samedi 18 janvier 2020

Mots inventés du soir...


Le bonheur
dessin: Egon Schiele 1890-1918
les amants 1909

"Celui qui embrasse une femme est Adam. La femme est Ève.
Tout se passe pour la première fois.
J’ai vu une chose blanche dans le ciel. On me dit que c’est la lune, mais
que puis-je faire avec un mot et une mythologie ?
Les arbres me font peur. Ils sont si beaux.
Les animaux tranquilles s’approchent pour que je dise leur nom.
Les livres de la bibliothèque n’ont pas de lettres. Quand je les ouvre, elles surgissent.
Parcourant l’atlas je projette la forme de Sumatra.
Celui qui brûle une allumette dans le noir est en train d’inventer le feu.
Dans le miroir, il y a un autre qui guette.
Celui qui regarde la mer voit l’Angleterre.
Celui qui profère un vers de Liliencron est entré dans la bataille.
J’ai rêvé Carthage et les légions qui désolèrent Carthage.
J’ai rêvé l’épée et la balance.
Loué soit l’amour où il n’y a ni possesseur ni possédé mais où tous deux se donnent.
Loué soit le cauchemar, qui nous dévoile que nous pouvons créer l’enfer.
Celui qui descend un fleuve descend le Gange.
Celui qui regarde une horloge de sable voit la dissolution d’un empire.
Celui qui joue avec un couteau présage la mort de César.
Celui qui dort est tous les hommes.
Dans le désert, je vis le jeune Sphinx qu’on vient de façonner.
Rien n’est ancien sous le soleil.
Tout se passe pour la première fois, mais éternellement.
Celui qui lit mes mots est en train de les inventer."

Jorge Luis Borges 1889-1986

******

vendredi 17 janvier 2020

Sous les étoiles...




Ce soir, comme assez souvent, je suis sorti à la nuit pour ma dernière marche de la journée (la compulsion des 10 000 pas, n'est ce pas ...) sur le chemin qui mène à la propriété ou j'habite, en pleine campagne poitevine. Le ciel étoilé était splendide, clair, et beaucoup de "merci" à l'univers me sont montés. Merci de contempler ce ciel, de m'en nourrir, de marcher, de respirer l'air de la nuit avec mes poumons de presque 61 ans ... Du coup, je partage un texte de chanson, inspiré au départ par celle de Dylan, Shooting Star. Ce n'est pas une traduction mais une très très libre adaptation.




Je suis sorti sous les étoiles

et j'ai senti ta présence
tu avais su percer le voile
le voile des apparences
et moi j'ai tant essayé
de te suivre, d'y arriver
je suis sorti sous les étoiles
je me suis senti accompagné
Je suis sorti sous les étoiles
et j'ai vu ma vie défiler
je me suis juré que je resterais digne
de ce que tu m'avais enseigné
que je saurais grandir tout en restant fidèle
à ce qu'on avait partahé
je suis sorti sous les étoiles
j'ai su qu'il me faudrait veiller
j'écoute le vent
j'écoute la nuit
qui me font pressentir
ce qui n'a pas de prix
j'entends la rumeur de la vie
C'est le premier instant
c'est le dernier moment
je sens que tout commence et finit maintenant
je te rejoins
je te suis
je suis sorti sous les étoiles
et je me suis senti relié
au frères et aux amis
que tu avais aidé
à mûrir et à cheminer
ceux qui sont toujours là
ceux qui s'en sont allés
ceux qui doivent encore arriver
je suis sorti sous les étoiles
j'ai su qu'il fallait continuer


jeudi 16 janvier 2020

Légèreté !



Sur la route, allège-toi. Quitte tes valises trop lourdes. Ne sens-tu pas qu’elles pèsent au bout de tes bras, qu’elles altèrent ton pas ?
Déleste-toi. Ne conserve que l'essentiel. Les êtres qui soustraient avancent plus loin et plus sûrement que ceux qui ajoutent. Avance à ton rythme. Rien ne presse. N’aie pas peur.
Perdre n’est pas se perdre.

Judith Wiart

********

mardi 14 janvier 2020

Et je suis sur la terre...

Voici un extrait du nouveau et premier recueil de poèmes de Sabine Dewulf avec des aquarelles de Caroline François-Rubino, qui paraîtra le 15 janvier.







A Matthieu Ricard


Au réveil est le livre
de l’infini ta paume fait l’épreuve

le fort s’est rompu

demeure seul ce pont d’air vif
d’une lacune à l’autre

froissement bruissement de feuilles accordées
piqûre d’or des renoncules
joie sans morsure du temps
tes sensations reprennent gouvernail
l’espace est une vasque

gratitude adressée
à personne

petite tu étais quand l’impasse accrochait
moqueries à ses masques
toi tu cherchais la clef

clef d’or ouvre l’ici
où la source reconnaît l’évidence
le revers du mystère

seuil franchi sans retour

*
Ayin œil et source fondus
implose toute chose

ni dedans ni autour
le nulle part déborde



Editions L'herbe qui tremble, 2020


*******

lundi 13 janvier 2020

Le cerveau, notre meilleur ennemi

Voici une explication des raisons de notre possible disparition. La conclusion nous indique que seul le travail sur soi peut sauver l'homme de ces fonctionnements primaires.

Le cerveau humain est une arme fatale. une « merveille » construite sur un principe pervers.
Paradoxe : la presse s’inquiète pour le climat puis annonce la vente de milliers d'avions. Sommes-nous collectivement stupides? Si oui, pourquoi ?

Éléments de réponse de Sébastien Bohler dans un livre passionnant, Le Bug humain. Par Fouad Laroui


C'est par les Akkadiens que Sébastien Bohler commence ses « leçons de l’Histoire ». Après un fort accroissement démographique, ils se heurtèrent aux limites de la culture du blé. La terre se tarit. La civilisation s’éteignit comme une population de bactéries dans un tube à essai qui dévorent la nourriture, se multiplient puis meurent quand il n’y a plus rien à manger. Un acarien ne se pose pas de question non plus : s’il peut manger, il le fait et ne réfléchit pas à l’avenir. Mais nous sommes quand même plus avisés que les Akkadiens et que les acariens? 

Non, en fait. Il se pourrait que le passage sur Terre d’Homo sapiens ne dure que le temps d’un battement de cils comparé à celui des cœlacanthes, ces fameux poissons fossiles, ou des requins. Pourquoi? C’est là qu’il faut s’intéresser à cette arme fatale qu’est le cerveau humain. Cette « merveille » est construite sur un principe pervers. Le cortex, siège de l’inventivité, de l’imagination, de tout ce qui nous fait homme, est le fruit d’une évolution récente. Il doit cohabiter avec ce qu’il y a de plus primaire en nous : le striatum, au cœur du cerveau. Nous avons le même striatum que les souris, et il n’a que cinq objectifs : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, glaner de l’information (pour mieux atteindre les trois premiers objectifs) et faire tout cela avec le minimum d’effort. 
Et voilà le défaut de câblage de l’homme, le problème fondamental : son superbe cortex est au service de son très primitif striatum. Quoi qu’il invente, c’est le striatum qui s’en servira. Nous sommes ses esclaves. Il exerce son pouvoir sur l’ensemble de nos actes. Comment? Par la dopamine. Sur ce point, nous ne sommes pas différents de la lamproie. Lorsque ce poisson trouve une proie et s’en nourrit, son striatum libère de la dopamine, la « molécule du bonheur », ce qui renforce les circuits neuronaux qui ont mené à bien l’opération. C’est un apprentissage, en fait - un apprentissage agréable. Apparus sur Terre plusieurs centaines de millions d’années après la lamproie, nous ne fonctionnons pas autrement.

Obsédé, le striatum? Il ne pouvait pas en être autrement : « La sélection naturelle n’a conservé que des individus dotés de striatums fonctionnant de cette manière. [...]
Cet aiguillon qui leur disait : “Va, mange autant que tu peux [...]. Copule autant que tu peux [...]. Montre-toi plus important que les autres [...]. Avale autant d’informations sur le monde que tu pourras.” »

Le lecteur de Bohler retrouvera ici les trois formes de libido distinguées par saint Augustin il y a quinze siècles : libido sciendi (le désir de savoir, la curiosité), libido sentiendi (désir sensuel, charnel) et libido dominandi (la volonté de pouvoir). Avant lui, Aristote disait que le désir d’apprendre, comme le désir tout court, était naturel. La science contemporaine a donc confirmé ces intuitions. Mais à la différence d’Aristote, cet apôtre de la modération et du juste milieu, notre striatum ajoute : « Et fais cela plus que les autres, sinon ce sont tes gènes qui seront submergés par ceux de tes concurrents. En conséquence, ne te modère surtout pas. »

C’est là le nœud du problème, qui explique l’impasse dans laquelle l’espèce humaine se trouve. 
« Maîtrisant toujours plus de technologies pour assouvir nos besoins, nous sommes incapables de nous modérer. » Seuls dans le règne animal, nous disposons d’un cortex. Il a imaginé la révolution industrielle, l’agriculture intensive, la biotechnologie. Elles conjuguent leurs efforts pour satisfaire la boulimie du striatum - en vain : il est insatiable. Pour Freud, l’inconscient mène la danse. En lisant Bohler, on peut se demander si ce n’est pas, à l’intérieur du striatum, ce petit îlot du plaisir qu’est le noyau accumbens. Nous sommes plus « agis » par lui que par notre volonté consciente. Qu’en aurait pensé Sartre, pour qui l’homme choisit librement ses actes ?


L’obsession du statut social 

La libido dominandi se traduit dans une société « évoluée » par la recherche d’un statut social supérieur. Thorstein Veblen étudia, il y a plus d’un siècle, les motivations des consommateurs aux États-Unis. Quand l’individu est à l’abri du besoin, sa principale motivation devient le désir d’émuler ou de dépasser le voisin. La consommation devient « ostentatoire » et conduit au gaspillage. 
Comme souvent chez Bohler, il s’agit de thèmes connus, mais qui prennent ici une dimension scientifique : leur soubassement physiologique est dévoilé. Le fait de regarder un individu en battre un autre dans une compétition sportive nous donne un shoot de dopamine. Dommage que personne n’ait pensé à placer Jacques Chirac dans un scanner pendant qu’il regardait un match de sumo : on aurait vu son striatum s’illuminer chaque fois qu’un des gros bébés en projetait un autre au-delà du cercle sacré... Le Corrézien rêvait inconsciemment de se mettre dans le sillage d’une de ces montagnes de chair pour aller mettre une raclée à un autre chef de meute, François Mitterrand ou Édouard Balladur...

Dans une expérience réalisée à Oxford en 2018, on montre à des singes les logos de Nike ou de Coca-Cola, en leur donnant la possibilité de cliquer sur un bouton pour les revoir. Ils ne le font pas. Mais si on montre brièvement ces mêmes logos à côté de la photo d’un singe dominant, ils se mettent à cliquer de façon compulsive pour les revoir - même si la photo du mâle alpha n’y figure plus ! 
Ils « désirent » maintenant ces marques en elles-mêmes puisqu’elles sont associées à un rang social supérieur... Quant aux adolescents, leur cerveau est un pur striatum : les parties frontales qui seraient aptes à le freiner ont encore un temps de retard. On comprend que certains en arrivent à voler, voire à se prostituer, pour se payer le dernier modèle de Nike ou d’Apple.

La catastrophe consumériste résulte donc de cette combinaison fatale : le cerveau d’un primate et la technologie d’un dieu. Pendant des millénaires, les signes de statut social étaient réservés à une minuscule élite, et la planète pouvait supporter leur consommation superflue. Seul Pharaon avait droit à sa pyramide... Tout a changé depuis la révolution industrielle. Et le mouvement s’est accéléré au cours du xxe siècle.


Sortir de l’impasse

Il semble donc que, pris dans une spirale négative, nous finirons comme les habitants de l’île de Pâques, qui ont littéralement mangé leur île et ont disparu. À moins d’aller au plus profond de nous-mêmes : jusqu’au striatum. Le cerveau est malléable. Les techniques de « pleine conscience » peuvent permettre au cortex de prendre le dessus. Si une personne obèse s’astreint à manger en pleine conscience, elle commencera à perdre du poids : le circuit de récompense du striatum est détourné de la simple absorption de calories.

Seule une partie du propos de Bohler a été ici commentée. Il y a des pages fascinantes sur notre soif d’information et ses conséquences néfastes - « connaître la météo réchauffe la météo »; sur le fait que les cerveaux d’enfants ne supportent plus le calme ; sur l’expérience du marshmallow, si révélatrice ; sur le striatum de mère Teresa, qui donne lieu à des développements passionnants sur les notions d’égoïsme et d’altruisme, même si l’on regrette que l’auteur n’ait pas évoqué l’utilitarisme et Pareto ; sur une expérience « proustienne » de l’auteur, même si celui-ci oublie de mentionner Proust - il est vrai que sa « madeleine » est une odeur infecte d’égout... 

Tout cela procure un plaisir de lecture certain, mais le fond de l’affaire est évidemment très sérieux : avant qu’il ne soit trop tard, il faut arriver à ce que notre conscience soit à la hauteur de notre intelligence. Vaste programme. 


Le Bug humain, de Sébastien Bohler, éditions Robert Laffont, 268 pages, 20 euros.

source : Magazine La Revue (pour l'intelligence du monde)

dimanche 12 janvier 2020

Libérez la force de la tendresse


Marie de Hennezel nous fait part de sa réflexion sur cet élan émotionnel, cette éclosion du cœur que l'aventure de vieillir permet de déployer.


CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS
Et si, en ce début d'année, la tendresse était notre nouveau potentiel ? Une émotion à libérer en chacun au fur et à mesure qu'on avance en âge ? C'est la conviction qui est au cœur du livre Et si vieillir libérait la tendresse, écrit à deux voix par la psychologue clinicienne Marie de Hennezel et le psychiatre et psychanalyste Philippe Gutton. La première apporte son expérience d'accompagnement du vieillissement et les nombreux témoignages sur le vécu intime de couples âgés qu'elle a recueillis dans le cadre de séminaires et de groupes de parole. Le second pose le regard conceptuel de l'universitaire sur cet élan émotionnel que Freud a identifié mais que la psychanalyse a ensuite négligé. À l'arrivée, un même regard sur un potentiel d'amour que l'avancée en âge rendrait possible. Et qui touche à tous les plans de la vie. Marie de Hennezel s'en explique.
Pourquoi avoir choisi ce thème ?
La tendresse est au cœur de toute vie et de tout être et nous porte de la naissance à la mort. Mais cet élan émotionnel, s'il est très présent dès le début de l'existence, notamment quand on est enfant et vulnérable, est ensuite mis de côté. Comme si les règles de la société, la place du pouvoir et des contraintes sur la vie adulte rendaient la tendresse incompatible avec la pulsion d'emprise sur le monde qui souvent nous guide. Même la psychanalyse ne lui laisse aucune place à côté de la sexualité et des pulsions. Une ignorance qui, pour mon coauteur, Philippe Gutton, psychanalyste, a contribué à associer la tendresse à une forme de faiblesse, de mièvrerie. 
Pourtant, vous affirmez qu'en vieillissant, nous pouvons retrouver ce sentiment comme un potentiel...

Oui, lorsque nous passons de l'emprise à la déprise, que nous retrouvons une forme de vulnérabilité par rapport au monde, la tendresse peut se faufiler, reprendre sa place et même devenir une force. Car nous libérons en nous une émotion nouvelle. J'ai rencontré bien des hommes qui avaient occupé des postes de pouvoir et découvraient leur potentiel de tendresse, une fois à la retraite avec leurs petits-enfants. « Devant eux, je fonds », me disait l'un d'entre eux. C'est aussi le moment où changent la sexualité et le désir. Les transformations physiques peuvent nous faire évoluer vers plus de tendresse et de sensualité et ce n'est pas un pis-aller ! Le deuil du corps jeune ouvre la voie vers un autre éros. C'est une capacité ignorée, un élan du cœur et du corps qui vient tout seul, si on lui laisse la place. Il peut nous faire désirer, aimer et vivre autrement. Il ne faut pas avoir honte d'un regard tendre... 
Sommes-nous tous aptes à explorer cette émotion nouvelle ? 
Je continue à le constater, les personnes qui acceptent mal de vieillir, de perdre du pouvoir sur les autres, sur la société, et qui veulent garder le contrôle, se ferment à ce potentiel. On observe alors un repli sur soi, voire une forme d'agressivité et de violence. Pour franchir cette porte, il faut accepter le changement, un certain lâcher-prise. Je ne dis pas que c'est facile. Il faut sans doute passer par une prise de conscience, découvrir une forme d'intériorité.
C'est donc un travail à mener en soi et avec soi ?
C'est un chemin qui se fait progressivement et où l'on apprend à tenir ensemble la force et la tendresse. Le voyage vers l'intériorité est une conséquence d'une évolution psychique vers moins de contrôle, un deuil à faire de certaines postures de nous-mêmes. Il faut accepter de laisser partir l'homme extérieur pour mieux accueillir l'homme intérieur. Vieillir est toujours présenté sous forme de perte, de diminution, jamais en positif. Or, si l'on rapetisse sous la toise, on peut grandir sur un autre plan. Se découvrir, par exemple, plus libres, plus disponibles. Le temps est comme dilaté. Une femme me disait qu'en vieillissant et après avoir lâché des obligations professionnelles et son stress quotidien, elle s'était découverte bien plus gaie ! 
Les femmes sont-elles plus accueillantes à la tendresse ? 
La tendresse n'est pas l'apanage des femmes. Ce n'est pas une question de sexe, plutôt de tempérament. On ne peut pas catégoriser. Je vois de plus en plus de jeunes hommes qui sont dans une vraie tendresse, par exemple avec leur bébé qu'ils câlinent tout autant que leur compagne. C'est aussi le résultat d'une évolution de la société, d'un retour aux valeurs dites douces. 
Que voulez-vous dire ? 
Nous nous sommes construits sur l'illusion du progrès constant, vers une société toujours plus performante et dominante. Mais nous devenons de plus en plus conscients qu'il faut chercher d'autres voies d'innovation moins prédatrices de la nature et de la Terre notamment. On peut faire un parallèle avec l'évolution de l'être qui avance en âge et qui doit s'ouvrir à d'autres valeurs. Même les neurosciences l'attestent aujourd'hui : les valeurs de douceur et d'empathie font du bien à l'homme et à la société. La tendresse est un facteur de longévité heureuse. Ce ne sont pas les rapports de pouvoir qui protègent du vieillissement, mais les interactions positives, le plaisir de la rencontre qui agit sur nos gênes. 
Comment cultiver la tendresse et développer cette émotion bienfaisante ? 
Il n'y a pas à « cultiver » la tendresse, il faut plutôt lui ouvrir la porte pour la laisser venir. Comment ? En étant attentif à tout ce qui réveille cette émotion . La main de mon compagnon, la vulnérabilité d'un bébé, la beauté fragile ouvrent à la tendresse et dilatent le temps. C'est à chacun d'être présent à cette émotion en lui. Ma mère avait reçu un livre de photos familiales pour ses 90 ans et, à la fin de sa vie, le feuilleter tous les jours était devenu son rituel de tendresse.

> Comment la réveiller en soi ?

Le soir au coucher, en vous remémorant votre journée, cherchez à repérer ce qui a éveillé cette émotion en vous. Quand ai-je ressenti de la tendresse aujourd'hui ? En prenant la main de mon compagnon, en posant un regard ému sur un enfant au square, sur une personne âgée dans la rue, en découvrant de jeunes pousses vertes sur mon balcon ? La tendresse touche au désir et à la sensualité et peut naître dans l'intimité des rapports amoureux, mais aussi à tout moment de la vie, d'une parole lue ou même d'une seule belle phrase entendue à la radio ! La rencontre de la beauté à travers l'art, la lecture, la photo peut aussi éveiller en soi un élan de tendresse. C'est un autre rapport à l'existence qui se construit et auquel il importe d'être chaque jour attentif. 

> À lire 

Et si vieillir libérait la tendresse,  de Marie de Hennezel, Philippe Gutton, Old'Up. Connivence douce d'un couple comptant 60 ans de vie commune, jeunes amoureux de 70 ans... En partant de témoignages intimes sur la sensualité et la transformation du désir, le livre explore le lien entre la tendresse libérée et l'accomplissement d'une vie.

*********

vendredi 10 janvier 2020

Entrons en contact avec notre peau


La peau constitue l’organe le plus grand du corps humain : elle représente 16 % de son poids total.  D’un point de vue chimique, la peau comprend en moyenne : - 70% d'eau - 27,5% de protéines - 2% de matières grasses - 0,5% de sels minéraux et oligo-éléments.  Elle est constituée de trois couches de tissus : 
 - L’épiderme, la couche superficielle 
 - Le derme, couche intermédiaire 
 - L’hypoderme, couche profonde 
C'est grâce à la peau que nous avons toutes les informations sur la texture, la température ou encore la consistance. La peau fourmille de terminaisons nerveuses très sensibles. 

La peau est reliée au poumon.

La peau est en relation avec le monde extérieur : elle réagit aux agressions du monde environnant, qu'il soit physique ou psychologique. C'est la peau qui donne les premières indications (avec le nez... !)

La peau est en relation avec le système nerveux : elle est issue du même feuillet embryologique (l'ectoderme). Tous les dermatologues devraient être psychologues et inversement. Quand les relations sont tendues, la peau s'enflamme.

La peau est aussi en liaison avec les organes digestifs, vu sa peau s'altérer après une nourriture trop riche ou après un repas trop copieux. Les laitages semblent exacerber les soucis de peau.

Les grands points en shiatsu
40V (grand point de la peau), 
10RP « mer du Sang »,


17V Shu du Sang.

source : vade-mecum de shiatsu Thérapeutique
de Bernard Bouheret


La peau sépare le monde en deux parties
Côté couleur, côté douleur.
Paul Valéry


jeudi 9 janvier 2020

Emerveillement...


" Le monde ne mourra pas par manque de merveille mais uniquement par manque d'émerveillement."

 Voici des extraits choisis du document de la RTS sur Vincent Munier, photographe animalier :


mercredi 8 janvier 2020

Note de lecture par Gilles Farcet

    Je termine la lecture de ce livre. J'adhère à ce qu'écrit Gilles Farcet. Cet ouvrage nous entraîne sur les pas de Swami Prajnandad et nous décrit la beauté de son chemin qui s'inscrit dans le monde. Suivre sa trace, comme l'a montré Arnaud Desjardins et comme le montre Emmanuel, permet de changer profondément notre marche dans cette existence.


VIVRE, la Guérison Spirituelle selon Swâmi Prajnanpad, 
d'Emmanuel Desjardins
J’avoue avoir entamé le livre d’Emmanuel avec un questionnement : pourquoi un livre « de plus » sur Swâmi Prajnânpad , sa vie et son enseignement , en particulier pour des lecteurs assidus des publications menées à bien par Daniel Roumanoff …

Et dès les premières pages, j’ai été heureux de constater que non seulement le livre captait mon intérêt mais s’annonçait comme précieux, impression qui n’a fait que se confirmer au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture.
Passionné par Swâmi Prajnânpad, ayant , je crois, tout lu (où à peu près) des publications parues sous son nom ou à son sujet grâce à l’inestimable travail de Daniel Roumanoff (lettres, entretien transcrits, biographie, témoignages de Srinivasan, Sumangal Prakash …), je n’ai rien appris en termes d’information sur la vie de Swâmiji ou sur son enseignement à la lecture du livre d’Emmanuel qui puise ses sources dans cette abondante bibliographie.
Pourtant, cette lecture m’a captivé et nourri et je la recommande vivement à toutes celles et tous ceux que cette voie interpelle. Je me propose de dire pourquoi à l’occasion de cette recension :
Le grand intérêt de ce livre, outre son sujet en lui même, tient aux qualités de son auteur :
Tout d’abord, le style d’Emmanuel est clair, fluide, concis, d’une lecture plus agréable et abordable que celle des livres de Roumanoff (ce qui n’enlève rien à leur intérêt et à leur immense apport)
Plus abordable et agréable aussi que celle des entretiens retranscrits de Swâmiji, lesquels, si passionnants qu’ils soient pour les pratiquants de cette approche, restent des transcriptions de dialogues, traduits de l’anglais, avec toutes les lourdeurs, répétitions et défauts intrinsèques à une parole retranscrite telle quelle.
La fluidité de l’écriture reflète le grand talent de pédagogue d’Emmanuel. Comme son père (je pense notamment aux trois volumes des Chemins de la Sagesse ou Arnaud donnait un époustouflant résumé de l’enseignement de Swâmiji recueilli à travers ses entretiens avec lui) Emmanuel a l’art de la synthèse. Si bien qu’il réussit une forme d’exploit : donner au lecteur , sous une forme à la fois abordable et fine, sans aucune simplification dans le mauvais sens du terme, un condensé , d’abord de la vie et de la personne de Swâmiji, puis surtout de tous les aspects fondamentaux de ce qu’on peut appeler son enseignement, citations et références à l’appui. Si j’osais une formule, je dirais que ce livre, c’est le Swâmi Prajnânpad sans peine mais en aucun cas au rabais. L’auteur a pour ainsi dire fait le travail pour nous. Avec une grande rigueur intellectuelle et un sens aigu de ce que j’appellerais l’orchestration des concepts, il nous déroule un exposé magistral mais jamais ennuyeux de la perspective spirituelle propre à Swâmi Prajnânpad. Swâmiji, à mon sens, était un génie dans son domaine, si on considère qu’un génie est quelqu’un qui renouvelle sa discipline, la pousse un cran plus loin tout en s’appuyant sur une tradition. La virtuosité pédagogique d’Emmanuel rend le génie de Swâmiji très accessible. Tout est limpide, articulé et ainsi d’autant plus puissant. De fait, si je devais ne recommander qu’un seul livre à un lecteur désireux de se familiariser avec la perspective de Swâmiji, ce serait celui là.
Par ailleurs, si l’auteur a vraiment su se mettre au service de son sujet et donc s’effacer , il n’en apparait pas moins ici et là de manière très juste et pertinente, au travers d’une image de son cru, d’une clarification d’un point délicat, voire d’un trait d’humour bienvenu.
Car, et c’est aussi ce qui fait la qualité de ce livre, Emmanuel est imprégné de son sujet. Ainsi qu’il le rappelle lui même dans les premières pages, Swâmi Prajnânpad a fait partie de sa vie depuis sa naissance. Il ne l’aborde donc pas seulement avec les qualités et compétences d’un universitaire apte à brillamment restituer un enseignement sur la base de sources bibliographiques et d’une affinité intellectuelle ou philosophique. Ce livre est d’un bout à l’autre porteur et véhicule de ce « quelque chose en plus » qui vient de ce que l’auteur a fait de cet enseignement un sujet non seulement d’étude mais de pratique personnelle. A ce titre, l’ouvrage d’Emmanuel transmet cet élément vivant et sensible que seul peut conférer une résonance intime, une compréhension pour ainsi dire « sur le terrain »
Un mot du titre qui me semble particulièrement approprié :
L’enseignement de Swamiji consiste en effet à vivre : vivre le plus consciemment, le plus pleinement possible. Il ne s’agit pas de chercher à éviter l’existence et ses aléas où à s’en extraire « par le haut » mais à jouer le jeu de la vie en beau joueur, en jour lucide, audacieux et digne. Seule le fait de vivre ainsi guérit. C’est bien là le « message » de Swâmiji , « message » que ce livre parvient à rendre admirablement.
Je redirai donc pour terminer que, si ce livre ne m’a rien « appris » au sens linéaire du terme, il m’a profondément nourri et n’a fait que renforcer mon émerveillement face au génie spirituel de Swâmiji. Je recommande et recommanderai sans réserve sa lecture, avec gratitude envers son auteur pour ce si utile cadeau.

********

mardi 7 janvier 2020

La vigilance est conscience...


La vigilance est un état de conscience, d’ouverture et de disponibilité à ce qui advient. Etre vigilant, c’est regarder défiler les trains de pensées et d’émotions, sans vouloir les retenir ou chercher à les faire disparaître, sans se laisser captiver par un wagon ou un autre, sans courir derrière. C’est demeurer sur place, tranquille, et les laisser passer. Être vigilant, c’est être conscient de tout.

La vigilance peut se définir comme le fait d’être conscient de ce qui se passe, d’être « présent ». Elle doit s’étendre à tous les domaines de l’existence sans exception. Il n’y a d’ailleurs pas de préhension du réel sans vigilance, celle-ci nous permet précisément de prendre conscience de nos mécanismes intérieurs de refus et de revenir au réel. D’ordinaire, ceux-ci se déroulent dans l’ombre ; nos habitudes, le poids du passé, perpétuent à notre insu un conflit avec l’instant tel qu’il est. Nous ne sommes alors même pas conscients de notre coupure avec le réel.

La vigilance de l’homme en chemin et celle de celui qui est parvenu au terme de sa quête ne peuvent pas être la même. La vigilance de l’être réalisé, entièrement spontanée, est simple vision de ce qui est, la vigilance du débutant est aussi vision de ce qui est, mais celle-ci englobe nécessairement les émotions, les associations d’idées, les humeurs diverses auxquelles il est encore soumis.

Véronique Desjardins


Marie Chantale Forest
Anthologie de la vigilance
Editions Accarias l'Originel

************

lundi 6 janvier 2020

Anthologie de la Vigilance


Je mettrai cette année sous le signe de la vigilance.
Il est paru, chez Accarias l'Originel, une anthologie de la vigilance (un chemin vers la lumière) de Marie Chantale Forest dont voici la préface. C'est un recueil de perles qui peut vous fournir un beau collier pour cette nouvelle année... Nous allons être rayonnant de ce présent.



Préface de Eric Edelmann

Il y a de cela bien longtemps, Arnaud Desjardins avait émis le souhait qu’une anthologie de textes concernant la vigilance soit composée. Ce thème étant au cœur de tout chemin de transformation intérieure, il était légitime qu’un ouvrage entier lui soit consacré.

Marie-Chantale Forest a eu la bonne inspiration de répondre à cet appel en recueillant les propos qu’ont pu tenir des maîtres spirituels, des sages, des saints ou tout simplement des auteurs appartenant à toutes les traditions et à toutes les époques. Ce florilège est on ne peut plus bienvenu car il contribue à renforcer la conviction selon laquelle aucune démarche spirituelle digne de ce nom ne peut se dispenser d’un tel travail de vigilance.

Il faut bien le dire, ce terme de vigilance à lui seul est souvent source de grands malentendus et il est même parfois perçu comme une lourde contrainte et une limitation dans notre spontanéité. Il peut être aussi associé à la peur - comme par exemple dans le fait d’être sur ses gardes. Autant d’incompréhensions que ce livre pourra dissiper. Le Bouddha l’a pourtant rappelé de façon laconique et précise : « Ceux qui sont vigilants ont déjà la vie éternelle, et ceux qui ne sont pas vigilants sont déjà morts. » C’est une parole dont on ne mesure pas la portée et qui, néanmoins, résume bien la situation réelle et la seule alternative dans laquelle se trouve chacun d’entre nous.

Le fait de constater cette unanimité chez les êtres spirituels a de quoi nous faire réfléchir et peut certainement nous éclairer sur l’impérative nécessité de cette lucidité accrue - on pourrait dire aussi de cette pleine conscience si cela n’évoquait pas seulement un mouvement actuel à la mode associé à la méditation laïque.

Une histoire empruntée à la tradition zen illustre bien à cet égard l’importance qu’on doit lui accorder :

Un jour, un homme du peuple demanda à maître Ikkyu :

Maître, vous plairait-il d'écrire pour moi quelques maximes de la plus haute sagesse ?

Ikkyu prit immédiatement son pinceau et écrivit le mot « Attention ».

C’est tout ? demanda l’homme. N’ajouteriez-vous pas quelque chose ?

Ikkyu écrivit alors deux fois de suite : « Attention. Attention. »

Irrité, l’homme lui dit :

Je ne vois vraiment pas beaucoup de profondeur ou de subtilité dans ce que vous venez d’écrire.

Alors Ikkyu écrivit le même mot trois fois de suite : « Attention. Attention. Attention. »

L’homme, presque en colère, demanda :

Que signifie ce mot, en fin de compte ?

Et Ikkyu répondit gentiment :

— Attention signifie attention.

Par cette profusion de textes issus de tous les horizons, le lecteur pourra découvrir avec émerveillement que la vigilance n’est pas une fonction de la tête, loin de là!

L’attention véritable n’est aucunement de l’ordre de la tension mais plutôt de l’ouverture aimante d’un cœur éveillé.

Pour tout chercheur sincère qui n’a pas eu encore le privilège et la chance de rencontrer un maître authentique, le livre de Marie-Chantale Forest apporte une lueur d’espoir en montrant sans équivoque dans quelle direction il faut orienter ses pas.


Eric Edelmann

voir aussi : à propos de la vigilance par Arnaud Desjardins