jeudi 21 mars 2024
mercredi 20 mars 2024
A voir
Celui qui ne se voit pas lui-même n’arrête pas de parler des autres.
Il passe son temps à repérer et à mépriser en autrui des fautes et des faiblesses qui sont en fait camouflées et refoulées en lui-même...
Les Aphorismes : Svâmi Prajnânpad pris au mot - Édition bilingue français-anglais
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mardi 19 mars 2024
Communication autoritaire
Quid du nouvel outil « vocal » beaucoup utilisé par la jeune génération ?
Le fait de parler à l’autre oralement supposait jusqu’à présent au moins un « maintenant », un présent en commun (pas forcément un « ici » depuis que le téléphone existe). La conversation nécessitait une forme de synchronisation. Or le vocal est un mode de communication orale sans synchronisation, c’est la première fois que cela apparaît dans l’histoire de l’humanité.
C’est un changement anthropologique ?
Bien sûr. Aujourd’hui, le message est antérieur à l’acte de communication. Quelqu’un est seul ; il détient une information ; il la délivre ; la seule chose importante, c’est de s’assurer que l’autre l’a bien reçue. À l’inverse, dans les dialogues de Platon, on crée des vérités par l’échange et le dialogue. Il n’y a pas de message préexistant. Socrate dit : je sais que je ne sais pas. Le questionnement, l’échange nous conduisent quelque part. On vit un voyage à deux vers le message.
Dans notre paradigme actuel, le message est antérieur à la rencontre. C’est quand même moins intéressant ! La rencontre ne va pas me faire changer ni m’amener à penser, créer, ressentir des sentiments nouveaux. On ne se laisse plus bousculer par la rencontre : je veux juste que les autres entendent ce que j’ai à dire et qu’ils l’acceptent. Dans l’acte de communication, il y a désormais une forme d’autoritarisme.
Alexandre Lacroix, directeur de la revue Philosophie magazine
source : La Vie magazine
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lundi 18 mars 2024
Apprendre à méditer avec Matthieu Ricard
Des conseils pour la pratique de la méditation à suivre...
dimanche 17 mars 2024
samedi 16 mars 2024
Une efficacité vitale
Récemment, lors d’une promenade, je suis tombé sur la sculpture ci-dessus, et ces quelques mots de l’auteur :
« La nature est maitresse dans l’art d’éduquer à la beauté et au silence intérieur. Le répertoire des formes qu’elle propose est toujours varié et parfaitement architecturé. Travailler avec ce répertoire m’oblige à observer le rythme, la construction et l’élan de n’importe quelle tige, fleur ou graine. L’épuration et la simplicité obéissent à la règle de l’efficacité et la servent en donnant la forme la plus aboutie qui soit » . A. Bernegger
La nature : des formes innombrables, improbables, étonnantes
; formes qui parfois nous semblent d’une rare complexité, et qui pourtant
n’obéissent qu’à la règle de l’efficacité, soit : développer la manière d’être
la plus simple et la plus directe pour vivre et survivre dans tel ou tel
milieu, du plus favorable au plus hostile, avec une intelligence d’adaptation
et d’interdépendance à l’Ensemble qui nous laisse souvent pantois, nous,
l’espèce humaine.
A de rares exceptions, nous avons oublié en tant qu’humain
ce que peut être une efficacité vitale.
Nous développons une « efficacité mentale », propre à nous
enfermer toujours plus dans ce que nous pensons être bon, rentable, utile,
confortable … pour une seule espèce : la nôtre ; et quand elle ne sert pas
l’espèce humaine, cette efficacité se réduit encore à : « Moi et seulement Moi ».
De ce fait, nous nous coupons de l’Ensemble, de la vie sous toutes ses formes,
changeantes et interdépendantes, de cette « efficacité vitale » dont la forme
la plus aboutie va droit au but : servir la vie et son devenir.
Cette efficacité, reliée à la notion de simplicité de la
forme et du geste, m’a immédiatement ramené à la voie du zen, qui nous invite à
« ne plus fuir l’essentiel ».
Ne plus fuir en redécouvrant notamment « ce que peut le
corps » (cf. post précédent).
Question à Graf Durckheim : « quelle est la place du corps
sur le chemin que vous proposez ? »
Réponse : « La première ! »
Dans le zen, lors de l’exercice, nous pratiquons la
répétition et le renouvellement d’un geste ou d’une séquence de gestes,
l’épuration et la simplification de la forme et du geste.
Cela nous montre comment nous ouvrir à l’essentiel, comment
ne pas se perdre dans les détours de la pensée. S’exercer, pratiquer, c’est
apprendre à agir de la manière la plus juste possible - forme, tenue, rythme,
respiration - afin d’être en accord avec les lois du corps vivant, qui sont les
mêmes que pour tout autre être vivant.
Avec la pratique d’un exercice, ce que le corps montre,
prouve, c’est qu’un geste appris, répété, renouvelé, parfaitement maitrisé …
redevient épuré, simple, précis, direct et efficace, tels les gestes purs du
bébé.
Ce que le corps peut, c’est m’ouvrir au geste en lien avec
des forces universelles (hara), en lien avec l’Ensemble, ce flux qu’est vivre,
en changement et en interaction permanent.
Ce que le corps peut, c’est me relier à une forme, des
gestes rythmés par la vie.
Ce que le corps peut, c’est me relier à l’infaisable, ce que
le Moi ne peut pas faire ; « des actions qui transcendent les capacités de ce
qu’on appelle notre vouloir ».
Nous sommes des êtres vivants avant de devenir des êtres
pensants.
Ce n’est pas regretter le progrès ou décrier la grande
intelligence dont l’humain est capable que de dire cela. Mais force est de
constater que dans bien des domaines, la folie, la détresse et la froideur du monde
technologique et rationnel actuel a privé la personne de ses racines, qui vit
comme une culture hors-sol.
Si l’être humain est, à l’origine, un geste de la nature, il
le reste toute son existence, indépendamment du fait qu’il est aussi un être
pensant.
Le corps, avant d’être pensé, nommé, étudié et vécu en tant
qu’objet, est un champ de conscience, d’actions et d’expériences, et le reste
toute notre existence.
La pratique de la voie du zen nous incite à nous poser
sérieusement cette question : est-il plus sage de considérer que l’objet corps
est un outil de la pensée ou de considérer que la pensée est un outil du corps
vivant ?
« La pensée, un outil du corps vivant ? Vous n’y pensez pas,
cette façon de voir est impensable ! »
Oui, « impensable ». Mais la possibilité d’une expérience
est bien réelle : le corps, champ de conscience, est la forme, le geste qui
nous relie, d’instant en instant, à la source de vie que nous sommes depuis
toujours, notre vraie nature, et cette expérience, qui n’est pas
inconnaissable, laissera notre mental coi.
Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscient ou
non, nous appartenons à la Vie, source et soutien de notre existence.
Le corps vivant, leib, rappelle à l’homme que sa complétude,
son point d’appui, sa grandeur, est qu’il peut devenir conscient de cette
appartenance à plus grand, conscient « qu’en tant que vague il est aussi océan
».
Si le corps objet sert le mental humain dans son désir
d’accumulation, de performance et de domination, la reconnaissance et
l’épanouissement du corps vivant nous redistribue dans ce rôle souvent oublié :
servir la vie et son devenir.
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vendredi 15 mars 2024
Eveil remis en perspective
J’ai déjà abordé la conception de cet « éveil spirituel » qui serait dépourvu de souffrance, nous plaçant automatiquement au-dessus de l'humanité dans une forme de mépris de la condition humaine.
Il n'existe simplement rien de tel.
A l'inverse de cette perspective, il m’apparaît que plus on grandit, plus on s'éveille à la réalité, plus on s’aligne au projet divin, plus nous éclairons ainsi des mémoires racines nous concernant personnellement mais également collectives et transgénérationnelles et dont nous héritons parfois, en partage, dans un destin particulier que nous ne contrôlons pas.
Cela signifie qu’au lieu d’arrêter un jour d’être « pétris » (et d’enfin pouvoir siroter tranquillement un cocktail spirituel au bord d’une piscine, sans débordement), nous sommes, en fait, sollicités pour travailler encore plus en profondeur, pour soi let les autres, et vivre des traversées nouvelles. Une autre page exigeante de notre cheminement débute à l’endroit où l’on espère atteindre un plateau.
Je ne dirais pas que nous souffrons davantage, parce que nous sommes portés par une perspective différente, moins centrée sur le confort et les bénéfices corporels et émotionnels de nos efforts. Mais dans la mesure où nous sommes plus aptes à traverser, il va nous être demandé plus (et non pas moins). Il est aussi dit que rien ne nous est demandé au-delà de ce que nous pouvons supporter mais, le plus important, c'est que nous ne sommes pas ici pour arriver à un état d'équilibre psycho-physiologique parfait et stationnaire, sur cette Terre, ni pour être enfin tranquille, le sourire aux lèvres en permanence, plus jamais embêtés par rien.
C’est très tentant, je ne le nie pas, mais c’est trompeur.
Les mystiques concevaient d'ailleurs leur progression vers la sainteté non comme un trophée ou un état final bien mérité mais comme une disponibilité accrue au plan divin telle que la notion de service croise celle du sacrifice, que le sens de notre existence terrestre n'est pas d'obtenir la santé parfaite de ce corps ou d'éviter tout danger mais d'être sûr que notre temps est exploité au mieux pour faire Sa Volonté. Toute autre option étant jugée fantasmagorique.
Une démarche qui glorifie le détachement absolu, l'extase permanente, la retraite spirituelle béate et les pouvoirs personnels extraordinaires est à l'envers d’une conception sérieuse du cheminement spirituel.
Il est évident que la complaisance du développement personnel est le fruit de notre civilisation matérialiste, moralement délabrée, ce qui explique pourquoi même les conceptions apparemment les plus lumineuses contiennent aujourd’hui leur part d’ombre comme celle de l'éveil spirituel qui finit par faire miroiter des aboutissements irréels ou trop superficiels.
Si nous devions vraiment dessiner un objectif, j’en suis arrivé aujourd’hui à penser que la notion de sainteté (humble, telle que conçue par le mysticisme) est de loin préférable à celle de l’éveil.
Mais le point crucial que je voudrais finalement souligner ici est l’importance de ne pas se désoler de vivre encore longtemps des traversées sérieuses, voire éprouvantes, parce que ces processus sont normaux et trouvent même leur sens et leur portée au fur et à mesure des avancées. Le fait de s’éveiller au réel (et non pas « d’être éveillé » !) et à la vie divine suscite des chantiers intérieurs parfois spectaculaires qui, sans cette compréhension, pourraient désespérer et surprendre.
Nos âmes sont appelées à être évasées et les initiations ne s’arrêtent pas (ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de grâces plus douces sur le chemin). Elles deviennent même généralement plus profondes et dépassent notre entendement. Il faut garder en mémoire que l’enjeu de tout cela est primordial dans notre vie spirituelle.
C’est alors qu’il est bon d’être en alliance aimante avec le Divin, pour ne pas chercher à échapper systématiquement à ce qui nous est donné, ou afin de trouver la force pour le porter, et de commencer à déposer notre existence, avec ses processus de mutation, en offrande et participation au « plus grand que soi » et au projet d’amour divin, dans le temps et sur le lieu même de notre incarnation.
Thierry Vissac
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jeudi 14 mars 2024
Pour une naissance sans violence - Frédérick Leboyer
Texte de Yannick David (du blog si près de l'horizon)
Au début de mes études la vie m'a fait rencontrer plusieurs personnes dans un cheminement dont je n'avais pas encore conscience, en particulier un étudiant en médecine qui m'initia au végétarisme, aux idées de Rudolf Steiner, et à la démarche de Frédéric Leboyer. Son livre "Pour une naissance sans violence" est sorti en 1973 et cet ami me le prêta. J'ai été très touché par ce livre tellement ça me semblait évident, naturel et simple. Quelque temps après nous sommes allés écouter Leboyer en conférence à Paris devant un parterre d'étudiants en médecine. Il montra le film qu'il avait fait sur la naissance, et exposa sa pratique, suite à son cheminement personnel en Inde auprès de Swami Prajnanpad (gourou de plusieurs français dont Arnaud Desjardins).
Son propos était de maintenir autant que possible l'ambiance qu'avait connu le fœtus dans le ventre de sa mère, au moment de sa naissance. Il a vécu 9 mois dans le noir, le quasi silence sinon les battements du cœur de la mère, l'aqueux, la douceur, la respiration par le cordon, bref un univers complètement différent de l'après naissance. La naissance classique, à l'époque, c'était : on sortait le bébé, on le tenait par les pieds, on lui tapotait les fesses, on coupait le cordon, faisant exploser les alvéoles pulmonaires qui n'avaient jamais fonctionné, d'où les cris (entre autres), il passait de la nuit à la lumière froide d'une salle d'hôpital, on le posait sur une table dure, etc... Il proposait la douceur, le contact, mettre d'abord le bébé sur la mère, pour qu'il retrouve le bruit du cœur, attendre que la respiration se fasse naturellement, puis ensuite couper le cordon...
A ma grande surprise il y eut beaucoup de réactions négatives de la part de ces étudiants qui étaient éduqués dans la non prise en considération du bébé en tant qu'être vivant (hyper) sensible. Je ne comprenais pas leur manque de conscience à ce sujet. Au bout d'un moment, Frédéric Leboyer, qui était resté d'un calme olympien tout du long, ayant compris qu'on ne fait pas changer d'avis des gens obtus et agressifs, clôtura la conférence. Son attitude calme et respectueuse m'ébranla. Comment faisait-il pour rester lui-même, tranquille, patient, non perturbé par ces ignorants imbéciles? C'était la première fois que je voyais un être dont je sentais une telle qualité. J'avais commencé à lire les livres d'Arnaud Desjardins, mais ne l'avais pas encore rencontré.Dans sa démarche auprès de Swamiji, Leboyer revécut sa naissance, avec des forceps, ce qui l'aida d'autant mieux à comprendre le processus. Je suis aussi né avec des forceps, et ai revécu ma naissance. Ceci explique cela...
Cet ami vécut avec sa femme la naissance de leur première fille à la maison avec une sage femme pratiquant cette méthode.
Quelques années plus tard, j'eus la chance d'assister à la naissance de notre fils dans l'eau, avec un médecin qui proposait ce type d'accouchement dans un hôpital. Lumière tamisée, musique douce à laquelle on avait habitué le bébé, pose sur le ventre de sa mère, grand calme, pas un pleur...
Il a été à l'initiative d'un autre regard sur la naissance et d'un changement dans la pratique auprès de certains collègues dans le monde. Il a aussi fait des films sur le sujet.
Frédéric Leboyer a écrit une bonne douzaine de livres pour partager et transmettre ce qu'il a reçu de l'Inde. Le plus connu est "Pour une naissance sans violence", mais il y a aussi "Shantala" sur le massage des bébés, "L'art du souffle", etc... Il a écrit des livres de poésie et sur son expérience avec Swami Prajnanpad.
mercredi 13 mars 2024
Se donner à l'instant
La mémoire personnelle est un instrument de défense.
mardi 12 mars 2024
Hommage à Chandra Swami
(une pensée pour un ami qui est sur place !)
lundi 11 mars 2024
Quand il faut se résoudre à installer ses parents en Ehpad
C'est un passage important dans la vie d'une famille, dans les rapports entre les enfants et les parents vieillissants. Il est temps de solder le passé et de préparer la fin de vie des aînés.
Nicole Prieur, psychologue et essayiste
Si la culpabilité apparaît en premier, tenace et envahissante, elle ne représente qu’un aspect de la tempête psychique et émotionnelle qui s’élève dans la tête des enfants confrontés à cette difficile décision. La question « Suis-je une bonne fille, un bon fils ? » est d’autant plus douloureuse que l’on a eu du mal à voir ses parents vieillir. Fréquemment, elle n’a pas la même acuité pour les femmes et pour les hommes.
C’est souvent par le déni que nous accueillons les premiers signes de fragilisation de nos parents. Une mère toujours vaillante qui se casse le col du fémur, un père à qui on diagnostique une grave maladie… nous n’avons pas envie de prendre la mesure du temps qui passe. Cette forme de déni protège contre une prise de conscience qui serait trop brutale et, à la fois, la préparerait.
Prendre soin de ses parents
Car, déjà, de grands mouvements s’opèrent en profondeur. Un réaménagement des images parentales s’impose devant leur vulnérabilité qui s’installe. Prendre soin de ses parents, alors qu’ils ont été les figures d’attachement de la famille, nous met à une place nouvelle, nous devenons plus ou moins le parent de notre parent. Cela inverse les loyautés, et les remet en question. Ce père ou cette mère dont j’attends peut-être encore une reconnaissance manquante, qui ne m’a pas donné l’affection, le soutien dont j’avais besoin, que lui dois-je aujourd’hui ? La machine inconsciente des comptes et contentieux s’active.
Ainsi, quand l’état des seniors s’aggrave et qu’il faut décider pour eux, souvent contre eux une entrée en Ehpad, nous savons que ce sera leur dernier lieu de vie. La responsabilité est lourde. Au-delà de la tristesse ressentie, nous y enfermons aussi, par ce geste, une partie de notre enfance, surtout si le parent, témoin précieux de ce temps révolu, en a perdu la mémoire et ne nous reconnaît plus. Dans cette absence, quelque chose meurt, déjà. Alors comment faire ?
Le temps de la réconciliation
Pour apaiser sa culpabilité, il est important d’être au clair avec cette décision, même si elle n’est pas validée par le reste de la famille, critiquée souvent par les personnes mêmes qui se contentent d’un rapide et rare coup de téléphone. Reconnaître et admettre qu’il n’y a pas d’autres solutions, que c’est l’unique lieu où ce parent sera en sécurité. S’assurer aussi de la qualité des soins prodigués par l’établissement choisi, ne pas hésiter à faire son enquête, à en visiter plusieurs.
Rien de tel aussi que de considérer ce temps comme particulièrement propice à une réconciliation. « Solder les comptes », ne plus lui en vouloir de ses insuffisances. Grandir, c’est s’affilier aux côtés positifs de ce parent, mesurer ce que l’on a reçu de lui, malgré tout. Ne garder que les bons moments, les beaux souvenirs, les sourires partagés qui continueront à vivre en nous.
C’est aussi une manière de préparer le deuil et d’entrer dans la gratitude. Selon une interprétation rabbinique, tel est le sens du commandement « Tu respecteras ton père et ta mère ». Le verbe hébreu traduit par « respecter » veut dire littéralement, « rendre lourd », « donne du poids à la vie de tes parents, donne du sens, comprends pourquoi ils ont été ce qu’ils ont été ». Peut-être, alors, le pardon n’est pas loin, et l’apaisement adviendra malgré la perte.
---------------- source : La Vie
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dimanche 10 mars 2024
Accompagner la fin de vie
D’où vous vient cette détermination ?
Elle s’est forgée au fil des années, mais aussi des rencontres avec ce que j’appellerais des “compagnons de route”, qui m’ont aidée tout au long de ce cheminement. Je pense en particulier aux philosophes que j’ai côtoyés, comme Bertrand Vergely, Emmanuel Hirsch, de l’espace Éthique de l’AP HP, ou, plus récemment, Cynthia Fleury. Après nos échanges, il m’a paru évident que l’abandon des personnes vieillissantes ou vulnérables, l’abandon des mourants et le silence sur cette mort qui est notre destin à tous n’étaient pas dignes d’une société des droits humains.
Cette prise de conscience s’est imposée à moi à la suite d’un rêve survenu durant les années où j’exerçais en tant que psychologue clinicienne dans la première unité de soins palliatifs créée en France, en 1996, à l’Hôpital universitaire '. Ce rêve, survenu alors que j’avais une quarantaine d’années, j’en ai fait le récit dans La Mort intime, et le voici tel que je l’ai raconté : “Je suis dans une cuisine où se dresse devant moi une grande cheminée. Un homme que je ne connais pas se trouve à côté de moi. Il me demande de monter sur un tabouret et de regarder à travers un trou percé dans le conduit. Je grimpe sur le tabouret, jette un œil et vois ce qui ressemble à un conduit de cheminée avec de la suie à l’intérieur. Et là, mon regard est attiré par un filet de miel coulant au milieu de la suie. Je m’interroge : « Du miel dans un conduit de la cheminée ? » Je teste la consistance avec le doigt et goûte : c’est bien du miel. Alors je redescends, bouleversée, puis je dis avec force à cet homme : « Il faut que j’aille dire aux gens qu’il y a du miel dans la suie ! »”Je me réveille alors avec le sentiment d’avoir fait un grand rêve, un rêve qui m’indiquait mon destin. En tant qu'analyste jungienne, j’étais depuis longtemps habituée à travailler sur le matériel onirique de mes patients, et il m’a paru évident que ce rêve me disait en quoi consiste ce “mandat céleste” dont je vous parlais tout à l’heure. Je travaillais déjà sur tous ces thèmes que notre société rejette : la vulnérabilité, la maladie, la dégradation physique, la mort. Tout ce qui fait peur. Tout ce qui dégoûte. Tout ce que l’on cache. La suie, c’est cela. Mais dans la suie coule du miel, ce que j’ai découvert lorsque j’accompagnais des personnes si fragiles. Le miel représente la douceur, la tendresse, le partage, quelque chose de bon et de précieux qui existe au milieu de cela. Tout est parti de là !
Les personnes en Ehpad ou en fin de vie, mais aussi leurs proches, leurs soignants, souhaitent bien sûr qu'on les accompagne, qu'on les écoute, qu’on les comprenne, mais elles attendent également des réponses et des solutions concrètes aux questions quelles se posent pour vieillir décemment, mourir dignement et partir sans souffrir. Êtes-vous en mesure de leur apporter cela ?
Je n’ai pas de recettes toutes faites. En revanche, après avoir beaucoup observé et interrogé de personnes âgées remarquables, je sais qu’il existe des pistes pour se donner les meilleures chances de vivre une vieillesse riche, épanouie, constructive et en bonne santé. Mes dix années d’expérience au chevet des mourants m’ont aussi montré ce qui permet à une personne en fin de vie - même si chaque cas est particulier - de mourir sans souffrance physique ni morale. Mais pour cela, un énorme travail de prise de conscience collective doit être accompli. La génération des boomers - la mienne -, celle qui a prôné dans sa jeunesse l’imagination au pouvoir, doit rivaliser d’imagination, justement, pour ne plus compter sur ses enfants ou sur l’État pour régler ses problèmes de grand âge et de fin de vie, car la solidarité intergénérationnelle a atteint ses limites. Nous sommes les premiers dans l’histoire de l’humanité à vivre aussi longtemps. Il est possible de faire de cette nouvelle donne une chance, une véritable opportunité, ou bien au contraire un enfer. À nous de choisir, et vite, car c’est aujourd’hui, maintenant, que tout se joue. Les solutions existent. Je les expérimente seule ou avec d’autres personnes de ma génération. Reste à trouver la volonté individuelle et collective de les appliquer.
source : extraits de l'Eclaireuse - entretiens avec Marie de Hennezel
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samedi 9 mars 2024
Le réel dans le quotidien
Q : Que veut dire être dans la vie quotidienne et être dans le réel, dans l'instant ?
Nathalie Delay : C'est la même chose ! La vie quotidienne, c'est le réel. Mais ce qui est important est : Comment j'aborde, comment je vis ce quotidien ? Est-ce que je le vis directement ou est-ce que je le pense ? À savoir, est-ce que je suis tout le temps en train de le commenter, est-ce que je le juge ? Est-ce que mon mental réagit à ce quotidien en pensant qu'il est trop comme ça ou pas assez comme ça ?
Est-ce que je fais aussi une distinction entre le quotidien et des moments à part qui seraient plus extraordinaires ? Est-ce que je crée des catégories : d'un côté l'ordinaire, le quotidien, et de l'autre côté l'extraordinaire ?
Que veut dire pour vous le quotidien ?
Quand je parle du réel, ça serait dommage d'ancrer encore quelque chose qui serait "à part" et qu'il faudrait atteindre, comme quelque chose de supérieur. Le réel, la réalité, c'est ce moment, là, maintenant, qu'on est en train de partager : il y a les mots, l'écran, cette image, la pièce, bref tous les aspects extérieurs caractéristiques de ce moment. Mais il y a aussi quelque chose d'essentiel qu'on ne peut pas caractériser.
Et c'est cela le Grand Réel : c'est cet aspect externe que l'on voit tous et c'est aussi en même temps cet aspect interne, que l'on connaît tous aussi. Mais si l'on est trop attaché à l'extérieur, et que notre regard s'arrête à l'aspect extérieur, et bien on ne goûte pas, on ne reconnaît pas cet essentiel qui est là et que l'on peut ressentir mais qu'on ne sait pas comment nommer. On peut vraiment vivre cette présence, là, maintenant ; et cette présence, on ne peut pas dire "c'est la mienne", on ne peut pas l'enfermer. Quand on la goûte, on sent bien que cette présence est partout, elle est vous, elle est moi.
Et donc vous voyez, là, en ce moment, c'est un moment complètement ordinaire, c'est un moment du quotidien on peut dire, et en même temps, c'est l'absolu aussi, c'est la totalité. Et ça c'est possible tout le temps, quand on fait la vaisselle, quand on va chercher les enfants à l'école, quand on répond au téléphone... Il n'y a pas de raison de quitter cette pleine présence. Alors bien-sûr, il faut déjà l'avoir goûtée, l'avoir connue. Donc, le chemin spirituel c'est d'arriver dans chaque moment de votre vie, le plus ordinaire comme le plus extraordinaire, et de pouvoir reconnaître cet arrière plan de pure présence, de pure conscience.
Mais la moindre résistance ou la moindre réaction m'empêche de rester déposée, de me fondre dans cette pleine présence. Et c'est cela qu'il faut découvrir par soi-même. De voir que quand je résiste, quand je refuse le réel finalement, je me coupe de la présence. Et le quotidien de chacun, c'est le terrain d'exploration pour voir là où je vais refuser, là où je vais réagir, là où je vais juger et dire "Ah non, ça c'est négatif, je ne veux pas". Pour voir tous ces mouvements où on ne va pas pouvoir plonger plus profondément en contact avec ce qui est là, parce que ce n'est pas comme on veut.
Et ce n'est pas de se débarrasser de sa résistance, car ce n'est pas possible, mais c'est de la voir clairement, de voir de plus en plus clairement le phénomène de la résistance, du refus, qui fait que ça me coupe. Il n'y a que cela qui peut libérer en fait.
~ Nathalie Delay
(extrait d'une vidéo)
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