jeudi 15 août 2024

Deux réalités (1)

 

Tout être humain est tendu entre deux réalités

« L'homme est tendu entre deux réalités : sa réalité existentielle au cours de laquelle il se sent menacé — la durée de son existence dans le monde — par le chaos des événements extérieurs ET sa réalité essentielle, qui n'est autre que sa vraie nature, ce que j'appelle son être essentiel. » (K.G. Dürckheim)

"L'homme se sent menacé — la durée de son existence — dans le monde" ! Cela a toujours été et l'est encore aujourd'hui.

Aujourd'hui comme hier la menace relève de la puissance de la Nature. Ici un tremblement de terre ; là un tsunami. Ici une sécheresse ; là une inondation. Aujourd'hui plus qu'hier des dangers relèvent de la prétention de l'être humain. Exemple : identifié à son ego la vanité de l'homme est telle qu'il pense vivre – dans – la nature et qu'il peut donc dominer, contraindre, ce quelque chose à quoi il fait face. En réalité, comme tous les êtres vivants, l'homme vit – de – la Nature.

La vraie nature de l'être humain, sa réalité essentielle, est de la même Nature que la Nature.

La Nature est notre propre essence, notre réalité essentielle. Pour se libérer de cette menace le devoir de l'homme est de se mettre au service des lois de la Nature. Je crains que l'obsession de l'intelligence artificielle l'en dispense plus encore.

Lorsque, au début de mon séjour à Rütte (1967), j'ai dit à Graf Dürckheim que je n'arrivais pas à comprendre la relation entre ce qu'il désigne comme étant notre être essentiel et ce qu'il appelle le moi existentiel, il a souri et m'a dit "Je vous comprends ! Parce qu'on ne peut pas comprendre cette relation. Mais vous pourriez commencer par lire un récit qui me donne l'impression d'être une véritable clé de compréhension de la souffrance qui est propre à l'être humain. Cette allégorie attire notre attention sur la relation de la vague avec l'Océan".

Quel est ce récit ?

Le lendemain, sous la porte de ma chambre, s'était glissée cette métaphore qui répond à la question : « Qui suis-je ? »


LA VAGUE ET L'OCEAN.

« La vague n'est pas un objet différent de l'Océan, quelque chose qu'il serait possible de séparer de l'Océan. Le sentiment qui anime la vague tout au long de son parcours en surface, dans ce qu'on appelle le monde, est le sentiment de sécurité.

La sécurité ! Comment se fait-il ? Parce que la vague se sent UNE avec l'Océan.

Si la vague se différencie de l'Océan en pensant il y a moi et en dessous de moi il y a quelque chose, l'Océan, son parcours en surface est animé par l'angoisse et les états qui l'accompagnent. »

Cette allégorie reprend ce qui est commun à la plupart des voies de sagesse qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient.

Tout enseignant du Yoga, du Tai-Chi-Chuan, du tir à l'arc (Kyudo), de l'art du thé (Chado), de l'art du combat au sabre (Kendo), de l'art de la calligraphie (Shodo) devrait lire et relire ce qui est la clé de compréhension du fondement des ces pratiques à la fois différentes et identiques.

L'affirmation qui est commune à tous ces enseignements est que profondément, dans son essence, l'homme est réellement libre, calme, confiant. Comme la vague je peux envisager un parcours dans le monde dans la ... sécurité.

L'Océan est la matrice de chaque vague. De l'Océan s'extrait chaque vague. Chaque vague n'est autre que l'Océan. Il serait prétentieux de dire "Je suis l'Océan...!" Mais j'ai le droit de dire que "Jesuis un paquet d'Océan!"

Dans les années 1930, Graf Dürckheim pratique l'exercice appelé zazen et le tir à l'arc (Kyudo) depuis quelques mois. À D.T. Suzuki, qui lui a conseillé de ne pas aborder le Zen à travers son entendement de philosophe mais en entrant dans la pratique d'un exercice, il dit "Si je comprends bien, le Zen ouvre sur l'expérience d'être comme un poisson dans l'eau ?"

Réponse immédiate de Suzuki :"Non. Le Zen ouvre sur l'expérience d'être comme l'eau ... dans l'eau".

La Voie tracée par Graf Dürckheim, le Zen dans ce que cette tradition recèle d'universellement humain, me libère de l'illusion que la Vie est – dans - le vivant, me libère de l'illusion que l'Être est – dans - l'étant.

Le vivant, le corps vivant que je suis (Leib, IchLeib) "EST" la vie qui d'instant en instant prend forme existentielle.

Le corps n'est pas le contenant d'un contenu ... la Vie. De même que la vague n'est pas le contenant d'un contenu ... l'Océan.

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Jacques Castermane

A suivre.

mercredi 14 août 2024

La présence attentive (2)

 Est-ce le plus important dans l’existence, le bonheur ?

J’aime bien l’expression « présence attentive », qui combine deux mots extraordinaires : présence et attention. Dans cette présence attentive, plus rien n’est vraiment important, comme si tous nos besoins étaient comblés d’un coup. D’ailleurs, j’ai soigné des gens épuisés au travail qui faisaient des burn-out ou remettaient en question toute leur vie parce qu’elle avait perdu du sens à leurs yeux. Ils n’étaient plus dans le présent. Ils étaient dans la peur de l’avenir, les regrets du passé, les remords de ne pas avoir fait les bons choix, pris les bonnes décisions, dans la culpabilité. Et ils évoquaient des besoins qui n’avaient pas été comblés chez eux : être reconnu, être quelqu’un aux yeux d’un autre. Ils prenaient alors conscience qu’en s’initiant à la présence attentive, leurs besoins s’apaisaient parce qu’ils étaient tous comblés d’un seul coup. Dans cet état, les peurs disparaissent, les besoins sont comblés.

Le succès n’est pas synonyme de bonheur


Et les grandes capacités de l’être humain apparaissent : aimer, s’émerveiller, transmettre, toutes ces grandes capacités bloquées par la peur de ne pas être quelqu’un, de ne pas être à la hauteur, de ne pas être aimé. Comprendre ce que signifie être dans la présence attentive, c’est à la fois facile et difficile. Difficile, parce que dans la peine, il y a toujours la peur de ne pas être quelqu’un ; facile, parce qu’avec un petit garçon de deux ans et demi qui me prend la main et dit : « Viens jouer avec moi à l’astronaute », je n’ai qu’à être présent, à dire : « D’accord ». Pendant les prochaines minutes, toute mon attention va être avec lui. Je vais écouter ses rêves, son imagination. Je vais entrer dans cet espace où nous sommes tous les deux complètement ensemble. Des gens me disent : « Vous avez connu le succès. Vos livres se vendent bien. Ça doit être merveilleux. » Je réponds toujours : « Le succès n’est pas synonyme de bonheur. » Le bonheur et la véritable réussite sont dans la présence attentive, pas dans le succès qui est éphémère, passager. Dans la présence, on est vraiment dans un moment d'éternité.

Par quel moyen y parvenir ? Qu’est-ce qui vous paraît le plus important ?

C’est un entraînement. L’attention ne peut pas être à deux endroits en même temps. Si elle est accaparée par la peur - de ne pas avoir assez, de perdre -, par toutes sortes d’attachements, elle ne peut plus être dans la présence attentive. Alors, il faut s’entraîner. C'est possible à chaque instant de la vie. Je reviens à mon petit-fils parce que c’est ce que je vis actuellement. S’il me prend la main et que je pense à ce qui pourrait m’arriver demain si je ne pars pas pour Montréal, eh bien, je ne suis plus avec lui. Alors, je peux m’entraîner, découvrir où est mon attention : complètement dans le présent avec lui, ou dans le passé, avec des regrets, des remords, la culpabilité et toutes sortes d’émotions : ou encore dans le futur, en train de créer des scénarios catastrophes. Si je découvre où est mon attention, j'ai cette capacité extraordinaire de la ramener dans le présent : cela s’appelle la vigilance. En s’entraînant constamment, et durant toute la vie, on devient capable de ramener notre attention ici. Et alors tout s’apaise. Il y a même des relations qui se créent qu’on n’avait pas soupçonnées. Ce matin, quand j’ai retrouvé mon petit-fils et qu’il m’a dit : « Tu as un gros chagrin », c’était fascinant, car spontanément il me consolait, et il n’a pas trois ans. Nous étions dans une présence attentive de l’un à l’autre, qui faisait qu’à ce moment-là, tout était paisible et bon. Ensuite, on peut planifier le voyage à Montréal. C’est donc un entraînement : je peux constamment découvrir où est mon attention. Est-elle ici ? ou dans le passé ? ou dans le futur ? Une expression que j’aime beaucoup, très simple, mais très puissante, m’aide énormément : « Serge, reviens ici, reviens ici. Quand je prononce ces mots-là, cela ramène mon attention dans le présent. Dans les grands yeux de mon petit-fils, dans ses sourires, ses questions, je sais que je suis vraiment dans le bonheur, et que demain ou après-demain, je pourrai aller embrasser mon papa et être dans le présent avec lui, même s’il ne s’en rend pas compte. Et s’il n’est plus là, alors il s’agira d'être avec ma mère, mes sœurs, mes frères. 

Serge Marquis (extrait du magazine reflet)

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mardi 13 août 2024

La présence attentive (1)

 


Alors qu’il arrivait en France pour être auprès de sa fille sur le point d’accoucher, il venait juste d’apprendre que son père, vivant à Québec, était mourant. Nous le joignons à ce moment-là. Nous lui proposons de remettre l’interview. Il refuse. « Même si j’ai un peu de tremblements dans la voix parce que je suis sous le choc de cette annonce, je vais faire l’entrevue avec vous maintenant avec plaisir. » Cette circonstance douloureuse qu’il surmonte résume la qualité de ce médecin québécois. La présence attentive, c’est du vécu en direct.

Qu’est-ce que le bonheur ?

Bien des philosophes se sont posé cette question. J’y réponds simplement : c’est d’arriver le plus possible à avoir toute son attention dans le moment présent. En voici un exemple. Je suis aujourd’hui dans une situation incroyable. Je suis à Toulouse avec ma fille qui doit donner naissance à son bébé et j’apprends que mon papa à Québec va mourir dans les prochaines heures. Où est le bonheur dans tout cela ? Il est dans la présence totale et absolue que je peux avoir avec ma fille et aussi avec son petit garçon qui a presque trois ans. J’ai passé un moment absolument magique avec ce petit bout de chou. J’étais dans un bien-être profond d’être en sa présence, de jouer avec lui à l’astronaute, parce que toute mon attention était avec lui. Ses parents lui avaient dit que j’avais un grand chagrin. Alors, ce bout de chou de deux ans et demi a pris mon visage dans ses mains et m’a dit : « Je te fais des caresses pour ton chagrin. » Ce sont des petits moments tout simples. On cherche le bonheur ailleurs, alors qu’il est disponible à chaque instant. Le bonheur pour moi est dans l’apaisement de paquets de peurs inutiles, pour être complètement ouvert, disponible à ce qu’offre la vie dans des moments aussi difficiles que celui que je traverse présentement. Cette présence apaise la peur. Mon petit-fils, qui s’appelle Jules, avait inventé une station spatiale. Nous étions tous les deux dans l’espace. J’étais dans un grand moment de bonheur parce que la peur que mon papa parte sans que j’aie pu le revoir, l’embrasser s’est apaisée. Ce n’est pas de la négation, c’est être réaliste. J’allais pouvoir partir, aller au Québec. Il ne sera peut-être plus là quand j’arriverai peu importe. J’aurai profité de chaque instant de bonheur. Je n’avais qu'a ouvrir ma conscience, ma présence pour pouvoir les accueillir. Être vivant dans l’instant présent.

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Serge Marquis (extrait du magazine Reflets - mars 2019)

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lundi 12 août 2024

Histoire Zen


Taiyô Kyôgen (943-1027) et son maître allèrent présenter leurs condoléances à la famille d’un ami décédé.

Taiyô Kyôgen demanda à son maître : « Est-il vivant ou mort ? »

Le maître répondit : « On ne peut pas dire qu’il est vivant, on ne peut pas dire qu’il est mort. »

Taiyô Kyôgen demanda alors : « Pourquoi ne peut-on pas dire cela ? »

Le maître lui dit : « Si on ne peut pas le dire, on ne peut pas le dire. »

Taiyô Kyôgen se mit en colère : « Vous feriez mieux de me le dire ou je vous frappe ! »

Le maître répliqua : « Si tu dois me frapper, frappe-moi. Je ne le dirai toujours pas. »

Taiyô Kyôgen demanda alors : « Quel genre de maître êtes-vous ? Vous savez et pourtant vous ne voulez pas le dire à votre disciple. »

Taiyô Kyôgen frappa le maître et s’en alla. Quelque temps plus tard, son maître mourut. Taiyô Kyôgen trouva un autre maître nommé Ryôzan Enkan et lui posa la même question.

Ryôzan Enkan répondit : « On ne peut pas dire qu’il est vivant, on ne peut pas dire qu’il est mort. »

En entendant ces mots, Taiyô Kyôgen accéda à l’éveil.

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dimanche 11 août 2024

Pensées psychomagiques...

  • La vérité n'est pas la réalité. La vérité n'est que la saisie d'un des multiples aspects de la réalité.
  • Le désir de donner fait fleurir. Le désir de posséder fait flétrir.
  • Hors de notre opinion, les choses en elles-mêmes ne sont ni pures ni impures. La boue fertile est aussi pure ou impure que l'or.
  • Maître Ejo Takata m'a dit : « Vous êtes la cause de ce qui vous oppose. Il n'y a aucune opposition en dehors de toi. ”
  • Conseils pour la vie sociale : À l'intérieur le lumineux, dehors le neutre ; à l'intérieur la force, dehors la délicatesse ; à l'intérieur la noblesse, dehors la conduite commune. Ne t'exhibe pas !
  • Déclarations d'amour : Que signifie l'éternel sans ton regard éphémère ? Tel que tu es sans moins ni plus. Donnez-moi vos imperfections, je m'en contenterai.
  • Bonne éducation : Nous pouvons tous être nécessaires, peut-être jamais indispensables.
  • On lui fait du mal en forçant l'autre à recevoir quelque chose qu'il ne demande pas.

Alejandro Jodorowsky

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samedi 10 août 2024

Commémoration

 PRIERE DE L'AMI DÉFUNT 

Il y a exactement 13 ans aujourd'hui 10 août, mon ami spirituel (mon maître)-  qui dans sa forme cette fois ci s'appelait Arnaud Desjardins prenait congé de la forme en question. 

Il y a 42 ans (début août 82) un jeune homme de 23 ans portant mes noms et prénoms écrivait sa toute première lettre à cet homme qu'il n'avait encore jamais physiquement rencontré mais à travers lequel il avait entendu l'appel de la profondeur s'adressant à la profondeur. 

Cette première lettre que j'ai sous les yeux, soulignée de sa main, marque le début d'une relation en vérité intemporelle et qui se poursuit plus que jamais aujourd'hui, 13 ans après le "départ" d'Arnaud , commémoré en ce jour dans l'ashram qu'il a fondé. 

Cette année, je ne me trouve pas physiquement à cette commémoration, physiquement près de cette sépulture où je me suis rendu il y a moins d'un mois. 

Alors je partage ce texte. 

Il n'a pas été écrit spécifiquement pour "Arnaud Desjardins" mais s'applique bien entendu à lui. 

Au départ il m'est venu après avoir participé à une autre commémoration en juin, celle du départ d'un autre grand ami spirituel, Yvan Amar. 


PRIERE DE L'AMI DÉFUNT

Je ne demeure plus dans le temps

Pas plus que dans l’espace 

La sépulture où ont été mis en terre les restes du corps qui  me fut prêté, précieux serviteur de mon âme en chemin, cette sépulture existe. 

Mais vous ne m’y trouverez pas. 

Elle a été édifiée pour vous, vous qui demeurez encore au sein du temps et de l’espace. Vous êtes très bienvenus à vous y recueillir , à vous y rassembler parfois. 

Pas en mon nom mais au nom de ce Plus Grand auquel mon existence vint à être consacrée. 

Vous y trouverez un rappel de ce qui nous fit et nous fait être en relation. 

Puissiez vous y nourrir,  y raviver ce qui vous unit. 

Puissiez vous y recevoir l’invitation à ne jamais laisser les petitesses vous diviser. 

Auprès de cette sépulture, vous  trouverez le lien tissé entre vous tous à partir de ce dont je fus le serviteur 

Mais vous ne m’y trouverez pas. 

Je n’existe plus en tant que forme, sinon dans votre souvenir, je n’existe plus dans la trame de l’espace et du temps 

Et pourtant la forme dont vous vous souvenez,  dont vous pouvez voir l’image a différentes étapes de son vieillissement,  entendre encore la voix captée à divers stades  de sa maturation , cette forme évanouie demeure une porte d’entrée ;  comme un seuil du souvenir si pour vous elle en vint à être celle de l’Ami. 

Puisse donc les traces préservées de cette forme passante oeuvrer en vous comme un appel à franchir le seuil qui ouvre vers vous même  

Souvenez vous  de cette forme pour ce qu’il lui fut  donné de servir. 

Cependant, prenez garde de ne pas vénérer la forme elle même ;  défiez vous de de toute nostalgie, de tout romantisme, de tout attachement à ce qui un temps  fut mais n’est plus et ne sera jamais plus. 

Le Plus Grand vous préserve d’assimiler la forme à ce dont elle fut un fragile véhicule. 

 Gardez vous de l’idolâtrie qui est toujours blasphème . 

Aussi, n’érigez aucun piédestal à ma personne. 

Nul n’est supérieur, nul n’est inférieur, chacun est différent. 

N’effacez pas la mémoire, mais cultivez là uniquement en tant que force active au service du présent. 

Puisez en elle, apprenez d’elle pour aujourd’hui, donc pour demain, jamais pour hier. 

Je ne demeure plus dans la trame de l’espace et du temps. 

Je n’existe désormais qu’en tant que cette force non née non devenue dont je fus dans ma forme passante le si fragile serviteur 

Alors amis,  je vous en prie, cherchez moi et trouvez moi instant après instant dans le souvenir de votre essence  , dans le rappel à vous mêmes,  dans la conscience de votre dignité intrinsèque . 

Cherchez moi et trouvez moi en cette intimité libre de tout regard extérieur , de toute attente,  de toute revendication, de tout rejet et de toute appropriation . 

Cherchez moi et trouvez moi en la vie qui vous anime,  en cette énergie dont vous êtes parcelle , en cet océan dont vous êtes une vague …

Puisse le souvenir de la forme en laquelle je vins à vous servir vous inciter et vous conduire à respecter toutes les formes,  à célébrer l’un dans la danse du multiple , l’infini dans le mystère du fini 

« Ce que tu aimes vraiment demeure 

Ce que tu aimes vraiment est ton véritable héritage 

Ce que tu aimes vraiment ne te sera pas arraché 

Rabaisse ta prétention » 

écrivit un poète (Ezra Pound)

Le Plus Grand veuille que mon éphémère passage ait été et soit  pour vous une fenêtre ouverte sur l’amour qui demeure.

Gilles Farcet

...

La voix de Swami Prajnanpad

Gilles  Farcet :

La parole de Swami Prajnanpad est la source et l'inspiration de bien des partages ici présentés. 

Et voilà que grâce au travail de Colette Roumanoff, chacun peut désormais entendre la voix de Swamiji, et pas seulement quelques secondes mais d'un bout à l'autre de plusieurs entretiens donnés à des élèves français. Pour celles et ceux qui se sont depuis longtemps nourris des formules de Swamiji,de sa perspective à la fois radicale et si humaine, quelle merveille ! La voix, c'est si ... parlant ! Imaginez entendre la voix du Christ ...Ou dans un autre registre, celle de Rimbaud lisant "le bateau ivre" ou de Whitman déclamant "Song of Myself' ... 

 D'autant plus remarquable, les enregistrements ici partagés s'accompagnent d'une transcription simultanée en anglais ET en français ! Je partage ici le lien vers un entretien avec Pierre Wack, mais le site en propose un certain nombre avec différents élèves. 

Alors, merci merci Colette et celles et ceux qui l'ont aidé !

Voici le lien pour écouter cette voix unique

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vendredi 9 août 2024

Vie quotidienne


"Mais si Ramana Maharshi m'a activement découragé d'avoir des relations sociales, il m'a également découragé de m'asseoir tranquillement et de méditer pendant les années où j'ai travaillé à l'ashram.
Pendant cette période de ma vie, si Bhagavan me voyait assis les yeux fermés, il m'appelait et me donnait du travail à faire.
À l'une de ces occasions, il m'a dit : " Ne t'assieds pas et ne médite pas,
"Ne t'assieds pas pour méditer. Il suffit que tu n'oublies pas que tu es le Soi. Garde cela à l'esprit tout le temps pendant que tu travailles. Cette sadhana vous suffira.
La véritable sadhana ne consiste pas à oublier le Soi. Ce n'est pas s'asseoir tranquillement les yeux fermés. Vous êtes toujours le Soi. Il suffit de ne pas l'oublier.
La méthode de Bhagavan ne crée pas de guerre entre le corps et l'esprit. Il n'oblige pas les gens à s'asseoir et à combattre l'esprit les yeux fermés.
Habituellement, lorsque vous vous asseyez en méditation, vous luttez pour atteindre quelque chose, vous vous battez pour obtenir le contrôle de l'esprit.
Bhagavan ne nous a pas conseillé de nous engager dans ce genre de combat. Il nous a dit qu'il n'était pas nécessaire de s'engager dans une guerre contre le mental parce que le mental n'a pas d'existence réelle et fondamentale.
Ce mental, disait-il, n'est rien d'autre qu'une ombre.
Il m'a conseillé d'être continuellement conscient du Soi pendant que je faisais les choses ordinaires de la vie quotidienne, et dans mon cas, c'était suffisant."
Annamalai swami
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jeudi 8 août 2024

Discipline

 DISCIPLINE

se maintenir
ou s’effondrer
se rassembler
ou s’effriter
se concentrer
ou se dissoudre
veiller
ou s’endormir
la discipline
n’est pas punition
pourvu qu’elle sache se faire
discrète en sa bienveillance
saupoudrée par pincées
légères mais récurrentes
dans la marmite du quotidien

Gilles Farcet

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mercredi 7 août 2024

Richesse...

 


Q : Je veux être riche mais mon vœu n'est jamais exaucé.

Ma Anandamayi : Vous recevez exactement ce qui vous est dû, rien de moins et rien de plus.

Ce qui gêne sur le chemin spirituel porte en soi les graines de souffrances futures. Pourtant, le chagrin et l'angoisse résultant de ces entraves sont le début d'un éveil à la conscience. S'il y a quelque chose à obtenir – quoi que ce soit, de quelque manière que ce soit – cela doit être obtenu de Lui seul. 

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mardi 6 août 2024

Cout économique

 


Herman Daly, professeur à l'université du Maryland, estime qu'aujourd'hui déjà les coûts environnementaux liés à la croissance économique dépassent les profits qu'elle engendre : passé un certain seuil, la croissance économique, qui oublie de comptabiliser comme des coûts les dégâts qu'elle occasionne, nous appauvrit au lieu de nous enrichir.

Matthieu Ricard (pensée de la semaine)

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lundi 5 août 2024

Devoir de vacances

 Quand j’étais enfant, mes parents ne manquaient jamais en début d’été de glisser dans les bagages un cahier pour les leçons quotidiennes (lecture, calcul, exercices de grammaire et de conjugaison), histoire de ne pas tout oublier sous le soleil des vacances. Ce rendez-vous, un peu fastidieux mais nécessaire, n’était pas si contraignant pour ma petite sœur et moi qui aimions l’école : avec leurs pages colorées sagement remplies à la grande table tandis que Mamie écossait les haricots ou pelait les pommes de terre, les devoirs de vacances constituaient un rituel de l’été au même titre que la sieste sous le tilleul, les parties de nain jaune, la chasse au dahu et la cueillette des mûres.

Du temps pour rien


J’ai grandi ; mes étés ont changé, et mes devoirs aussi. Mais à l’heure des valises, entre les croquettes du chat et la crème solaire, je ne manquerai pas de faire une petite place pour un bagage léger, invisible et bien particulier : oublieuse assumée des règles du pluriel, je l’appelle mon « devoir de vacance ». Parce que le mot « vacance » vient du latin vacuum qui désigne le vide, il est bon de vivre parfois sans projet ni maîtrise absolue des choses. Voici ce que j’emporte avec moi en guise de devoir : la résolution, au milieu de mes jours encombrés, de dégager un peu de place, de prendre un peu de temps. Pour rien.

Vacance du corps. Changer de rythme, d’habitudes et de paysage. Suivre un chemin sans savoir où il mène, ne plus se rappeler précisément quel jour on est. Accepter de ne pas savoir le matin à quoi sera employé l’après-midi, à rien, peut-être : à rêvasser à l’ombre d’un parasol, à somnoler dans une chambre tiède, à regarder la pluie qui ruisselle sur la vitre. Reprendre un café, laisser la soirée s’étirer sous les étoiles, tenter une partie de cartes. Chanter. Accepter que la vaisselle reste dans l’évier et que les enfants aillent au lit sans s’être brossé les dents. Se laisser rejoindre par tout ce qui nous cerne, par les sons, les saveurs, les couleurs. Ériger une cabane ou un château de sable. Regarder les collines. Regarder l’horizon. Regarder la mer.

Accueillir les souvenirs des mois écoulés

Vacance pour l’âme. Dans le calme retrouvé, accueillir les souvenirs des mois écoulés. Le cerveau a ceci d’extraordinaire qu’il n’exige en rien que nous nous enfermions pour ce faire dans une pièce solitaire avec un linge humide autour du front : non, il nous suffit de suspendre quelque temps le flot de nos activités ; de nous asseoir sous un arbre, de marcher le long de la mer ou de regarder danser les flammes.

C’est ainsi qu’on peut doucement laisser couler au fond de la mémoire les expériences vécues, les jolies heures et les mauvais jours, les succès et les regrets, les découvertes et les rencontres. Ils trouveront leur place sur les étagères de nos souvenirs, dans le labyrinthe de notre bibliothèque intérieure où quelque chose de nous saura les retrouver quand s’en fera sentir le besoin. Ne jamais s’arrêter, c’est se condamner à manquer de temps pour ce nécessaire ménage de l’âme.

Devoir de vacance : c’est encore ne pas oublier de dégager la place en nous pour l’inattendu. Un rire, une étreinte ; un ami de passage, un renard à l’orée d’un bois, le chant d’une cascade. Compter les étoiles. Ramasser des coquillages. Allumer un feu… Prendre le temps d’écouter, de recevoir et de nous émerveiller. Goûter les joies de l’inutile, de l’improductif, du non-quantifiable. Se découvrir vibrant de l’être tout autant que du faire. Accueillir en nous la part non maîtrisée, inattendue et irréductible du monde.

Je vous souhaite d’heureux devoirs de vacance.

Anne Le Maître 

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dimanche 4 août 2024

La caravane passe, les chiens aboient…

 


La caravane passe, les chiens aboient ou applaudissent. Chacun y trouve son plaisir ou son devoir, le plaisir, le devoir d’aboyer ou celui d’applaudir.

Les grognons, jamais de leurs groins ne produiront une chanson. Les béats, jamais de leur bouche béate ne produiront une critique.

Où sommes-nous ? Qui sommes-nous ?

Dans la caravane ? Tout occupé à notre « performance », nous n’entendons ni les aboiements, ni les sifflets, ni les applaudissements, ou si nous les entendons, ils sont secondaires. L’or de la médaille (heureusement ! où hélas !) brille plus fort que les ordures qui l’environnent.

Parmi les chiens ? Les aboyeurs professionnels, les jamais contents, les hypocrites qui imposent sans jamais les vivre leurs grandes valeurs : ceux pour qui aboyer c’est vivre. Tant qu’on râle on est encore vivant, n’est-ce pas ? 

Parmi les chiens ? Ceux qui glapissent, qui applaudissent, qui se tiennent debout sur leurs « papattes » pour sucer le « susucre » que leur tend le maître ?

Peut-être aussi que ces chiens là trouvent plus de bonheur à rire, à jouir et à chanter qu’à « bien penser ? »

La caravane passe… Elle est passée… Que deviennent les chiens ?

Plus de prétextes aux aboiements, ni aux applaudissements. Que faire ? Attendre ou chercher une nouvelle caravane ?

Ou écouter enfin cette « voix de fin silence » dont nous avons le pressentiment au cœur même de nos exploits et de nos mascarades. Ce silence qui est partout et toujours là, juste avant, juste après, le pathétique de nos aboiements et de nos applaudissements. Le Réel qui est partout et toujours là : dans la caravane qui passe, dans le chien qui grogne, le chameau qui (dé)blatère et dans l’ange qui sourit…

- Jean-Yves Leloup, juillet 2024

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