dimanche 2 mars 2025

François Cheng : méditation sur la vie révélée

 Dans son nouvel opus publié chez Albin Michel le 3 mars 2025, Une nuit au cap de la Chèvre, l’écrivain et académicien d’origine chinoise François Cheng offre une méditation poétique sur notre présence au monde, sur l’univers et sur la mort, dont voici en exclusivité des extraits.

L’Univers est. Une Puissance-créatrice l’a fait advenir. Il se présente à nous sous forme du Cosmos, au sein duquel se déploie une entité spécifique : la Vie. Première constatation qui frappe l’esprit : l’aboutissement de cette Création n’est pas la réalité physique du Cosmos, mais la Vie. 

Certes, le Cosmos nous émerveille par sa splendeur sans égale et sa vastitude sans bornes, alors que la Vie se développe dans un espace plus que restreint, même si bien d’autres planètes que la nôtre pourraient être habitées. Cette écrasante disproportion de volume ne doit pas faire oublier, à l’inverse, une différence de substance tout aussi écrasante.

La voie de la Vie

Alors que le Cosmos ignore sa propre existence, la Vie, elle, vécue par nous, est douée de conscience. Nous, les humains, connaissons la réalité de l’univers physique jusqu’à un certain degré, et surtout, nous sommes capables de nous interroger sur notre destinée en son sein. Le mouvement du Cosmos est mécanique et répétitif ; la voie de la Vie, en revanche, est en devenir, comportant étapes et étages qui ouvrent sur de possibles dépassements qualificatifs. Elle est d’un autre ordre.

Je suis donc là et j’observe. La magnificence produite par les milliards de galaxies aux feux entrecroisés m’impressionne, me stupéfie. Que de fois pourtant, face à la sublime scène d’un soleil levant ou d’un couchant, nous pouvons nous dire : « Cela est sublime parce que nous, humains, l’avons vu. Sinon tout serait en pure perte, tout serait vain. » Je prends soudain conscience que nous sommes, à notre niveau, l’œil ouvert et le cœur battant de cet univers. Si nous sommes à même de penser l’univers, c’est que véritablement il pense en nous.

Alors me vient l’évidence d’une question. Oui, nous sommes en droit de nous demander : « De la part de la Puissance-créatrice qui a fait advenir le Cosmos et la Vie, quel serait le “dessein” ? Pourrait-elle se contenter des astres qui tournoient indéfiniment sans le savoir ? N’aurait-elle pas besoin de “répondants”, d’êtres doués d’une âme et d’un esprit, comme nous le sommes, capables d’entrer en échange avec elle, donnant ainsi sens à sa Création ? »

L’aventure de l’être

C’est pleins d’une déférence sacrée cependant que nous obtenons du Cosmos des connaissances de base. Nous apprenons que la dimension réelle de l’univers est l’infini et que les lois de son fonctionnement sont fondées sur la rectitude : elles sont constantes, dignes de confiance aussi bien dans l’infiniment grand que dans l’infiniment petit, grâce à quoi les conditions de l’avènement de la Vie ont été rendues possibles.

À partir de là, force nous est de constater qu’en réalité la seule aventure en cours, chargée de promesses, est celle de l’Être. De cette aventure, nous les humains, nous sommes partie prenante. À nous d’assumer cette quête au jour le jour, à travers des tâches recelant une sourde grandeur, à la fois nobles et dures.

Nobles, parce que nous résonnons par nos créations à l’appel de la transcendance, et que certains d’entre nous, tendant vers un amour sans réserve, nous élèvent vers l’idéal du don. Dures, parce que nous devons affronter toutes les souffrances que peuvent causer les calamités, les maladies, les accidents, et surtout le Mal qui, plantant en plein centre de l’aventure ses tragiques méfaits, est en mesure de la faire échouer complètement.


Sublimes dépassements

Car le Mal a été rendu possible par l’intelligence et la liberté dont nous jouissons ; quand elles sont à son service, elles creusent un abîme sans fond jusqu’à menacer de détruire l’ordre de la Vie même. Enfin, par-delà toutes ces souffrances demeure un fait incontournable : chacun de nous, après avoir reçu le don de la Vie, est appelé à faire face un jour à sa propre mort.

Disons sans tarder que la Mort n’est nullement une force extérieure qui viendrait anéantir le processus de la Vie. Elle résulte d’une loi imposée par la Vie elle-même afin que la Vie puisse se renouveler et se transformer. C’est la Mort qui fait que la Vie est vie, en nous poussant vers l’urgence de vivre, en vue d’une forme d’accomplissement ou de sublimes dépassements. Tapie au creux de notre conscience, elle est la part la plus intime, la plus personnelle de notre être.

Elle rend tout unique dans notre existence, unique chaque minute de notre temps, unique chaque acte de notre entreprise, unique notre existence. Elle se révèle ainsi le moteur le plus dynamique de ce que nous faisons. Elle confère, en fin de compte, une valeur inaliénable à chaque vie : ainsi Malraux a-t‑il pu dire qu’apparemment une vie ne vaut rien, et que pourtant rien ne vaut une vie.

Accès à la transformation

Par une compréhension erronée de la Mort, surtout en cette vie moderne marquée par le déracinement, nous sommes loin d’une attitude juste envers elle. En refusant de dévisager la Mort en sa vérité et en restreignant notre existence à « ce côté-ci », nous nous enfermons dans un permanent état de peur, de rejet étriqué qui ne fait qu’accentuer notre angoisse.

Dans toute grande ville, on constate la dégradation de l’ultime phase de la vie des personnes. On meurt souvent dans l’isolement et l’anonymat, au grand désarroi des proches. Fuyant leur sentiment de culpabilité, ceux-ci s’abritent derrière un écran de fausse sécurité en abrégeant le temps de « faire le deuil ». Une sentence générale s’affiche au fronton de notre société : toute vie se termine « en queue de poisson ».

La mort d’un être est-elle un plongeon instantané dans le néant ? Nous avons tendance à le penser tout en ayant raison de ne jamais nous y faire. S’être engagé corps et âme dans l’aventure de l’Être, et puis se voir effacé sans laisser de traces comme si de rien n’était ? J’affirme le contraire, comme l’a fait le poète Rainer Maria Rilke : la Mort est un Ouvert ; elle donne accès à la transformation.

La mort, quand elle survient, chaque fois nous ébranle par son abyssale signification : le défunt — ou la défunte — nous apparaît aussitôt dans l’âpre éclat de son unicité irréductible. Épurée d’un coup des contingences et de tout ce qui est superflu, sa présence rendue à l’essentiel nous rappelle la nature sacrée de l’Être, et par là, éveille en nous la conscience ineffable de notre propre existence.

Une communion d’âme à âme

S’instaure alors, entre le disparu et les vivants, une communion d’âme à âme, transparente, éclairante, tendue vers la transcendance. Le disparu, par sa présence même, nous invite à ne pas oublier que nous ne venons pas de nous-mêmes, que nous sommes, chacune et chacun, le résultat d’un immense don de la part de la Puissance-créatrice qui est garante de l’Ouvert.

Au sein de l’humanité, un jour, Quelqu’un a accompli le geste absolu, indépassable, le geste décisif qui a changé la nature et le sens de la Mort. En se laissant clouer sur la Croix, il a affronté le mal — non seulement le mal de ses bourreaux, mais le Mal en soi, le Mal radical. Et dans le même temps, il a affirmé l’Amour inconditionnel, puisque, sur la Croix, s’adressant au Père, il a dit : « Pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » Cette parole faisait écho à ce qu’il avait déjà proféré : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

D’un geste unique, il a tenu les deux bouts de la Vérité : il a vaincu le Mal radical par l’Amour absolu qu’il incarne. Sa mort ouvre la Voie de la Vie qui ne périra plus ; le lien entre l’ordre humain et l’ordre divin est rétabli. Plus précisément, il nous est permis de dire qu’une relation filiale est renouée. Nous sommes les héritiers à qui incombe le devoir d’assurer la marche de la Vie. Ici, je crois entendre la lointaine prédiction du Tao : « Celui qui cède à l’amour en se donnant au monde, à lui sera confié le monde. » 


Un oiseau qui soudain s’envole

À 15 ans s’éveilla en moi la révélation de la poésie. Surgis d’une source inconnue, des mots alignés, chantants, signifiants, illuminants, telles les coulées d’une lave, traversaient le souterrain de mon être.

Puis vint le jour divin. Dans une aube délavée par une brusque averse, sur la colline habillée de hauts pins dont les aiguilles scintillent de perles irradiantes, un oiseau qui soudain s’envole fait entendre les échos d’une chute toute proche. Une présence, aussi souveraine que maternelle, se penche sur l’adolescent tremblant d’émotion.

D’une voix résolue, elle lance un appel : « Chante, et tu seras sauvé, et tout sera sauvé. » Désormais, même au moment du plus imminent risque de perdition, retentirait en moi cette voix d’injonction qui m’empêcherait de succomber au néant.

Que l’univers créé vaille d’être célébré, c’est l’évidence. Que la Vie vaille d’être révélée, c’est l’évidence aussi. La Vie foisonnante, enivrante, provocante, exaltante, à la fois joyeuse et tragique, avec ses envols parmi les nues, ses êtres qui tentent de survivre au fond du gouffre, ses douleurs étouffées, ses émotions tues, sa part invisible et transfigurante qui se prolonge au-delà de la mort.

Le poète digne de ce nom reçoit mission non seulement de dire, mais d’accompagner toutes les âmes espérantes par son chant. Il ne doute pas que si les humains sont reconnaissants au Créateur de les avoir créés, le Créateur, lui, sait gré aux humains de prendre en charge les épreuves. »

(Pages extraites d’Une Nuit au cap de la Chèvre, de François Cheng, chez Albin Michel.) 

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source : La Vie

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samedi 1 mars 2025

Poésie de la nuit


Comme elle est étrange cette vie incarnée dont nous cherchons avec tant d’application à en cadrer une moitié, lui donnant une structure, une logique, une chronologie rythmée par le temps, un sens, des valeurs, un échelonnement d’importance, une direction, un début, une fin et dont l’autre moitié nous échappe totalement. Faite de nuits obscures, de lambeaux de raison, d’anachronisme, de distorsion du temps, de l’espace ou du souvenir, d’images ineffables, de quêtes insaisissables, de batailles marécageuses ou de fulgurances, cette face nocturne de notre vie, l’air de rien, nous entraine dans un monde parallèle, illogique et sensible, glacé ou sensuel, dont nous émergeons chaque matin recréé à neuf, pour aborder un nouveau jour de raison, laissant au fond du lit, ces parts de rêve ou de cauchemar, cette poésie de la nuit.
L’une de ces deux moitiés n’existerait pas sans l’autre et l’autre sans l’une...
Et l’autre sans lune...

Elisabeth Kuhn
art graphique: Rebekah Myers

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vendredi 28 février 2025

La force est en toi

 


La vraie force, c’est celle qui sait prendre soin de la fragilité. Être fort, ce n’est pas écraser les autres sous le poids de ses certitudes ou de ses ambitions. Être fort, c’est être capable de douceur dans un monde qui ne l’est pas. C’est accueillir le doute, le vide, le silence, et continuer d’avancer, sans jamais céder à l’amertume. La vraie force est invisible, elle se niche dans les gestes simples, dans les regards bienveillants, dans la patience des jours.

Christian Bobin

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jeudi 27 février 2025

Porte du soir


A la porte du soir,
poser son fardeau de bruits,
coucher le murmure du cœur.
Marcher sur le silence
comme sur l'eau amie.

André Rochedy
Descendre au jardin
Images : Martine Mellinette - Cheyne éditeur


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Pour connaître
les paroles du vent,
le secret des visages,
le masque de la nuit,
la couleur du silence.
Pour reconnaître
la voix de l'arbre et de l'ami,
le cri du sel, la main de l'ombre,
tu n'as pas besoin de leçons.
Tu es ton seul maître.
Voilà, tu descends au jardin,
en ton jardin.
Dis, est-ce que je peux te suivre?
Je te promets de ne pas faire de bruit.
J'écoute ...
Tu parles à voix tienne.


Tes mots ouvrent l'étoile.

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mercredi 26 février 2025

Sagesse et névrose

 

Ce qu'il faut retenir, c'est que la sagesse et la névrose sont coémergentes. L'une ne va pas sans I'autre. On a tendance à penser : « Je ne veux pas de la jalousie ; je veux seulement la sagesse tout-accomplissante. Je ne veux pas des propensions névrotiques ; je veux seulement les parties éclairées. » Mais c'est comme si une personne assoiffée dans un désert tombait miraculeusement sur un bloc de glace et disait : « Je n'aime pas la glace. Je vais la jeter et chercher de l'eau ailleurs. » Il n'y a pas d'autre endroit ou chercher. II s'agit simplement de reconnaître que la vraie nature de la glace n'est pas différente de celle de l'eau qui désaltère. De même, si nous voulons découvrir notre propre sagesse, il n'y a pas d'autre endroit où chercher que dans notre propre névrose. Nous pouvons découvrir qu’il y a l'émotion avec ego et l'émotion sans ego.

Pema Chödrön, Comme on vit, on meurt

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mardi 25 février 2025

Bienvenue sur la Voie !

 Arnaud Desjardins a, selon moi, été un des rares occidentaux à avoir authentiquement endossé le rôle de maître tel qu'il est pensé en Orient. Dans ce Dialogue, Véronique, qui fut son épouse et son étudiante, qui est également autrice, nous parle d'Arnaud et plus largement de la Voie.

Par Fabrice Midal


Cliquez ici pour écouter

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en vidéo :


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lundi 24 février 2025

Limitation consciente

Concentre toi sur ce qui alimente ta passion

Concentre toi sur ce qui libère ton talent

Concentre toi sur ce qui fait une véritable différence pour les autres

Concentre toi sur ce qui augmente ta capacité à être en intimité avec toi-même et les autres tout en augmentant ta capacité à manifester et rendre les choses réelles et tangibles

Concentre toi sur les relations qui te font grandir et où la croissance est un projet commun et est mutuelle

adapté par Fabrice Jordan

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Nous avons un temps limité
Nous avons des ressources limitées
Nous avons des opportunités limitées
Nous avons une force limitée
Nous avons des capacités limitées

En fin de compte, il s'agit de CHOISIR. En fin de compte, il s'agit de PRIORITÉS. Cela signifie que nous pouvons choisir ce que nous aimerions faire dans le cadre de nos propres possibilités, mais nous devons être conscients que nous devons être sélectifs dans nos choix. Nous devons établir des priorités dans le cadre de nos propres possibilités. Nous ne pouvons pas tout faire...

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samedi 22 février 2025

« Le temps nous pose la question de notre limitation »


 En ce moment, étant en lien avec de très vieilles personnes, je suis confrontée à la question du temps. Le temps à notre époque joue un drôle de jeu. On voit ceux qui courent après lui toute la journée : les adultes pris dans les multiples obligations de leur travail et de leur vie quotidienne, avec le sentiment de s’oublier et les enfants qui enchaînent l’école, les devoirs, les activités, sans avoir de répit pour rêver.

De l’autre côté, il y a ceux pour qui le temps s’étire lentement, invariablement, sans en voir la fin que pourtant ils redoutent. Le temps nous est-il contraire pour qu’il ne soit jamais un allié ? Pourquoi sommes-nous de plus en plus prisonniers des caprices de son cours débordant ou aride alors que, paradoxalement, nous vivons dans une société où de nombreuses tâches sont effectuées sans avoir besoin de notre intervention par des machines et avec rapidité ? Selon la Genèse, nous avons été créés libres et nous sommes de plus en plus entravés dans les filets du monde.

L’hiver de la contemplation

Le printemps s’annonce. Nous sommes à l’aube de la saison du renouveau. La nature va reverdir, elle va exploser de fleurs et de fruits après ce long passage de l’hiver où tout s’est arrêté. Dans la terre froide, les graines ont germé, sans pousser, sans mouvement apparent vers l’extérieur. Elles ont fermenté, se sont ouvertes pour se débarrasser de leurs vieilles coques avant de laisser émerger la nouvelle pousse.


Ce moment de réflexion de la nature me semble un grand enseignement. Pour arrêter les chevaux impétueux du temps ou comprendre pourquoi il s’étire au moment où nos corps sont diminués et ne répondent plus à nos envies passées, il faut passer par l’hiver de la contemplation : s’asseoir et méditer, prier, abandonner la partie, laisser le jeu se faire sans nous, regarder.

Dans cette simple attitude, on mesure combien on veut toujours diriger les choses alors qu’au fond on ne maîtrise rien. Et si l’on prenait le risque d’être imparfait, de ne pas toujours devancer ce que l’on croit essentiel à notre bonheur, lâcher une partie de nos projets. Et si l’on finissait de subir le temps en le considérant non comme un ennemi mais comme le garant de notre éveil, de nos émerveillements face à l’éphémère du monde, de notre évolution spirituelle puisque, ici, tout passe mais au-delà tout demeure ?

Si on fait ce pas de côté, on prend conscience que le temps nous pose la question de notre limitation. Il est compté. Le tic-tac avance inexorablement. D’où cette attitude de fuite, de course effrénée ou de volonté de freiner l’inexorable de notre fin. Si le temps est mon allié, je profite de son enseignement pour cultiver mes jours, éclairer mes zones d’ombre, combattre mes animaux intérieurs, accueillir ce qui m’arrive comme un don. Le temps oblige à un travail de conscience pour ne pas pâtir de ce qui ne revient plus, se détacher du passé, observer ce que la richesse du présent apporte chaque jour.

Dans une des histoires de Winnie l’ourson que je lisais un soir à une petite fille, le petit ours pose une question à son ami Porcelet : « Quel jour est-on ? » Il répond : « On est aujourd’hui. » Et Winnie conclut : « C’est mon jour préféré. » Ainsi une comptine pour enfants est une leçon de philosophie ! J’ai envie de dire à mes chères vieilles personnes : ne tombez pas dans le piège des regrets, vous êtes le sel de la terre. Il révèle le suc de la vie. La sagesse est le sel. Elle ne s’acquiert qu’avec le temps, le précieux temps qui est compté alors que la vie est sans limite.

Paule Amblard - Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne

Source : La Vie

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vendredi 21 février 2025

Pardon

 


«Le non-pardon, c'est le poids du passé qui pèse sur nos épaules et qui nous coupe de l'amour que nous portons en nous. Alors comment parvenir au pardon ? Par la compréhension. Seule une perception plus vaste de la réalité peut nous libérer de la rancœur.

Si nous parvenons vraiment à voir que nous sommes un entrepôt de réactions anciennes, que nous n'avons aucune liberté et qu'il en est de même pour nos ennemis, alors le pardon peut naître.» Arnaud Desjardins - La traversée vers l'autre rive Acarias L'originel - p160

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jeudi 20 février 2025

WUWEI - Le non-agir, c'est agir autrement



Wuwei, le non-agir, est considéré comme la pensée principale du taoïsme. Comme le non-avoir et le non-être, le non-agir est le résultat de la connaissance intuitive et de la quiétude interne. Ce n'est pas une pensée passive.

Le non-agir est basé sur une certaine conscience de l'être et de soi : il faut accepter qu'une idée ou une chose continue a se développer sans la contrôler, selon son intuition et ce qui se passe à l'instant. Selon John Blofeld, il s'agit de " ne pas aller au delà de l'action spontanée qui est adaptée aux besoins tels qu'ils se présentent ".

Le Wuwei nous demande de respecter la nature de chaque chose et d'avoir la sagesse de suivre l'ordre  naturel des choses, d'agir sans intention personnelle, et de n'intervenir qu'en juste équilibre avec les forces extérieures.

La véritable citation chinoise est «Wei-Wu-Wei : agit sans agir. Il fait surgir la stratégie et la sagesse dans chaque circonstance. On applique notre esprit profond en accueillant et en laissant faire les éléments positifs et favorables des circonstances. On fait ce qu'on devrait faire, sans forcer les éléments par sa propre volonté. C'est pour cela qu'on dit que la réussite dépend de trois éléments : le Ciel favorable, la Terre convenable et l'homme harmonieux. L'homme ne peut pas forcer la nature des choses.

Cet état du non-agir est constamment présent dans la méditation, c'est même une nécessité pour pouvoir atteindre un certain niveau.

Extrait de la Voie du Calme de Ke Wen

Maître Ke Wen présente "La voie du calme"

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mercredi 19 février 2025

XIUSHEN - Raffiner son corps et son être

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XIUSHEN, littéralement «éduquer, régulariser le corps», est une notion très importante dans le confucianisme, pour lequel la notion de corps dépasse celle du corps physique, pour englober celle du corps-cœur-état d'esprit.

Le confucianisme insiste sur le travail sur soi-même et le développement individuel avant de parler de l'harmonie avec les autres et le monde.

L'objectif de XIUSHEN est de réaliser sa valeur humaine dans le monde et la société par l'ouverture du cœur et la bienveillance.

Comment réussir ma vie dans tous les plans humains : familial, relationnel, professionnel et spirituel ? Comment franchir ensuite les obstacles et composer avec les émotions pour avoir toujours la force et la volonté de se réaliser?

Une phrase de Confucius très connue en Chine indique ce chemin de la vie matérielle vers la vie spirituelle: 



GEWU : analyser les choses ; ZHIZHI : arriver à la pleine connaissance ; CHENGYI : agir dans la sincérité de l'intention ; IE'G ZHENGXIN : trouver la rectitude du cœur ; XIUSHEN : raffiner son corps et son être ; QIJIA: construire la famille ; ZHIGUO : régner sur le pays ; Yl PING TIANXIA: la paix s'accomplit dans tout l'Univers.

En analysant les choses, on arrive à la pleine connaissance. En atteignant la pleine connaissance, on agit avec la sincérité de l'intention. En agissant avec la sincérité de l'intention, on trouve la rectitude du cœur. En trouvant la rectitude du cœur, on éduque son être. En raffinant son être, on harmonise la famille. En harmonisant la famille, on ordonne le pays. En ordonnant le pays, on accomplit la paix dans tout l'Univers.

Cette phrase est une notion fondamentale du confucianisme, c'est la clé de l'équilibre de l'être et donc de son bonheur. Par l'explication faite du mot SHEN, « corps », on comprend mieux le sens profond de XIUSHEN.

Le terme «corps» peut être exprimé par différents caractères en chinois. Nous avons déjà parlé du caractère XING qui indique le corps, la structure. Il existe aussi le terme TI pour exprimer la notion de corps. 


Le mot SHEN est un autre caractère utilisé pour écrire le corps humain. Le sinologue Cyrille Javary l'a bien décrit : « Dans la forme ancienne de cet idéogramme, on retrouve la silhouette de l'être humain, particularisée ici par le dessin d'un gros ventre, à l'intérieur duquel un trait précise qu'il est plein de quelque chose. Le surpoids de ce ventre gravide oblige cet humain à placer une jambe en avant pour rétablir son équilibre. D’où le sens d’origine de ce caractère qu'il garde toujours dans certaines expressions: "Être enceinte". Formé d'un tout indécomposable, le caractère SHEN ne montre plus le corps dans sa dualité concertante entre charnel et rituel, entre physique et subtil, mais dans la vitalité fondamentale qui le recentre en profondeur. Ce qu’il évoque, plus que le corps lui-même, c'est sa propension à vivre, ce sentiment diffus d'être finalement un peu toujours "enceint” de nous-même, comme la nature l'est du monde, renouvelé à chaque printemps.

Le père Claude Larre, éminent sociologue, le souligne magnifiquement:

"C'est grâce à la vitalité éphémère, mais toujours régulièrement renouvelée, qu'une permanence apparaît dans le passage des éphémères et fonde l’éphémère que je suis. Je n'ose pas dire que je possède l'existence, c'est l'existence qui me possède."

Dans cette perspective, la vie n'est plus un fardeau venu du ciel ou une pénitence héritée de la terre. Vivre devient alors une mission en soi, celle de se sentir responsable de cet éclair de vie qui à chaque moment, comme partout dans l’univers, prend naissance à l’intérieur de soi-même *. »

* Cyrille J.-D. Javary, 100 mots pour comprendre le chinois, Éditions Albin Michel.

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mardi 18 février 2025

Ephémère


"La plupart des choses ne durent pas : votre ordinateur, votre maison, la nourriture, ou même votre animal de compagnie sont voués à l’obsolescence, au dysfonctionnement, au pourrissement ou à la mort. 

Tout a un temps, et même les roches s’érodent, les montagnes changent de forme, rien n’est éternel, tout est éphémère. Voilà pourquoi il vous faut profiter de chaque chose que vous voyez ou percevez.

Et ce qui vaut pour un objet, un aliment ou une plante d’appartement l’est également (malheureusement) pour les gens que vous côtoyez. Aucun de nous n’est là pour toujours. Aussi, profitez de la compagnie des personnes que vous aimez ou appréciez. Luttez contre les habitudes qui vous empêchent de voir vraiment les gens autour de vous.

Ouvrez les yeux et constatez que tout, autour de vous, est éphémère et jouissez de chaque moment. À la fin, vous pourrez vous dire : « J’en ai vraiment profité, j’ai vraiment vécu ma vie. »

Le magique, c’est poser sans cesse un regard neuf et attentif aux choses et aux gens de votre vie ; chaque jour, chaque heure, chaque instant, prenez conscience que tout est toujours changé, balayé, renouvelé.

En percevant la fragilité des choses, la trame fine et changeante du monde, il est plus facile de comprendre comment il est possible d’influer sur celui-ci.”

Serge Augier, “Traité de Magie Taoïste”

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lundi 17 février 2025

"Juste de l'humanité, voilà le chemin."

 Voici quelques phrases en retour d'une rencontre nourrissante avec deux personnes qui me sont chères...

Confucius

"Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l'aime.  Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie."


Muriel Massin

"Il n'y a pas à accepter ce qu'on pense, il y a à voir qu'on pense."

"Ton émotion t'appartient à 100 %."

Tant que c'est refusé, cela ne peut être travaillé.

Christophe Massin

Le doute est un produit de la peur. Est-ce que tu peux faire confiance à ta sincérité ? Est-ce que tu peux faire confiance à ton intention profonde ?

Plus important que le pourquoi, c'est le quoi. Qu'est-ce qui se passe ?

Le jugement est un symptôme de la réaction émotionnelle.


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