moteur cérébral. On prédit à ses parents qu’il ne marchera pas, ne fera pas d’études. Or, à 8 ans, il marche, à 16 ans, fait du vélo, et à 23 ans, se lance dans des études de philo. Alexandre Jollien est aujour­d’hui écrivain et père de famille. Une farouche volonté, une réflexion lumineuse, un humour imparable, une foi exigeante, l’homme a beaucoup d’atouts. Mais il s’interroge encore. Comment dépasser le combat pour découvrir la vraie joie, s’abandonner à ce que lui offre la vie ? Dans le Philosophe nu (Seuil), son quatrième livre, il tient le journal de ses passions et explore le chemin intérieur qui rend plus libre.

Votre vie est un chemin de transformation. Quel en a été le déclencheur ?
D’abord le handicap, qui m’a poussé à donner du sens à ma vie et à lutter, puis ma conversion à l’intériorité, vers l’âge de 15-16 ans, grâce à la philosophie et à la lecture de Platon. La prise de conscience qu’il me fallait travailler à devenir meilleur plutôt qu’à mieux vivre. Jusque-là, j’avais dû me battre contre le handicap, contre la solitude et, en lisant ces pages, j’ai vu une nouvelle vocation se dessiner. À l’Institut médicalisé où j’ai vécu pendant 17 ans, il y avait un aumônier, un philosophe qui a changé ma vie. Avec cet homme, j’ai poursuivi un dialogue sur la façon d’être et de vivre qui m’a ébloui.


Que vous a apporté la philosophie, fondamentalement ?
Ce « détour » par la rationalité m’a été utile comme première étape pour me construire, me redresser. J’ai trouvé chez Aristote et Spinoza des outils qui m’ont guidé pour cesser de refuser le monde et apprendre à cheminer dans la joie. Grâce à la philosophie, j’ai commencé à aimer les livres, vers 14 ans. Cela m’a donné une rigueur, de l’analyse, des connaissances, même si je cherchais déjà de la nourriture spi­rituelle, pas de la théorie. Surtout, je voulais changer, m’améliorer, et la pratique de la philo m’a donné un autre combat : celui contre l’ignorance, les préjugés et aliénations.


Qu’est-ce qui vous a donné cette force de repousser les limites ?
Je n’avais pas le choix. Jamais il ne m’était permis de baisser les bras. Il fallait à tout prix diminuer les séquelles du handicap pour entrer dans la vie « normale ». Tous les ingrédients étaient réunis pour m’y conduire : une famille aimante, une détermination à m’en sortir et beaucoup de chance. Mais cela m’a fragilisé en m’interdisant de goûter le repos.


Après avoir lutté pour vivre debout, vous dites aspirer à l’abandon…
Oui, et c’est l’acte le plus difficile à faire pour quelqu’un comme moi qui a été nourri par la lutte, l’effort et le combat. J’ai de la volonté mais, justement, cette volonté est à double tranchant lorsqu’elle finit par vous arracher au réel : on veut toujours réussir quelque chose de plus et on finit par tourner à vide, épuisé. Ma nouvelle ascèse, c’est le repos, la rémission, le détachement. Paradoxalement, c’est ce qui exige le plus d’effort ! Pour cela, je me recentre sur mes grands chantiers, mes trois vocations de père de famille, personne handicapée et écrivain.


Qu’est-ce que cela a changé pour vous d’être père ?
Ce fut précisément comme une invitation urgente à m’abandonner, à déposer les armes. Le bonheur d’avoir un enfant n’est pas issu d’un combat, mais est donné gratuitement. La naissance de Victorine, en 2004, puis celle d’Augustin, deux ans après, m’ont fait découvrir la fragilité et la force de ce bonheur gratuit. C’est la première fois qu’il m’était donné comme cela, sans me battre, sans que j’aie aucune prise sur ce don, et c’était très déconcertant. Quand on met le sens de sa vie dans la lutte et qu’il n’y a plus de lutte, il faut chercher le sens autrement.


Et c’est par la voie spirituelle que vous cherchez un nouveau chemin de transformation ?
Oui, et c’est un abandon beaucoup plus profond et difficile que la recherche d’outils ou de techniques pour vivre. Ce matin, je relisais Etty Hillesum, cette jeune femme juive dont on a retrouvé les lettres et le journal intime tenu en camp de concentration. Elle parle de « s’agenouiller » en disant que, face aux difficultés psychologiques, il ne sert à rien de lutter par la raison, mais qu’il faut rentrer en soi, pour trouver un nouvel élan. Elle évoque une belle allégorie : nous sommes un puits plein de cailloux et, au fond, il y a Dieu. Tout est déjà là et, pour voir la source, il faut d’abord écouter en soi, écarter les cailloux. Faire acte de rémission, s’abandonner.


Vous parlez de Dieu, êtes-vous croyant ?
Oui, j’ai été baptisé, confirmé dans la foi catholique, mais cette foi reçue de mes parents, je ne l’avais jamais remise en question et donc pas intégrée dans ma vie. Elle me portait, mais restait « exportée du dehors », comme souterraine. J’ai donc fait une retraite et j’ai commencé à pratiquer avec assiduité, pendant trois ans, trois fois par jour, les exercices ignatiens : l’examen de conscience et la prière de fidélité. Cela m’a donné un cadre. Ma femme, Corine, dit d’ailleurs qu’elle a vu chez moi un « avant » et un « après » les exercices ! Mais le danger, c’était, là encore, d’en faire une recette de bien vivre, de vouloir trop bien faire. Le risque d’une prière maîtrisée est que cela se transforme en introspection. On se coupe de ses émotions et de son affectivité, on devient une belle machine à penser, détachée du corps, de l’être et de la vie quotidienne.


C’est là, nouvelle étape sur votre chemin intérieur, que vous expérimentez la méditation zen…
J’ai compris en effet que la spiritualité, pour moi, devait aussi passer par le corps, ce corps que j’ai fui pour ne pas souffrir en me réfugiant dans le conceptuel. Le zen, que j’ai découvert avec Jacques Castermane, m’apprend à faire les trois silences : le silence du cœur, de l’esprit et du corps. À être pur accueil. C’est le plus difficile à atteindre. Matin et soir, allongé, je pratique la méditation, parfois aussi dans les moments d’inaction, en attendant le bus, par exemple, ou un rendez-vous. Je me cale sur ma respiration pour quitter la pensée spéculative. Il ne s’agit pas d’« absolu­tiser » une voie ou l’autre, mais sim­plement de pratiquer. Le zen est pour moi une porte ouverte vers le silence intérieur. On y prend conscience qu’on s’appartient peu, qu’on est sans cesse traversé par l’agitation. Le premier pas, c’est d’observer et de laisser tout l’être, et pas seulement l’esprit, se convertir.


Faire du zen, est-ce conciliable avec le christianisme ?
C’est l’intériorité qui compte, peu importe les voies. Le syncrétisme, ce serait faire un peu de tout : du zen le matin et une prière chrétienne le soir. L’exercice spirituel, c’est pour moi une manière d’être tout entier au monde. Les chrétiens qui pratiquent le zen constatent que le silence intérieur conduit à la prière. Dans l’un comme dans l’autre, il s’agit de se taire et d’écouter intérieurement. Saint Benoît parlait de « s’établir en soi ». Quand on lit aussi les mystiques rhénans, Maître Eckhart ou Jean Tauler, il y a cette même invitation au détachement, au dépouillement, à l’abandon. La disponibilité, c’est une approche chrétienne de la vie. Je cherche d’ailleurs comment concilier les deux avec un maître zen chrétien. Et cela ne m’empêche pas d’aller le dimanche en famille à la messe. J’aime les homélies, les rites et la communauté. C’est un tout pour moi.


Restent vos passions indomptables. Pendant quelques mois, vous en avez fait un journal, et un livre maintenant. À quelles passions vous affrontez-vous chaque jour ?
À ma jalousie et à ma fascination pour les beaux garçons normaux que je croise dans la vie et qui me montrent que je n’ai pas tout réglé. Qu’il me faut redécouvrir une « ascèse » pour vivre mon affectivité plus librement, sans me comparer aux autres. La réalité est parfaite dit Spinoza, et c’est la comparaison qui crée la privation. C’est tout le propos de mon livre le Philosophe nu : traduire en actes ce que l’intuition et la raison perçoivent et devinent. Je sais qu’un corps ravissant et valide ne résoudrait pas toute la difficulté à vivre mais comment m’en persuader ? D’où la nécessité d’exercices spirituels, et notamment de la méditation, pour enraciner ce détachement dans le corps. Avec l’humour qui permet, dans certains cas, de mettre à distance la réalité et de rire un peu de soi et du personnage qu’on joue. Par exemple, les moqueries que je devine certains jours derrière moi quand je marche dans la rue. Eh bien, je peux me demander : en quoi cela m’apprend-il l’être humain ? Je n’y arrive pas toujours !


Au détachement, vous associez la joie indispensable.
C’est parce qu’on a la joie et non la privation qu’on peut se détacher. Au fond de toute grande joie, il y a un cœur qui s’élargit. Plus on va vers l’intérieur, plus on peut trouver la paix profonde. C’est une façon de voir qui congédie la culpabilité. Le pécheur, c’est peut-être celui qui se trompe de cible, qui cherche le bonheur en le cherchant par la volonté, au risque de verser dans l’orgueil. Ainsi, je n’ai pas choisi mon handicap, mais je peux choisir d’en faire quelque chose, de partager avec l’autre cette douleur que j’éprouve ce matin. Et ça, ce n’est pas une histoire de volonté. On dit qu’il faut se blinder, mais je crois, au contraire, qu’il faut s’ouvrir. Quand je regarde mes enfants : ils ne sont pas blindés, ils sont disponibles, innocents. Il y a chez eux cette confiance primitive et nourricière que je protège. Oser la confiance, c’est essentiel, rencontrer l’autre, c’est comme une prière. Et le christianisme, c’est justement ce chemin qui rend disponible à l’autre.


Oserais-je dire qu’être handicapé a pu être une chance pour vous, celle de vous mettre sur un nouvel itinéraire d’évolution ?
Oui... pour moi ! Mais je me refuse à généraliser. Car à quel prix ! Je sais aujourd’hui, quand je croise un beau garçon dans la rue et que j’ai l’illusion de croire que la vie aurait été plus simple à sa place, que c’est bien une illusion ! Mais c’est le résultat d’un chemin. En quelque sorte, mon handicap a été comme une obligation à la spiritualité, un impératif à chercher du sens. J’ai été contraint à m’attaquer à l’essentiel. Je n’aurai peut-être jamais une vie insouciante, une normalité parfaite… mais j’ai l’essentiel !




Philosophe, père et écrivain
1979-1991 Institution spécialisée pour IMC (infirmes moteurs cérébraux).
1993 École supérieure de commerce.
1999 Publie Éloge de la faiblesse (Cerf).
2001 Études de philosophie et de grec ancien (Dublin).
2002 Publie le Métier d’homme (Seuil).
2004 Mariage avec Corine. Naissance de Victorine. Licence de philosophie (université de Fribourg).
2006 Naissance d’Augustin. Publie la Construction de soi (Seuil).
Août 2010 Publie le Philosophe nu (Seuil).

Source : La Vie