mercredi 2 mai 2012

La transmission selon Arnaud Desjardins par Gilles Farcet (1)


Gilles Farcet a été journaliste, éditeur et producteur à France Culture puis il a rejoint l’équipe d’Hauteville, le lieu fondé par Arnaud Desjardins. Il a publié deux livres de dialogue avec lui : «Confidences Impersonnelles» chez Albin Michel, « Regards Sages sur un Monde Fou» et une biographie à La Table Ronde ainsi que «La Transmission selon Arnaud Desjardins» aux éditions du Relié




Pour achever cette première partie, un morceau de Lee Lozowick (instructeur américain et musicien très proche d’Arnaud, lui-même décédé en 2010) : Yes My Lord

mardi 1 mai 2012

lundi 30 avril 2012

L’art d’habiter le corps avec Alexandre Jollien

La vie m’a donné un nouveau guide. Sur la table de chevet, le Voyageur chérubinique d’Angelus­ Silesius­ me console, m’apaise et me prodigue de grandes joies. Hier, j’ai savouré son poème intitulé le Serviteur de Dieu : « Mon corps ­ (Ô splendeur !) est le serviteur de Dieu, aussi ne l’estime-t-Il pas trop peu de chose pour y habiter. »


Angelus Silesius me ramène les pieds sur terre et me fait comprendre que je hais bien souvent le corps. Pour lui, c’est le temple de l’esprit, pour moi, c’est le lieu de la moquerie, des tentations et d’insatiables besoins. J’ai nié ce corps et je ne sais pas l’apprécier avec tout ce qu’il est, ses désirs, ses pulsions, ses richesses.­ Angelus Silesius me convainc qu’il a sa place, et que je me suis peut-être égaré dans la philosophie si je pensais fuir la sexualité, les pulsions et autres tentations. Et comment d’ailleurs, Angelus Silesius, mon « idole », contemplerait-il telle publicité de parfum où deux femmes à demi nues nous tendent une main accueillante ? Comment vivrait-il dans une société où l’attrait sexuel est nourri à l’envi ?


Quand je suis sorti de l’institut pour personnes handicapées (Alexandre Jollien souffre d’athétose, et a vécu dans un établissement spécialisé, ndlr), je croyais que j’étais le seul à ressentir de l’émoi devant une belle fille, ce qui me plongeait dans une culpabilité sans nom. Aujourd’hui, je découvre que la chose n’est pas si grave, et que les neuf plaisirs du corps ne sont pas forcément un péché. Et le merveilleux dans tout ça, c’est que c’est précisément un mystique qui me ramène à faire l’éloge du corps, celui que je suis loin d’habiter. Un corps de chair et d’os, non pas un corps ­idéalisé, parfait, inhumain…


Sans entrer dans les détails de mon intimité, mon cher ami m’invite à tracer une voie pour une vie saine, pour un usage des plaisirs doux et paisibles. Lorsque l’exigence est trop haute, quand la moindre pensée réveille un jugement impitoyable, l’invitation à se défaire de la culpabilité revient à accueillir avec bienveillance tout ce qui paraît hors de mon pouvoir. Car, le corps et ses désirs sont peut-être le lieu privilégié de ce que les Grecs appelaient akrasia. 
Nous n’avons pas de toute-puissance sur nous-mêmes, nous ne sommes pas toujours les maîtres à bord. J’aspire à la paix intérieure, et un panneau publicitaire montrant une jeune femme dénudée arrache littéralement mon esprit et, d’emblée, je me reproche cette minuscule incartade. Pourquoi ne pas rire de ces petits mouvements de la vie ? Pourquoi ne pas s’amuser de ces rappels qui démontrent que ma volonté n’est pas totalement souveraine. Il n’y a, assurément, pas mort d’homme, bien au contraire. Et me voilà convié à mieux habiter ce corps devant lequel je suis si ingrat. Pour m’y aider, rien de tel que des amis dans le bien. Non des contempteurs du corps pudibonds qui dépisteraient partout le scandale et, loin de m’apaiser, me jetteraient encore plus dans l’agitation. Non des hédonistes radicaux qui ne voient qu’à court terme et négligent le caractère sacré d’une relation intime, mais juste des amis en chair et en os pour me regarder droit dans les yeux quand je me trouble, pour me ­soutenir au besoin, pour être là.


Mais je devine aussi qu’il me faut varier les plaisirs car, ce n’est pas la frustration qui mène à la liberté mais la joie qui conduit au détachement. Et je reviens à mon Silesius, plein de reconnaissance. Le corps m’enlève cette volonté de toute-puissance, il me donne aussi 1 000 plaisirs simples que je ne sais pas goûter à fond.

Source : La Vie

dimanche 29 avril 2012

Les anges avec Annick de Souzenelle (3)

"Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! dit Jésus ! "L'Evangile est semé de cette injonction divine que déjà Israël faisait sienne : Ecoute Israël. . ." Quelle est donc l'oreille qui peut entendre ? Quel oeil, capable de voir ? Et quel est le coeur suffisamment ouvert pour comprendre ? Il semble que nos sens épris, du réel immédiat, épris du connu, ferment leurs capacités détectrices de l'essentiel !"




Dernière partie (15 min.)

samedi 28 avril 2012

Les anges avec Annick de Souzenelle (2)

Au long de décennies passées à interroger le texte biblique et les mystères de sa langue, Annick de Souzenelle a construit une lecture originale et vivante de la tradition hébraïque. Tout se fonde, dans le travail d'Annick de Souzenelle, sur une lecture pas à pas du texte hébraïque de la Genèse, à travers ses non-dits, ses allusions que seul peut comprendre celui ou celle qui a répudié les promesses illusoires de la traduction : les deux tomes volumineux d'Alliance de feu, réédités récemment, sont le fruit de ce patient cheminement. Partant d'une intuition profonde de la spiritualité chrétienne originelle, Annick de Souzenelle dégage ce patrimoine universel de sa gangue moralisatrice pour en restituer la vitalité enthousiasmante. Mettant à portée de tout un chacun la richesse infinie du texte sacré, elle nous donne ainsi à contempler l'amour divin derrière ces mots qu'un « exil existentiel » nous fait parfois lire comme terribles...


Partie 2 (18 min.)

vendredi 27 avril 2012

Les anges avec Annick de Souzenelle (1)

Annick de Souzenelle, infirmière anesthésiste pendant 15 ans, a suivit une formation Jungienne de psychothérapeute, fait des études de théologie chrétienne orthodoxe et d'Hébreu biblique. Elle est aujourd’hui écrivain et conférencière. L'émission se base sur le livre "Cheminer avec l'Ange", écrit en collaboration avec Pierre-Yves Albrech, publié aux éditions du relier 2011.




Partie 1 (20 min.)

mercredi 25 avril 2012

Jean-Marie Pelt et sa compréhension de la nature (2)

Coopération, loi du plus fort, beauté de la création, spiritualité... Jean-Marie Pelt nous raconte sa façon de voir notre monde...

mardi 24 avril 2012

Jean-Marie Pelt et la nature (1)

Un bilan écologique et une entrée dans la nature dressés par Jean-Marie Pelt...

lundi 23 avril 2012

Enluminons le présent avec Jean-Luc Leguay

Je débute la semaine en couleurs qui actuellement enluminent la nature.


Enivré par l'explosion des couleurs de la nature, le contraste est douloureux lorsque je suis de retour en ville. Mon oeil est agressé partout, en permanence. Ce déploiement de couleurs dans les journaux, les publicités criardes dans les rues me font violence. 


Après avoir connu les formes et les couleurs vraies, arriver à vivre dans le monde qui nous entoure est le combat d'un preux chevalier. J'ai envie de fermer les yeux devant ce chaos général de la couleur fausse et gratuite. Cela nous freine en profondeur, cet étalage tapageur est une barrière de plus à franchir pour arriver à la réalisation de nous-même. 


Il y a un effort supplémentaire à fournir, inconscient mais épuisant, pour trouver une harmonie intrinsèque au milieu de tout ça. Nous sommes souvent malheureux sans nous rendre compte que nous sommes sous influence. Combien d'entre nous partent un week-end dans la nature en disant "Je pars pour me retrouver " ? 
Nous allons aussi, et surtout, retrouver les formes et les couleurs vraies.


Jean-Luc Leguay, "Le maître de lumière", Ed. Dervy Poche, p. 122



dimanche 22 avril 2012

Le maître de Lumière de Jean-Luc Leguay

C'est le récit d'un chemin initiatique haut en couleur que je vous recommande à la lecture. Phytospiritualité avait déjà présenté cet homme. Il est bon de le rencontrer de nouveau...



Comme le danseur s'exerce à la barre sans relâche avant de voir ses efforts couronnés de succès, mon corps peu à peu se transforme. « Ce travail d'entraînement et d'enchaînement est capital si tu veux, un jour, prétendre représenter sur l'enluminure un vêtement de Dieu et non une forme de ton propre chaos », insiste mon Maître. Je comprends, grâce aux énergies que l'initiation a réveillées en moi, que briser une caillasse peut devenir un geste rituel qui agit sur moi en même temps que sur la matière. Avant et après ces trois jours, je ne travaille plus de la même façon. Je ne change pas seulement d'attitude, je change dans l'être. Au moment de moudre un caillou qui donnera du rose, j'entre dans la contemplation de la couleur. Et plus la poudre rose devient fine, plus elle libère son message et me guide dans mes méandres intérieurs : dans une sorte de vision, je sais alors dans quel contexte cette couleur va s'inscrire et je connais la signification profonde qu'elle donnera à l'enluminure. Une couleur enfermée dans un pot n'est rien, elle ne prend son sens et n'ouvre la voie qu'en illuminant une forme. 


Je comprends peu à peu l'enseignement souterrain, la vertu qui résident dans les gestes les plus humbles : lorsqu'un geste est juste, il n'y a pas à réfléchir, à l'interpréter, il se transcende en soi... Il peut avoir la beauté des gestes d'un officiant. Car il dénote le comportement confiant d'un homme uni à tout. Dès lors, casser une pierre a la même importance que dresser délicatement une auréole bleue autour du visage et des yeux baissés de la Vierge. "Comme tu as trié la terre pour en isoler la matière lourde et en faire jaillir la lumière, traverse ta propre matière, purifie-la en séparant le vil du subtil. Soumets la matière tour que le mystère et le réel ne fassent plus qu'un ", m'enseigne mon Maître. 


Je quitte mes sens ordinaires — les mélanges sont pestilentiels, la pierre est dure —, je me dirige vers mes sens spirituels, je vois au-delà de la forme, de la couleur, du toucher. Geste après geste, je cours d'éveil en éveil, je me libère, à mon rythme, de ce qui me bloque. Mes empêchements se dénouent. Même le bruit de mon marteau sur la pierre se transforme, au fil des mois, en incantation. Je pressens que là va être la clé de ma transformation. Un jour, une faille libératrice s'ouvre, l'esprit change de niveau et la pierre travaillée avec patience livre son trésor caché : ma propre pierre intérieure, réduite en poussière, se transforme, à son tour, en lumière bleue, jaune, rouge... 


L'enseignement ne pouvait être qu'oral et expérimental : ce que j'apprends doit être vécu, assimilé, jamais oublié. Tout est déjà imprimé en moi. Je suis un livre vivant qui, depuis l'origine, porte le secret de toutes mes transformations futures. 


Je réalise, avec des mois de recul, que, lors de l'initiation, le Maître m'a fait travailler sur les quatre éléments, terre, air, eau et feu. Ce sont les éléments constitutifs de la vie terrestre. Or, ces éléments nous fixent, nous suspendent, nous, la création, dans un état transitoire. Un enlumineur doit s'affranchir de cet état transitoire pour rejoindre un état d'éternité. « Tu dois prendre conscience de la quintessence qui se dissimule derrière chaque élément, chaque instant"...

Jean-Luc Leguay, "Le maître de lumière", Ed. Dervy Poche, p. 92-93

samedi 21 avril 2012

Longévité et bien vieillir...

Deux sujets qui nous portent : résilience et conation... si possible sans répression de la colère.

vendredi 20 avril 2012

Karlfried Graf Dürckheim et Jacques Castermane (3)

Dernière partie  ( 18 min.)

source : Les racines du Ciel (France Culture)

Nouvelles Clés. : Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris sa mort ?

Jacques Castermane : Des amis allemands m’ont téléphoné en fin de soirée le 28 décembre. Ce n’ était pas inattendu, au contraire. Je savais pour l’avoir revu quelques semaines plus tôt que cela pouvait arriver à chaque instant. Il n’empêche que ce qui m’a envahit, doucement, c’est une profonde tristesse. La tristesse de la séparation définitive de l’être proche. Mais en même temps je peux dire que j’ai reçu cette nouvelle très calmement parce que dans l’ordre des choses, c’est-à-dire qu’un travail sur le Chemin vous invite à intégrer ce qu’on appelle la vie et ce qu’on appelle la mort. Nous avions bien souvent envisagé le thème de la mort.

N. C. : Que vous disait-il de la mort ?

J. C. : Là encore me reviennent en mémoire quantité de souvenirs. Le 29 décembre, Christina et moi avons pris la route à quatre heures du matin pour le revoir une dernière fois. Graf Dürckheim reposait dans son bureau, là où je l’avais rencontré si souvent. Dès l’instant où je pénétrais dans cette petite pièce de quatre mètres sur quatre, je me sentais touché par une ambiance pénétrante et enveloppante : un silence.

Et dans cette dernière rencontre s’imposait le souvenir de ce qu’il disait du silence : "il y a le silence de la mort, où plus rien ne bouge ; et il y a le silence de la vie où plus rien n’arrête le mouvement de la transformation". Ce silence impressionnant était celui de la vie. Ou, comme il aimait à le dire, le silence de la grande Vie ?

Dans le cadre d’une leçon, Graf Dürckheim me pose une question inattendue : "Jacques, pensez-vous à la mort chaque jour ?" Il ne me faut pas réfléchir longtemps pour répondre que non. "Quel âge avez-vous ?" J’avais quarante-deux ans. "Si à quarante-deux ans on ne pense pas à la mort chaque jour c’est l’expression d’un manque de maturité !"