mercredi 24 décembre 2014

Cadeau de Noël (1) avec Christiane Singer

Nous sommes avec Jacques Chancel à l'écoute de Christiane Singer


Première partie (25 min.)





Décembre 1981 : Christiane SINGER commente les thèmes des livres plus récents, en particulier : "La mort viennoise", prix des Libraires 1979, "La guerre des Filles". Elle considère que l'écriture est un artisanat. L'importance de sa vie à la campagne ; sa passion pour les luttes de son époque. Entretien avec Jacques Chancel...


Un rêve de Cathédrale avec Philippe Mac Leod




Il n’est sans doute qu’une seule discipline à cultiver : la transparence. Transparence de la chair, transparence du visible, comme si chaque chose, chaque être portait en lui son propre horizon. L’infini n’a pas besoin de grands espaces pour se manifester. L’invisible est ce qu’on n’a pas besoin de voir, puisqu’il est d’abord nous-mêmes.

Il n’est qu’une seule force ici-bas : le silence de la prière, comme un reflux du monde, jusqu’au plus profond de moi-même, pour mieux le redéployer. L’esprit ne sera jamais que le sentiment de la vie parvenu à un tel degré de pureté que nous devenons lumière pour ceux qui nous approchent. La vie un moment rendue au silence, les yeux se rouvrant pour laisser passer le nom de Dieu, qui ne se prononce pas, mais se murmure d’une lueur.

Tout est intérieur, au visible, je ne dois que la réalité d’une foi se risquant dans des gestes, cette voix qui porte des mots toujours anciens et toujours nouveaux par la vie que je leur transmets, la porte entrouverte de mon visage, les chuchotements qui s’en échappent parfois, mais ce que je suis, je ne le dois qu’à la vie cachée en Dieu.

La solitude la mieux pourvue ne porterait aucun fruit si elle ne pouvait absorber le visage étranger, si elle ne savait se laisser dissoudre à son tour par l’image imparfaite d’une unité toujours à venir, souffrante mais en travail, avec ces bonheurs parfois d’entendre à côté de soi un cœur battre dans la même clarté intérieure, comme l’or tapissant le fond des peintures anciennes, loin derrière les figures muettes, ciel de lumière qui nous porte un instant, pour un chant, ou pour un regard aux mystérieuses perspectives.

Il nous faudrait achever le rêve des bâtisseurs de cathédrales : ajourer les murs en sorte que l’édifice tout entier ne soit plus qu’un grand vitrail, composé de la multitude de nos visages, laissant transparaître une lumière inoubliable. On me reprochera un manque de réalisme, quand plus loin on se bat, quand des hommes crient de faim, quand si près d’ici l’injustice œuvre à visage découvert. Je creuse des chemins à mains nues, dans une chair qui est aussi la leur, en sabrant dans l’épaisseur coriace, jusqu’à la lumière encore lointaine. Il ne s’agit pas d’une fuite vers des havres de paix, loin du tumulte ou de la fureur, mais d’un combat plus âpre et plus silencieux, sans bannières ni banderoles, en chacun de nous la lente naissance d’une humanité nouvelle qui ne peut croître qu’en regardant toujours plus haut.

La pierre est dure, la veine revêche. Qui, aujourd’hui, veut être encore le Christ, une ride à son front, une plaie de son côté ? Lui consacrer l’offrande d’une vie, jusqu’en ses moindres replis, ses plus petits instants, pour qu’elle devienne à son tour sacrement, signe visible de sa présence invisible. Je ne saurais témoigner que de son œuvre en moi, afin que tous croient, sinon par mes paroles, au moins par ce qu’il aura fait de moi : prolonger ses chemins, toujours mieux le comprendre pour mieux le transmettre, donner des mots nouveaux à ce qu’il a toujours été mais que nous savons si mal partager.

Je ne prendrai pas la tête d’un cortège. Je voudrais simplement te dire, là où tu es, d’habiter la solitude qu’il creuse en toi, et de gravir l’échelle qu’il donne à chacun, jusqu’à ce que nous nous retrouvions en haut, tous ensemble, quand nous découvrirons que notre labeur n’était pas si vain et que nos heures les plus silencieuses nous disaient déjà l’universel.


Philippe Mac Leod est écrivain et a publié plusieurs livres et recueils de poésie. 
Son dernier ouvrage, les Signes de Lourdes. Un chemin d’universalité, est paru aux éditions Bayard.
(source : La Vie 10-2014)


En hommage à Jacques Chancel


En 1977 (il y a 30 ans), Jacques Chancel interrogeait Arnaud Desjardins pour l'émission "Radioscopie". 












mardi 23 décembre 2014

L'être le plus fragile qui soit! avec Jean Vanier




« L’enfant est l’être le plus fragile qui soit. Il n’y a rien de plus fragile que l’enfant. De tous les petits des vivants, il est parmi les plus fragiles et cette fragilité dure très longtemps.

Il faut très longtemps au petit d’homme pour atteindre la maturité. Il lui faut du temps pour marcher ; il lui faut du temps pour acquérir des connaissances ; il lui faut du temps pour atteindre la maturité physique ; il lui faut encore plus longtemps pour atteindre sa véritable maturité intellectuelle, psychologique, pour qu'il devienne capable d'affronter notre monde, capable de supporter tensions et difficultés, capable d'aimer son ennemi. Sur le plan psychologique, la maturité vient quand on est capable de supporter les tensions, les agressivités.

Acquérir la maturité au niveau du cœur, c'est être capable d'aimer son ennemi et devenir un homme ou une femme de paix.»

Jean Vanier

lundi 22 décembre 2014

L'Arche de Vérité avec Jean Vanier



Une seule chose
est importante : que nous soyons vrais, que nous échappions
aux mensonges,
et même aux rêves et aux théories
qui nous enferment dans un monde illusoire où
nous sommes coupés de notre réalité profonde.

Dans la mesure où nous acceptons nos blessures, nous entrons dans
le chemin de l’unité ;
dans la mesure où
nous refusons de regarder notre vérité, nous maintenons
une cassure à l’intérieur de nous-même.

Dès que nous acceptons cette partie de
nous-même que nous refusions de regarder, que nous refusions
de reconnaître,
que nous refusions d’admettre, l’unité commence à se faire
à l’intérieur de notre être, et c’est de l’unité
que jaillit la fécondité. »


Extrait de la Source des larmes.


dimanche 21 décembre 2014

Silence. Des yeux, des mains, un souffle... avec Christian Bobin



 Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.|

Christian Bobin
 Ecrivain et poète, Christian Bobin a récemment publié L’Homme-joie (L’Iconoclaste) et La Grande vie (Gallimard, 2014).



source : Le monde des religions 2014

vendredi 19 décembre 2014

A la lumière des contes...avec Jacqueline Kelen

On continue de penser que les contes de fées s'adressent aux enfants. Or, leur magie ne tient pas seulement aux histoires merveilleuses qu'ils racontent, mais surtout à ce qu'ils cachent : une Sagesse précieuse, qui tantôt circule sous le manteau de Peau d'Âne, tantôt scintille à travers des pantoufles de verre, ou veille silencieusement dans un château endormi... 

Les contes traditionnels ne cessent de tisser des fils entre le visible et l'invisible, se révélant des guides sûrs pour l'âme, exilée en ce monde, à la recherche de son chemin de lumière....






jeudi 18 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (3)


Dernière partie (11 min.)
... l'intelligence du coeur


Extrait de la préface d'Alexandre Jollien du livre "Souffrir ou aimer" de Christophe Massin : 
La lecture de Souffrir ou aimer m'a grandi. D'abord, en révélant ma petitesse, en mettant au jour les refus, la révolte contenus, par peur de déplaire ou par crainte de carrément tomber dans un gouffre sans fond. L'auteur nous conduit comme par la main vers une expérience qui ouvre la vie : apprendre à coexister avec l'émotion, cesser de craindre la peur, de traiter avec mépris la colère et de faire un triste sort à la tristesse. L'émotion ne tue assurément pas et la ressentir à fond est, sans conteste, nous prémunir contre ce qui détruit : la rancune, la haine, le dégoût de soi, la jalousie, tout ce cortège qui finit tôt ou tard par élire domicile en nos coeurs, véritable parasite qui entrave la libre circulation du «oui». Vivre l'émotion ce n'est certes pas devenir son esclave, ni nous transformer en fous furieux. Au contraire, il s'agit d'un exercice d'une infinie tendresse : largement ouvrir les bras sans juger, avec une infaillible bienveillance à ce qui nous traverse. Voilà peut-être le sommet du courage ! Mais n'idéalisons pas ! Ce serait encore un coup du mental.


mercredi 17 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (2)





Deuxième partie (23 min.)
... il y a ma souffrance et moi


"Le refus est inhérent à l'émotion... car elle naît justement de ce décalage entre ce que j'attendrais et ce qui est. Dans mon esprit, la situation pourrait être autrement et je ne l'accepte pas directement telle qu'elle est. Je suis d'autant plus excité et joyeux d'être reçu à un examen, que je doutais du succès. Je compare subconsciemment avec la situation inverse où j'aurais pu échouer. Ce n'est pas une unité totale et immédiate avec la réalité. 

Dans une émotion joyeuse comme dans une émotion de tristesse ou de peur, on retrouve toujours un élément qui implique que la situation pourrait être différente. On ne vit pas une acceptation inconditionnelle du "c'est ainsi", où l'émotion se transformerait en un sentiment de paix."


Extraits d'un entretien au journal RÉEL

mardi 16 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (1)

Cela me fait toujours du bien d'écouter cet homme qui m'a beaucoup nourri... 


Première partie (15 min.)
... les lyings

(source France Culture) 

Christophe Massin, découvre les sagesses orientales et l'enseignement de Swami Prajnanpad à travers Arnaud Desjardins en 1974, ce qui le conduira auprès de maîtres tibétains et indiens. 
Depuis, cet enseignement imprègne sa pratique de psychiatre thérapeute. Il s'intéresse particulièrement à l'articulation entre psychothérapie et démarche spirituelle et à leurs synergies. 
Par ailleurs il est sensible à ce que cette démarche s'inscrive dans la société actuelle. Il intervient dans le monde du travail sur les risques psychosociaux et a fait des recherches en périnatalité. 

Quelques publications : 
Le bébé et l'amour ; Vous qui donnez la vie; (Aubier Flammarion). 
Réussir sans se détruire (Albin Michel). 
"Souffrir ou aimer, transformer l'emotion" la préface d'Alexandre Jollien chez Odile Jacob