vendredi 5 janvier 2024

Présence de l'année

 


Notre avenir ? La mort ou l’éternité ?





Dire que notre avenir c’est la mort, ce n’est ni très sérieux, ni très intéressant.

Notre avenir, c’est l’éternité, le non-temps.

Certains diront que cette éternité est une illusion, une consolation.

N’est-ce pas plutôt l’avenir qui est une illusion, une idolâtrie consolatrice puisqu’il est malgré tous les prolongements qu’on peut lui imaginer voué à l’impermanence et à la mort ?

L’éternel, c’est le Réel.

Se soucier de son éternité plutôt que de son avenir, n’est-ce pas du bon sens avant d’être de l’intelligence et du discernement ?

Mais dira-t-on : « le temps peut-il connaître le non-temps » ? 

Vérifiez : arrêtez trois minutes d’« avoir des pensées ». Soyez simplement, silencieusement, conscient… 

Voyez ! Écoutez ! 

Vous voyez quoi ? 

L’invisible, l’espace, qui est partout et toujours là.

Vous entendez quoi ? 

Le silence qui est partout et toujours là.

Le Réel, la vie, étaient là avant que vous y pensiez. Le Réel, la vie, seront toujours là quand vous cesserez d’y penser…

Se soucier de son avenir et de l’avenir du monde ne change rien à notre destin. Se soucier de notre éternité, n’est-ce pas devenir libre à l’égard du destin et changer de monde ? 

Pourquoi dit-on que l’éternité, cet invisible, « cet obscur et lumineux silence » est une illusion, un rêve, alors que c’est la réalité que nous avons sans cesse devant les yeux, la lumière sans laquelle nous ne pourrions rien voir, l’espace qui demeure quand tout ce qui le remplit ou l’encombre s’efface et meurt ?

N’est-ce pas plutôt ces mille et une choses que nous voyons qui sont une illusion, puisqu’elles changent sans cesse, à peine apparues, elles disparaissent ?

« L’univers tel que nous le voyons est en train de disparaître ». Tout le monde le sait et personne ne veut le savoir. 

Est-ce légitime et raisonnable de tant se préoccuper de ce qui doit disparaître et de donner si peu d’attention à ce qui demeure, cet ineffable et effrayant silence qui est partout et toujours là ?

Écoute ! Sois attentif à ce qui est là vraiment ! C'est l'exercice nécessaire pour revenir au Réel. C’est ce qu’il faut chercher « d’abord ». Tout le reste, le temps, les univers, nos plus proches et nos plus lointains, sont des êtres relatifs. Ils nous sont donnés par surcroît, non pour les mépriser, ni pour les idolâtrer, mais pour les célébrer. Les remercier comme manifestations de l’invisible infini silence.

Comment ne pas se souhaiter une nouvelle année moins soucieuse de l’avenir et de ses illusions, une année plus attentive à l’éternité, au non-temps, à cette conscience de la présence invisible et silencieuse partout et toujours là ?

Douter du soleil n’enlève rien à sa clarté, mais nous prive de sa clarté.

À toutes ces ombres annoncées, puissions-nous répondre avec un corps, un cœur et un esprit ensoleillés…
 
- Jean Yves Leloup, décembre 2023



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jeudi 4 janvier 2024

l'Amour


l’amour
est impuissant
l’amour
a les mains vides
je ne peux pas
libérer celles et ceux que j’aime
je n’ai pas la clé
de la prison où ils cachent leur lumière
je n’ai pas
les mots magiques
la formule qui délierait tout
je n’ai pas
le geste parfait
celui qui mettrait tout en ordre
je n’ai pas
ce qu’ils attendent
ce que leur geôlier les a dressé à réclamer
personne ne l’a
et surtout pas moi
je n’ai rien d’autre
que l’amour
et l’amour est démuni
on le dit habile, et c’est vrai
mais son habileté
n’est pas toute puissance
réponse infaillible à tout
l’amour
Est impuissant
l’amour
a les mains vides
et peut être défait
en apparence
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Gilles Farcet

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mercredi 3 janvier 2024

Année d'espérance

 

Qu’est-ce qu’une « bonne » année ?
 
Reflets vous souhaite une bonne année !

Le vœu est banal. Tout le monde se souhaite une bonne année.
Par politesse ? Par habitude ? Par dépit ?
Chacun essaie un moment d’oublier la folie du monde. Chacun sait au fond de lui que ce monde va à sa perdition, se leurrant avec des mesurettes dont chacun sait, par avance, l’inefficacité.
 
Alors que peut être une « bonne » année ?
C’est une année où nous (moi, vous) progressons en amour.
 
Si à la fin de l’année je constate que je suis plus bienveillant, plus souriant, plus miséricordieux, ce sera une bonne année. Je suis sûr que l’activité discrète, sincère, au quotidien, de bien faire ce que nous avons à faire, donc de faire du bien à autrui, change le destin du monde.
L’ancien monde égoïste se fissure, se désagrège ; mais qu’importe si un nouveau émerge doucement, plus vaste, plus propre, plus paisible, plus vivable.
 
Cette espérance n’est pas un vœu pieu. Elle est entre nos mains.
 
 
Christian Rœsch

source : Revue Reflets (14 euros pour 6 mois)


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mardi 2 janvier 2024

lundi 1 janvier 2024

Voeux pour 2024 : "se transformer soi-même pour mieux servir les autres"




Extrait de Se changer, changer le monde, avec Matthieu Ricard, Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi, Éditions L’Iconoclaste.

Changer le monde cela revient, de mon point de vue, à se transformer soi-même pour mieux servir les autres. Tout en évitant de changer le monde de manière destructrice, en dévastant notre environnement, en exploitant les animaux et en causant la disparition de nombreuses autres espèces, cela implique d’avoir une attitude responsable à tous les niveaux. Se changer soi-même pour mieux changer le monde, c’est se libérer des toxines mentales que sont la haine, l’avidité, la jalousie, l’orgueil et l’esprit de vengeance qui empoisonnent notre existence et celle des autres. Pour pouvoir changer le monde, il faut d’abord avoir trouvé un sens à son existence, et essayer de le partager.

Du point de vue collectif, ce changement passe par une évolution de nos cultures, de nos attitudes, motivations, valeurs et priorités. Cela implique notamment de passer d’une culture qui prône l’individualisme et le chacun pour soi à un monde qui prend plus en considération l’altruisme et la coopération, laquelle a toujours été au cœur de l’évolution.

L’altruisme véritable existe-t-il véritablement ? Si oui, pouvons-nous le cultiver, l’amplifier comme un talent ou une capacité ? De nombreux travaux de recherche sur les effets de la méditation ont lieu actuellement. Au début, ces recherches ont commencé avec des méditants confirmés, qui se sont exercés entre dix mille et cinquante mille heures, autant d’hommes que de femmes et de pratiquants laïques que de moines et de nonnes. Les résultats de ces études ont montré que la capacité à développer la compassion et l’altruisme ne dépend pas de la culture orientale ou occidentale, ni du genre masculin ou féminin: il s’agit essentiellement d’une question d’entraînement.

Ce qu’il est important de retenir, pour la société, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir médité cinquante mille heures: quelques semaines de méditation, trente minutes par jour ont déjà des effets bienfaisants. Dans une de ces études, un instructeur a entraîné pendant deux semaines, à raison de vingt minutes par jour, un groupe de personnes à penser davantage aux autres, à essayer de se mettre à la place de l’autre, à méditer pour engendrer dans leur esprit l’amour altruiste, la bienveillance, la compassion à l’égard de ceux qui souffrent. Le groupe témoin (il faut toujours faire une comparaison, sinon les études ne sont pas valables) était formé à utiliser une méthode psychologique qui est connue pour engendrer des comportements prosociaux.

Cette méthode consiste à considérer les situations sous un angle différent, un angle plus vaste : si quelqu’un vous a insulté, au lieu de se concentrer uniquement sur l’insulte, sur l’incident et sur les aspects désagréables de la personne, on élargit et on prend en considération ce que vit la personne, ses comportements habituels. Les résultats ont montré que la méditation favorisait encore davantage les comportements prosociaux. Cette étude qui a été réalisée par Helen Weng dans le laboratoire de Richard Davidson (le pionnier dans les études en neurosciences de la méditation) a montré des changements au niveau cérébral, notamment en ce qui concerne l’amygdale (une structure cérébrale liée aux émotions, plus particulièrement à la peur et à l’agressivité).



Un conseil de Matthieu Ricard pour un monde plus humain : 

Pratiquer l’altruisme

Changer notre vision de ceux qui nous entourent
Nous pouvons nous entraîner à comprendre et à voir que la vie est beaucoup plus tissée de coopération que de compétition, d’entraide que d’hostilité, de sollicitude que de malveillance.

Vérifier nos motivations
Il est également utile de vérifier constamment notre motivation « Notre motivation est-elle altruiste ou égoïste ? Recherchons-nous le bien de quelques-uns ou du plus grand nombre ? À court ou à long terme.». Nous devons nous interroger à maintes reprises de cette façon.

Nous engager
Cultiver l’altruisme ce n’est pas simplement dire que l’altruisme, c’est bien. La compassion sans action est stérile. Il faut avoir constamment cet engagement à l’esprit et le traduire en actes dès que c’est possible, dans toutes les circonstances de la vie courante, mais aussi par exemple, en s’impliquant dans des activités bénéfiques aux autres (bénévolat, ONG, etc.).

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dimanche 31 décembre 2023

A propos de changement …

 


2023 … 2024, changement d’année en général fêté dans la joie et à grand renfort d’espérances, de souhaits et de bonnes résolutions … Pour quels changements ?

Au niveau collectif, les mêmes interrogations et attentes, peurs et conflits sont toujours présents et, au niveau individuel, nos bonnes résolutions sont souvent vite dépassées, intenables et oubliées.

A un participant venant le trouver régulièrement lors d’une retraite, et n’arrêtant pas d’être contrarié par les évènements, le maitre dit tout d’abord gentiment :

« - N’oubliez pas d’être heureux.

Le participant, touché, lui répondit :

- Je vous remercie de ce souhait.

Alors, le maitre, plus fermement cette fois-ci :

-Il ne s’agit pas d’un souhait, mais d’une instruction ! »

Autrement dit, arrêtez de vouloir que les choses correspondent à votre attente, et exercez-vous à être en accord avec ce qui est, par la discipline et la pratique.

Sur le chemin de transformation qu’est le Zen, il nous est demandé de nous poser sérieusement la question de la possibilité d’un réel et radical changement.

Changement qui s’inscrit non pas dans une durée définie, une forme précise à atteindre ou dans l’attente d’une situation existentielle plus favorable, mais s’insère dans un processus de transformation universel et continu.

Reconnaitre et redevenir conscient de ce processus à l’œuvre chez l’être humain et tous les êtres vivants, c’est la proposition du Zen.

Dans l’exercice de Za-zen, ce processus de transformation auquel nous sommes invités à nous ouvrir et à pleinement et consciemment participer, est appelé « passage ».

Le passage ne s’inscrit pas dans une durée, mais est atemporel.

« ÊTRE n’est pas présent dans une forme définitivement acquise, mais dans les transformations sans arrêt de la forme. Dès que l’on commence à promettre à ceux qui font un exercice la santé ou les succès dans la vie, cela n’a plus rien à voir avec le zen …

… La méditation doit d’abord être une perception des contraires dans toute leur acuité.

Un effort prématuré vers l’harmonie compromet le résultat de tout travail de transformation.

La perception, le respect, la différenciation et l’intégration des contraires sont les conditions d’une transformation durable. » K.G. Durckheim

Fuite des contraires, préférences, effort prématuré vers l’harmonie : ces souhaits et désirs sont donc des pièges allant à l’encontre de la possibilité d’une réelle transformation.

Notre manière de pratiquer est alors dictée par ce que MOI je veux, MOI je préfère, MOI j’espère,

MOI j’imagine devoir atteindre, et nous renforce dans notre personnalité égocentrée, nous maintient dans une pratique de l’exercice raisonnée et raisonnable, tournée vers un but défini, prémédité, d’amélioration du MOI.

Hirano Roshi : « il y a mille et une façon de pratiquer la méditation, mais il n’y a qu’une manière de pratiquer zazen. On ne pratique pas zazen avec le mental. »

Et Jacques Castermane nous questionne sans arrêt :

« Méditer afin de garantir son besoin de sécurité, d’assurer son confort, d’assurer son désir de permanence et autres vaines espérances, est-ce vraiment zazen ?

Est-ce que je cherche à me transformer, moi, ou à accepter, favoriser, libérer une transformation voulue par la vie » ?

La méditation - Zazen - que je pratique est-elle une rupture avec ma manière d’être habituelle tendue vers une amélioration de l’avoir, du pouvoir ou du savoir, signes distinctifs du mental humain, ou est-elle un retour à l’origine de ma vraie nature ?

Participons-nous à un processus de dépouillement ou d’accumulation ?

Processus de mise à nu qui ne demande ni artifices ni ajouts, et ne peut naturellement se développer, s’exprimer et s’épanouir qu’à l’écoute de cette perpétuelle et éphémère transformation de la forme « qu’est je suis ».

Non pas conscient de cette vie qui m’anime et que je mets à mon service, mais conscient par cette vie qui m’anime, que je partage avec tous les êtres vivants, et devant laquelle je tais mes revendications, je m’incline, pour me mettre à son écoute, à son rythme, à son service.

Za-zen peut ainsi devenir ce moment où le moi habituel s’efface : je n’interviens plus, je ne cherche plus autre chose, je ne tente plus de maitriser, de reprendre le contrôle de l’exercice selon mon entendement.

Etant dignement assis en HARA, le geste vivant que je suis, peu à peu libéré des désirs de l’ego, se révèle, prend forme, se transforme par le souffle.

Un geste qui joue avec l’impermanence, se joue de l’impermanence, par des actions libérées des « contre-actions » issues du moi, se renouvelant en un écoulement de vie.

Za-zen peut devenir simplement, seulement, rien que :

« Accueillir être assis ».

Entièrement, corporellement être assis, et laisser la vie se dévoiler, s’épanouir en ce simple geste, afin de « contempler le corps dans le corps » (Bouddha). Quel mystère !

« Être assis, accueillir ».

Pas d’intervention, pas de refus, pas de but.

Goûter, avaler, digérer ce qui se présente d’instant en instant, porté par le va et vient du souffle, dans la pleine attention, la pleine participation à ce qui est, parfaitement immobile. Sentir que la vie se manifeste dans cette immobilité, ce geste corporel, cette ouverture des sens, ce renouvellement du souffle.

Redécouvrir que ce que K.G. Durckheim appelle « la Grande Vie » est le vrai soutien et sens de mon existence.

2023…2024, avril…mai, lundi…mardi, 8h30 … 8h31, inspir … expir

Où s’opère le véritable changement ? 

Joël PAUL

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Etre sur son 31


Au premier coup d'œil, l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) » semble simple à comprendre : on se pare des plus beaux tissus de sa garde-robe pour fêter le 31 décembre et la nouvelle année. Sauf que cette interprétation est erronée. On aimerait vous dire que nous savons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité mais malheureusement, en ce qui concerne cette expression, nous n’avons à notre disposition que des hypothèses pour expliquer ses origines.

La première théorie, et la plus répandue, voudrait que le chiffre « trente-et-un » ne soit en réalité qu’une déformation d’un mot d’ancien français, « trentain ». Ce terme, désuet aujourd’hui (et qui renvoie plus communément à une série de trente messes dans le domaine religieux) désignait à l’époque un grand drap. Le Cnrtl le définit ainsi : « drap dont la chaîne est composée de trente fois cent fils » (lorsque « le dérivé désigne un drap caractérisé par la trame ; la base indique le nombre de centaines de fils »). 

Ce tissu si particulier est apparu aux alentours du Moyen Âge et sa fabrication coûteuse en faisait un habit que seuls les plus aisés pouvaient s’offrir. On estime donc que c’est par déformation de langage, sûrement par les classes plus populaires, que le mot « trentain » est par la suite devenu « trente-et-un ». Quant à la première partie de l’expression, « se mettre sur », c’est une ancienne tournure voulant dire « mettre sur soi ».

Selon une deuxième hypothèse, beaucoup plus douteuse, l’expression ferait référence à un jeu de carte du nom de « trente-et-un ». Enfin, une troisième explication donne pour origine la tradition des soldats prussiens datant du XVIIIe siècle : tous les 31 du mois, les soldats devaient se présenter dans une tenue irréprochable pour l’inspection de leur supérieur. Ils recevaient aussi ce jour-là une prime.

source : la langue française

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samedi 30 décembre 2023

Aimer l'égo

 


La libération ne sera jamais le fruit de la frustration et de la mutilation, plus on s'oppose par la force aux désirs de l'ego, plus on renforce l'ego. C'est ce qui se passe notamment dans l'enfance, plus on s'oppose à un enfant en essayant de briser ses caprices, ses violences et ses exigences, plus ont renforce son ego. Un ego humilié, un ego qui doute de lui, la tête en bas, les jambes en l'air c'est toujours un ego hypertrophié. La disparition des désirs ne peut se faire que par un minimum d'accomplissement des désirs et une compréhension aiguë de la nature même du désir.

L'ego ne révélera le Soi que s'il est convenablement traité. Un ego brimé dans l'enfance et ensuite brimé dans l'existence ne fera jamais place au Soi. Et s'il y a trop de frustration de l'ego la spiritualité sera viciée, elle deviendra une compensation et elle peut mener à une inflation énorme de l'ego. Pour que la graine se transforme en arbre il faut bien que le grain en tant que grain meurt. Mais cette mort est un accomplissement, le grain portait l'arbre potentiellement en lui-même, c'est pour cela que le chemin commence par l'amour de soi-même et non avec la mutilation et la destruction de soi-même. Et tout une part du chemin consiste à s'occuper avec amour de l'ego, pour lui permettre de s'effacer, de mûrir et de se transformer, d'être moins crispé, moins tendu.

L'ego ne mourra jamais de son plein gré, plus on veut le détruire, plus on le renforce. Pour que l'ego se sente accompli il faut qu'il se sente libre des vieux désirs frustrés de l'enfance. Si les désirs de l'adulte ne sont que la forme mensongère d'un désir d'enfant oublié, ce désir d'adulte ne sera jamais satisfait. Ce qui est important est de trouver ce qui désaltère à tout jamais …

Arnaud Desjardins

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vendredi 29 décembre 2023

La relation Maître-disciple


Entretien avec Gilles Farcet - #1 La rencontre d’un disciple avec son maître

Dans le cadre du 50e anniversaire de notre revue (Acropolis), après Antoine Faivre, nous publions l’entretien réalisé avec Gilles Farcet (1) sur la relation de maître à disciple.

Ce premier extrait raconte sa recherche d’un maître.

Revue Acropolis : Vous parlez souvent dans vos écrits de la relation maître-disciple. Pouvez­ vous nous expliquer ce qui dans votre vie vous a amené à réfléchir et à mettre l’accent sur cette relation ?


Gilles FARCET : Tout d’abord la conscience très claire que, pour progresser, pour croître dans quelque domaine que ce soit, profane ou sacré, humain ou spirituel (les deux étant d’ailleurs à mon sens inséparables) il faut apprendre. Je suis très étonné de constater que beaucoup prétendent aujourd’hui se passer de maître dans le domaine spirituel, alors même que chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’un apprentissage rigoureux dans les autres sphères de l’existence. Si je désire jouer correctement du piano – sans parler d’être un virtuose – il me faudra prendre des cours, m’initier au solfège, m’ouvrir à certaines influences. Je devrai choisir un professeur et ne pas en changer tous les quinze jours.

Tout le monde juge normal et même indispensable qu’un futur médecin aille à l’université et suive des stages à l’hôpital. J’avoue donc être surpris de voir cette nécessité d’une formation sérieuse si peu reconnue aujourd’hui parmi ceux et celles qui disent s’intéresser à « la spiritualité ». Beaucoup « picorent » un peu partout, suivent un stage, puis un autre… Or, je crois que si l’on veut véritablement approfondir il faut, non pas être fermé et ne plus jurer que par une personne hors de laquelle on ne voit point de salut, mais du moins s’exposer de façon durable à une influence, à une « école » – pour reprendre un terme cher à Georges Gurdjieff (2) –, quitte ensuite à pouvoir d’autant mieux s’ouvrir et se montrer disponible.

Donc, pour répondre de manière plus personnelle à votre question, mon intérêt pour le rapport maître­disciple vient de ce que j’ai eu assez tôt conscience de la nécessité de cette relation pour un travail spirituel digne de ce nom. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais disons qu’à l’âge de vingt-trois ans, après avoir beaucoup pratiqué certaines techniques de méditation, fait de nombreuses et longues retraites, je me suis rendu compte de l’omniprésence de cette relation maître-disciple dans toutes les traditions. Qu’il s’agisse de la tradition hindoue, de la tradition bouddhiste, du soufisme, du christianisme des premiers temps et même de la tradition philosophique occidentale, celle de Socrate et Platon, on retrouve toujours et partout cette relation du maître et du disciple. Elle est d’ailleurs source de très belles histoires, vraies ou symboliques, et porteuses de vérités profondes. Par conséquent, je ne pouvais pas prétendre être un génie spirituel capable de tout découvrir par lui­même. Non que les génies spirituels n’existent pas : Ramana Maharshi l’un des grands sages hindous du début de ce siècle, s’est éveillé « spontanément » à l’âge de dix-sept ans, sans avoir suivi d’enseignement. Mais quand on s’engage sur un chemin, on ne saurait partir du principe que l’on est un génie et un nouveau Maharshi… Si l’on aspire à bien jouer du piano et à composer, mieux vaut commencer tôt à prendre des cours plutôt que de se prendre d’emblée pour Mozart.

Revue A. : Pouvez-vous nous parler un peu de votre itinéraire ?


G.F. : Oui, mais à condition de préciser que cet itinéraire n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel. Il se trouve que l’on m’interroge parce que j’écris des livres et que j’ai effectué quelques activités publiques. Mais il y a, ne serait-ce qu’en France, des personnes bien plus avancées que moi et qui pourraient parler avec davantage d’expérience et de perspective de la relation maître-disciple. Sans doute n’est-ce ni leur fonction ni leur désir. Ceci précisé et puisque je suis distribué dans le rôle du « parleur », allons-y.

Il m’est très tôt apparu – aux alentours de mes vingt ans – que quoique très intéressé par le bouddhisme, l’hindouisme et les spiritualités orientales en général, je me devais de rencontrer un maître occidental. Je me suis toujours senti d’Occident, appelé à une relative insertion dans le monde tel qu’il était, pour le meilleur et pour le pire ; je n’ai jamais durablement cru que ma vocation était de me retirer, d’aller vivre en Orient ou de mener une vie contemplative dans le sens précis de ce terme, c’est-à-dire accorder la priorité à la méditation plutôt qu’à l’action. J’aspirais à une spiritualité dépouillée de tous les exotismes, de tout le côté rituel ; en outre, il était pour moi très important de pouvoir entretenir cette relation avec un être humain bien sûr enraciné dans l’expérience spirituelle mais en même temps passé par les tribulations d’un Occidental moyen.

Comment dire ? Je voulais être guidé par quelqu’un dont les références culturelles au quotidien seraient essentiellement les miennes : quelqu’un à qui la nécessité de payer un loyer et des notes de téléphone ne serait pas étrangère, quelqu’un ayant eu une famille, ayant vécu et travaillé non dans un ashram en Inde, mais à Paris ou New York.

Ceci me paraissait très important, justement parce que la sagesse, si elle existait, devait être possible partout et non dépendante d’une culture ou d’un contexte particulier.

Cela n’enlève rien à la grandeur des cultures traditionnelles ni au fait que certains environnements semblent bien plus propices à la recherche intérieure. Reste que jamais je n’ai voulu rejeter mon héritage, ni même cette civilisation, malade sans doute, folle à bien des égards et cependant très propice à la recherche, du fait de sa folie même…

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Principaux ouvrages de Gilles Farcet

• Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse, 1987, Éditions La Table Ronde ; réédition en poche chez Albin Michel en 1992 et à la Table Ronde en 2014

• L’Homme se lève à l’Ouest, Éditions Albin Michel, 1992 ; traduit en espagnol

• La ferveur du quotidien, Éditions L’Originel, 1993

• Regards sages sur un monde fou, avec Arnaud Desjardins, Éditions La Table Ronde, 1997 ; traduction en espagnol

• Manuel de l’anti-sagesse, traité de l’échec sur la voie spirituelle, Éditions du Relié, 2002, traduit en espagnol et en anglais

• La Transmission selon Arnaud Desjardins, 25 ans d’échanges avec un ami spirituel, Éditions du Relié, 2009

• Le défi d’être, entretiens avec Gilles Farcet, de Denis Desjardins et Gilles Farcet, Éditions Dervy, 2017

• Une boussole dans le brouillard, Éditions du Relié, 2019

• Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

• La Réalité est un Concept à Géométrie variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

Et bien d ‘autres encore…


Participation de Gilles Farcet dans des films

• Sur la route avec Mr Lee, de François Fronty, 1995, Alizé diffusion.

• Stephen Jourdain, La Folle Sagesse, de Carole Marquand, avec Gilles Farcet et Denise Desjardins, 2006, Alizé diffusion.

• Denise Desjardins, de la révolte au lâcher prise, un film de Guillaume Darcq, 2008, Alizé diffusion

• La Frontière intérieure, Gilles Farcet, Images d’un parcours, de Guillaume Darcq, 2013, Alizé diffusion


Propos recueillis par Laura Winckler - Cofondatrice de Nouvelle Acropole en France

Gilles Farcet, écrivain, journaliste, producteur à France Culture, animateur de stages, a également collaboré à diverses revues et a fondé à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse ». Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages et a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins, qu’il a considéré comme son maître. Il se consacre, dans ses écrits comme dans sa vie, à une meilleure compréhension de la relation maître à disciple, située au cœur de toutes les traditions spirituelles.

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jeudi 28 décembre 2023

Tomber amoureux de la vie...

 Quel serait votre conseil ? 

Eric Baret : De tomber amoureux de la vie, elle est courte. 


On souffre parce qu’on ne se sent pas aimé, pas respecté ou compris. Mais cela ne fait aucune importance qu’on me rejette. 

Si quelqu’un vous rejette et que vous l’acceptez alors vous vivez l’acceptation, alors que si vous ne l’acceptez pas, vous vivez le rejet. Cela vaut à l’égard de ceux qui ne vous aiment pas. 

Si on ne m’aime pas et que moi j’aime, alors cela me rend heureux. 

Les coups n’agressent pas, ce qui agresse est l’idée de résister à ces coups. 

La difficulté de vivre vient du fait de résister à la vie. 

C’est la résistance qui fait mal. 

Pour ceux qui n’ont pas compris cela, les arts martiaux de contact sont la meilleure école pour une expérience directe. 

Le yoga n’est rien d’autre que cette même transposition où tout événement apparait comme grâce et non comme conflit.

On est constamment en train de dire non à ce qui peut nous montrer nos limitations, pour vivre dans une hypothétique sagesse, liberté. 

On ne veut surtout pas se voir dans la peur, dans l’incertitude, surtout pas se rendre compte que l’on ne sait rien, que l’on ne peut rien. 

Donc on ajourne constamment ces opportunités pour vivre dans une image spirituelle, méditer, devenir comme ceci et comme cela, être libre de ceci et de cela. 

Mais un jour on se rend compte du mécanisme ; alors il y a changement. On ne cherche plus à devenir quoi que ce soit, à éviter quoi que ce soit.

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art Antonio Linde - Arjuna


mercredi 27 décembre 2023

Dignité

 


Juge digne de toi toute parole et tout acte qui est selon la nature.

Ne t'en laisse détourner ni par les critiques, ni par les calomnies, dont parfois la critique est suivie.

Du moment que ce que tu as fait, ou ce que tu as dit, est bien, ne crois jamais que ce soit au-dessous de ta dignité.

Les autres ont leur propre raison qui les conduit, et ils obéissent à leur impulsion propre ; ne regarde donc pas à autrui ; mais suis tout droit ton chemin, en te conformant tout ensemble à ta nature particulière et à ta nature universelle; car pour toutes les deux, il n'y a qu'une seule et même voie.

Marc Aurele - Pensées pour moi-même, Livre V

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mardi 26 décembre 2023