dimanche 23 juin 2013

Le souci de l’être avec Philippe Mac Leod

Et si nous cessions de vouloir l’action à tout prix, l’engagement, la résistance ? Et si nous nous contentions d’être, tout simplement, présents aux autres ? Par Philippe Mac Leod

Être : une exigence. Adhérer plus fortement, plus étroitement à ce principe de croissance inscrit en nos cœurs et qui consiste à accéder à une présence toujours plus vraie, plus vivante et plus réelle. L’être ignore la stagnation. C’est une tension vers la présence, un élan inachevé vers la plénitude du réel. J’entends toujours les mêmes objections : la responsabilité, l’engagement, le service du prochain... Comme si le souci de l’être pouvait entraîner une sorte d’indifférence au monde et aux autres. Il creuse un certain détachement, une distance qui inspire la suspicion, mais qui très vite s’affirme comme un espace de clarté et de vérité où chaque chose reprend sa place et sa taille.

Nous préférons la visibilité, l’immédiateté du geste. Au risque de la turbulence et de la perte du sens. Nous ne jurons que par l’efficience, le concret, le résultat à tout prix, sans nous préoccuper du goût et de la valeur nutritive des fruits que nous produisons. Pires que Thomas, nous ne croyons finalement qu’au tangible, au palpable, à la monnaie sonnante et trébuchante.
Évoquer l’être est souvent compris comme une atteinte à l’activité humaine. Nous ne mesurons pas combien l’écoute, l’attention aux autres comme à soi-même nécessite de présence active. Que l’on examine seulement la qualité de notre attention : quelle absence, la plupart du temps, quel vide à la fin d’une journée !

Pourtant, si nous vivions davantage dans l’être, notre vie aurait plus de sens. Etty Hillesum (1914-1943) a vécu une conversion fondamentale. Au cœur de la Seconde Guerre mondiale, cette jeune femme juive a préféré la consistance de l’être à l’effervescence de la vie. Elle notait dans son journal : " Mon faire consistera à être. " Cet enracinement paradoxal dans l’être lui a permis de se tenir debout, toujours présente aux autres, jusqu’aux heures décisives d’Auschwitz. Alors que l’action n’était plus une priorité, le jaillissement spontané d’elle-même à l’être l’avait rendue à sa vérité.

" Être présent à cent pour cent ", écrit-elle encore. Une quête de plénitude l’anime, plus qu’une quête de sens. Une quête de stabilité intérieure, une soif de réalité, en réaction à l’extrême dispersion de la vie. Le problème de nos existences n’est pas tant le manque de sens que l’inconsistance de nos intérêts, de nos soucis, des menus plaisirs que nous poursuivons et qui nous émiettent. C’est l’essentiel que nous avons perdu, comme un squelette qui nous manque cruellement quand nous cherchons à nous redresser. Il serait vain de vouloir ranimer le dilemme désuet de l’être et du faire, l’opposition artificielle entre Marthe et Marie, l’engagement et le recueillement. Mais il faut nous méfier des fusions aussi rapides que superficielles, où l’on croit dépasser les contraires en les niant. L’équilibre est dans la hiérarchisation des valeurs, selon un axe bien net : être d’abord, être uniquement, totalement, afin que le faire devienne l’expression naturelle de ce que nous sommes.

Ces deux valeurs demeurent complémentaires, mais l’une doit dépasser l’autre. Si l’on persiste à les croire d’égale importance, il y aura nécessairement illusion. Car elles exercent une lutte qui nous échappe, où le paraître finit toujours par l’emporter. À nous donc de choisir à laquelle donner la primauté qui orientera toute notre existence. Or l’extériorité ne peut pas avoir la primeur sur toute une vie. Le besoin de visibilité, de reconnaissance à tout prix, devient alors une tyrannie qui ruine toute profondeur, et finalement toute crédibilité.

source : La Vie

vendredi 21 juin 2013

jeudi 20 juin 2013

Souffrance et pleine conscience avec Thich Nhat Hanh

J'ai découvert cette vidéo que je vous partage sans y toucher :
Enseignement du Maitre Zen Thich Nhat Hanh, fondateur du Village des Pruniers .

mercredi 19 juin 2013

Les amitiés célestes avec Jacqueline Kelen

"Toute amitié est le fruit de la grâce"

Spécialiste des mythes de la tradition occidentale, Jacqueline Kelen a publié Les amitiés célestes. Un récit sur le lien profond unissant quelques grandes figures du christianisme.

Comment définissez-vous l’'amitié ?
L'amitié est une vertu. Dans l’'Antiquité grecque, puis avec le christianisme, elle revêt une forme de transcendance, de verticalité. Elle invite à l’élévation morale qui permet de cheminer vers le bien. Aujourd’hui, nous en faisons un lien sentimental : rendre service, partager des joies, être bien ensemble.

Peut-on parler d'amitié inattendue ?
Toute amitié me paraît inattendue. Elle est le fruit du hasard, du destin, de la grâce. On la nourrit ou on la laisse dépérir. Elle n’est pas volontaire. Quelqu’un peut avoir des qualités humaines et ne jamais rencontrer un ami. Il s’agit d'’un lien d’élection unique entre deux personnes.

Dans votre ouvrage, vous étudiez les amitiés spirituelles. Certaines sont loin d’être prévisibles…...
L’amitié spirituelle peut être immédiate, un coup de cœoeur, comme celle qui existe entre Guillaume de Saint-Thierry et Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle. En revanche, tout oppose Ignace de Loyola et François-Xavier. Ils fréquentent le même collège à Paris, dans les années 1527, mais Ignace est introverti, boiteux, moche, alors que François-Xavier, chevalier sportif, champion de saut en hauteur, aime les cabarets. Il faudra plusieurs années pour sceller leur entente.

Au XIXe siècle, en Allemagne, lorsque Clemens Brentano, brillant mondain collectionnant les conquêtes féminines, rencontre Anne-Catherine Emmerich, une paysanne inculte, lamitié n’est pas immédiate. Il vit un chemin de perfectionnement à l’écoute de cette femme très simple et se met au service de la vision de la mystique, avec sa plume et son talent. Il permet ainsi aux révélations divines d’Anne-Catherine d’'arriver jusqu’à nous.

Le très catholique Paul Claudel et le romancier Romain Rolland, attiré par la spiritualité de lInde, s’affrontent dans une relation forte et difficile, proche d’un combat, et pourtant il sagit bien d'’une amitié spirituelle qui s’enrichit des clartés autant que des questions essentielles échangées par les deux amis.

■ Jacqueline Kelen, érivain et essayiste, auteur d’une trentaine d’'ouvrages. Notamment Aimer d'’amitié. Comment lamitié enseigne à aimer, Éd. Robert Laffont, 2005 ; La puissance du cœoeur, Éd. La table ronde, 2009 ; Les Amitiés célestes, Éd. Albin Michel, 2010,

 source : Pélerin

mardi 18 juin 2013

Swami Prajnanpad et Arnaud Desjardins

Hommage à un jour de naissance...

Certaines voies ne sont pas concevables en dehors du cadre religieux qui est le leur. D’autres ont immédiatement une valeur universelle. Parmi les sages auprès de qui j’ai vécu plus ou moins longtemps, Swâmi Prajnanpad n’a pas été pour moi un maître mais mon maître, ou plutôt il a bien voulu que je sois son élève.
C’était un Indien — j’ose à peine dire un Hindou tant son enseignement (adhyatmayoga ou en anglais adhytmic tradition), même fondé sur les Upanishads, le Yoga Vashishta et d’autres écritures moins connues, transcendait les formes religieuses.
Par tradition familiale, il fut un grand sanscritiste, puis un professeur de sciences avant d’abandonner le monde pour devenir sannyasin et atteindre la perfection du guru. C’est lui qui m’a guidé année après année, sur le chemin de l’expérience vécue.

Arnaud Desjardins - Les Chemins de la Sagesse

Swâmi Prajnânpad, je l’ai dit souvent, avait fait des études correspondant au niveau universitaire de physique et de chimie et il employait cette comparaison : si, dans une solution, on augmente la quantité d’un sel jusqu’à ce qu’on atteigne la saturation, à ce moment-là se produit brusquement un phénomène qui a été lentement préparé et qui s’appelle la cristallisation, c’est-à dire la formation des cristaux. Cette loi naturelle se retrouve à tous les niveaux. 
Les lois du monde physique sont aussi les lois du monde subtil : les matières subtiles peuvent s’accumuler à l’intérieur d’un être humain par la pratique de la vigilance et du non-conflit émotionnel (le oui à ce qui est) et, quand une certaine saturation est atteinte, elles cristallisent. 

Nous sommes encore sur le plan du monde phénoménal, mais phénoménal subtil, et cet homme a donc un corps subtil autonome à l’intérieur du corps physique qui imprègne (to permeate) le corps physique mais qui est d’un niveau de réalité plus subtil. Il peut exister par lui-même au lieu d’être amorphe, informe, formé – déformé – reformé comme un kaléidoscope, suivant ce qui entre ou ce qui sort des énergies qu’on n’est pas capable de conserver faute de vigilance.


Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela 


Marine, une sainte moine...

Le 18 juin, les chrétiens fêtent les Marine. Une sainte qui vécut toute sa vie sous l'identité d'un moine !


« La Déguisée »
Marine serait née en Bithynie, région de l'actuelle Turquie, au VIIIe siècle après J.-C. Son père, qui était veuf, décida de devenir moine quand Marine avait 17 ans. Cependant, sa fille lui manquait tant qu'il voulut l'avoir auprès de lui. Mais comment faire, puisque le monastère était réservé aux hommes ? Il coupa les cheveux de sa fille, l'appela Marin et demanda au père abbé de bien vouloir accueillir son « fils » unique. On surnomme donc souvent cette sainte « Marine la Déguisée ».

« Accusée à tort »
Avant de mourir, son père lui fit promettre de garder son secret. Or, une jeune voisine du monastère attendait un enfant toute seule. Le père était en réalité un soldat qui n'avait pas voulu rester avec elle, mais la jeune fille dit à tout le monde qu'il s'agissait de « Marin ». Le pauvre « frère » fut alors renvoyé du monastère. Plutôt que de trahir son père, « Marin » garda le silence et accepta de s'occuper du bébé pendant plusieurs années.

« Le secret révélé »
Devant la douceur de son caractère et son application à prier, les frères décidèrent de faire revenir « frère Marin » parmi eux. « Marin » devint le serviteur du monastère. Mais, épuisé par le travail, « il » finit par tomber malade et mourir. C'est au moment de l'enterrer qu'on découvrit la vérité. Alors, les moines regrettèrent d'avoir fait souffrir Marine injustement et réalisèrent à quel point elle avait aimé Dieu sans jamais se plaindre.

dimanche 16 juin 2013

Prosopopée de la Canette avec Benoît Billot

Je suis née, moi aussi, d'un ventre, celui de la Terre. Je faisais partie d'un filon métallique bien caché dans les profondeurs et enveloppé de sa gangue. Je n'existais pas en tant que canette, je n'étais qu'un grand tout indifférencié ; mais puis-je dire je » pour cette époque de mon existence ?

Je-nous reposions là depuis des milliers de millénaires, dans une obscurité dont nous n'avions pas la moindre conscience, en attente... de quoi, au juste? Et puis un jour (je ne savais pas, auparavant, qu'il y avait des jours et des nuits), dans un grondement effroyable, nous avons été arrachés, fractionnés, chargés, transportés, hissés à la lumière, emportés à une vitesse incroyable vers des bâtiments démesurés et fumants, écrasés, chauffés à blanc... Puis nous avons été fondus, laminés, découpés, travaillés, formatés.

Et c'est là où je suis devenue canette. J'ai senti qu'on versait en moi un liquide frais et odorant, dont j'ai appris plus tard qu'il s'appelait «bière ». C'était bon de me sentir exister, et si intimement pénétrée de cette douceur alcoolisée ! Et me voici emballée avec des centaines de petites sœurs, de nouveau transportée, puis placée sous une vitrine fraîche, dans un magasin de banlieue.

Un homme est passé par là, il a ouvert la porte et m'a prise, moi. Sa main ferme m'a fourrée dans un sac. Joie... j'étais quelque chose pour quelqu'un. Il m'a emmenée jusqu'à une gare, est monté dans le train, s'est assis, m'a attrapée, ouverte, puis a commencé à boire. Il paraissait satisfait. J'étais heureuse, on s'occupait de moi. Mais après m'avoir vidée, il m'a humiliée : ayant fini de boire. il m'a jetée à terre.

Le train accélérait, puis ralentissait, et moi je roulais de-ci de-là. J'ai vu l'homme quitter le train sans faire attention à moi. J'ai encore roulé et, à un arrêt, j'ai été coincée dans la porte du wagon. Le signal de fermeture retentissait, mais je bloquais la porte. Ah ! comme j'étais contente d'empêcher le convoi de repartir ! Au bout d'un moment, j'ai entendu la voix du conducteur qui disait : « Passagers de la troisième voiture, pouvez-vous dégager la porte ? » Un homme s'est déplacé et m'a donné un coup de pied qui m'a projetée sur le quai. Les portes se sont fermées, le train est parti, je suis restée seule, inutile. Plus tard, des enfants avec leur sac sont arrivés de l'école et ont commencé à jouer au foot avec moi. Ils s'amusaient et riaient; de nouveau, j'étais heureuse. Un nouveau train est arrivé et ils sont partis, me plaquant là. C'est alors qu'une dame est passée avec un chariot, elle ramassait des vieux papiers dans un sac, et m'a glissée dans un autre, avec des objets métalliques.

Nous avons été emmenés dans de grands bâtiments fumants, encore ! Et de nouveau. je-nous avons été fondus, laminés, découpés. Par chance, j'ai fait partie d'un bloc de métal qui a été acheté par un sculpteur. il travaillait beaucoup, coupait, formatait, soudait, arasait... Je ne m'y connais pas en art, mais j'étais contente de servir à quelque chose. Puis j'ai été très surprise d'être installée dans une grande salle où beaucoup de personnes passaient, s'arrêtaient. Certaines s'extasiaient en nous caressant délicatement. C'était si doux...

Maintenant, après toutes ces aventures, et dans cette nouvelle situation, j'ai le temps de réfléchir. Il me semble que je ne sais pas bien ce qui est du je, ce qui est du nous. De temps à autre, je vois venir notre artiste, il s'installe fièrement à côté de je-nous, sans même nous regarder. Il semble indifférent aux compliments comme aux silences butés. Il donne l'impression d'exister seul et par lui-même. N'a-t-il réellement besoin de personne ? Est-ce possible ?



Benoît Billot
(source :  La Vie)

samedi 15 juin 2013

Les clochards sont des prophètes avec Philippe Demeestère


Voilà près de 40 ans que mes chemins se mêlent à ceux des sans-abri. Pour parler de ces frères, je n’utiliserai pas la formule conventionnelle : « C’est fou ce qu’ils m’ont apporté. » Car le premier service que nous pouvons attendre des pauvres, c’est justement de nous libérer de toute idée de gain personnel. À travers eux, c’est une perte qui se propose. Perte sans prix des illusions et des grandeurs sans avenir : l’image de soi, la maîtrise de sa vie, la possession, l’accumulation… 

Si le prophète est celui qui trace un chemin de conversion, alors les pauvres sont des prophètes. Ils nous rappellent que c’est quand on a rien que l’on devient libre et que l’on peut alors tout donner.

Philippe Demeestère
(source : La Vie)

vendredi 14 juin 2013

Le savoir être méditatif avec Sharon Salzberg



La souffrance fait partie de la vie. Mais, en général, on n’en parle pas, et c’est une grande frustration. Pouvoir dire sa souffrance est important. Un immense soulagement. Cette première étape autorise à faire, ensuite, quelque chose de sa souffrance. A ne plus la subir. C’est aussi, ça, la méditation. Méditer ne consiste pas à tuer ou à maîtriser l’égo comme beaucoup l’affirment mais à apprendre, à le regarder, à l’accepter, à le transformer, avec tendresse, affection, amour, compassion. La méditation réveille symboliquement ceux qui la pratiquent en les autorisant à entrer, en contact avec leur souffrance, leur honte, leur peur, et avec toutes leurs expériences, bonnes, neutres, ou mauvaises. 

Ce savoir-faire est accessible à tout un chacun. Certains disent échouer quand ils s’y essayent. Mais, en parlant avec eux, je me rends compte que la plupart sont pleins d’idées fausses sur la méditation. Ils croient par exemple qu’en pratiquant deux ou trois fois, leur vie va devenir rose, en un claquement de doigt. Cela ne peut pas marcher. Il n’y a pas de dogme à suivre, de croyance à avoir. Je pratique la méditation pour habiter, pleinement, ce que je suis. Tout ce que je suis. Et, cela commence par accepter qu’une vie d’être humain soit émaillée de souffrances, de plaisirs et de moments neutres. 

Sharon Salzberg

à propos de son livre "apprentissage de la méditation"(sur le blog de Catherine Barry)

jeudi 13 juin 2013

Appel de l'instant...

" Est-ce que je peux te rappeler Ed ?, je suis dans l'instant présent, là "

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The New Yorker