samedi 1 février 2014

Le gardien de la joie !


Dans l'hindouisme, Nandi ou Nandin - "joyeux" - parfois appelé Nandikeshvara - le seigneur de la joie - est le fils de Surabhî et de Kashyapa, le gardien des quadrupèdes...

vendredi 31 janvier 2014

A propos du coma et de la mort

Voici un témoignage de 12 jours de coma... 
La mort cérébrale n'est pas forcément la mort...
Une larme m'a sauvée avec Angele Lieby (5 min.)

 

Trois ans après cette expérience traumatisante, elle témoigne dans son livre Une larme m'a sauvée, pour faire passer un message d'espoir aux personnes qui pourraient être dans sa situation et pour parler de se syndrome rare et méconnu.
Le Dr Michel Hasselmann, dont le service de réanimation a accueilli Mme Lieby, a souligné la rareté de son cas, qui explique que des examens généralement efficaces n'aient pas permis d'évaluer son degré de conscience. Rareté qui lui fait craindre par ailleurs que le témoignage de cette femme ne suscite "un espoir irréaliste à l'endroit des familles de personnes en coma profond".



jeudi 30 janvier 2014

Christophe Massin à tout prix...


"C’est la lecture d'un livre d’Arnaud Desjardins sur l’enseignement de son maître indien, Swami Prajnanpad, qui a produit le déclic déterminant. J’y trouvais à la fois le climat d’une ouverture spirituelle et, en même temps, des éléments précis pour aborder le fonctionnement de mon psychisme, y compris dans sa dimension émotionnelle et inconsciente. En parallèle de cette lecture, j’ai commencé à rencontrer en Orient des sages qui rayonnaient d’une qualité de joie, d’amour et de sérénité que je n’avais jamais perçue jusque-là chez un être humain. Leur témoignage venait confirmer ce que je lisais car, de nature sceptique, j’avais besoin de voir de mes yeux pour être convaincu. Leur existence témoignait qu’une transformation intérieure était possible et que celle-ci les avait libérés de l’assujettissement à la souffrance, malgré les épreuves que certains avaient pu traverser. 


 Je percevais en revanche qu’ils ne m’apportaient pas nécessairement des réponses que je pouvais utiliser dans mon quotidien, même si leur rayonnement me touchait profondément. Soit le contexte culturel et rituel, le langage métaphorique ou religieux m'apparaissaient trop étrangers ou incompréhensibles, soit j'entendais des discours qui me rappelaient désagréablement le catéchisme de mon enfance. Le langage de Swami Prajnanpad tranchait totalement par son accessibilité, sa clarté et sa précision. Je pouvais me l’approprier directement et commencer à en appliquer les indications, tel que j'étais, sans adopter un credo étranger ni devoir correspondre à un quelconque idéal.

Il avait élaboré cette approche avant la Seconde Guerre mondiale : on peut imaginer combien elle était novatrice et audacieuse pour l’Inde de l'époque, comme elle l’était encore, pour la France des années 1970, quand je l’ai découverte auprès d’Arnaud Desjardins qui la transmettait à son tour, après la mort de son maître. J’ai pu expérimenter d’abord pour moi-même cet alliage de compréhension du psychisme et d’ouverture à la dimension spirituelle qui a transformé, au fil du temps, ma vie intérieure. Puis j’ai souhaité approfondir cette articulation originale entre psychothérapie et spiritualité et en faire le cœur de ma pratique comme psychiatre et thérapeute.

Depuis trente ans, je reçois des personnes qui sont arrivées à ce constat : « Il doit y avoir quelque chose en moi qui ne va pas, je ne me comprends pas et j’ai besoin d’aide. » Chacune attend de cette démarche l’apaisement de sa souffrance et la possibilité de réaliser des désirs fondamentaux. Dès le premier entretien, je peux avoir un aperçu de la relation de cette personne avec elle-même: s’aime-t-elle?  
La réponse qui me vient souvent, c’est: « Peu... mal... pas du tout. » Elle « se méconnaît et se dévalorise, elle se maltraite sans s’en rendre compte, voire elle se hait »....
extrait du Livre "Souffrir ou aimer" (introduction p.13)


Christophe Massin a reçu le prix Psychologies - Fnac 2014 du meilleur essai pour mieux vivre sa vie pour son livre Souffrir ou aimer, transformer l’émotion, aux éditions Odile Jacob.
L'émotion se lisait sur son visage. Mais c'est avec un mélange de joie et de grande simplicité que Christophe Massin a reçu le Prix Psychologies-Fnac 2014 pour son ouvrage Souffrir ou aimer. Un ouvrage dans lequel il nous redessine la carte de nos émotions, à l'aune de la spiritualité. « Souffrir ou aimer, souffrir d'aimer, aimer et souffrir, les deux vont de pair, a souligné le psychiatre féru de spiritualité indienne. Aimer n'est pas posséder, aimer ne veut pas dire : je veux être aimé de toi. Aimer, c'est aimer l'autre pour ce qu'il est. C'est ainsi que l'on peut dire : aimer ou souffrir. Et non pas aimer et souffrir. » Petit frisson dans l'assistance, éditeurs, journalistes, auteurs, lecteurs, nous étions nombreux à l'écouter avec grande attention...
source : http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Savoirs/Articles-et-Dossiers/Christophe-Massin-prix-Psychologies-Fnac-2014
 « Quel livre ! Il permet de toucher la spiritualité, en s’appuyant sur ses émotions. On s’aperçoit que nous les méconnaissons », résume Valérie Collé.


mercredi 29 janvier 2014

Christiane Singer et le féminisme...


"Vivre sans intermédiaire...
Nous sommes le vent, nous participons de tout un univers !"

(9 min.)
source : extrait de radioscopie (22 déc. 1981)

lundi 27 janvier 2014

« Le feng shui a sauvé notre couple »...

« Avec mes deux filles et mon compagnon, nous formons une famille recomposée. Ces derniers temps, notre relation amoureuse, familiale et professionnelle - nous travaillons dans le même cabinet : lui est kiné, j’enseigne le yoga - était difficile. Il y avait de la séparation dans l’air. Nous avons décidé de faire appel à une de nos amies, devenue maître feng shui, pour nous aider. Elle est venue avec son pendule, et a fait un historique de l’immeuble. Elle a ensuite évalué les points forts et les points faibles, puis a proposé un rééquilibrage énergétique à travers un choix de couleurs et de matières.

Curieusement, les teintes suggérées, très différentes de nos goûts et de ce que nous avions, nous allaient. À la place de l’ordinateur qui se trouvait dans la zone “bois”, nous avons mis un meuble en bois. Nous avons cessé d’allumer des bougies dans ce qu’elle a identifié comme la zone “feu”. 

Le plus spectaculaire a été le résultat sur ma fille de 15 ans : elle souffrait d’asthme, d’allergies, déprimait et était en conflit avec mon compagnon. Après avoir hurlé qu’on lui ait changé sa chambre sans la consulter, elle avoue dormir et respirer mieux. Elle est moins stressée, nos rapports se sont apaisés. Hasard ou coïncidence ? 

Trois mois après la fin des travaux, mon compagnon et moi sommes toujours ensemble.

«Propos recueillis par Isabelle Artus
POUR aller PLUS loin -.168 Façons feng shui d'organiser votre maison de Lillian Too (Guy Trédaniel Editeur, 2013).

dimanche 26 janvier 2014

Yvan Amar par Marie de Hennezel

...sans doute pour cela qu’au lieu de l'hospitaliser, le 15 juin 1999, Roland décide de le laisser rentrer chez lui. Il sait qu'il ne le reverra pas. L'examen cardiaque a montré que le cœur n’était plus oxygéné. Il se demande comment Yvan a pu venir jusqu’à lui ce jour-là. Il se demande maintenant s’il pourra tenir pendant l’heure et demie de trajet qui sépare Aix de Gordes. Il faut rendre hommage ici à ce médecin qui a su respecter le désir de son malade de rentrer chez lui, malgré la gravité de son état. 
Roland dit que deux choses l’ont décidé : le désir d’Yvan et la force de Nadège. Sans elle, sans la qualité de sa présence et de son accompagnement, ce retour à domicile n’aurait pas été possible. « Je ne veux pas mourir étouffé », dit Yvan à son ami médecin, Pierre, lorsqu’il comprend que la fin arrive. 

Rester maître de lui jusqu’au bout est important. Il ne veut pas céder à la panique, se voir étouffer comme un poisson hors de l’eau. Pierre le rassure, cette fois-ci à bon escient : « C’est un mauvais fantasme, ça ne se passera pas comme ça ! C’est le cœur qui va s’arrêter. Tu vas mourir d’un arrêt du cœur, tu ne seras pas en train de chercher ton souffle. » 
Pierre confirme ainsi ce que Roland a déjà dit. Nous voulons saluer au passage l’attitude de ces deux médecins qui ont su aborder avec leur patient les conditions de son mourir. Nous savons qu’aujourd’hui la majorité des demandes d’en finir, d’anticiper la mort, en particulier lorsque la crainte de mourir étouffé est là, s’enracinent dans la peur que les personnes ont des conditions dans laquelle la mort surviendra. Aborder sereinement les peurs, informer et dire ce que l’on sait, promettre de ne pas abandonner et de ne pas laisser souffrir, permet d’approcher la mort plus sereinement. On peut penser que ces paroles de médecin ont permis à Yvan de se laisser mourir tranquillement dans les bras de Nadège. 

La question de l’origine de cette insuffisance respiratoire reste mystérieuse. Certes, Yvan a souffert d’une primo-infection à l’âge de deux ans. Y a-t-il une fragilité des bronches réactivée plus tard par le virus de la malaria attrapé en Inde ? Y a-t-il une origine psychosomatique ou même karmique ? Alors que son entourage le pousse à chercher à comprendre d’où vient cette maladie, Yvan ne semble pas s’intéresser à cet aspect de la question. On peut s’en étonner, mais c’est ainsi. Cela restera le mystère d’Yvan. Ce n’est pas le « pourquoi » de la maladie qui lui importe, mais le « pour quoi ? » 
Non pas la cause, mais la finalité. « Sommes-nous capables de percevoir une maladie non comme un événement qui touche quelqu’un mais l’humanité entière ? J’ai pu observer dans les milieux spirituels que la maladie est souvent interprétée comme l’expression d’un désordre, d’une faute ou d’une transgression. Loin de cette vision culpabilisante et négative, nous pouvons voir la maladie comme la quête d’un passage vers l’ordre. Ce n’est que dans la mesure où je suis victime de la maladie que je peux l’interpréter comme un coup du sort pour me punir. Mais si je la vois comme l’expression de la vie qui me pousse à apprendre pour grandir, elle devient pour moi, et à travers moi, pour l’espèce entière, un moyen d’accéder à un autre niveau d’organisation, à un ordre et à une conscience plus vaste. » Pourquoi cherche-t-on toujours un sens à la maladie ? Ne peut-on accepter qu’il y ait de l’inacceptable, de l’insensé ? Pourquoi vouloir toujours tout expliquer ? 

Dans l’une de ses interventions récentes, le philosophe Bertrand Vergely, questionnant ce besoin irrépressible de donner du sens à l’inacceptable, se demandait s’il n’y aurait pas une troisième voie entre la recherche du sens et la révolte. Accepter de ne pas comprendre, et constater simplement qu’au cœur des pires épreuves, la vie est toujours là, imprévisible, plus forte que tout. En l’écoutant, je pensais aux fleurs du désert qui se fraient mystérieusement un passage au milieu des pierres et du sable du Sahara.

L’enseignement :

 A partir de juillet 1989, on commence à venir voir Yvan. Un enseignement naît. Un enseignement qui lui est propre, avec ses mots à lui. Les gens lui posent des questions et Yvan répond. Une relation s’établit qui devient le cœur de l’enseignement : « L’enseignement naissait véritablement de la relation qui s’instaurait avec les personnes qui venaient me solliciter, et non pas d’une vérité à laquelle je m’étais éveillé. » Yvan veut que les gens qui viennent à lui se rencontrent eux-mêmes, en toute liberté.
Sa capacité d’accueil est reconnue : « On pouvait venir vers lui, se sentir totalement accueilli, et on pouvait repartir », disent ses amis. « L’instructeur est un homme qui a deux portes constamment ouvertes, celle de devant qui accueille, celle de derrière qui laisse partir. »

Qu’enseigne Yvan ? « J’ai vécu quelques années auprès d’un sage en Inde, et je n’en suis pas revenu hindou. Je suis revenu avec un cœur ouvert pour retraduire ici dans mon quotidien ce que j’avais vécu là-bas. Il m’a fallu actualiser, dans cet environnement, l’ouverture du cœur commencée là-bas. En faire avec le temps une action appropriée au sein de ma famille, et parmi les êtres que je côtoie tous les jours. » 
Yvan enseigne la pratique de la « relation consciente ». Comment être présent à tout ce qui est, être disciple de ce qui est. Il ne s’agit pas de fuir la réalité, dans la quête d’une expérience spirituelle coupée du monde, mais de s’y confronter et d’apprendre de chaque moment de la vie. Yvan décourage ceux qui sont obsédés par l'« éveil ». Il voit là un danger. Il faut entrer en relation consciente avec ce qui est. C’est ce qu’il appelle la « voie du monde », la voie de l’immanence. C’est une voie exigeante, car elle oblige à sortir de son égoïsme, à prendre ses responsabilités, à tenir compte d’autrui. « Aimer, c’est être responsable, écrit Yvan. On ne peut envisager un enseignement sans être responsable de son prochain ; il n’est pas question de s’éveiller tout seul, mais de faire grandir le tout. » 

Il ne s’agit pas de « s’éveiller » pour tirer son épingle du jeu, mais pour grandir ensemble. « Dans mon enseignement, j’ai voulu... que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l'autre, en entrant en relation profonde avec l’autre dans la mesure où celui-ci est l’occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. » Yvan a le don de « faire grandir ». Il sait voir en l’autre l’« or en puissance ». Il aide l’autre à aller vers lui-même. C’est cela la vraie transmission. Non pas donner quelque chose que l’autre n’a pas, mais permettre à l’autre, en votre présence, de « se souvenir » de ce qu’il est profondément. C’est pourquoi son enseignement n’a rien d’une aliénation à une pensée ou à une théorie. 

Non, il sait rendre libre. Et tous ses amis, tous ses élèves le reconnaissent aujourd’hui. Il a une contagion d’être. Sa liberté intérieure, sa confiance dans la vie, son amour des êtres sont contagieux. "Il était contagieux de quelque chose, d’une force incroyable" témoigne Arnaud Desjardins qui l’a rencontré quelques années avant sa mort et qui l'à inviter à venir parler lors de l’assemblée générale de son association. Et d'ajouter « C’était un être totalement cohérent. Tout sonnait juste ! » 

 Extrait de "Mourir les yeux ouverts"
Par Marie de Hennezel



samedi 25 janvier 2014

Stage avec Jacqueline Kelen « L'Atelier des Fées » (22 et 23 mars)

Pourquoi les contes de fées plaisent-ils à tout âge? Pourquoi sont-ils inoubliables? A quel monde merveilleux donnent-ils accès?

Loin d'être réservés aux petits enfants ou de se réduire à des explications psychologiques, les contes transmis par Perrault, les frères Grimm et Andersen sont avant tout des récits initiatiques: ils rappellent la présence du monde surnaturel et éveillent la conscience aux réalités éternelles.

Ils parlent à mots couverts du sentiment d'exil, de la vie brève et de la mort inéluctable, de la puissance de l'amour, de la beauté menacée, de l'innocence mise à mal et des secours célestes.

Durant cette rencontre, nous déchiffrerons le sens caché de quatre contes célèbres : Le Vilain petit Canard, Barbe-Bleue, la Belle au bois dormant, Blanche-Neige. Nous partagerons nos points de vue sur ces récits et verrons comment ils résonnent en notre être profond...

jeudi 23 janvier 2014

Le sourire est commun à toutes les langues...


Rencontre entre Alexandre Jollien et Bernard Campan


"Une fois n’est pas coutume, Manuella Maury accueille dans son émission 2 invités. Mais pas n’importe lesquels ! Des êtres profonds qui se sont découverts par écran et téléphone portable interposés et qui sont devenus amis voilà 6 ans déjà, pour partager, philosopher, méditer et échanger. Le philosophe Alexandre Jollien, dont le dernier ouvrage Le Philosophe nu caracole en tête des ventes, a ému le comédien et réalisateur français Bernard Campan. Je me suis reconnu en lui, dit ce dernier à propos du Valaisan.

Lors de ce voyage entre Genève et Zurich, les 2 amis se livrent à cœur ouvert et avec générosité. Leur quête du bonheur (l’art de la joie), du détachement, de l'allègement, la volonté d’être vrai, la quête du silence et du calme, la contemplation et la méditation sont autant de points communs qui seront évoqués au cours de l’entretien. Mais il sera aussi question de libre-arbitre et de carcans, car tous 2 ont dû lutter contre les idées reçues et les clichés pour s’affranchir de leur passé.

Du côté des surprises, un message audio d’André Comte-Sponville sera diffusé dans le wagon avec beaucoup d’émotions, tandis que des œuvres enfantines et une gourmandise chocolatée toute particulière achèveront de combler les invités du jour."





mercredi 22 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (3)


B. C. : J’aimerais pouvoir dire qu’il y a des rôles dont l’incarnation change la vie autant que la fréquentation des philosophes, mais c’est un vœu pieux. Disons qu’il faut le souhaiter, il faut tendre vers ça, à ceci près que, encore une fois, les rôles qu’on incarne réclament, de la part de l’acteur, qu’il aille chercher en lui-même ce qu’il fait dire à un autre. Être acteur, c’est multiplier les identités sans être trop affecté par elles sous peine de verser dans le psychodrame. Si le métier d’acteur change la vie, c’est qu’il apprend à se connaître soi-même. C’est un combat, finalement. Avec le bonheur à la clé.

A. J. : J’ai dû me battre pour accepter la possibilité d’être heureux malgré les circonstances. J’ai mis longtemps à accepter l’idée que le bonheur ne soit pas insupportable, en particulier quand ma petite fille est née. Mais je suis en train de me libérer de l’idée du bonheur, pour aller vers la joie. La modernité véhicule une idée du bonheur qu’on identifie platement à l’hédonisme ou au bien-être… C’est une définition très pauvre, négative et assez fade, qui résume le bonheur à l’absence de tristesse, à la négation de tout ce qui contrarie le plaisir. La grande, l’infinie différence entre le bonheur et la joie tient en ce que la joie intègre les malheurs, les peines, les difficultés que le « bonheur » exclut. Être joyeux, c’est assumer la tristesse. Être heureux, c’est la récuser, croire qu’on peut (et qu’on doit) vivre sans elle. Le bonheur est belliqueux, la joie fait la paix.

B. C. : Bonheur ou joie ? Plutôt la joie, bien sûr, mais je ne suis pas certain de m’affranchir du bonheur aussi facilement qu’un philosophe. Le bien-être et les plaisirs, en tout cas, sont indispensables à l’équanimité, l’ataraxie, la tranquillité, la paix que décrit Alexandre. Ce qui est certain, c’est qu’il m’est arrivé d’être joyeux à l’intérieur de grandes souffrances et d’être triste dans des moments de grande joie, comme à l’adoption d’un enfant.

A. J. : C’est amusant – si j’ose dire – de constater qu’on parle de la joie comme on pourrait parler du deuil, dans la mesure où le travail du deuil consiste non pas à nier la mort de quelqu’un, mais à l’assumer, de la même façon, le travail de la joie consiste à ne pas nier la tristesse mais à l’assumer.

B. C. : Pour qu’un deuil soit un deuil, il doit être accompagné d’une joie. Sans joie, pas d’acceptation.

A. J. : Et sans acceptation, pas de chance. La chance n’est pas une faveur de la fortune, mais elle réside tout entière dans l’aptitude à recevoir le peu qui nous est donné. La « chance » reconduit l’injonction stoïcienne d’accepter ce qui ne dépend pas de moi. La chance compose avec la malchance.

B. C. : C’est l’histoire, que raconte Alexandre dans son livre, du paysan dont le fils se casse une jambe. Le père est accablé car, du coup, il ne pourra pas l’aider au champ. Mais le lendemain de sa fracture, la guerre est déclarée et le fils ne va pas sur le front. Tous les voisins qui, la veille, plaignaient le paysan reviennent le voir le lendemain pour lui dire combien il a eu de la chance. Moralité : d’un mal peut sortir un bien, et la confiance consiste à accepter de ne pas savoir ce qui est bon ou mauvais pour nous.

A. J. : De ce point de vue, a posteriori, on peut dire que mon handicap a été une bénédiction. Comme dit saint Augustin : « La mémoire est l’estomac de l’esprit. » On peut se libérer du passé en créant quelque chose à partir de lui, mais j’avoue que, sur le moment, la douleur (comme toute douleur) est injustifiable.

B. C. : Quand j’ai rencontré Alexandre, le premier conseil qu’il m’a donné a été de lire Lettres à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke, un livre dans lequel j’ai découvert que l’artiste était un « passeur de lettres ». En d’autres termes, tout créateur est l’interprète de quelque chose qui le précède déjà. La création est une manière de s’abandonner à ce qui est en nous, de se libérer de ce qui nous empêche de coïncider avec nous-mêmes. Le créateur improvise et ne contrôle rien : les choses s’expriment à travers lui et presque malgré lui. Tout acteur peut témoigner que ce qui est intéressant dans sa démarche, c’est le moment où il n’en a plus la maîtrise, le moment de grâce où, malgré tous les dispositifs mis en place, il parvient à lâcher prise. C’est un exercice d’humilité : créer demande d’accepter qu’on ne soit plus le maître à bord .

source : Philosophie magazine 
Propos recueillis par Raphaël Enthoven

mardi 21 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (2)


B. C. : J’ai longtemps été séparé de mon propre corps, pour avoir grandi dans une famille qui n’aimait pas trop les contacts. Nous vivions sous le régime d’un code social qui enlevait tout son intérêt à la chair, au profit d’un intellect désincarné. Il fallait que je m’en extirpe : le théâtre a rempli cette fonction libératoire. En allant sur scène, j’ai surmonté des années de négligence à l’endroit de mon corps. Du coup, c’est le théâtre qui, en m’invitant à travailler contre un code génétique et social, m’a permis de progresser sur le chemin du bonheur dont trop d’abstraction nous éloigne. En ce sens, il y a une différence essentielle entre le travail d’un acteur au théâtre et à la télévision ou au cinéma. Alors qu’un acteur de théâtre est en prise directe avec le public (on peut presque le sentir, le toucher), il lui est paradoxalement assez facile de s’isoler. Les limites de la scène, le noir qui l’entoure et le silence dans lequel il baigne sont propices à l’isolement, la solitude et l’introspection. Au cinéma, en revanche, on est toujours regardé par une caméra indiscrète. En fait, alors que l’image est plus lointaine que la scène, le travail que l’acteur fait sur lui-même pour s’isoler et conquérir une indépendance est plus difficile au cinéma qu’au théâtre.

A. J. : Je ne suis pas convaincu par le terme d’« indépendance », auquel je préfère celui de « liberté ». Dans la question difficile du rapport à autrui et de la place qu’il faut faire aux regards extérieurs, l’indépendance résonne un peu comme un mur qu’on met entre soi et les autres. La liberté me paraît moins figée, car elle consiste non pas – comme on le dit en général – à « faire ce qu’on veut », mais à se rendre disponible à autrui, à baisser un peu la garde, à s’ajuster à l’autre, c’est-à-dire négocier la distance qui me sépare d’autrui savoir être ni trop près ni trop loin.

B. C. : C’est l’« eumétrie », n’est-ce pas, Alexandre ?

A. J. : Exactement. L’« eumétrie » ou la bonne distance. C’est la distance qui se réajuste tous les jours, qui permet d’être près sans être mélangé, et à distance sans être lointain. L’eumétrie est une démarche active, un mouvement sans fin que les circonstances changeantes imposent de revisiter en permanence pour saisir l’opportunité, le kairos aristotélicien qui permet d’accorder sa confiance à quelqu’un.

B. C. : Ça demande beaucoup de patience…

A. J. : Je préfère le terme de « confiance ». Il y a dans la patience un élément de passivité qui m’est étranger. La confiance est active et tournée vers autrui. Elle est, à mes yeux, ce qu’on peut faire de mieux en matière de rapports humains, dans la mesure où l’empathie est, elle, utopique. Je suis de plus en plus sceptique sur l’aptitude à se mettre à la place de l’autre et à comprendre sa souffrance, mais il reste la confiance, le don de la confiance qui scelle une proximité véritable.


B. C. : Il est tentant de croire qu’un acteur, à l’inverse, a non seulement la possibilité mais le devoir de se mettre à la place de l’autre, mais c’est faux. Bien sûr que, quand on joue, on emprunte un personnage et on essaie de l’incarner aussi justement que possible. Mais quand on travaille sur un rôle, il s’agit moins de se mettre à la place de quelqu’un, que d’aller chercher ce qu’il y a, peut-être, de commun entre le personnage qu’on imagine et ce qu’on pressent. Tout le monde est avare et tout le monde est généreux. Pour jouer la générosité ou l’avarice, un acteur a donc le devoir d’aller chercher et d’exhumer le défaut qui est celui du type qu’on représente. Cette démarche est un antidote à la maladie du jugement dont on parlait tout à l’heure, puisqu’elle consiste à se demander dans quelle mesure je suis moi-même affecté des vices que j’attribue à un autre.

A. J. : Le jugement est finalement la mauvaise distance. C’est la volonté vorace de rapprocher l’autre de moi en l’insérant dans mes valeurs, d’emprisonner l’autre dans mes propres catégories. Le jugement a ceci de rassurant (et de dangereux) qu’il nie l’altérité, au motif qu’elle est incompréhensible et peut faire peur. Cela dit, nous parlons des autres (et à leur place) pour parler de nous-mêmes. En ce qui me concerne, j’aime à m’approprier les philosophes dont je parle, ce qui ne veut pas dire que je les travestis, mais que je suis fidèle à moi-même en parlant d’eux...



source : Philosophie magazine

lundi 20 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (1)

Entre eux, l’amitié s’est imposée comme une évidence, un apprentissage de la différence et du respect, dont ils nous délivrent quelques conclusions.

L’un passe pour un « comique », l’autre pour un « handicapé », mais quelle notoriété ne repose pas d’abord sur un malentendu ? Après s’être fait remarquer sur la scène du Petit Théâtre de Bouvard, Bernard Campan a connu un succès phénoménal avec les Inconnus (en compagnie de Didier Bourdon et de Pascal Légitimus), mais, depuis 1999, il s’attache à remplacer la comédie par un cinéma plus intimiste, émouvant, parfois douloureux, tantôt sous la direction de Bertrand Blier (Combien tu m’aimes ?), de Marc Esposito (Le Cœur des hommes) ou de Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses et L’Homme de sa vie).

Suite à un accident de naissance (strangulation par le cordon ombilical), Alexandre Jollien est infirme moteur cérébral. Après avoir décrit, dans Le Métier d’homme (Seuil, 2002), le combat quotidien d’un corps difficile, la dureté du corps médical et le sentiment d’anormalité qui accompagne son handicap natal, celui qui veut « rester vulnérable pour ne pas anesthésier sa sensibilité » entreprend, dans La Construction de soi, son dernier ouvrage, de dessiner un art de la joie malgré le monde et ses difficultés. Il souhaite également s’affranchir de l’étiquette d’« anormal savant », au profit d’une conversation joyeuse et sans illusion avec les plus grands penseurs – Boèce, Schopenhauer, Spinoza, Montaigne, Épicure…


Bernard Campan : J’ai découvert Alexandre Jollien à l’occasion d’une émission de télévision. J’ai tout de suite eu envie d’écrire un scénario à propos de son histoire qui m’a renvoyé à mes propres handicaps, à ma propre difficulté de vivre ou d’être heureux. Mais l’idée du film a rapidement été mise de côté au profit d’une amitié pure, sans autre enjeu qu’elle-même.

Alexandre Jollien : L’objectif du scénario était, à la faveur du récit de ma vie, de témoigner d’un état d’esprit, essentiellement joyeux malgré la douleur des êtres et la situation du monde. Mais on a eu peur que les spectateurs ne réduisent le film au handicap qui m’affecte. Rares sont ceux qui ne s’arrêtent pas aux apparences… Cela dit, pour dépasser le handicap, il faut tout d’abord le voir, le reconnaître. Nul n’échappe aux apparences, mais tout le monde n’est pas obligé de s’y tenir. Elles sont une porte ouverte qu’on néglige souvent de franchir, faute d’audace ou de temps.

B. C. : Il faut dire qu’Alexandre lui-même est sans pitié ! Je me souviens du jour où je lui ai montré la première mouture d’un autre scénario que je venais d’écrire. Il m’a juste dit : « Bon, ce n’est pas mal mais un peu conventionnel… » J’étais effondré. Grâce à lui, je venais de comprendre que j’avais plus écrit pour épater la galerie que pour dire quelque chose. Tout était à refaire, j’ai donc recommencé, avec la bénédiction d’Alexandre. Il m’a promis de me « tenir la main » jusqu’à la fin de la rédaction, ce qu’il a fait. Je ne sais pas si le nouveau scénario est bon, mais je sais qu’il est désormais fidèle à ce que je voulais dire. En un sens, Alexandre m’a permis d’accoucher de moi-même.

A. J. : Dans mes ouvrages, je ne cherche pas à me faire plaindre, mais à poser la question de la dissemblance, à revenir sur la distinction entre le normal et le pathologique, à décrire le parcours qui transforme éventuellement le malheur en bénédiction. À aucun moment, je n’ai cherché à inspirer l’espèce de sollicitude – ou de condescendance – qui pollue certains articles sur mon dernier livre, La Construction de soi. Quand je lis un papier qui ne parle que de ça, j’ai l’impression d’être deux fois handicapé. C’est (au moins) une fois de trop ! Il y a du jugement dans la commisération. Mieux vaut ne pas être du côté de ceux qui, selon Spinoza, « aiment mieux prendre en haine ou en dérision les passions et les actions des hommes que de les comprendre ».


B. C. : J’envie la sagesse d’Alexandre (ou celle de Spinoza), car, pour ma part, le jugement m’obsède. Je suis même, je l’avoue, dans un jugement permanent. Disons que je condamne le jugement sans pouvoir m’empêcher de le pratiquer. Si le jugement est toujours premier, je reconnais qu’il est cependant possible de l’éviter. Une des voies pour y parvenir consisterait à admettre la tentation de juger qui existe en chacun de nous pour la dépasser ensuite.

A. J. : C’est dire que nous sommes tous les deux d’un tempérament résolument pacifique. Je crois que ça vient du fait que nous utilisons l’un et l’autre notre corps comme outil de travail. En ce qui me concerne, la recherche de la cohérence philosophique m’impose de tenir toute pensée pour une émanation du corps. De faire la paix, en somme, en moi-même et avec moi-même.


Propos recueillis par Raphaël Enthoven