dimanche 1 mars 2015

Le cœur tel un matin soyeux parc Philippe Mac Leod


C’est d’abord un long silence, une pluie sans bruit dans la nuit, la fin rendue aux commencements. Seulement après, longtemps après, pour qui sait attendre, entendre, le silence devient lueur, silence pour les yeux, pour les mains, espace et temps ensevelis sous la même neige. Et tout est blanc, à nouveau, le ciel et ses arbres, la terre et ses chemins, l’air qu’on respire, l’air qui se déplace aussi léger qu’un flocon, et le cœur, le cœur comme un matin soyeux, le cœur qui s’émerveille, lui-même est blanc, touché par la neige, et lisse, rond, libre des traits anciens qui le vieillissaient.
Les lignes patiemment tracées, creux à creux, d’un relief à une courbe plus sinueuse, la neige les recouvre, la neige innombrable, de nulle page, si dense en son silence, de nulle forme et toutes les recréant, la neige en sa chute immobile, éparse et comme suspendue, la neige ininterrompue, qui fait du livre achevé un ciel lisse où l’oiseau apprend à marcher.

Nul envol, mais ce grand, ce vaste étalement, au souffle du silence une aile muette sur l’ombre des vallées. Nous avons perdu tout savoir, tout chemin, la barrière dérobée avec son troupeau. À travers des champs déjà moissonnés nous avançons, un peu plus haut qu’hier et sans jamais sentir sous nos pas l’épaisseur qui longtemps nous a portés. Au bout de nos membres, il n’y a plus qu’un crissement de glace ou d’étoiles, le scintillement étourdissant d’un ciel pilé, et dru, piquant, l’œil aveuglé cherchant parmi les dentelles le chemin du retour, sans comprendre, dans la transparence de la blessure, que tout seulement commence.

L’ombre bleue sous les arbres, comme à l’intérieur d’un glacier, ou comme un reflet gelé, nous rend un peu du ciel tombé sans se briser, tout l’azur dans chaque étincelle, une seule note, sur le gong de la terre à peine bombé, immense et étincelant, un seul coup, infiniment suspendu, midi arrêté, midi sur les neiges éternelles. Peut-être la mer à son zénith, qui est l’envers de la nuit, retournée avec toutes ses étoiles, ses anges, ses rêves fous, ses abîmes sans fin, au matin, à nos portes, humble et docile en son corps éparpillé, la tunique d’une lumière venue de plus loin, de plus haut que le jour. Dans son abondance la neige nous a laissé la mémoire. Les yeux gardent le vertige de cette chute longue et simple jusqu’au matin, qui s’étire dans nos gestes vagues, au bout de nos mains hagardes, nous-mêmes ne nous reconnaissant pas dans l’éclat nouveau de nos visages. Le long du chemin piétiné, un silence persiste, une lenteur assourdie, une transparence déjà s’évaporant, les secondes espacées, égales, les heures tranquillement amoncelées. Jour blanc, qu’on n’entend plus, seul présent, d’un pas au-dessus du sol, absorbant les contours qu’il recouvre, la grisante altitude couchée dans les champs, les choses soudain sans poids, laissant là, en petits monticules, leurs défroques glacées. Ô l’ombre bleutée d’un dernier soleil frôlant la neige du chemin, milliers d’étoiles suspendues à l’herbe sèche qui dépasse, et l’arbre mort, soudain, qui s’ébroue et s’envole.

Cette blancheur qui disparaît, comme s’éteint l’éclat de la montagne éblouissante, en se déchirant nous ramène sur une autre terre, un monde oublié qui remonte et s’arrête à la hauteur de nos souliers, où nous cherchons un autre équilibre. Mais le pas qui a foulé la lumière n’est plus le même. En rentrant, le regard luit d’un cristal fondu à la chaleur de nos mains.

Philippe Mac Leod est poète et écrivain. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Avance en vie profonde, un recueil de poésie, paru en 2012 aux éditions Ad Solem.


samedi 28 février 2015

vendredi 27 février 2015

Denise Desjardins et les lyings (1)


J'ai sélectionné deux parties de la récente émission de Frédéric Lenoir avec Denise Desjardins à l'ashram de Hauteville, notamment celles concernant les lyings. Ces lyings sont un des chemins possibles pour entrer en contact avec l'inconscient et des souvenirs passés marquants...



Bonne écoute !
(17 min.)
 





jeudi 26 février 2015

Guide de Carême (2)

Du jeudi 26 au samedi 28 février 

Décider de vous engager dans un « acte de bonté ». Soit en y réfléchissant à l'avance, soit en laissant venir ce qui vous fait envie. Remarquez si votre geste bienveillant se porte plutôt vers un étranger que vous ne connaissez pas, un passant dans la rue, dans les transports en commun. Ou plutôt vers un de vos proches avec qui il existe déjà de la proximité. 

Dans les deux cas, offrez vos services sans attendre une reconnaissance particulière. Notez ce que cette attitude produit en vous. Sentez combien ce désintéressement apporte de la plénitude, combien il est plaisant de lâcher cette attente d'un remerciement en retour de nos bonnes actions. 
Le lendemain, optez pour un nouvel acte de bonté en choisissant une personne différente.


mardi 24 février 2015

Libérer la joie avec Agathe Frémy


J’aide la personne à faire mémoire de ses talents qu’elle ne voit plus. Chaque personne a un ressort intérieur et des ressources insoupçonnées. Rien n’arrête une racine : en cas d’obstacle, elle le contourne et ouvre un autre chemin. De la même façon, nous avons à tracer notre chemin de vie. Sans nier les échecs, les tristesses, les peurs, mais en choisissant d’agir et non de réagir. Solliciter ses forces et les talents qui nous sont propres donne la joie. 

 Quelle est la hauteur de la marche que vous pouvez franchir  ?
 Parfois, on se donne un objectif trop ambitieux. Si on attend la joie d’être en haut de l’Himalaya, on risque d’attendre longtemps. Chaque petit pas, chaque action nourrit ma joie et donne de l’énergie, si j’accepte de la savourer.

(source : la vie)

Présence témoin...

lundi 23 février 2015

Guide de Carême (1)


Lundi 23 au mercredi 25 février 

 Chaque soir, dressez un inventaire des événements de votre journée pour lesquelles vous vous montrez reconnaissants. Écrivez au moins cinq points qui ont compté aujourd'hui. 
Relisez-les. Laissez-les s'immiscer dans votre esprit et apaiser votre corps. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi ils vous ont touché, demeurez juste présents à ces cadeaux. 

Cet exercice peut aussi s'effectuer en groupe. Après le dîner du soir, par exemple, allumez une bougie et invitez les participants à s'exprimer en nommant une chose pour laquelle il éprouve de la reconnaissance. 
Laisser résonner les paroles de chacun, sans commenter les propos du voisin. Selon l'élan du groupe, effectuez plusieurs tours avant de terminer par quelques minutes de silence.

dimanche 22 février 2015

Rue du Paradis pour Pedro Meca


C’est une nounou très pauvre qui m’a élevé. Avec elle, nous avons vécu de la mendicité. Je n’avais rien, sauf l’essentiel : l’amour de cette femme que j’appelais Maman. 

 Il n’y a pas d’itinéraire, je me laisse guider par la beauté des rencontres.

 J’ai toujours fréquenté les infréquentables. 

 L’axe de ma vie, c’est le lien social avec les pauvres, les rejetés, soulignait-il. Le pape François a dit qu’il voulait une église qui soit dans la rue. C’est ce que j’ai essayé de vivre… Au ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as-tu fait pour ton frère ?



Après avoir consacré sa vie aux plus démunis, le père Pedro Meca est décédé le 17 février dans sa 80e année. « C'était un compagnon de la nuit pour ceux qui n'avaient rien. C'était un mendiant. » C'est par ces mots que l'ordre dominicain, dont il était membre, a annoncé sa disparition...


Sentir quelqu'un avec Philippe Mac Leod




On ne chasse pas le mental par le mental, mais en allant réveiller d'autres sources, en rompant avec la logique humaine, en allant nous poser, plus bas même que notre cœur, sur le fond nu de notre chair. 

L'inconnu du silence, même quand il nous effraie, vaut mieux que tous les cabotages à la périphérie de notre psychologie. L'océan de l'amour nous demande l'infini de notre amour. 

Et ne l'oublions pas, il n'y a pas d'amour sans passion, sans désir, sans liberté. 
Il s’accommode mal du conformisme, des sentiers battus, des recettes mesquines, il fuit les pâleurs du convenu, il veut du neuf, du vrai, du vivant, il veut sentir quelqu'un.


Intériorité et Témoignage
Aux sources de la présence,
éditions Ad Solem 2014.


samedi 21 février 2015

La flamme de la prière avec Christian Bobin



[...] Et c'est quoi au juste, prier.
C'est faire silence.
C'est s'éloigner de soi dans le silence.
Peut-être est-ce impossible.
Peut être ne savons-nous pas prier comme il faut : toujours trop de bruit à nos lèvres, toujours trop de choses dans nos coeurs.
Dans les églises, personne ne prie, sauf les bougies.
Elles perdent tout leur sang.
Elles dépensent toute leur mèche.
Elles ne gardent rien pour elles, elles donnent ce qu'elles sont, et ce don passe en lumière.
La plus belle image de prière, la plus claire image des lectures, oui, ce serait celle-là : 
l'usure lente d'une bougie dans l'église froide.

- Christian Bobin
(Une petite robe de fête)


vendredi 20 février 2015

Les conseils d'Ève Ricard pour accueillir la maladie.


Elle a consacré toute sa vie à transmettre le goût des mots aux enfants en échec scolaire. Atteinte de la maladie de Parkinson depuis 23 ans, cette ancienne orthophoniste a fait de l’écriture un antidote contre la peur.



1. Dissipez le sentiment d’injustice
Hier, vous vous croyiez bien portant. Et voilà que, aujourd’hui, vous apprenez que vous êtes malade. Le diagnostic résonne en vous comme une déflagration. Certitudes, croyances, habitudes… tous vos repères volent en éclats. Vous vous cognez à la réalité la plus inattendue, celle de la fragilité de la vie. Pas question pour autant de vous laisser gagner par la peur ou le sentiment d’injustice. En plus de ne donner aucune clé, l’angoisse et la révolte ferment la porte à l’autre.

2. Ne vous identifiez pas à la maladie
Votre corps certes a une maladie, mais votre être, lui, reste intègre. Pourquoi seriez-vous obligé de porter une étiquette et d’endosser un costume qui ne vous appartient pas ? La maladie n’est pas souveraine, votre royaume, lui, vous appartient. Puisez dans votre force intérieure et aidez-vous vous-même comme vous aideriez une amie.

3. Changez vos lunettes
Sous l’effet de la maladie, chaque geste du quotidien demande à votre corps une somme d’exploits. Malgré la souffrance, ne perdez jamais goût à la vie. Ce serait la pire affection qui pourrait vous atteindre ! Au lieu de regarder ce qui vous fait défaut, focalisez-vous sur ce que la vie vous offre. Vous verrez alors bien au-delà des murs.

4. Ne vous renfermez pas
L’autre vous est nécessaire pour recevoir, vous êtes nécessaire à l’autre pour qu’il donne. Veillez donc à l’aimer comme vous-même. Cela implique de le regarder dans sa beauté, de construire avec lui une force de vie et d’accepter vos liens d’interdépendance. Vous êtes responsable de lui par votre regard et vos paroles.

5. Savourez l’instant présent
Face à une urgence de vie, vous ne devez plus envisager le temps comme une durée mais comme une profondeur. N’attendez plus rien. Accueillez tout ce qui vous arrive comme un cadeau.


Ce que je crois par Eve Ricard (1 min.)




jeudi 19 février 2015

La vraie vie commence aujourd'hui... avec Anne Dufourmantelle


Psychologies : Le manque de confiance en soi que nous sommes nombreux à ressentir est-il seulement lié au contexte incertain dans lequel nous vivons ? : 

Au risque de paraître radicale, selon moi, le « manque de confiance en soi » n’existe pas. Lorsque nous croyons manquer de confiance en nous, ce qui manque, en réalité, c’est la confiance en l’autre. Et c’est d’abord le résultat de notre histoire personnelle, même si, effectivement, aujourd’hui, la défiance règne, les relations se déshumanisent, les solidarités sont attaquées. Le sentiment de ne pas être assez performant, pas assez affirmé, pas assez séduisant - pas à la hauteur - est la conséquence de premiers liens insécurisants dans l’enfance. Les impératifs angoissants, les « il faut », les « je dois » face auxquels nous nous sentons défaillants sont les héritiers de toutes les injonctions morales, parentales que nous avons intériorisées et qui composent le surmoi (notre loi intérieure). L’enfant que nous étions a été entamé dans ses capacités par ces peurs que l’autre, l’adulte, a fait peser sur lui. Dans certaines situations, pour être aimé, il n’avait d’autre choix que de se comporter comme on le lui prescrivait. Au point, parfois, de perdre sa propre boussole, le sentiment de son être, le sens de son véritable désir.


En quoi cette sensation de ne pas être à la hauteur, que nous interprétons comme un manque de confiance en soi, nous détourne-t-elle de notre puissance?

A.D. : Bien souvent, elle nous sert d’excuse commode. Nous lui attribuons nos rendez-vous ratés avec la vie - les examens auxquels nous échouons, les réalisations inachevées, les projets sans cesse reportés au lendemain. En réalité, c’est notre névrose qui nous pousse à répéter, à rencontrer toujours les mêmes obstacles, les mêmes déceptions, les mêmes impasses, dans le but de nous garder dans le monde connu, de faire en sorte que rien, jamais, ne change. Evidemment, nous n’en avons pas conscience, nous croyons prendre de grands risques. Nous passons d’un travail à l’autre, d’un compagnon à l’autre, mais c’est toujours la même équation inconsciente qui agit. Cette répétition est motivée par le désir de réparer le passé, mais il s’agit également d’une forme de loyauté à la mère ou au père de notre enfance, ce premier autre que nous voulons protéger, légitimer, même lorsqu’il nous a été néfaste. Retrouver sa puissance supposerait de sortir de cette emprise, d’oser désobéir à cet autre intériorisé.

Comment retrouver notre puissance manquante?

A.D. : Agir audacieusement, prendre des risques et des décisions définitives nous donnerait momentanément une sensation de force et de puissance. Mais ce ne serait qu’une fuite en avant, une manière de faire le jeu d’un surmoi sévère ne tolérant aucune faiblesse. La priorité serait d’abord de marquer un temps d’arrêt : ne rien faire, résister à l’impulsion de juger, de vouloir. Les sagesses orientales savent à quel point ce « non-agir » est agissant.

Ce temps de suspension nous révèle à nous-mêmes, nous informe à la manière d’un rêve. Il s’agit juste de laisser « infuser ». Cela donne naissance à un espace intérieur apaisant grâce auquel nous entrons dans une relation de bienveillance envers nous-mêmes et envers le monde.

Un espace de douceur dans lequel nous pouvons accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre, d’être vulnérables, rassemblant ainsi toutes les facettes de notre être, y compris celles que nous réprouvons, dont nous croyons devoir nous détourner. En tentant d’en faire nos alliées, nous récupérons une marge de manœuvre. Au bout d’un moment, des chemins insoupçonnés se dessinent, qui nous remettent sur la voie de la puissance.

Pour se sentir véritablement puissant, ne faut-il pas malgré tout, à un moment, être dans l’action?

A.D. : Certainement. Cependant, avant de pouvoir agir en toute conscience, nous devons nous affranchir des logiques névrotiques : en cessant de considérer que « la vraie vie commence demain », plus tard, quand nous serons prêts, suffisamment confiants, minces, forts, que sais-je ? Ensuite, nous devons dépasser la logique binaire du « tout ou rien » : être le premier ou rien. La voie de la douceur me paraît ici encore la meilleure stratégie. Commencer à jouer trois notes, sans attendre d’être concertiste. Nul besoin d’avoir confiance en soi pour effectuer ces micropas. C’est ainsi que la puissance intérieure se reconstruit. Un pas après l’autre.

Anne Dufourmantelle est l’auteure, entre autres, de Puissance de la douceur (Payot, 2013).