dimanche 15 mai 2016

L'Amour avec Boutros Boutros-Ghali


L’amour est le principe qui crée et soutient les relations humaines avec profondeur et dignité. L’amour spirituel transporte l’être dans un silence qui a le pouvoir d’unir, de guider et de libérer les êtres. L’amour est la véritable source d’égalité. L’amour est le catalyseur du changement, du développement et de la réussite. L'amour n’est pas simplement un désir, une passion, un sentiment intense envers une personne ou un objet, mais un niveau de conscience à la fois altruiste et riche en réalisation personnelle. L’amour peut avoir pour objet un but spécifique, la vérité, la justice, l’éthique, les êtres humains, la nature, le service des autres, Dieu. L’amour découle de la vérité, c’est-à-dire de la sagesse. L’amour fondé sur la sagesse est l’amour réel, et non l’amour aveugle. Et découvrir les secrets de l’amour, c’est regarder se dérouler les secrets de la vie.

La base du véritable amour


La base du véritable amour entre les êtres est spirituelle. Voir l’autre comme un être spirituel, comme une âme, c’est voir sa réalité spirituelle. Etre conscient de cette réalité, c’est éprouver l’amour spirituel : chaque personne, entière et indépendante, cependant totalement reliée aux autres, reconnaît ce même état chez l’autre. Il en résulte un amour naturel et constant. L’amour véritable, c’est lorsqu’il y a amour d’âme à âme. L’amour pour l’âme est éternel; l’âme ne meurt jamais. Un tel amour est juste et procure une grande joie. L’attachement à ce qui est périssable ne l’est pas et apporte la peine.
Quand prévaut l’amour spirituel, l’animosité, la haine, la colère ou la jalousie sont impossibles, intérieurement comme extérieurement. La fraîcheur de l’amour transforme les sentiments négatifs en sentiments positifs. L’amour spirituel recèle l’harmonie, car l’amour remplace automatiquement les tendances à la domination ou à la dépendance mutuelle par la douceur, l’attention et la compréhension.

Le calme de l’amour


L’amour spirituel ne s’appesantit pas sur les faiblesses des autres et s’attache, au contraire, à éliminer ses propres défauts. La méthode pour cela est de vérifier en soi-même régulièrement s’il existe l’habitude naturelle de donner du bonheur aux autres, et non de la peine. Néanmoins, le véritable amour du fond du coeur ne peut pas supporter de voir des faiblesses chez l’être aimé. Le désir pur de corriger ces faiblesses proviendra, d’une part, de l’amour et d’autre part, du pouvoir des mots. Avec un équilibre entre les deux. Trop de pouvoir dans les paroles ou trop d’amour peuvent conduire à l’échec. Si les mots sont trop durs, l’autre peut se sentir insulté ou rejeté par ce qu’il ressent comme trop autoritaire. L’équilibre entre l’amour et le pouvoir des mots procure une expérience de compassion, de miséricorde et de bénéfice. Lorsque chaque mot est porteur d’un degré d’amour authentique, alors, que le message soit fort ou amer, il touchera le cœur de l’autre et sera perçu avec vérité.

Les êtres humains se sont laissés prendre au piège d’un mode de comportement qui a faussé la valeur de l’amour et l’aptitude à se faire confiance les uns aux autres. Un instant l’amour est là, et l’instant suivant cet amour, brisé, cause une peine et une douleur intenses. C’est comme si l’intellect humain avait perdu le contact avec la source éternelle d’amour et pris le soutien temporaire de sources limitées. En conséquence, au lieu de puiser une force et un soutien à une source inconditionnelle, les âmes humaines restent assoiffées d’amour véritable, fût-ce d’une seule goutte. Sans cet amour, elles continuent d’errer dans la détresse, en quête perpétuelle...

La flamme éternelle


Le monde se souvient de Dieu comme de la source ultime d’amour, l’océan d’amour, la flamme éternelle. Dieu donne, inconditionnellement, un amour qui est impérissable, universel et unique. Impérissable, car cet amour est infini, constamment rayonnant et totalement disponible. Universel, car cet amour n’a ni frontières ni préférences ; des vibrations d’amour qui rayonnent en direction de toutes les âmes, de toutes cultures, races et croyances. Unique, car le feu de l’amour de Dieu épure le cœur et l’âme. Ceux qui puisent dans cet amour renouent le lien d’une relation éternelle. Ceux qui font l’expérience de l’amour spirituel de Dieu - qui se fondent dans la Flamme Eternelle de la Vérité - sont coupés de tout faux-semblant. De telles âmes apprennent la première leçon de la fraternité universelle : toutes les âmes ont assurément de l’amour les unes pour les autres puisqu’elles sont les enfants du même père. C’est ce que l’on appelle l’amour spirituel.

Une fois le feu de l’amour spirituel allumé, le pouvoir de la volonté permet de se libérer des liens éphémères. Le temps est alors consacré à créer un niveau intérieur où l’amour se révèle sur le visage et dans chaque activité. Transcendé par cet amour spirituel, l’être est moins affecté par les circonstances adverses. Il voit dans les tempêtes l’occasion d’exercer sa force et ses ressources intérieures. S’il ne reçoit pas d’amour d’autrui, cela n’éteint pas sa propre flamme. Il va au-delà des pensées qui pourraient l’amener à s’écarter d’une personne, d’un endroit ou d’une tâche spécifiques. Au lieu de cela, il s’efforce de maintenir son amour, car, plus on s’efforce d’aimer, plus on reçoit d’amour. L’étincelle de l’effort, c’est l’amour, et l’amour permet de dépasser facilement toute faiblesse.

Tout un monde peut être transformé à travers une vision, une attitude et des comportements inspirés par l’amour. Dans un monde meilleur, la loi naturelle est l’amour; et chez une personne meilleure, aimer est une disposition naturelle. Pour créer un monde meilleur - un monde de vérité -, l’amour spirituel vient en premier.


________________


samedi 14 mai 2016

Le monde de l'onde...




Toute la vie est une vibration.
Ce que vous appelez la vie est pure énergie. Cette énergie est toujours en vibration constante. 
 Elle se déplace sous forme d'ondes. Les ondes vibrent à des vitesses différentes, produisant des degrés variables de densité, ou de lumière. 
En retour, cela produit ce que vous appelleriez de multiples "effets" dans le monde physique - en fait, divers objets physiques. Mais tandis que les objets sont différents et distincts, l'énergie qui les produit est exactement la même. 

Neale Donald Walsch

"""""""""""""""""


vendredi 13 mai 2016

Le miroir du cœur de Rumi

Histoire de la discussion entre les Byzantins et les Chinois sur l’art de peindre et de faire des portraits
 
Les Chinois disaient : « Nous sommes les meilleurs artistes » ; Les Byzantins disaient : « C’est à nous qu’appartiennent le pouvoir et la perfection. »
« Je vous mettrai à l’épreuve en cette affaire, dit le sultan, et je verrai lequel de vous deux a raison dans cette prétention. »
Les Chinois et les Byzantins se mirent à discuter. Les Byzantins quittèrent le débat.
Les Chinois dirent alors : « Attribuez nous une certaine salle, et qu’il y en ait une pour vous aussi. »
Il y avait deux pièces dont les portes se faisaient face : les Chinois prirent l’une, les Byzantins l’autre.
Les Chinois prièrent le roi de leur donner cent couleurs ; le roi ouvrit son trésor afin qu’ils reçoivent ce qu’ils désiraient.
Chaque matin, par sa libéralité, les couleurs étaient octroyées de son trésor aux Chinois.
Les Byzantins déclarèrent : « Aucune teinte ni couleur ne convient à notre travail : il ne faut rien que retirer la rouille. »
Ils fermèrent la porte et se mirent à polir : ils devinrent clairs et purs comme le ciel.
Il y a un « chemin » de la bigarrure à l’absence de couleurs, la couleur est semblable aux nuages, et l’absence de couleurs à la lune.
Quelque lumière et splendeur que tu vois dans les nuages, sache qu’elle provient des étoiles, de la lune et du soleil.

Quand les Chinois eurent achevé leur tâche, de joie ils se mirent à battre du tambour.

Le roi entra et vit les peintures : cette vision, lorsqu’il l’aperçut, ravit ses esprits.
Ensuite il alla vers les Byzantins : ils retirèrent le rideau qui les séparaient.
Le reflet de ces peintures et œuvres d’art des Chinois vint frapper ces mûrs qui avaient été purifié de toute souillure.
Tout ce que le sultan avait vu (dans la salle des Chinois) semblait plus splendide ici : cela ravissait le regard.
Les Byzantins, ô mon père, sont les soufis : ils sont sans études, sans livres, sans érudition.
Mais ils ont poli leurs poitrines et les ont purifié du désir, de la cupidité, de l’avarice, des haines.
Cette pureté du miroir est, sans nul doute le cœur qui reçoit d’innombrables images...

Mathnawî, la quête de l'absolu : 
Tomes 1, Livres I à III, Volume 1 
Par Djalâl-od-Dîn Rûmî
-----------------

Merci à Marie-Françoise

jeudi 12 mai 2016

Pour sauver les graines naturelles du partage...


A la veille de la marche mondiale contre Monsanto du 23 mai 2015, nous publions in extenso l’interview que Vandana Shiva a accordée au magazine Plantes et Santé lors de son passage à Paris en décembre, à l’occasion de la publication d’un livre d’entretiens en français. Engagée pour la liberté des semences et la souveraineté alimentaire, l’écologiste indienne, lauréate du prix Nobel alternatif en 1993, mène campagne depuis plus de trente ans pour une autre vision de l’agriculture.

Voir l'article

extrait :

Vous prônez une agriculture écologique et biologique. Est-ce un modèle économiquement viable ?

C’est la seule forme d’agriculture qui ait du sens. Pour des raisons écologiques, car l’agriculture industrielle détruit les sols, l’eau, la biodiversité, le climat (l’agriculture industrielle explique 40% des gaz à effet de serre) et notre santé. L’agriculture industrielle génère 30% de notre nourriture mais 75% de la destruction écologique au niveau mondial. Si on passe à 40% de notre nourriture d’origine industrielle, on aurait 100% de destruction, c’est la recette pour une planète morte. Nous avons fait deux rapports basés sur l’expérience de Navdanya : l’un montre  que nous pourrions nourrir adéquatement deux fois la population indienne avec juste des fermes biologiques. Le second calcule les coûts dérivés de l’agriculture industrielle qui ne sont jamais pris en compte lorsqu’on parle de sa soi-disant « productivité » : ces coûts environnementaux et sociaux cachés sont de 1,2 billion par an en Inde, sans parler des coûts de santé.
--------


mardi 10 mai 2016

Le mal en voyage...


Un voyage pour voir la diversité de la perception du mal...




---------------


lundi 9 mai 2016

La phrase du renouveau de Pierre Rochefort


"C'est finalement au plus fort de l'hiver 
que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps." 
Albert Camus (1913-1960). 
Cette citation est tirée du Mythe de Sisyphe 

 « Je suis souvent victime de coups au moral, où je me dis que tout va mal, que je n’y arriverai pas, que je ne saurai pas progresser, devenir plus altruiste, plus généreux, plus ceci ou cela... Au fond, je passe le plus clair de mon temps à tendre vers un idéal si inaccessible qu’il m'arrive de douter. Dans ces moments, je me souviens de cette phrase, lue pour la première fois au lycée. Elle m’ouvre un autre chemin. J’aime son optimisme qui me rassure.

Gagner en confiance est le chantier sur lequel je travaille depuis une décennie. J’ai vu des psys, j’ai essayé un peu tout : rêve éveillé, hypnose... Tout m’a plu, mais je n’ai rien poursuivi. Parce que lorsque je suis “au plus fort de l’hiver”, j’ai tendance à fuir. A “me” fuir. Or, cette phrase de Camus appelle, au contraire, à oser regarder en soi, et y découvrir des forces cachées. J’espère avancer dans ce sens. Pour me sentir un jour, enfin, en compagnie de l’homme abouti en moi. » 

Pierre Rochefort
(source : psychologies magazine mai 2016)


================


dimanche 8 mai 2016

Adieu Denise...

Spécialiste de la tradition hindoue, disciple de Svâmi Prajnânpad, Denise Desjardins nous a quittés le 17 mars, à l’âge de 92 ans. Cette “conquérante spirituelle” aura travaillé toute sa vie sur son psychisme et sur celui de ses patients, comme elle nous le confiait il y a quatre ans dans cet émouvant témoignage sur la vieillesse. (psychologies mai 2016)

Vieillir
« Vieillir, c’est dur... J’ai perdu de ma rapidité physique, et une certaine force ; j’ai appris à m’adapter aux temps de disponibilité et de faiblesse de mon corps.
Certains exercices de tao me permettent d’uti-liser la pensée pour réveiller l’énergie : je n’en manque pas. J’en ai même plus qu’à certains moments de ma “jeunesse”, depuis que j’ai compris que moins on a d’émotions, plus on a d’énergie. »

Transmettre
« J’ai passé ma vie à travailler sur mon psychisme pour abolir les plus fortes de mes émotions. Je crois que développer son intériorité et sa capacité d’éveil demande du temps : ma longévité me permet de conduire mon travail intérieur jusqu’au bout. Je continue à recevoir des gens pour les aider à dénouer les nœuds du cœur, et ça m’intéresse toujours autant. J’ai beaucoup reçu, j’essaie de transmettre ce qui m’a été donné. »

Accepter
« Depuis le début de ma vie, j’aspire à être centrée, stable et paisible, ce qui nécessite une grande détente et une grande acceptation : je m’efforce donc d’éliminer les complexités intérieures, les grosses émotions récurrentes, les petits désirs, pour approcher une sorte de vide qui n’a rien à voir avec le néant. Un sentiment d’unité, de profondeur et de vérité. J’ai eu une vie riche, mais aussi douloureuse. J’ai beaucoup pleuré; je crois que j’ai épuisé mon quota. Ça ne m’empêche pas d’avoir le cœur ouvert. Mais à la place des larmes sourd en moi une grande énergie. »

(Psychologies n° 317, avril 2012). 

 Denise Desjardins est l’auteure de nombreux ouvrages, parmi lesquels Le Bonheur d ’être soi-même, Contre vents et années et Les Fleurs de l'âge, un recueil de poèmes dans lequel elle évoque les derniers mois de sa vie (tous édités par La Table ronde).

+++++++++++++++

voir aussi les œuvres de Denise Desjardins


samedi 7 mai 2016

Tout est relié... mon oeil !


L'existence est à chaque instant un grand voyage...






-------------------



vendredi 6 mai 2016

Vous méditez ? Alors, évitez de pratiquer ...par cœur ! avec Jacques Castermane


Le mot méditation doit être entendu comme étant une rupture avec notre manière d’être habituelle, notre manière de faire habituelle et notre manière de voir habituelle. Que vous veniez au Centre Durckheim pour la première ou la centième fois, vous serez invité à apprendre zazen (la méditation de pleine attention). Bien entendu, la personne qui revient au Centre régulièrement pense qu’elle va être invitée à bien pratiquer ce qu’elle a appris ; d’où son étonnement lorsque j’insiste sur la nécessité, pour elle aussi, d’apprendre zazen.

Apprendre ! J’avoue que pendant un bon nombre d’années j’ai utilisé l’expression : « Je pratique la méditation chaque matin ». Jusqu’au jour où je me suis rendu compte que cette manière de voir alimente un danger : celui de pratiquer ... par cœur. 
Aujourd’hui j’aborde l’exercice en m’appuyant sur un point de vue différent : « J’apprends la méditation chaque matin » ! Formulation beaucoup mieux appropriée et que devraient adopter celles et ceux qui pratiquent l’Aïkido, le tir à l’arc (Kyudo), la cérémonie du thé (Chado) ou cet autre exercice pratiqué au Centre : la marche lente. La pratique -par cœur- d’une technique n’empêche pas de se laisser aller à la mégalomanie des pensées autonomes élaborées par le mental.

Apprendre la méditation ? Ou, plus exactement : « Apprendre ce qu’est méditer » ? C’est apprendre à s’asseoir dans la tenue juste et la forme corporelle juste (juste parce que naturelle) ; c’est apprendre ce qu’est la parfaite immobilité (laquelle témoigne de la non intervention de l’ego); c’est apprendre ce qu’est la pleine attention (en évitant l’erreur fatale qui consiste à vouloir fixer l’attention) ; c’est apprendre ce qu’est respirer !
Résumons : Méditer, c’est apprendre... ce qui ne s’apprend pas !

Ce qui ne s’apprend pas ?
Oui, parce que personne n’est capable, par exemple, de faire sa respiration. L’acte de respirer est une action, un geste intérieur, que nous ne pouvons qu’admettre. Il en est ainsi, en ce moment, pour plus de sept milliards d’êtres humains. Respirer ne s’apprend pas ! Ce qu’il me faut apprendre c’est comment cette intention de l’être aimerait s’organiser et se réaliser à travers moi. Il semble, en effet, qu’un mystérieux maître d’œuvre marque cette action infaisable de sa présence. Un maître d’œuvre, « Un sage inconnu : ton corps (Leib) qui est ta grande raison », écrit Nietzsche.

Lorsqu’on pratique un exercice comme l’Aïkido, le tir à l’arc, zazen (la méditation de pleine attention) ou la marche méditative, il est donc important de distinguer deux niveaux d’actions : le niveau des actions qu’il m’est possible de faire et le niveau des actions infaisables. La dimension spirituelle de la méditation commence là où vous vous sentez en contact avec l’infaisable, ensemble des forces agissantes que le zen considère comme étant « la vraie nature de l’homme ».

Apprendre ce qui ne s’apprend pas est la voie directe pour faire l’expérience de notre vraie nature, mode de participation de l’homme à l’universel.

Jacques Castermane

jeudi 5 mai 2016

mercredi 4 mai 2016

Be happy, Arnaud... et Denise

Arnaud de Saint Simon
édito de Psychologies magazine de mai 2016


Après Arnaud, son ex-mari, Denise Desjardins, une autre grande figure de la spiritualité, vient de nous quitter. 
 Autant Arnaud était un « maître » qui a beaucoup écrit et a fédéré toute une communauté de pratiquants autour de son magnifique lieu, Hauteville, autant Denise était une figure singulière, presque solitaire, elle aussi pleinement engagée dans la transformation qui libère. 

J’ai eu la chance de la côtoyer (un peu), de l’apprécier (beaucoup), de même que les enseignants d’Hauteville, un endroit unique qui propose une expérience occidentalisée de la relation maître-disciple, encore méconnue aujourd’hui. 
Alors que la thérapie fait désormais presque partie de nos vies, cette voie alternative est riche : mieux se connaître, s’accepter et dépasser son ego, vivre dans l’instant présent, s’ouvrir à une dimension spirituelle et partager cette expérience avec les autres. 

L’accompagnement humain est central - nul ne peut se connaître, se libérer de ses souffrances ou de ses illusions seul. Le maître, ou l’enseignant, chemine, tel un grand frère, avec le disciple, transmettant son expérience dans une relation sans réserve, à travers des lectures, causeries, échanges de lettres, etc. Se pose bien entendu le problème de la bonne distance et de la « gouroutisation ». Arnaud Desjardins, qui a beaucoup écrit sur cet « ami spirituel », nous déclarait : « Le guru, en hindi, c’est à la fois “celui qui a de l’expérience” et “celui qui disperse les ténèbres” [...].
Il existe dans toutes les civilisations sous des noms différents : c’est le cheik en arabe, le pir en persan, le maître spirituel à qui l’on s’adresse dans toutes les traditions pour recevoir une éducation émotionnelle et spirituelle. » 
Le philosophe Alexandre Jollien raconte volontiers son expérience auprès du père Bernard, jésuite canadien et maître zen « devenu le médecin de [s]on âme4 », qu’il est parti rejoindre en Corée. Le disciple peut être fasciné par le maître, ce sera alors l’occasion de s’interroger, et de grandir en se rappelant la célèbre phrase du bouddhisme zen : « Si tu vois Bouddha, tue-le. » De son côté, le maître devra rester vigilant sur les questions du pouvoir, de la notoriété... et de la séduction, trois écueils dont Arnaud Desjardins a témoigné dans ses livres.

Autre garde-fou, le maître s’inscrit dans une lignée : il a hérité, il transmet. Pour Arnaud et Denise, c’était le fameux Svâmi Prajnânpad, un subtil maître bengali pétri de culture occidentale et de psychanalyse. Le maître enseigne, confronte et s’engage. C’est une ressource personnelle, ou symbolique s’il est décédé. C’est son amour pour Mâ Ananda Moyî, une autre grande figure de l’hindouisme, qui a porté Denise dans ses derniers instants.

Des maîtres inspirants, aidants... et facétieux. Face à l’insistance de son disciple, Prajnânpad avait promis qu’un jour il conclurait son enseignement en quelques mots. « Be happy, Arnaud.»
Pour nous, Français, nourris de concepts et d’esprit critique, c’est là la grande force des maîtres asiatiques : spiritualité = simplicité.


_____________________