mercredi 9 novembre 2011

Une fontaine cachée...

Je la connais la source qui coule et se répand,
Quoi que ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée
Mais comme je sais bien où elle est

Quoi que ce soit de nuit !

Dans cette nuit obscure de cette vie
Comme je connais bien, par la foi, la fontaine
Quoi que ce soit de nuit !

Son origine, je l'ignore : elle n'en a pas
Mais je sais que tout être tire d'elle son origine
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais qu'il ne peut y avoir chose plus belle
Que la terre et les cieux vont s'y abreuver,
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais bien que c'est un abîme sans fond
Et que personne ne peut y passer à gué
Quoi que ce soit de nuit !

Sa clarté n'est jamais obscurcie
Et je sais que toute lumière vient d'elle
Quoi que ce soit de nuit !

Je sais que ses eaux coulent si abondantes
Qu'elles arrosent enfers, cieux et peuples,
Quoi que ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée
Dans ce pain vivant pour nous donner vie
Quoi que ce soit de nuit !

Elle est là appelant toutes les créatures
la elles vont s'y abreuver dans les ténèbres
Parce qu'il fait nuit.

Cette source vive, vers laquelle je soupire,
Je la vois dans ce pain de vie
Quoi que ce soit de nuit !

Poème IX
Jean de la Croix
« Cette fontaine éternelle est cachée »
Œuvres complètes, Desclée de Brouwer, coll. « Bibliothèque européenne », 1992.

De Georges Brassens à Christian Bobin

Christian Bobin rend hommage à Georges Brassens dans cette chronique. Et je vous joins un petit document vidéo en plus, pour lui rendre hommage aussi.




mardi 8 novembre 2011

Denis Marquet, un sacré satan...


Ça tend en moi

Atteindre son but ne rend pas nécessairement heureux, c’est parfois tout le contraire. Pensons à ces cas, plus fréquents qu’on ne le dit, où une réussite longtemps et ardemment désirée plonge son bénéficiaire dans une profonde dépression. En outre, quand le bonheur est néanmoins au rendez-vous, celui-ci dure étrangement peu longtemps. Ainsi que l’avoue Laure Manaudou : « comme tous les nageurs, je suis à la recherche de la petite seconde de bonheur quand on gagne » - tous ces sacrifices pour une seule seconde ! C’est pourquoi, sitôt une réussite obtenue, sans prendre la peine de savourer le bien acquis, nous voilà très vite inquiet d’un nouvel objectif.

Pourquoi vouloir atteindre un but ? Pour faire coïncider notre désir et la réalité ; mais lorsque ceux-ci se rejoignent enfin, nous nous empressons de creuser entre eux un nouveau fossé. . . Pour expliquer ce paradoxe qui nous interdit le bonheur, il est utile de comprendre à quoi est réellement dû le moment de bien-être qui suit un succès. À la possession de l’objet de ma quête (un bien, un amour, une médaille, un succès...) ? Ou plutôt au fait que, durant quelques instants, je m’autorise à ne plus tendre vers rien - au fait qu’enfin je me détends. Le bonheur, vérité trop élémentaire pour que nous l’apercevions la plupart du temps, ne serait-ce pas simplement d’être dé-tendu, et de jouir de la pure jubilation d’être ?

D’où notre impasse : pour atteindre cet état de détente intérieure qui est notre véritable aspiration, nous ne cessons de nous tendre (vers des buts), causant ainsi une souffrance dont l’absurde formule est la suivante : je me tends pour atteindre la détente. Si nous sommes ainsi possédés par Ça-tend, c’est que « se contenter d’être », comme disait Etty Hillesum, nous fait aussi terriblement peur. Si je me relaxe vraiment, est-ce que je ne risque pas de disparaître ? La détente profonde est accompagnée d’une perte du sens de l’ego et cette expérience de spatialité lumineuse, tellement libératrice et que nous désirons tant, nous terrorise. C’est pourquoi, fréquemment, nous ne convoitons pas réellement l’objet de notre quête, mais plutôt le bénéfice que celle-ci nous offre de demeurer tendus.

Soit, dira-t-on ; mais si je ne tends plus vers rien, qu’est-ce qui va me faire agir ? Le moteur de l’action, n’est-ce pas précisément de tendre vers un objectif ? Tellement habitués à agir tendus, nous avons fini par confondre détente et inertie. Or la véritable détente intérieure est une détente vers l’intérieur, laquelle nous reconduit à notre dimension profonde, à notre désir vrai. Et ce dernier est un autre moteur. Non la source du faire compulsif qui n’est qu’une fuite de soi, mais celle de l’acte spontané juste ; enraciné dans notre vérité vivante et ajusté à la mouvance des choses, porteur de grâce et porté par la grâce, celui-ci est réellement fécond parce qu’il est créateur.

Quand je ne suis plus possédé par Ça-tend, je suis le lieu du Ça-crée.



Denis Marquet
Source : Psychologies magazine

lundi 7 novembre 2011

Un ashram en France grâce à un ami spirituel, Arnaud Desjardins

En l'honneur d'Arnaud Desjardins et pour celles et ceux qui connaissent cet endroit, où de nombreuses transformations intérieures ont eu lieu...

Arnaud Desjardins, réalisateur télé devenu guide spirituel, nous a quitté le 10 août dernier. Il a fait connaître à l'Occident les spiritualités orientales. Ici comme en Europe, on le considérait comme un grand sage, un maître spirituel. Nous l'avions rencontré en 1998. Il nous proposait alors ce qu'il appelait « la voie de la sagesse ».
Source : Radio canada

dimanche 6 novembre 2011

On l’appelle parfois « prière monologiste » (sur un unique mot), « prière du silence intérieur » ou « oraison de simple regard ». Simple et dépouillée, cette pratique qui remonte aux origines du christianisme consiste à « s’asseoir et désirer Dieu » en répétant intérieurement son nom.
Depuis plus de 10 ans, le dominicain Jean-Marie Gueullette en transmet les fondements dans des sessions. Il publie chez Albin Michel un Petit Traité de la prière silencieuse.


Comment aborder cette façon de se recentrer sur Dieu ?
La présence de Dieu en nous est au-delà de toute sensation. La prière silencieuse est un acte de foi. Il s’agit de choisir de désirer Dieu, de recentrer inlassablement sa volonté et son amour sur Lui, de faire comme Lui : nous donner entièrement, nous tenir présents. Cette pratique n’est ni un monologue avec nous-même, ni une méditation sur des valeurs : elle est adressée à quelqu’un ! À Dieu, dont nous sommes le temple. Pour une fois, nous sommes attentifs à sa présence. Nous le rejoignons en nous.


Vous consacrez plusieurs pages à décrire les différentes postures adaptées à cette pratique. Pourquoi ?
Il est toujours tentant de regarder la relation à Dieu comme quelque chose de compliqué pour mieux y renoncer. Au lieu de reconnaître qu’on ne sait pas se tenir immobile, on a vite fait d’inventer des discours pour se convaincre qu’on n’est pas contemplatif ou qu’on est un grand pêcheur... Alors que, parfois, c’est juste un problème de lombaires ! Trouver la position qui convient et se tourner vers la présence de Dieu de tout son être : ce programme peut sembler pauvre. Encore faut-il s’en donner les moyens. Pour y arriver, la façon de se tenir, la forme du tabouret ou la hauteur de la chaise qu’on utilise sont déterminants. Les chrétiens ne sont pas spontanément réceptifs à un discours associant corps et prière. Mais quand ils acceptent de tenter l’expérience, ils sont stupéfaits de ce qu’ils sont capables de faire.


À quoi « sert » le support du nom de Dieu ?
Cette façon de prier existe depuis les débuts du christianisme : la répétition intérieure d’un nom de Dieu aide à se recentrer sur Sa présence. L’idée est de choisir celui par lequel on s’adresse habituelle­ment à Dieu dans la prière. Encore une fois, on ne peut réduire Dieu à nos perceptions. On ne choisira donc pas une idée sur Dieu ou un qualificatif. Car, si je dis « amour » ou « justice », je suis dans l’emprise, j’impose mon prisme. Or, Dieu est au-delà de ce que je peux dire de Lui. Cette répétition aide à fixer l’atten­tion, mais il faut y mettre une inten­tion : celle de se tourner vers quelqu’un. Le nom nous permet un accès plus rapide à notre temple intérieur, lieu de silence où Dieu réside.


Cette prière silencieuse est-elle faite pour tout le monde ?
De nombreuses personnes la pratiquent spontanément sans savoir qu’elle relève d’une longue tradition. Elle n’est pas forcément adaptée à tout le monde, mais elle est accessible à tous ! Ça n’est ni la « meilleure », ni la seule façon de prier – c’est d’ailleurs la richesse de l’Église d’avoir permis une telle diversité d’expressions spirituelles –, mais sa simplicité parle à de nombreux croyants. Elle est exigeante, sans être compliquée. Selon votre état intérieur, vous prononcerez sans doute le nom de Dieu avec des nuances de joie, d’angoisse, de colère. Le silence, le dépouillement, le fait qu’il n’y ait pas besoin de se raconter rencontrent une demande.


Certains milieux chrétiens y sont-ils plus sensibles que d’autres ?
Les acteurs de la pastorale de la santé, par exemple, accueillent cette forme de prière avec un naturel incroyable. J’ai vécu une expérience très forte avec 300 visiteurs d’hôpitaux ou de maisons de retraite. Le silence est immédiatement descendu dans la salle et, en quelques minutes à peine, chacun avait trouvé sa posture. Ces bénévoles font chaque jour l’expé­rience de la gratuité et du calme donné. Être assis au chevet d’un malade et lui tenir la main : ça n’est en rien « efficace », mais c’est une présence essentielle. Ils ont compris spontanément cette façon de prier.

Retrouvez le dominicain Jean-Marie Gueulette
- Ses chroniques parues dans le magazine Prier
- Les dates des prochaines sessions de prière silencieuse qu’il anime, ainsi que des contributions sur la tradition de prière silencieuse dans le christianisme, sur Prière silencieuse


mercredi 2 novembre 2011

mardi 1 novembre 2011

Hommage à "demain"

La Toussaint est le jour où les morts de demain vont rendre visite à ceux d'hier.
Henri Duvernois

lundi 31 octobre 2011

Coup de fatigue... il existe des plantes pour être en forme...

L'ordinateur est enfin remis à niveau mais avec quelques pertes en ligne. Il faudra quelques semaines pour retrouver mes petits documents mijotés à souhait. Sensation de grande fatigue, mais il y a heureusement des plantes dans ma trousse de remise en forme.

dimanche 30 octobre 2011

Une si petite flamme avec Philippe Mac Leod

Les anciens faisaient de la passivité le pivot de l’oraison. Tu lui préféreras le terme de réceptivité. Il résonne mieux aujourd’hui, plus proche de cette veille qu’est la prière, cet engagement de tout l’être, corps, âme et esprit, par une sorte d’acte nu, ou plutôt de nudité, de pureté de l’acte à sa racine intérieure, dans un effort passif, ou une passivité soutenue, vibrante, intense, déployant dans le plus grand silence une hypersensitivité, une hyperactivité même, une industrie des plus subtiles, une prodigieuse distillerie de l’invisible. 


Durant de longues années, j’ai prié devant le saint-sacrement en fixant la petite veilleuse comme un phare dans la nuit, comme la lueur incertaine d’un rivage encore bien lointain, la palpitation vacillante d’un cœur jamais atteint – jusqu’à ce qu’elle finisse par s’éteindre, définitivement ; jusqu’à ce qu’elle s’allume en moi, d’une flamme d’abord faible, puis de plus en plus haute ; jusqu’à ce que je la devienne.

C’est cela même une vie de prière. Et de quelle huile brûlerions-nous ? La présence n’a pas besoin de faire beaucoup de bruit ni prendre beaucoup de place. Elle respire, elle palpite, doucement elle rayonne à partir d’un foyer infime, comme au fond du sanctuaire où brûle la petite veilleuse rouge, pas plus grosse qu’une étoile vacillante dans le ciel nocturne, mais si vivante, si proche de ce que tu peux ressentir en toi-même.

Un jour tu comprendras combien cette présence demeure suspendue aux battements de ton cœur. Par l’entremise de la petite flamme, elle t’appelle d’une voix si faible que tu ne lui prêtes aucune attention, parce que tu ne sais pas encore que le plus précieux est en même temps le plus fragile. Cependant, ne te méprends pas, cette présence nous visite seulement, jamais elle ne se laisse prendre. C’est dans l’abandon le plus total, dans le vide, dans la chute, que l’on découvre l’assise la plus ferme. La présence se révèle alors même qu’on a tout perdu. Comme dans le cœur des pèlerins d’Emmaüs, au moment extrême où elle nous échappe nous en avons la plus grande certitude. Sa substance tient tout entière dans sa volatilité, cette sorte de prégnance invisible, d’insistance légère, sans poids, sans marque, sans attache.

Parce qu’il se dérobe, parce qu’il échappe à nos prises habituelles, le silence, sans figure ni matière, se manifeste toujours s’évanouissant, toujours s’approchant, comme si cette proximité ne pouvait avoir de fin. Il semble disparaître plus qu’il n’apparaît mais, en réalité, il vient, il ne cesse de venir, de l’intérieur, de l’absence qui prend vie, fuyant pour mieux nous toucher, présence immense qui se donne en se retirant, dans l’éloignement le plus intime qui soit, là où il n’y a rien à saisir parce qu’il n’y a plus rien qui puisse saisir. Le sentiment de l’être n’est paradoxalement jamais aussi fort.

Je t’invite à y entrer avec douceur, patiemment. Si la traversée du silence n’aboutit qu’au moment où l’on décroche de soi-même, néanmoins on ne le décide pas. Il donne son fruit, il accomplit son travail, qui justement reste silencieux. C’est alors que tout s’ouvre, que la prière elle-même devient espace. Tu n’as pas bougé, et cependant tu t’éveilles à mille lieues de ton point de départ, comme projeté, propulsé. À moins que ce ne soit toi qui t’ouvres comme un bouton, libérant un parfum d’infini, dans lequel ta prière se prolonge.



Source : La Vie

Philippe Mac Leod est écrivain et a publié plusieurs recueils de poésie. Son dernier ouvrage, Sens et beauté, est paru aux éditions Ad Solem.