dimanche 9 novembre 2025

Arrière plan

 "Ce rire que vous entendez en arrière-plan, c'est Dieu qui écoute vos projets. "


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samedi 8 novembre 2025

Etre sauvé...


 L'irrépressible besoin d'être sauvé : cette phrase m'est venue au réveil, elle m'a tiré par la manche toute la journée. Elle n'était pas gaie, elle n'était pas triste. Lentement, toute la journée elle a traversé mon cœur. Quand un avion dans le ciel de nuit clignote, on le voit, puis on ne le voit plus, puis il revient. Quelque chose passe, avec une phrase à bord : "L'irrépressible besoin d'être sauvé". Il faisait beau puisque j'étais en vie. J'ai mis du temps à entamer la conversation avec cette phrase. D'abord, sauvé de quoi ? lui ai-je demandé. Je trichais, je connaissais la réponse : sauvé de tout, de la grâce et de la laideur, de l'amour et du manque d'amour. Partout, que des abîmes. Il y a un amour plus haut que l'amour. C'est vers lui que s'élevait timidement cette phrase, ce besoin irrépressible d'être sauvé.

~ Christian Bobin - L'épuisement
(photo : Christian Bobin assis à son bureau)

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jeudi 6 novembre 2025

Réalité sans âge


Ô chercheur de vérité,
pratique le détachement de l'esprit.
Persistez jusqu'à ce qu'il reste
seulement un espace vide d'être.
Vous n'avez pas besoin de combattre l'esprit.
Reste seul, vide et libre
de l'esprit et de son monde.
Cette solitude n'est pas personnelle,
c'est la réalité sans âge et à naître.
~ Mooji
O seeker of truth, practice detachment from the mind. Persist until there remains only an empty space of being. You need not fight the mind. Remain alone, empty and free of the mind and its world. This aloneness is not personal, it is the ageless and unborn reality.


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mercredi 5 novembre 2025

Lui le Moi

 LUI LE MOI

certains matins
quand je me réveille
moi
je n’ai pas envie de servir.
le corps se réveille
et avec lui
le moi
de suite en pleine forme ,
lui le moi ne veut pas
que ma personne s’aligne sur ce qui est
lui le moi ne veut pas
être relégué à sa juste place
corps encore engourdi,
esprit un peu embrumé
moi
tout recroquevillé
sur lui même.
lui le moi
veut geindre
revendiquer
murmurer.
c’est ainsi.
il fait son travail
la personne que je suis
avec son intention
aussi au final
c’est très simple.
lui le moi
je le vois
d’assez loin se pointer
je lui adresse un bonjour bienveillant
lui en vouloir ?
de quel droit ?
il fait
ce qu’il ne peut pas ne pas faire,
il accomplit son office.
d’aucuns clament partout
que chez eux lui le moi a disparu
je veux bien,
quoi que je me demande
qui a justement besoin
de tant le faire savoir,
mais après tout
hein ça les regarde
Ici en tout cas
lui le moi
se montre d’autant plus vindicatif
qu’il est de moins en moins écouté
il a perdu
de son influence
au fil des années
et des décennies
un peu comme ces vieux fauves de l’arène politique
qui ici et là donnent de la voix
et grattent aux portes de leurs griffes élimées
consternés
de ne plus peser grand chose.
lui le moi
se rebiffe
au moindre interstice de fragilité
la nuit
ou juste au réveil
ça pourrait marcher du tonnerre
sauf
qu’il ne me la fait plus trop.
il me ferait plutôt pitié
pour tout dire
lui le moi
avec ses postures éculées
ses jérémiades en boucle
ses gesticulations
bien le bonjour chez toi
toi vieux moi
et à la niche

Gilles Farcet

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mardi 4 novembre 2025

lundi 3 novembre 2025

Désapprendre



« N'apprends qu'avec réserve. Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que, naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête innocent! sans songer aux conséquences.
Apprendre, apprendre, cela va toujours. Mais désapprendre, désapprendre, il y faudrait une vie de chaque jour.
On te met dans la tête des certitudes. Plus tard, tu t'apercevras qu'il fallait tout remettre en question. Trop tard. Les habitudes de pensée sont prises. Tu resteras un homme à idées fixes, un homme à cases, un homme qui a réponse à tout, sauf aux vraies questions.
La vie est un désapprentissage. Le sage est un désappreneur. »

Henri Michaux~ {Poteaux d'angle}


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dimanche 2 novembre 2025

Accompagner vers l'au-delà

 Laëtitia Cado-Guiomar, thanatopractrice : « J’accompagne autant les vivants que les morts »

Elle se sent appelée depuis l’enfance à prendre soin des morts et à les accompagner vers l’au-delà ; elle vit sa vocation de thanatopractrice accomplie sur le tard comme une confiance accordée par les défunts et leurs familles.


Depuis que je suis toute petite, je veux accompagner les morts. À 4 ans je disais que je voulais être « médecin pour les morts ». Mais, pour ma mère, la mort, c’était tabou ; elle ne voulait pas en entendre parler, elle s’est d’ailleurs démenée pour que je change d’avis.

J’ai donc suivi des études de photographie, puis j’ai travaillé dans différents domaines : la photographie, le commerce, l’économie solidaire.

Les aider dans leur deuil

Avant de me reconvertir professionnellement, je dirigeais une entreprise d’insertion. Mais je n’étais pas heureuse ; il me semblait que l’on dépensait plus d’énergie à se battre pour trouver des budgets que pour les personnes que l’on accompagnait. Le métier de thanatopractrice me revenait à l’esprit, et je pensais souvent à ce qui m’avait empêchée de le devenir. Un jour, j’ai décidé de ne plus regretter et d’essayer : à 45 ans, je me suis lancée dans la préparation du concours.

À présent, j’exerce ce métier depuis quatre ans. Plus le temps passe, et plus je suis heureuse ! Je ne sais pas pourquoi, mais ma place est là. J’accompagne autant les vivants que les morts ; je le fais d’abord pour les familles et les proches, afin de les aider dans leur deuil. Je fais en sorte que les défunts soient le plus beaux possible, qu’ils semblent sereins, apaisés. Mon métier n’est pas de cacher la mort, mais d’en masquer les stigmates.

Je vis aussi mon travail comme un accompagnement des défunts, derrière la grande porte. Je me sens bien dans mon lien avec eux ; j’estime que les familles m’accordent une confiance énorme, ainsi que les personnes décédées, qui me livrent leur corps. C’est un métier de l’ombre, où l’on peut apporter toute la lumière. Je suis heureuse quand les proches me disent : « Merci, elle est apaisée, elle est belle. »

Une présence pour les absents


J’ai grandi dans une famille aimante, avec une maison toujours ouverte. Mes parents étaient tous les deux éducateurs spécialisés, et nous vivions sur le lieu même de la structure d’insertion que mon père dirigeait. Ils accompagnaient des personnes toxicomanes ou sortant de prison. Les gars pouvaient frapper à la porte à tout moment, le soir, le week-end.

Mes parents ont toujours été guidés par leur foi chrétienne, tournée vers l’accompagnement des autres, comme une évidence. De grandes tablées étaient souvent dressées à la maison, on s’invitait au dernier moment, des amis comme des gens en galère.

Ma foi se vit davantage au travers des émotions que par des mots. Je comprends Dieu comme une présence -silencieuse qui se manifeste par des signes. Parmi ceux qui m’ont marquée, il y a eu le baptême de ma première fille, Olive. Le prêtre l’a immergée dans l’eau, puis il l’a relevée et l’a portée à bout de bras. À ce moment précis, un rayon de soleil a transpercé un vitrail et l’a éclairée !

Je parle beaucoup à Dieu. Sa présence ne s’impose pas. Le suivre, pour moi, c’est savoir être présente sans m’imposer — c’est exactement ce que je tente de vivre auprès des défunts. Je me demande comment leur transmettre cet amour de Dieu, sans aucune contrainte. J’essaye d’être présente aux absents. Quelque temps après avoir commencé mon activité de thanato-practrice, j’ai reçu un signe puissant.

En me rendant dans un funérarium, je regarde toujours sur la liste le nom de la personne dont je viens m’occuper ; et, ce jour-là, j’ai lu celui d’un ancien salarié de l’entreprise d’insertion pour laquelle je travaillais, que j’avais beaucoup accompagné. Et, considéré comme indigent, il ne pouvait bénéficier de soins mortuaires. J’ai aussitôt proposé au funérarium de m’en occuper, afin de les lui offrir. Ce n’était pas un hasard, quelque chose de plus grand m’avait guidée là, pour lui dire au revoir.

Un dernier hommage

Quand je procède à un soin, j’essaye d’être très attentive à la personne que j’accompagne. Je lui parle beaucoup. Je lui dis bonjour en arrivant. Je la préviens de chaque geste que j’accomplis. Par exemple, je dis : « Je vous nettoie un peu la bouche, je vais faire doucement », « Attention, je vais vous ponctionner ! », ou « Voilà Madame, vous êtes toute belle pour le grand voyage. » Je m’adresse aussi à elle intérieurement, en silence.

Dans certains lieux, quand je peux, je dispose des bougies, afin de favoriser un moment de recueillement, je diffuse de la musique classique, ou de la variété ; mais je choisis des chansons dont les paroles sont belles. Il m’est ainsi arrivé d’accompagner un homme qui avait un tatouage Johnny Hallyday sur le torse ; j’ai passé des chansons de son idole pendant le soin, je me suis dit que ça devait lui faire plaisir !

Pour chaque défunt, j’effectue une toilette mortuaire et un habillage, souvent un soin de conservation. Je cherche à ce qu’il soit beau, apaisé, et que cela lui ressemble. Je lui masse attentivement le visage et les mains avec de la crème hydratante, parce que ce sont les endroits que les proches vont probablement toucher. Suivant les besoins, je lui prodigue un shampoing, je le parfume, je le rase…

Je maquille très peu, sauf si la famille me le demande ou si la personne avait l’habitude de le faire. Je mets simplement un peu de fond de teint pour que la peau ne devienne pas translucide. Je « mèche » la bouche et le nez avec du coton, pour éviter que les fluides s’écoulent hors du corps, ce qui pourrait déstabiliser les proches. J’essaye de donner à son visage un air d’apaisement – même si on ne peut pas faire sourire quelqu’un qui ne souriait jamais ! Enfin, je termine en le revêtant de la tenue choisie par la famille ; je suis heureuse quand je vois qu’elle l’a sélectionnée avec soin, comme pour lui rendre un dernier hommage.

Passeuse d’âme

Si le corps est accidenté, s’il voyage, en cas d’exposition à domicile ou lorsque les obsèques ont lieu plusieurs jours après, un soin de conservation est nécessaire. Il permet de retarder la dégradation du corps et présente un teint plus naturel. Pour faciliter le deuil, il est important que les proches ne gardent pas une image traumatisante du défunt. Dans ce cas, je prélève les fluides corporels, et j’injecte du formol dans le corps. Avant de faire ce métier, je n’imaginais pas que ce serait si intrusif… Dorénavant, je comprends le sens de ce soin, et on peut aussi le réaliser avec douceur.

Je ne dirais pas que je suis passeuse d’âme, parce que ce serait trop orgueilleux. Mais je sens que certaines personnes ont davantage besoin de moi pour passer la grande porte. Me vient l’envie d’accompagner un peu plus certains défunts, comme s’ils étaient encore présents. À plusieurs reprises, j’ai été confrontée à des suicides, comme pour cette jeune fille de 13 ans, dont je me suis occupée… et je lui ai beaucoup parlé.

Quand les corps arrivent, je peux sentir si les personnes ont accepté ou non de partir. Je devine aussi comment on s’est occupé d’elles dans leurs derniers instants, si elles ont bénéficié de soins palliatifs, qui permettent de soulager la souffrance physique et psychique – malheureusement, tout le monde n’y a pas accès.

Je rencontre aussi des personnes isolées ou que les familles négligent : si la tenue n’a pas été choisie avec soin, par exemple, si elle est froissée… Cela me fait de la peine. On m’a déjà encouragée à ne pas m’attarder sur les défunts seuls, puisqu’ils n’auront pas de visite ; au contraire, je vais d’autant mieux m’occuper d’eux, parce que je suis touchée que personne d’autre ne leur dise adieu.

Une équipe soudée

J’aime à prendre le temps pour chaque soin. Des thanatopracteurs me disent qu’ils peuvent m’enseigner -comment -travailler plus rapidement. Mais je ne le souhaite pas ! Depuis septembre, j’ai intégré une nouvelle équipe, et nous partageons la même approche du métier.

Ma patronne ne surcharge pas mes journées. Elle assure que, pour bien s’occuper des morts, il faut être vivante ! Elle insiste ainsi pour que l’on ne néglige pas le temps de déjeuner. J’ai le sentiment d’avoir intégré une équipe soudée, comme une famille, avec une même vision de l’accompagnement des défunts et des familles.

Juste après avoir obtenu mon diplôme, je me suis fait tatouer un arbre de vie sur l’avant-bras. Dans le travail, on ne le voit pas, car je porte une blouse, mais je sais qu’il est là. J’aime à me dire qu’un lien se tisse entre le défunt, mon bras et le sol, comme si je donnais la force du sol aux personnes décédées. Dans les funérariums où je travaille, je suis repérée de dos grâce aux deux vestes que je porte souvent : sur l’une se trouve le dessin des ailes d’ange, sur l’autre, d’un arbre de vie. Ces symboles racontent quelque chose du sens de mon métier.

Laëtitia Cado-Guiomar (source : La Vie)

Les étapes de sa vie

1974 Naissance, enfance à Étampes. 1997 Ouverture d’un commerce de prêt-à-porter. 2002 Naissance d’Olive, puis de Carmin, Marin, Orlane, Bleuenn. 2006 Salariée d’une entreprise d’insertion. 2007 Entrée en équipe Mission de France. 2021 Diplôme de thanatopractrice. 2025 Nouvelle équipe professionnelle et décès de sa mère.

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samedi 1 novembre 2025

L’Adieu à ma mère


Ma mère est décédée fin septembre. J’ai pu vivre toutes les étapes de l’accompagnement. J’étais auprès d’elle en fin de vie. Je l’ai lavée, nourrie, je lui ai parlé même quand elle ne parlait plus. En septembre, son état s’est dégradé, mais nous pouvions encore échanger. Elle répétait « Je veux partir, je veux partir ». Avec mes sœurs, je lui ai répondu : « Tu peux partir. Tu as été une super maman, et on est prêts pour ça. » Mon père était là, je voulais qu’il le lui dise aussi. Il a du mal à exprimer ses sentiments. Mais il a dit : « Tu peux partir pour le grand voyage, pour Celui que tu as toujours aimé et pour qui tu as travaillé toute ta vie. Je suis prêt. » Ma mère était silencieuse, elle nous regardait et nous serrait la main. Son organisme a lâché en quelques semaines, et elle est décédée. Plusieurs personnes, dont des col-lègues, m’avaient dissuadée de m’occuper des soins mortuaires moi-même. Mais j’ai senti une force plus grande qui -m’accompagnait. J’étais prête. Ça a été très beau, un dernier moment privilégié avec ma mère. J’ai mis une musique douce et allumé une bougie. Je lui ai fait un shampoing. Je l’ai maquillée comme elle le faisait, avec du fard à paupières, mais très léger. Tout le monde m’a dit qu’elle était très belle et que c’était bien elle. Même mon frère, qui n’est pas à l’aise avec la mort et les corps des défunts, a voulu la voir.

Tous ses petits-enfants sont venus l’entourer et lui parler. Ils ont déposé plein de mots et de jeux près d’elle, parce qu’elle jouait beaucoup avec eux. Au cimetière, on a aussi collé sur le cercueil des pièces d’un jeu auquel on jouait souvent, une idée de Bleuenn, ma dernière fille. C’était comme célébrer la beauté de la vie d’après ! Il y a eu aussi une très belle messe, avec de beaux chants. L’église de Corse dans laquelle mes parents sont très investis était pleine à craquer. Nous avons vécu un moment d’espérance et d’amour.

Laëtitia Cado-Guiomar, thanatopractrice.

(source : La Vie)

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vendredi 31 octobre 2025

Cultiver la vie jusqu'à la fin

 A quelques jours de la Toussaint et de la commémoration des défunts, la date de ma chronique

tombe à pic pour vous faire part d’une interrogation sur la fin de vie. Dans quelles conditions allons-nous quitter cette existence ? Devrons-nous finir dans la souffrance, sous prétexte que c’est notre destin, même entourés par des proches ou des infirmiers compatissants, même soulagés par des analgésiques ? Cet été, je débattais avec un ami au sujet de cette loi sur l’aide à mourir adoptée par les députés. Un être pourrait désormais s’administrer un produit létal, sous certaines conditions - être atteint d’une affection grave, incurable, être majeur... S’il ne peut procéder lui-même à cet acte, le malade pourrait demander l’aide d’un médecin. Cet ami de 80 ans défendait le droit de mourir dignement et non dans un état de déliquescence. Quant à moi, je lui exprimais mes craintes d’ouvrir une porte étroite à l’euthanasie, qui allait nécessairement s’agrandir sous la pression de la société, peu encline à prendre soin des plus âgés et des personnes handicapées.

Depuis cinq années, j’accompagnais un frère malade d’un cancer métastasé, dont on venait d’arrêter les traitements. Dans ce contexte de fin de vie, j’évoquais les moments intenses et joyeux que je vivais, son désir de vivre malgré la conscience de son échéance proche et la beauté de voir comment l’esprit émerge à la surface d’un corps épuisé.

AU RYTHME DES PETITS MIEUX

Hâter la fin de mon frère qui vivait relié à ses fils d’oxygène et de morphine était à mes yeux sacrilège, tant notre présent était fécond. Lorsque l’on accompagne un malade sur la fin, on vit un moment à part, hors du temps. On est sans arrêt dans la gravité, l’attente, la tension au sujet d’une mauvaise nouvelle qui pourrait parvenir. On vit au rythme des petits mieux qui sont source d’enthousiasmes, des marches descendues, des consultations, autant d’épées de Damoclès... Pourtant, malgré cette réalité, je n’aurais donné ma place à personne ! Avec mon frère, je cultivais la vie.

Sur les conseils de l’ami, je suis allée voir la Chambre d'à côté, de Pedro Almodovar, qui raconte l’histoire d’une femme atteinte d’un cancer en phase terminale. Elle décide de mettre fin à ses jours avant de subir de nouveaux traitements invasifs qui, d’après les médecins, ne feront rien à part lui donner quelques jours de plus. Mais dans quel état ? Elle demande à une amie de l’accompagner dans une belle maison en pleine nature et de rester dans la chambre voisine. Elle a décidé de s’administrer une substance létale sans révéler à son amie le jour où elle le ferait. La beauté qui entoure la malade et son amie est propice aux partages heureux et amicaux, jusqu’au jour où elle met fin à son existence. Elle accomplit ce geste pour éviter de vivre la souffrance de son corps dévasté.

Le jour où je sortais du cinéma, une longue traversée d’épreuves physiques attendait mon frère, qui ne pouvait plus ni s’alimenter ni s’abreuver. Il respirait très mal avec un seul poumon. 11 était de moins en moins conscient, car les doses de morphine l’entraînaient dans un état de grande confusion. Il n’était plus avec les autres. Lorsqu’on vit dans la proximité d’une telle fin, les termes espérance et acceptation de la souffrance ne veulent rien dire. Il y a juste un être qui n’est plus capable de vivre quoi que ce soit de vivant. « Ta mort fait comme une ile noire dans un océan de lumière, relevait poétiquement Christian Bobin. Pour te rejoindre, aucune barque... Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s'apprendre. Cela s’apprend. »•

Paule Amblard
(source : La Vie)

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jeudi 30 octobre 2025

Enseignement

 


"L'ignorance provoque un tel état de confusion qu'on s'accroche à n'importe quelle explication afin de se sentir un peu moins embarrassé. C'est pourquoi moins on a de connaissances, plus on a de certitudes. Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses."

Boris Cyrulnik

« L’amour ne frappe pas au hasard. Ce merveilleux moment ne touche que ceux qui y sont disposés.
Toute notre vie, on peut réveiller l’empreinte amoureuse que l’on croyait engourdie.
Ceux qui ont bénéficié d’un attachement sécurisé sont les plus faciles à aimer, mais certains se sentent plus à l’aise avec un attachement apaisé et moins fiévreux que l’amour intense, parfois source d’angoisse.
Ceux qui, dans leur enfance, ont connu un désert affectif ont tendance à croire qu’ils ne sont pas aimables puisqu’ils n’ont jamais été aimés ; quand on les aime, ils pensent qu’ils ne le méritent pas et qu’on va à nouveau les abandonner. Il est alors difficile de tisser un lien d’attachement.
L’amour fait parfois peur et l’attachement parfois emprisonne. Faudra-t-il inventer de nouveaux cours d’amour pour retrouver le plaisir d’aimer ? »

B. Cyrulnik - " Quand on tombe amoureux, on se relève attaché "
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mercredi 29 octobre 2025

Aventure innocente

 Et si l’aventure commençait à deux pas de chez nous ?

À l’angle de la rue, au détour du chemin, dans le jardin. 

Au sein du paysage ordinaire qui nous est familier se trouve une richesse infinie qui ne demande qu’à être découverte. 

Tout commence par notre disponibilité. Si notre attention est accaparée par nos ruminations, nos préoccupations et nos obsessions, elle ne peut se poser sur ce qui est là, sous nos yeux. Nous ne voyons ni n’entendons la beauté qui nous environne. Recouverte par le brouillard opaque de notre bavardage elle nous semble insipide et monotone. 

L’aventure commence ici, inutile de courir le monde, de prendre des avions, des trains, des paquebots. Ici, il s’agit juste d’avoir l’audace de sortir de chez soi, de marcher alentours, de prendre le temps et d’être attentifs aux détails, à la qualité de la lumière, à la mélodie du vent, au parfum de la pluie. Détails qui paraissent insignifiants et mornes à celui dont l’esprit et les sens sont endormis mais qui sont autant de clés pour ouvrir « les serrures de l’infini ». Les surréalistes à qui l’on doit cette belle formulation l’avaient compris, qui invitaient à se promener avec l’esprit d’enfance.

Garder « l’esprit du débutant » pour qui c’est toujours la première fois comme le recommandait Shunryu Suzuki, afin de préserver la fraicheur du regard et ainsi déceler les pépites disséminées dans l’ordinaire. Jésus nous prévient « si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. »

Retrouver l’innocence du regard, cultiver l’émerveillement en laissant l’esprit se désencombrer de tout l’inutile : un art de vivre qui se cultive et s’approfondit jour après jour. Voilà, la grande, la sublime aventure qui au sein de l’ordinaire nous mène à l’Ultime.

- Nathalie Delay

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mardi 28 octobre 2025

Plantes en modèle

 


"Ce coin de jardin, à l'abri de tout, n'est-il pas merveilleux ? La silhouette des lotus, si attirante, le gazouillis des loriots si agréable ? Apparemment, tous les êtres jouissent du bonheur d'être là. Il n'y a rien à en dire.

Et les hommes, dans quel but sont-ils venus sur Terre ? Que ne connaissent-ils la même lenteur, la même confiance et le même bonheur de vivre que les plantes",

François Cheng, L'éternité n'est pas de trop,

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