lundi 14 novembre 2011

Pour en savoir plus sur le yoga

Retour sur les bienfaits du yoga, mais malgré cela tous ne deviennent pas illuminés...

dimanche 13 novembre 2011

Christian Bobin et Ryokan


Christian Bobin nous rappelle au silence
en suivant les vers de Ryokan, le moine au coeur d'enfant :



‎"takuhodo wa
kaze gamotekuru
ochiba kana

Pour faire le feu
le vent qui souffle m’apporte
les feuilles d’automne"


"heizei no
mimochi ni hoshi ya
furo agari

Ah ! si tout le jour
je me sentais aussi bien
qu’au sortir du bain !"



"yûzen to
kusa no makura ni
rusu no an

Un calme parfait
sur un oreiller d’herbe
loin de ma cabane"


Ryokan Taigu



samedi 12 novembre 2011

Le bonheur et Matthieu Ricard

Tu es Cela avec Arnaud Desjardins

Pour la parution du dernier tome de "A la recherche du Soi", en voici un extrait...


Laissez-moi vous redire que ce lâcher-prise n’est pas une petite affaire, qu’il s’agit vraiment
d’une mort. C’est une mort qui doit être réussie, c’est-à-dire conduire à une vie plus vaste et non pas à une mutilation, une dépression, une frustration – mais c’est une mort. On s’en rend compte peu à peu, à mesure qu’on commence à progresser sur un vrai chemin. Si bien que vient un moment où les illusions sincères du début sont tombées et où l’on se trouve dans cette situation que tous les disciples ont traversée : « une part de moi a peur et refuse d’y aller et pourtant j’y vais », à l’image du Christ qui s’est rendu à Jérusalem en disant, pour l’édification de deux mille ans de chrétiens : « Père, épargne-moi cette coupe si possible, mais qu’il soit fait selon Ta volonté. » Chacun doit passer par cette étape : je sais que je vais aller jusqu’au bout mais Dieu sait si je refuse d’y aller, et si une part de moi crie : non, non,non ! je ne veux pas.


Il m’était revenu à l’esprit en Inde une parole historique – « Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais encore plus si tu savais où je te conduis. » Et j’interprétais cette phrase comme ceci : « Tu trembles, carcasse, et tu trembles encore plus parce que tu sais très bien où je te conduis. »


En 1967, au moment où j’étais engagé enfin sur le vrai chemin après avoir commencé par essayer de ruser avec Swâmiji, d’en prendre et d’en laisser et où cette phrase m’était montée à l’esprit, il s’est trouvé qu’au cours d’un entretien, j’ai demandé à Swâmiji : « Mais pourquoi est-ce qu’on ne peut pas envoyer encore quelques personnes à Swâmiji ? » Il a répondu : « Non, c’est fini, Swâmiji ne verra plus de nouveaux venus » – sous-entendu ; jusqu’à la fin de sa vie. Il était déjà âgé, déjà cardiaque. « Mais, Swâmiji, il y a tant de gens qui m’écrivent à la suite de mes émissions TV... » Pourquoi avais-je produit ces émissions ?
C’était bien encore l’ego qui voulait les réaliser, c’était bien le karma et c’était aussi un dharma parce que je me suis senti enfin unifié, en paix avec moi-même, pour exercer cette activité.
Swâmiji me cite la parole de la Gita : « Sur mille hommes, il y en a un qui Me cherche. Sur mille personnes qui vous écrivent, il y en a une qui est vraiment prête à suivre le chemin.» – « Oui, mais Swâmiji, si je reçois deux mille lettres, cela fait deux personnes qui sont prêtes à suivre le chemin.» J’essaie de convaincre Swâmiji qu’il y a un petit nombre de candidats prêts à le rencontrer.


Tout d’un coup j’ai eu ce cri du coeur : « Mais, si Swâmiji ne peut pas les prendre en charge, qui va s’en occuper ? » Et Swâmiji a répondu : « You » – « Vous ». Cette réponse m’aurait grisé quinze ans plus tôt. Je n’ai pas pu ne pas l’entendre parce qu’on est attentif en face de Swâmiji – mais j’ai tout fait pour ne pas l’entendre ! Parce que, pour moi, cette réponse avait un sens précis et terrifiant. Au seuil de compréhension que j’avais atteint et au point d’attachement auquel j’étais, si c’est Swâmiji qui le sait, cela veut dire que ce ne sera pas une fantaisie de l’ego, un mensonge ou une trahison. Cela veut dire que je serai capable de le faire. Et, si cela veut dire que je serai capable de le faire, cela veut dire que j’aurai suivi jusqu’au bout mon propre chemin. Jamais je n’ai tant mesuré, en un instant, l’immensité de ma supplication : « Épargnez-moi d’aller jusqu’au bout du chemin. Non, non, non ! Je veux bien progresser un petit peu mais plus tard, plus tard ! Laissez-moi dans mes demandes, laissez-moi dans mes attachements, laissez-moi dans mes ambitions ! »


Tous les chercheurs ont vécu cette étape. Oh, non ! OH, NON ! Il y a ceux qui abandonnent et ceux qui continuent. Je vous assure qu’en 1967 je n’ai pas été exalté ni heureux : je n’ai pas voulu entendre. « C’est vous qui les prendrez en charge. » On en était loin. Et je souhaitais qu’on en soit le plus loin possible pour que cela signifie qu’il me restait le plus grand nombre d’années possible à vivre comme l’ego voulait vivre...

ARNAUD DESJARDINS
« Tu es cela »
À la recherche du soi IV

vendredi 11 novembre 2011

« Rassembler sans se ressembler » à Mangalam

hommage du soufisme Alawiya à Arnaud, au Canada, le 5 nov, avec un témoignage sur Mostaganem :
Nous dédions cette rencontre des cœurs à l’âme d’Arnaud Desjardins
C’est par ces mots que cheikh Khaled Bentounes a débuté son intervention à l’ashram Mangalam, à deux heures de Montréal, ce 5 novembre. 160 personnes, du Canada, d’Algérie, de France, de Belgique et de Suisse étaient réunies pour réaffirmer ce lien de fraternité universelle qui, à l’image du fil d’un collier, rassemble les êtres. « Rassembler sans se ressembler » a rappelé le Cheikh, en présence d’Eric Edelmann qui anime l’Ashram et des disciples du regretté Arnaud.
Accueillis à Frelighsburg, tout près de la frontière américaine, la rencontre des cœurs s’est poursuivie jusque tard dans la nuit, se clôturant par une réunion spirituelle au son du dhikr et du sama’.

Source : L’Association Internationale Soufie Alâwiyya (AISA)

jeudi 10 novembre 2011

Le site des éditions Almora

La marche afghane, une marche consciente avec Daniel Zanin


Marche afghane : la méditation en mouvement

Accompagnateur en montagne, Daniel Zanin forme à la marche afghane. Cette méthode ­permet de parcourir de longues ­distances, tout en expérimentant une forme de méditation.
© tgraham /  flickr
© tgraham / flickr
Comment a-t-on découvert la marche afghane en Occident ?

On doit cette découverte au Français Édouard G. Stiegler. Dans les années 1980, il travaillait à Kaboul pour une mission d’assistance économique de l’Onu. Un jour, il a vu débarquer des chameliers qui venaient de parcourir 700 km à pied en 12 jours. Soit presque un marathon et demi par jour ! Ces hommes avançaient avec une ardeur que rien ne semblait pouvoir infléchir. Il s’est mis à les observer, afin de comprendre comment ils parvenaient à cheminer sans fatigue. À son retour aux États-Unis, il a publié un ouvrage intitulé Régénération par la marche afghane (chez Guy Tredaniel éditeur), qui a été diffusé ensuite en Europe.

Quel est le principe de cette marche ? 

Elle synchronise les pas sur la respiration. Cette façon de se déplacer permet d’oxygéner l’organisme et de se régénérer en marchant.

Pouvez-vous nous donner un exemple sur un pas de base ?

Prenons le rythme conseillé pour un terrain plat. J’inspire par le nez sur les trois premiers pas. Puis je garde l’air dans mes poumons sur le quatrième pas. J’expire ensuite sur les trois pas suivants, toujours par le nez. Je laisse mes poumons vides sur le quatrième pas. Et je recommence. Selon votre forme du moment, vous pouvez respirer sur un cycle de trois, quatre ou cinq pas. Pour commencer, entraînez-vous sur une distance de 500 mètres, puis allongez la distance.

Comment fait-on en montée ? 

On supprime les pauses poumons pleins et poumons vides. Cela donne : j’inspire par le nez sur les trois premiers pas (ou quatre ou cinq…) ; j’expire aussitôt sur les trois suivants. Lorsque la pente est vraiment raide, vous pouvez effectuer des cycles courts sur deux pas.

À quelle vitesse cette marche se pratique-t-elle ? 

Quand vous escaladez un sommet, le tempo est forcément lent. Mais, sur terrain plat, vous avancez à 6 ou 7 km/h, tout en déliant les arti­culations, les hanches, tout le bas du corps. Goûter à cela, c’est comme déguster du champagne bio, sans bulle et sans alcool !

Ne risque-t-on pas d’être moins disponible si l’on compte ses pas ? 

Curieusement, cela a plutôt pour effet d’apaiser le mental. Nous sommes moins distraits par des idées, et davantage présents à nous-mêmes et à la nature environnante. Mais si cela vous gêne de compter, vous pouvez réciter une phrase comme « Tout va bien » ou « J’ai confiance » (sur les premiers pas du cycle…).

Vous insistez sur la façon de poser le pied. Alors, comment procéder ? 

Avec beaucoup de douceur. Notre corps reflète ce que nous vivons. Lorsque cela bout en nous comme dans une Cocotte-Minute, nous avons tendance à enfoncer nos pas dans le sol, en y mettant trop de force. Mais, comme la terre ne garde rien, elle nous renvoie cette violence. Soyons plus doux avec nous-mêmes en posant nos pieds délicatement.

Cette marche ne serait donc qu’un bon moyen de lutter contre le stress ? 

Pas seulement. Elle peut être pratiquée pour se débarrasser de tensions et faire un plein d’énergie. Ce qui est déjà beaucoup. Mais, pour ma part, je la vis aussi comme de la méditation en mouvement, une voie qui ouvre le cœur et aide à s’ancrer dans le présent.

Comment entrer dans cette dimension méditative ?

Tout d’abord en relevant notre tête. Quand nous nous promenons, nous faisons attention où nous posons nos pieds. Notre tête se penche vers le sol, ce qui a pour effet de bloquer nos cervicales. Sur un terrain plat, je conseille de s’entraîner à fixer l’horizon. Le regard devient panoramique. Notre cerveau se met en ondes alpha, favorisant un état de relaxation. Nous avançons alors rapidement; tout en étant pleinement présents.

Est-ce de la prière ? 

Par ma culture chrétienne, je me sens proche du Christ. Je préfère d’ailleurs parler de souffle plutôt que de respiration, lorsque j’évoque les rythmes de la marche. En grec, souffle signifie aussi esprit, pneuma, qui ouvre à des dimensions tout autres que la simple oxygénation du corps. En me calant sur la respiration, je sens combien l’Esprit est d’abord un souffle extraordinaire, une présence qui me nourrit. Durant les randonnées, je n’éprouve pas le besoin de me nourrir abondamment. Souvent, un fruit à midi suffit à me rassasier. L’homme ne vit pas que de pain.

Vous organisez des séjours dans le désert, est-il nécessaire d’aller si loin ? 

J’aime bien raconter cette histoire. Un élève disparaissait régulièrement de la classe. Un jour, son maître le suivit et vit que l’enfant priait Dieu au désert. Le lendemain, son maître lui dit : « Tu n’as pas besoin de prier Dieu là-bas, Dieu est partout le même. » L’élève lui répondit : « Oui, mais moi, je ne suis pas le même partout. » Le désert nous oblige à changer nos habitudes, nous nous découvrons autres, notre attention se déplace. Si vous n’avez pas de désert près de chez vous, vous pouvez toujours emprunter de nouveaux chemins de randonnée. Et vous laisser surprendre.

La marche consciente
Source :  la Vie

mercredi 9 novembre 2011

Une fontaine cachée...

Je la connais la source qui coule et se répand,
Quoi que ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée
Mais comme je sais bien où elle est

Quoi que ce soit de nuit !

Dans cette nuit obscure de cette vie
Comme je connais bien, par la foi, la fontaine
Quoi que ce soit de nuit !

Son origine, je l'ignore : elle n'en a pas
Mais je sais que tout être tire d'elle son origine
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais qu'il ne peut y avoir chose plus belle
Que la terre et les cieux vont s'y abreuver,
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais bien que c'est un abîme sans fond
Et que personne ne peut y passer à gué
Quoi que ce soit de nuit !

Sa clarté n'est jamais obscurcie
Et je sais que toute lumière vient d'elle
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais que ses eaux coulent si abondantes
Qu'elles arrosent enfers, cieux et peuples,
Quoi que ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée
Dans ce pain vivant pour nous donner vie
Quoi que ce soit de nuit !

Elle est là appelant toutes les créatures
la elles vont s'y abreuver dans les ténèbres
Parce qu'il fait nuit.

Cette source vive, vers laquelle je soupire,
Je la vois dans ce pain de vie
Quoi que ce soit de nuit !

Poème IX
Jean de la Croix
« Cette fontaine éternelle est cachée »
Œuvres complètes, Desclée de Brouwer, coll. « Bibliothèque européenne », 1992.

De Georges Brassens à Christian Bobin

Christian Bobin rend hommage à Georges Brassens dans cette chronique. Et je vous joins un petit document vidéo en plus, pour lui rendre hommage aussi.




mardi 8 novembre 2011

Denis Marquet, un sacré satan...


Ça tend en moi

Atteindre son but ne rend pas nécessairement heureux, c’est parfois tout le contraire. Pensons à ces cas, plus fréquents qu’on ne le dit, où une réussite longtemps et ardemment désirée plonge son bénéficiaire dans une profonde dépression. En outre, quand le bonheur est néanmoins au rendez-vous, celui-ci dure étrangement peu longtemps. Ainsi que l’avoue Laure Manaudou : « comme tous les nageurs, je suis à la recherche de la petite seconde de bonheur quand on gagne » - tous ces sacrifices pour une seule seconde ! C’est pourquoi, sitôt une réussite obtenue, sans prendre la peine de savourer le bien acquis, nous voilà très vite inquiet d’un nouvel objectif.

Pourquoi vouloir atteindre un but ? Pour faire coïncider notre désir et la réalité ; mais lorsque ceux-ci se rejoignent enfin, nous nous empressons de creuser entre eux un nouveau fossé. . . Pour expliquer ce paradoxe qui nous interdit le bonheur, il est utile de comprendre à quoi est réellement dû le moment de bien-être qui suit un succès. À la possession de l’objet de ma quête (un bien, un amour, une médaille, un succès...) ? Ou plutôt au fait que, durant quelques instants, je m’autorise à ne plus tendre vers rien - au fait qu’enfin je me détends. Le bonheur, vérité trop élémentaire pour que nous l’apercevions la plupart du temps, ne serait-ce pas simplement d’être dé-tendu, et de jouir de la pure jubilation d’être ?

D’où notre impasse : pour atteindre cet état de détente intérieure qui est notre véritable aspiration, nous ne cessons de nous tendre (vers des buts), causant ainsi une souffrance dont l’absurde formule est la suivante : je me tends pour atteindre la détente. Si nous sommes ainsi possédés par Ça-tend, c’est que « se contenter d’être », comme disait Etty Hillesum, nous fait aussi terriblement peur. Si je me relaxe vraiment, est-ce que je ne risque pas de disparaître ? La détente profonde est accompagnée d’une perte du sens de l’ego et cette expérience de spatialité lumineuse, tellement libératrice et que nous désirons tant, nous terrorise. C’est pourquoi, fréquemment, nous ne convoitons pas réellement l’objet de notre quête, mais plutôt le bénéfice que celle-ci nous offre de demeurer tendus.

Soit, dira-t-on ; mais si je ne tends plus vers rien, qu’est-ce qui va me faire agir ? Le moteur de l’action, n’est-ce pas précisément de tendre vers un objectif ? Tellement habitués à agir tendus, nous avons fini par confondre détente et inertie. Or la véritable détente intérieure est une détente vers l’intérieur, laquelle nous reconduit à notre dimension profonde, à notre désir vrai. Et ce dernier est un autre moteur. Non la source du faire compulsif qui n’est qu’une fuite de soi, mais celle de l’acte spontané juste ; enraciné dans notre vérité vivante et ajusté à la mouvance des choses, porteur de grâce et porté par la grâce, celui-ci est réellement fécond parce qu’il est créateur.

Quand je ne suis plus possédé par Ça-tend, je suis le lieu du Ça-crée.



Denis Marquet
Source : Psychologies magazine

lundi 7 novembre 2011

Un ashram en France grâce à un ami spirituel, Arnaud Desjardins

En l'honneur d'Arnaud Desjardins et pour celles et ceux qui connaissent cet endroit, où de nombreuses transformations intérieures ont eu lieu...

Arnaud Desjardins, réalisateur télé devenu guide spirituel, nous a quitté le 10 août dernier. Il a fait connaître à l'Occident les spiritualités orientales. Ici comme en Europe, on le considérait comme un grand sage, un maître spirituel. Nous l'avions rencontré en 1998. Il nous proposait alors ce qu'il appelait « la voie de la sagesse ».
Source : Radio canada

dimanche 6 novembre 2011

On l’appelle parfois « prière monologiste » (sur un unique mot), « prière du silence intérieur » ou « oraison de simple regard ». Simple et dépouillée, cette pratique qui remonte aux origines du christianisme consiste à « s’asseoir et désirer Dieu » en répétant intérieurement son nom.
Depuis plus de 10 ans, le dominicain Jean-Marie Gueullette en transmet les fondements dans des sessions. Il publie chez Albin Michel un Petit Traité de la prière silencieuse.


Comment aborder cette façon de se recentrer sur Dieu ?
La présence de Dieu en nous est au-delà de toute sensation. La prière silencieuse est un acte de foi. Il s’agit de choisir de désirer Dieu, de recentrer inlassablement sa volonté et son amour sur Lui, de faire comme Lui : nous donner entièrement, nous tenir présents. Cette pratique n’est ni un monologue avec nous-même, ni une méditation sur des valeurs : elle est adressée à quelqu’un ! À Dieu, dont nous sommes le temple. Pour une fois, nous sommes attentifs à sa présence. Nous le rejoignons en nous.


Vous consacrez plusieurs pages à décrire les différentes postures adaptées à cette pratique. Pourquoi ?
Il est toujours tentant de regarder la relation à Dieu comme quelque chose de compliqué pour mieux y renoncer. Au lieu de reconnaître qu’on ne sait pas se tenir immobile, on a vite fait d’inventer des discours pour se convaincre qu’on n’est pas contemplatif ou qu’on est un grand pêcheur... Alors que, parfois, c’est juste un problème de lombaires ! Trouver la position qui convient et se tourner vers la présence de Dieu de tout son être : ce programme peut sembler pauvre. Encore faut-il s’en donner les moyens. Pour y arriver, la façon de se tenir, la forme du tabouret ou la hauteur de la chaise qu’on utilise sont déterminants. Les chrétiens ne sont pas spontanément réceptifs à un discours associant corps et prière. Mais quand ils acceptent de tenter l’expérience, ils sont stupéfaits de ce qu’ils sont capables de faire.


À quoi « sert » le support du nom de Dieu ?
Cette façon de prier existe depuis les débuts du christianisme : la répétition intérieure d’un nom de Dieu aide à se recentrer sur Sa présence. L’idée est de choisir celui par lequel on s’adresse habituelle­ment à Dieu dans la prière. Encore une fois, on ne peut réduire Dieu à nos perceptions. On ne choisira donc pas une idée sur Dieu ou un qualificatif. Car, si je dis « amour » ou « justice », je suis dans l’emprise, j’impose mon prisme. Or, Dieu est au-delà de ce que je peux dire de Lui. Cette répétition aide à fixer l’atten­tion, mais il faut y mettre une inten­tion : celle de se tourner vers quelqu’un. Le nom nous permet un accès plus rapide à notre temple intérieur, lieu de silence où Dieu réside.


Cette prière silencieuse est-elle faite pour tout le monde ?
De nombreuses personnes la pratiquent spontanément sans savoir qu’elle relève d’une longue tradition. Elle n’est pas forcément adaptée à tout le monde, mais elle est accessible à tous ! Ça n’est ni la « meilleure », ni la seule façon de prier – c’est d’ailleurs la richesse de l’Église d’avoir permis une telle diversité d’expressions spirituelles –, mais sa simplicité parle à de nombreux croyants. Elle est exigeante, sans être compliquée. Selon votre état intérieur, vous prononcerez sans doute le nom de Dieu avec des nuances de joie, d’angoisse, de colère. Le silence, le dépouillement, le fait qu’il n’y ait pas besoin de se raconter rencontrent une demande.


Certains milieux chrétiens y sont-ils plus sensibles que d’autres ?
Les acteurs de la pastorale de la santé, par exemple, accueillent cette forme de prière avec un naturel incroyable. J’ai vécu une expérience très forte avec 300 visiteurs d’hôpitaux ou de maisons de retraite. Le silence est immédiatement descendu dans la salle et, en quelques minutes à peine, chacun avait trouvé sa posture. Ces bénévoles font chaque jour l’expé­rience de la gratuité et du calme donné. Être assis au chevet d’un malade et lui tenir la main : ça n’est en rien « efficace », mais c’est une présence essentielle. Ils ont compris spontanément cette façon de prier.

Retrouvez le dominicain Jean-Marie Gueulette
- Ses chroniques parues dans le magazine Prier
- Les dates des prochaines sessions de prière silencieuse qu’il anime, ainsi que des contributions sur la tradition de prière silencieuse dans le christianisme, sur Prière silencieuse