vendredi 4 décembre 2020

L'essence de la plénitude de Vimala Thakar


Un nouveau livre qui présente neuf conférences et une discussion de Vimala Thakar vient de paraître aux éditions Accarias l'Originel. Il est vraiment très intéressant et unique. En voici un extrait qui correspond au début de la première conférence :

...C’est ainsi que la science et la technologie se sont développées en Occident de façon stupéfiante.

C’était la préoccupation de l’Occident de transformer les schémas extérieurs de la vie, les structures sociales, les modèles économiques, les structures monétaires, les organisations politiques, administratives, etc.

Ainsi, les Occidentaux se sont impliqués dans la transformation des paradigmes externes de la vie, sans accorder beaucoup d’attention à la qualité du comportement individuel et à la qualité de la conscience individuelle, et sans se sentir très concernés.


Il y a eu ces deux façons d’approcher le problème de l’indispensable transformation.

Il va sans dire que les conditions de vie actuelles de l’individu sont juste insupportables. L’homme sait comment voler dans les airs comme un oiseau, il sait comment nager dans les eaux comme un poisson. Mais comme Bertrand Russel le soulignait il y a déjà longtemps, il ne sait pas comment vivre sur cette terre en tant qu’être humain, dans l’amour, la paix, l’harmonie.

L’amour, la paix et l’harmonie en lui-même, avec son mental, avec la totalité de son être.

Il ne sait pas non plus comment vivre spontanément. L’élégance de la spontanéité, la beauté de l’humilité et de l’innocence sont quelque chose que nous rencontrons rarement.

Dans nos rapports humains, nous passons à côté de l’atmosphère d’amour, d’amitié et de paix.

Nous pouvons parler au nom de l’amour et de la paix, toutes les religions font ça. Mais l’homme n’est pas encore suffisamment mature pour vivre en harmonie et en amitié avec ses compagnons humains. Cela est notre véritable défi.

Je sais bien qu’il y a des problèmes de famine et de misère en Asie et en Afrique, et à moins que la famine ne soit éradiquée, vous ne pouvez pas parler de religion et de spiritualité sur ces continents.

La priorité est de conduire les êtres humains du statut de sous-humains à un niveau humainement décent.

Il y a aussi le problème de la violence. Mais les problèmes politiques et économiques m’apparaissent comme les symptômes d’une maladie plus profonde. Ils sont les symptômes d’une profonde pathologie enracinée dans la conscience humaine, et à moins d’arracher les racines de cette maladie chez l’individu, non pas en s’isolant, non pas en se retirant de la vie sociale, mais au cœur même du champ de bataille de la vie quotidienne ; à moins d’arracher les racines ici même, à moins de trouver une façon de nous développer hors des puissantes tendances animales, des passions aveugles, des pulsions au sein même de notre quotidien, ces symptômes ne pourront s’éliminer d’eux-mêmes. Faites ce que vous voulez : elles ne peuvent être éliminées en endoctrinant les gens par de nouvelles façons de penser et de nouvelles façons de se comporter.

Nous nous sommes complu dans l’organisation de la pensée, la systématisation des sentiments et des émotions, la standardisation et l’endoctrinement de la pensée et des sentiments depuis des siècles. Nous aborderons ce point plus tard dans notre entretien. Mais il apparaît qu’alimenter le cerveau humain de nouveaux contenus physiques et psychologiques n’a pas beaucoup aidé l’humanité à éradiquer la domination, la violence, la brutalité, l’insensibilité, etc.

Aussi, ceux qui se sentent réellement concernés par cette crise dans la conscience humaine devront s’asseoir tranquillement et réfléchir à l’ensemble de la question avec beaucoup d’attention. La difficulté est de trouver et de maintenir cette qualité de sérieux qui nous permettra d’examiner en profondeur la question, sans choix, sans préjugé intellectuel ou émotionnel. Maintenir cet engagement sérieux est très difficile, car nous avons l’habitude de vivre à la surface de la conscience, à un niveau superficiel. Quand nous tombons sur un problème qui provoque des émotions, nous sommes perturbés quelques minutes, puis ce dynamisme s’estompe, et nous retournons à notre routine quotidienne



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Vient de paraître « L’essence de la plénitude » de Vimala Thakar.
Ce livre est unique en son genre : Vimala Thakar, qui combinait action sociale et partage de sa découverte de la dimension spirituelle, au-delà des limites du mental, répond à une invitation de venir rencontrer des gens et s’adresser à eux à Ceylan, en 1971.
Le thème central est la nécessité d’une Révolution Totale, simultanément en soi-même et dans le monde. Elle brosse un tableau d’ensemble de la situation de l’être humain (toujours d’actualité), de son conditionnement, de la place prise par les concepts et les symboles, de l’autorité, et avance qu’à ses yeux, une quête, un éveil, ne peut se vivre que dans notre vie quotidienne, au milieu des gens et de nos responsabilités.
Elle évoque la dimension non cérébrale, non mentale, cette dimension non duelle qui transforme en profondeur ceux qui la découvrent. Elle nous parle de l’art d’observer, de la méditation (non comme activité mentale, mais au contraire comme état d’être).
Vimala, outre son propos spirituel, va également puiser dans son expérience d’acteur social, d’intellectuelle ayant profondément réfléchi aux questions de l’organisation sociale, des rapports humains, des styles de gouvernance.
Laissez de côté vos préjugés, vos opinions, et plongez-vous dans ces pages l’esprit grand ouvert, à l’écoute… La joie que vous êtes vraiment lorsque les petits jeux du moi et du mental sont en veilleuse, vous submergera.

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Dans son petit livre autobiographique "Un éternel voyage" écrit en 1966, Vimala Thakar fait le récit magnifique et émouvant de ses rencontres et expériences avec Krishnamurti. En 1959, ses oreilles commencèrent à lui causer de terribles soucis, provoquant saignements, fièvre et des douleurs insupportables. Après une opération sans succès, fin 1960, elle se résigna à mourir et se prépara, tout en se sentant intérieurement d'un calme étrange et impénétrable. Son dernier espoir était d'aller en Angleterre pour consulter des spécialistes. À ce moment, elle revit Krishnamurti qui lui proposa son aide. Il lui dit que sa propre mère lui avait souvent dit que ses mains avaient un pouvoir de guérison. Cette offre la rendait perplexe, car elle craignait de compromettre la pureté de sa révérence et de son affection pour lui comme enseignant en devenant son obligée. Mais après réflexion, elle accepta son offre et fut immédiatement soulagée par l'imposition de ses mains. La fièvre et les saignements cessèrent, et elle ressentit une libération précieuse de la douleur. Après quelques nouvelles séances, sa faculté auditive redevint normale.
Vimala se rendit quand même en Angleterre où les spécialistes confirmèrent sa guérison, et alla se reposer en Suisse sur l’invitation de Krishnamurti. Elle passa quelque temps avec lui à Gstaad. Elle souhaitait comprendre ce qui s’était passé lors de sa guérison. Au même moment, elle faisait l'expérience d'un grand bouleversement de conscience. Elle écrit : "Quelque chose en moi a été libéré et ne peut plus supporter des barrières. L'invasion d'une nouvelle conscience, irrésistible et incontrôlable... a tout balayé."
Persuadée que ce changement était aussi lié à sa guérison, son sentiment d’une dette envers Krishnamurti la mettait mal à l’aise. Il dut la convaincre que cela n’avait aucun rapport et que lui-même ne savait pas comment cette guérison s’était produite. Il lui dit : "Tu as écouté les paroles. Ton esprit est sérieux. Les paroles ont pénétré profondément ton être. Elle agissent depuis toujours. Un jour tu as réalisé la vérité. Qu’ai-je fait ?... Pourquoi en faire une histoire?" . (cité par Patrice Gros)

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jeudi 3 décembre 2020

Grandir avec les arbres

 Un livre de Catherine Davau à découvrir ou redécouvrir qui nous parle de nous à travers les arbres et nous propose un travail sur soi, un enracinement.


"Au quotidien, nous sommes sous l'emprise du temps psychologique : soit on s'identifie au passé, on ressasse sans cesse, soit on vit dans le futur en espérant des jours meilleurs. C'est une entité étrange que ce temps psychologique : le passé ou le futur altèrent notre rapport au moment présent. Et vivre au présent est tout un art qui exige un réel travail sur soi."


"Grandir avec les arbres "🌳🍁🌲🍂

Éditions Eyrolles


"Ces petites voix malveillantes qui grondent à l'intérieur de soi, ce sont les croyances culpabilisantes et dévalorisantes que nous portons sur nous-mêmes et qui ont souvent été forgées par autrui."



« En te posant en témoin de ton flux de pensées, tu te connectes à l’essence de la Vie, au pur sentiment d’exister. »


"L'arbre nous conte l'humain. Il peut t'enseigner les lois ancestrales de survie. Tu pourras bientôt toi aussi entendre la complainte muette qui gît au plus profond des arbres et tu saisiras que ces sons créent le sens du monde."



« J’ai été si heureux d’accueillir un oisillon sur ma branche et de participer à son envol. Maintenant, Anastasia, c’est à toi de planter ton arbre, de t’y poser, de ne faire qu’un avec lui, de devenir cet arbre. »

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mercredi 2 décembre 2020

Méditation avec Douglas


"Le plus beau jour de ma vie – ma nouvelle naissance en quelque sorte – fut le jour où je découvris que je n’avais pas de tête.
Ceci n’est pas un jeu de mots, une boutade pour susciter l’intérêt coûte que coûte Je l’entends tout à fait sérieusement : je n’ai pas de tête. Je découvris instantanément que ce rien où aurait dû se trouver une tête, n’était pas une vacuité ordinaire, un simple néant.
Au contraire, ce vide était très habité. C’était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout – au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées et, bien au-delà d’elles, aux cimes enneigées semblables à une rangées de nuages anguleux parcourant le bleu du ciel.
J’avais perdu une tête et gagné un monde.
Tout cela me coupait littéralement le souffle. Il me semblait d’ailleurs que j’avais cessé de respirer, absorbé par Ce-qui-m’était-donné : ce paysage superbe, intensément rayonnant dans la clarté de l’air, solitaire sans soutien, mystérieusement suspendu dans le vide, et (en cela résidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de « moi », indépendant de tout observateur.
Sa présence totale était mon absence totale de corps et d’esprit. »
Douglas Harding

lundi 30 novembre 2020

Soleil intérieur

 


Tout être possède en lui un soleil intérieur ; l'essentiel est de le découvrir, d'y adhérer afin de pouvoir devenir entièrement soleil.

La pensée taoïste compare l'homme à un vase porteur d'une fleur d'or. Soleil ou fleur de lumière constituent le trésor caché, le soi recouvert de voiles.

Se connaître c'est pouvoir contempler sa nature originelle et lui être fidèle au sens du texte de l'apôtre Jacques : "Si quelqu'un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est comparable à un homme qui regarde dans un miroir le visage de sa naissance et qui après s'être regardé oublie ce qu'il est."

M.M.Davy


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On se prépare… En Avent !

 Voici un calendrier que j'aime bien. N'hésitez pas à partager et à le réaliser…


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dimanche 29 novembre 2020

« Retrouver cet espace en nous de calme et de douceur »

 

Par Jean-Yves Leloup, écrivain, théologien et prêtre orthodoxe, qui a publié en septembre Métanoïa, une révolution silencieuse (Albin Michel).


« Tout ce qui est élevé doit être abaissé, et tout ce qui est creux doit être relevé », nous explique, au sujet de l'Avent, Jean Baptiste le précurseur.

Cela revient à être attentif à nos moments de débordement, de colère, de révolte. Nous devons préparer notre terrain pour accueillir la présence de l'Esprit qui peut s'incarner en nous. Nous sommes tous plus ou moins cyclothymiques, à passer par des hauts et des bas. Tout ce qui est dépressif en nous, tous les ravins doivent être comblés, même si aujourd'hui nous sommes tentés de baisser les bras. Dans le même temps, tout ce qui est dans la prétention doit redescendre. Cette notion d'humilité renvoie à l'humus, à l'humanité car être « humain » c'est accepter notre glaise, cela nous ramène les pieds sur terre, sans descendre « sous » terre. Salomon nous dit également que la sagesse cherche un lieu de repos dans l'être humain, et, effectivement, nous sommes des êtres agités, déprimés ou excités qui doivent retrouver cet espace en nous de calme et de douceur : c'est là que le divin peut s'incarner, que l'éveil peut se manifester, que l'Être peut vraiment se donner. 

interview Aurélie Godefroy pour La Vie

vendredi 27 novembre 2020

Révéler l'Or dans l'Ordinaire des jours


Cet ouvrage comporte une série de récits inspirés au fil des rencontres et évènements de la vie, tel un pèlerinage à la fois intime et universel. Il n'a pas de table des matières, l'au-delà de la matière et les dialogues avec l'invisible en sont l'essence. Il révèle que toute traversée, qu'elle soit individuelle et collective, est accompagnée de moments "Kairos" et d'Amour. 
Bienvenue dans l'Ordinaire des jours !





C'est l'âme vibrante et le cœur engagé que Maryvonne œuvre depuis des années au service de la ré-humanisation des relations, des organisations et des collectifs.

Elle accompagne de nombreux groupes, en France et à l'international pendant près de trente ans, quand sa vie bascule vers l'inconnu. Elle sent les prémisses de cet effondrement plusieurs mois auparavant quand une lassitude s'installe peu à peu, l'entrain disparaît et la joie s'éteint. L'inconscient va lui servir de guide malicieux et créer le "décor parfait" pour que l'ego perde ses repères. La voie est ainsi ouverte vers un effondrement qui s'avèrera plus tard salutaire et qu'elle traversera en écrivant ces récits et inspirations.

La bonne nouvelle dont elle témoigne dans ce pèlerinage à la fois intime et universel, est la terre nouvelle et florissante qui se révèle progressivement des débris de ce qui fut "l'ancien monde".

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"...Lorsque l'automne paraît, nous sommes invités à vivre le même processus, laisser partir et lâcher l’ancien feuillage, se laisser effeuiller par le vent de nos existences et entrer dans la fraîcheur des jours et des nuits, tout en douceur. Il n’y a rien à retenir, rien à garder, la nature sait ce quelle fait et la vie fait son œuvre. Nos terres reçoivent nos feuilles mortes, nos schémas obsolètes, nos anciennes traces, nos desseins et intentions dépassées. Les empreintes s’effacent une à une tandis que les journées raccourcissent.

L'automne, la décomposition.

Comme ce mot peut faire peur tant il évoque la fin de quelque ordre ancien. Et pourtant, il est le nécessaire accomplissement vers une recomposition à venir dont nous ne pouvons contrôler le processus.

Etre juste les passagers du voyage, qui s émerveillent des lumières qui scintillent déjà ici et là, annonçant les jeunes fleurs qui déjà pointent délicatement leur visage."

Maryvonne Piétri
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jeudi 26 novembre 2020

Voyage poétique en soi

 


Pour écouter l'émission Boomerang de France Inter (que j'ai redécoupée) avec Le Clézio. Cliquer

"La poésie est résistance. S’il n’y avait pas ce désir de s’opposer à tout ce qui bafoue les règles les plus élémentaires de l’humanité, la poésie n’aurait pas de sens."

"Je ne m’attendais pas à lire dans la poésie quelque chose qui allait changer si radicalement ma façon d’être. Elle exposait une vérité : nous sommes le monde, il suffit de le regarder et nous devenons ce que nous regardons."

Il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’humanité un moment où la poésie a été aussi défendue et appréciée que sous la dynastie Tang. Elle nous apprend que la culture chinoise est la culture du livre et du savoir." 

"Nous avons désappris à voir que nous faisons partie de la nature. Nous ne sommes pas étrangers au monde. Il faut faire un voyage en soi-même et se changer : il faut pratiquer une hygiène de la vue." 

"Pour moi, la Bretagne est le pays de la mer, du lointain. C’est ce que j’aime chez elle et ailleurs. Oui, j’aime rencontrer dans le monde ces espaces dans lesquels on peut se perdre et oublier." 


"Je ne suis pas quelqu’un d’apaisé. J’ai un certain âge, mais je n’ai pas les cheveux blancs de la sagesse. Je suis toujours ému par la jeunesse, et je pense que les gens ont besoin de fréquenter cette jeunesse davantage." 

"Je crois que la compassion est indispensable. On en manque un peu aujourd’hui. De nos jours, le plus fort doit survivre, et les autres se débrouillent, ce qui est contraire à toutes les règles de l’humanité." 

"Il faut entendre les cris des disparus. Ils se plaignent. C’est une demande de justice. Il faut leur prêter attention." 

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mercredi 25 novembre 2020

Aux jeunes et ceux qui viennent après nous.

 (Ce texte reprend une chronique parue dans le magazine Kaïzen)


« Il ne suffit pas d’avoir de belles idées , d’être sincère et dynamique pour contribuer à un monde meilleur. Il faut, et c’est une vérité largement méconnue, avoir les moyens intérieurs de ses bonnes intentions »
La « spiritualité « c’est le lien. Plus précisément, une maturité intérieure qui permet de se vivre et concevoir de moins en moins comme une entité séparée, possédante et contrôleuse de son petit monde mais comme une forme, à la fois unique et totalement interdépendante de l’ensemble dont elle fait partie. Cet ensemble comprend non seulement le présent dans toutes ses composantes, humaines, sociales, naturelles, environnementales mais aussi le passé et l’avenir.
Une culture saine honore la mémoire des ancêtres. Sans nostalgie mais avec gratitude pour ce qu’ils ont permis. Il est également sain de se pencher sur les erreurs passées , pas tant pour cultiver de tardives repentances que dans l’intention d’éviter que ces erreurs se reproduisent. Et une culture saine se vit comme responsable de l’avenir, cet avenir qui, par définition, n’existe pas encore mais que pourtant nos actes d’aujourd’hui préparent, du moins pour une grande part. 

S’il est bien une attitude que l’on pourrait qualifier d’anti spirituelle, c’est celle qui a pour devise « après moi le déluge » , prétendant ne se déployer que dans un présent sans racines et sans perspective. Le présent conscient inclut le passé dont il est la conséquence et se soucie de l’avenir qu’il prépare. L’ego dans tout son aveuglement, c’est notamment cette incapacité de concevoir quoi et qui que ce soit en dehors de soi et après soi. Ou, pire encore, le concevant, le fait de ne pas s’en soucier. Cet égocentrisme se manifeste comme toujours à l’échelle individuelle comme à l’échelle collective. Sommes nous bien conscients , au fur et à mesure que nous avançons en âge, que nos enfants et héritiers auront à vider notre maison, qu’ils devront s’occuper de nos affaires dans l’état où nous les leur laisserons ? Bien entendu ce qui vaut pour nos habitations et nos papiers vaut pour la maison -planète …

Le fait est que la vie ne se réduit pas à « ma » vie. La vie est un continuum de changement auquel je participe de manière certes éphémère mais significative puisque mes actes ont des conséquences dont certaines seront assumées par ceux qui viennent après moi.
En tant qu’auteur et enseignant ayant passé la soixantaine, transmetteur, tant bien que mal, de valeurs à mes yeux essentielles, je suis toujours très touché de voir venir à nous des jeunes. J’étais moi même jeune quand j’ai rencontré un certain nombre d’ainés essentiels qui devaient orienter la suite de mon existence. S’ils ne sont physiquement plus parmi nous , j’avance chaque jour conscient de tout ce que je leur dois, conscient de ma responsabilité de faire en quelque sorte fructifier leur héritage en lui étant fidèle. Ou serai je et que serai je, s’ils n’avaient pas en leur temps oeuvré et témoigné ? En regardant les jeunes avec lesquelles je suis en lien, je ne perds jamais de vue qu’ils vieilliront avec ce que nous leur aurons légué.
A cet égard, il y a, bien sûr, l’état dans lequel nous allons leur laisser la planète. Faut il être insensé pour dorénavant ne pas voir que là est l’urgence des urgences,… D’autres en parlent ici et ailleurs mieux que moi. Et puis, il y a ce que nous allons leur léguer en termes de qualité d’être. 


Si nous pouvons nourrir de légitimes craintes, et pourquoi pas aussi quelques espoirs en la capacité de rebond et de réveil de l’humain, nous ne savons exactement pas de quoi demain sera fait, jusqu’à quel point, dans quelle mesure, les temps seront difficiles. Et quelle que soit la teneur des défis qui viendront, ils seront relevés par des êtres humains qui y feront face non seulement avec leurs compétences, leurs idées et leurs valeurs, mais aussi et avant tout avec leur qualité d’être.
Car il ne suffit pas d’avoir de belles idées, d’être sincère et dynamique pour contribuer à un monde meilleur. Il faut, et c’est une vérité largement méconnue, avoir les moyens intérieurs de ses bonnes intentions. Lesquelles risquent sinon, d’être vite compromises par les luttes de pouvoir et autres mesquineries qui savent s’introduire partout. Ceux qui seront là après nous devront composer avec ce que nous aurons fait - ou pas fait …- et ils se souviendront aussi , plus ou moins consciemment, de ce que nous aurons été, de qui nous aurons été. La manière dont ils répondront aux enjeux qui se présenteront à eux en dépendra dans une large mesure.

Gilles Farcet

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mardi 24 novembre 2020

Pensée transmise par Matthieu Ricard

 



Tous les bonheurs du monde viennent
De la recherche du bonheur d'autrui ;
Toutes les souffrances du monde viennent
De la recherche de son propre bonheur.

Bodhicaryavatara, La Marche vers l'Éveil, chap. 8, versets 129-130.

SHANTIDEVA (685-763)


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