dimanche 14 mai 2023

Donner sa langue aux pieds

Deux petits trucs pour revenir sur terre et couper nos pensées (un instant) : 

se mettre sur la pointe des pieds ou tirer la langue.

Vous pouvez essayer les deux en même temps ;-)


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samedi 13 mai 2023

Une superbe BD créée par Etienne Appert

 J'ai la chance de connaître Etienne Appert et son travail mérite d'être mis en valeur.

« Au crépuscule de la Beat Generation » : pèlerinage au cœur de l’anticonformisme

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Entremêlant les traits psychédéliques, les couleurs criardes, les teintes plus sombres et les représentations réalistes, Étienne Appert nous invite dans Au crépuscule de la Beat Generation à un voyage à la rencontre de quelques géants de la littérature américaine qui ont marqué et nourri la contre-culture du XXe siècle. Publié aux éditions La Boîte à bulles, ce roman graphique s’apparente à une déambulation, riche et inventive, au sein du mouvement Beat, qui a ébranlé l’Amérique des années 1950, et dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.


À travers les yeux du journaliste français Gilles Farcet, protagoniste principal de l’œuvre, ayant côtoyé Allen Ginsberg et ses proches, Étienne Appert dévoile les principaux traits constitutifs de la Beat Generation, mouvement à l’avant-garde de la contre-culture américaine, notamment caractérisé par l’anticonformisme et l’usage de psychotropes. De la rencontre séminale entre Allen Ginsberg, Jack Kerouac et William S. Burroughs dans les années 1940 surgissent trois séismes littéraires : Sur la route, Howl et Le Festin nu. Écrit par Jack Kerouac en 1957, Sur la route est une œuvre semi-autobiographique qui raconte les aventures de deux amis voyageant à travers l’Amérique dans la quête d’un nouvel idéal de liberté. Howl, publié en 1956, prend la forme d’un poème épique au sein duquel Allen Ginsberg adresse une critique féroce et imagée de la société de consommation et du conformisme. Le roman de William S. Burroughs Le Festin nu, datant de 1959, s’apparente quant à lui à une œuvre expérimentale utilisant la technique du cut-up pour dépeindre un univers hallucinatoire et satirique sur la drogue, le pouvoir et l’oppression sociale.

Au crépuscule de la Beat Generation traduit à merveille, tant sur le fond que sur la forme, les fondements du mouvement Beat. Il ne s’agit pas tant d’un courant littéraire que d’une communion humaine ou d’une pulsation extatique qui, au cours de l’Histoire, a inspiré les mouvements beatniks, hippies, punk et écologistes. Le récit d’Étienne Appert, basé sur les témoignages de Gilles Farcet, nous plonge dans un univers fascinant où cohabitent Ginsberg, Kerouac, Burroughs, mais aussi Patti Smith, Ram Dass, Peter Orlovsky, Gregory Corso ou Gary Snyder. Cette constellation d’artistes, d’auteurs, de poètes, tantôt géniaux tantôt pathétiques, se complètent de personnages insolites tels que Neal Cassady, l’inspirateur des auteurs Beat, ou l’énigmatique Hank, ce fameux « clochard céleste » qui incarne et décrypte peut-être mieux que quiconque l’esprit Beat et la quête de béatitude qui l’anime, par-delà les fantasmes et les idées préconçues.

La mise en scène graphique d’Appert est un véritable spectacle pour les yeux. D’une imagination débordante, elle semble en prise directe avec le propos de l’album. Porteurs de traumatismes et de tragédies, les protagonistes du mouvement Beat se mettent à nu, parfois littéralement, pour aller au bout de leurs idées et d’une logique de liberté poussée à son paroxysme. Allen Ginsberg en est le symptôme le plus évident. Et l’auteur d’ajouter qu’en tant que pilier central d’un mouvement qu’il coordonne, documente et promeut, il apparaît non seulement comme le défenseur d’un patrimoine inestimable mais aussi comme un individu dépossédé, de manière tout à fait consciente, d’une partie de son image publique – régurgitée à travers des produits dérivés ou des mythologies médiatiques et populaires, allant du flower power à Bob Dylan. Au crépuscule de la Beat Generation le montre sans cesse affairé, entouré de sa cohorte d’artistes, de secrétaires et d’amis, capable de porter un regard vif et vierge sur toutes choses et en toutes circonstances.

Étienne Appert ne tait rien des aspects plus erratiques et tumultueux des figures emblématiques

du mouvement Beat. Côté solaire, Gary Snyder se pose en chantre de l’écologie et du biorégionalisme, cherchant à donner une voix aux sans-voix dont la nature est constituée. Côté crépusculaire, Gregory Corso semble incontrôlable, sous la coupe de ses pulsions, aussi caractériel et dysfonctionnel qu’inspiré et talentueux. Et au cœur de cette fresque chorale et empreinte de psychédélisme, Hank occupe une place prépondérante. Ses propos, rapportés à différents moments du récit, fascinent Gilles Farcet et tendent à pénétrer au tréfonds de son psychisme. Le journaliste se questionne sur l’identité de cet homme, sur ce qu’il a produit et sur les raisons pour lesquelles il exerce une telle emprise sur lui. Le « clochard céleste » incarne en quelque sorte l’essence même de la Beat Generation, avec sa verve poétique, ses fulgurances et son acuité pour percer la réalité d’un monde qui cherche à se dérober.

Au crépuscule de la Beat Generation est une œuvre immersive, un véritable pèlerinage au sein d’un mouvement littéraire et artistique qui a marqué l’histoire et dont l’héritage est encore palpable aujourd’hui. Étienne Appert, bien aidé par Gilles Farcet, dépeint avec justesse les liens entre les auteurs Beat, le mouvement hippie et des penseurs qui les précèdent tels que Henry David Thoreau ou Ralph Waldo Emerson, dressant ainsi un panorama de la contre-culture américaine. Il évoque les drogues, les combats sociaux, le non-conformisme, la quête de liberté, y compris sexuelle, puissamment liés au mouvement Beat. Et finalement, le voyage initiatique auquel entendait se livrer Gilles Farcet donne lieu à une relecture, subjective, passionnée et passionnante, d’un contre-courant culturel dont la vigueur n’a eu d’égale que la richesse.

Au crépuscule de la Beat Generation, Étienne Appert
La Boîte à bulles, avril 2023, 240 pages
(source texte : le mag du ciné)

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vendredi 12 mai 2023

Habitudes mentales


L
ors de la méditation à sainte Pezenne, nous avons cherché à comprendre comment nous avons dans notre vie développé nos habitudes mentales.

Rechercher comment cela s'est produit s'appelle faire un travail sur soi, un travail personnel pour arriver à comprendre son propre fonctionnement.
Ce travail s'avère pour certains très utile car cela permet de découvrir pourquoi notre esprit fonctionne d'une certaine façon.

Pour d'autre, c'est sans grand intérêt car cela ne va aboutir qu'à renforcer une identification à un moi au travers d'une histoire que nous allons découvrir et à laquelle nous allons nous identifier. Ce qui n'est qu'une nouvelle source de souffrance. Ce dernier point mérite un long développement que je ne vais pas faire aujourd'hui.


La vraie solution est de revenir à l'instant et de découvrir ce qui se passe au sein de cet instant insaisissable, de découvrir que cet instant est juste de passage au sein de notre esprit. Pouvons-nous nous en réjouir ?


Philippe Fabri

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jeudi 11 mai 2023

Ouverture au silence


 «Suivons les voix qui ne réduisent pas la pensée au calcul, la vérité au fait, la beauté à la fonction. Suivons ceux qui se rebellent à l'idée que l'égalité signifie l'élimination des non-égaux ; que la tolérance soit le don gracieux des vainqueurs aux valeurs qu'ils ont abattues ; que la justice habite le camp des vainqueurs. Suivons qui invite à se rebeller — mais pour en revenir à soi-même, pour commencer à comprendre d'ici, depuis ce lieu-non-lieu, notre être au monde. Libres du bavardage universel.» (Massimo Cacciari)

«Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c'est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l'absolu qui nous entoure.» (Christian Bobin) 

«Il n'y a pas à créer le silence, il n'y a pas à l'introduire en nous. Il y est déjà et il s'agit tout simplement de le laisser revenir en surface de lui-même, de sorte qu'il élimine par sa seule présence tous les bruits importuns qui nous ont envahis.» (Un Chartreux)

Photo : à proximité du monastère de la Grande Chartreuse.

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mercredi 10 mai 2023

Hommage à Yahne Le Toumelin

 



Chers amis,

Nous avons la grande tristesse de vous annoncer le décès de notre grande amie Yahne Le Toumelin, survenu à Tursac en Dordogne, ce 8 mai 2023 au matin, chez elle, dans sa 100ème année.

Personnage aux multiples facettes et à la forte personnalité, artiste peintre renommée, elle fut avant tout une pratiquante de la première heure. Elle rencontra Kangyour Rinpoché en 1968, puis passa plusieurs années auprès de lui à Darjeeling. Elle a pris les vœux de moniale avec Sa Sainteté le 16ème Gyalwa Karmapa en 1968 et fit un long séjour auprés de Dilgo Khyentsé Rinpoché au Bhoutan. Elle fit également une retraite de trois ans en Dordogne et y a vécu depuis. Elle eut aussi l’occasion de servir Kyabjé Dudjom Rinpoché et sa famille.

Quiconque a eu l'occasion de la rencontrer garde le souvenir d'une personne hors du commun, de par son talent artistique, son humour, sa bienveillance et ses côtés hauts en couleur, parfois étonnants, voire extravagants, mais toujours empreint d’un grand cœur.

Ayant une foi inébranlable dans les enseignements du Bouddha et les maîtres qu'elle a rencontrés et servis pendant de nombreuses années, elle a inspiré par sa vie et son exemple de très nombreuses personnes.

Son itinéraire spirituel est indissociable de celui de son fils Matthieu dont elle était très proche, et qui a pris soin d'elle toutes ces dernières années. Sa chère fille Ève et son époux Yann, se sont également installé en Dordogne non loin d’elle.

Yahne sera inhumée ce vendredi 12 mai à 13 heures dans le cimetière de Tursac, Dordogne.

Bien amicalement,

Songtsen-Chanteloube



Yahne Le Toumelin : peindre l’unique lumière

« La plaisanterie de s’éveiller à la lumière de l’esprit est sûrement la meilleure et la plus longue », écrivait avec humour Yahne Le Toumelin dans son recueil d’aphorismes Lumière rire du ciel. Pour la nonne bouddhiste et peintre « aux mille peintures à la fois », qui a traversé toute l’histoire de l’art moderne, cette lumineuse « plaisanterie » aura duré plus de 97 ans !

Vous pouvez lire son histoire terrestre sur la page suivante de Catherine Barry

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mardi 9 mai 2023

Hommage à Gérard Bayo





Gérard Bayo nous a quittés. Voici l'un de ses poèmes extrait de Pas encore, publié en 2009 aux Éditions En Forêt

 
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lundi 8 mai 2023

En entier, être aimé...

 


"Nous aimons si peu, ou si mal, avec une moitié de nous-mêmes et nous aimons chez l’autre quelques morceaux choisis, les plus connus, ceux qui font le moins peur. C’est si rare d’aimer quelqu’un entièrement, ce qui nous plaît et ce qui ne nous plaît pas, c’est si rare d’être aimé entièrement avec nos creux d’ombre, nos torses de lumière.

J’avoue que j’ai vécu, j’avoue que je suis blessé, mais ces blessures sont aussi ma beauté. L’amour, c’est ne plus avoir besoin de se cacher, de dérober à l’autre son plus mauvais profil, pouvoir enfin se montrer nu à quelqu’un qui n’en profitera pas pour affirmer sa puissance.

Être nu dans un regard qui respecte notre force et notre fragilité, tout est si précieux, si éphémère…

Tout ce qu’on fait sans amour est du temps perdu, tout ce qu’on fait avec amour est de l’éternité retrouvée..."

Jean-Yves Leloup

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dimanche 7 mai 2023

Le goût du bonheur

 Comment cultiver le goût bonheur par Marie-Christine Barrault : 


Ne pas dépendre des événements

Comme disait Marie Curie, que j’ai eu la chance d’incarner au cinéma, il ne faut pas dépendre des événements. Le bonheur est comme un château intérieur que rien ni personne ne peut détruire. Mais ce château, il faut le défendre des attaques ennemies, c’est-à-dire des épreuves, petites ou grandes, qui adviennent inévitablement. Comment ? En veillant sur lui, constamment, chaque jour, grâce à un travail intérieur. On ne peut pas être heureux en se laissant vivre.

Être dans la gratitude

Au lever, je souris à moi-même, je me demande quelles merveilles vont m’être offertes et je dis « oui », je me lance dans la vie. Je me regarde ensuite dans la glace et je me dis : « Ne t’énerve pas. Dans 10 ans, si tu es toujours là, tu regretteras ton visage d’aujourd’hui, alors profite ! » La vieillesse n’est pas un cauchemar, elle n’est qu’une étape sur le chemin de notre existence. Je la respecte infiniment. Le soir, je revois chaque détail de la journée et je m’en réjouis. La gratitude cultive et nourrit mon bonheur, elle le rend tangible, malgré mes douleurs et mes peines.


« Je souffre donc je suis »

Quand j’ouvre l’œil le matin, je suis très optimiste, mais quand je mets le pied par terre, c’est douloureux (rires). J’ai 79 ans tout de même, alors, oui, je dois accepter que mon corps me fasse défaut. Mais je souffre donc je suis ! Mes douleurs me rappellent que je suis toujours vivante. On peut construire quelque chose sur la douleur à condition de ne pas la refuser, mais de l’accompagner.

Être là, présent au présent

À l’âge que j’ai maintenant, je pense que la réponse à tout ce qui peut arriver dans une vie, c’est : être là. C’est une façon de vivre qui aide à transcender toutes les questions de l’existence. Tous les drames aussi. Je l’ai compris au moment de la mort de Vadim. Plutôt que de faire à tout prix, il s’agit d’être. Ma vision de l’interprétation tient donc en ces deux mots : être là. Dans la vie comme sur scène.

source : La Vie

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samedi 6 mai 2023

En chemin


Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin
Tout passe et tout reste
Mais il nous revient de passer
Passer en faisant des chemins
Des chemins sur la mer 

Toi qui chemines, ce sont tes traces,
Le chemin et rien de plus ;
Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant 

En marchant le chemin se fait
Et quand on se retourne pour voir
On voit le sentier que jamais
L’on n’aura plus à fouler

Antonio Machado , Caminante, no hay camino

vendredi 5 mai 2023

Le choix des pensées



Vous avez certainement déjà remarqué que vous ne choisissez pas vraiment vos pensées, elles apparaissent, elles surgissent, sans que vous ne fassiez rien.

Votre libre arbitre, quand vous prenez conscience de la pensée qui a surgi, est de suivre ou ne pas suivre cette pensée, de réaliser que son contenu n'est pas toujours vrai (notamment les jugements), que si vous discutez avec cette pensée, vous allez créer une autre pensée jusqu'à cela devienne un véritable tumulte mental.

D'une certaine façon toutes les pensées que vous cultivez vont revenir et celles que vous ne suivez pas vont perdre de leur force et finalement ne plus revenir.

Pour modifier nos pensées, nous pouvons aussi prendre l'habitude de cultiver des pensées altruistes, des pensées de générosité, de courage, de patience...

Changer le monde et changer les autres est au-dessus de mes forces et ne correspond pas vraiment à ce que je souhaite. Changer ma vue sur le monde est par contre possible.

Puis-je réaliser

  • que tout est impermanent et donc peut-être précieux ?

  • Que tout dépend de causes et de conditions, qu'aucun phénomène, aucune perception n'existe seul, par lui-même. Tout est toujours la conséquence d'autre chose selon les conditions du moment.

  • Que tous les êtres souhaitent être heureux.

  • Que tous les êtres ne souhaitent pas souffrir.

  • Que l'immense majorité des êtres est inconsciente des conséquences de ses actes, preuve en est qu'ils réalisent des actes qui font souffrir les autres et qu'ainsi ils n'empruntent pas le chemin du bonheur.

Je vous souhaite à tous une belle journée sur le chemin du bonheur.


Philippe------------

jeudi 4 mai 2023

Stratégie de survie, encore et toujours

 Un homme que j’accompagne depuis plus de vingt ans me parle de ce qu’il observe de sa « stratégie de survie » telle qu’elle se manifeste sur le vif, à travers des réactions intérieures et extérieures. 


Ce qu’il y a de remarquable avec cette fameuse stratégie de survie, c’est qu’elle peut s’énoncer en quelques phrases, lesquelles n’auront rien d’extraordinaire pour un auditeur non averti, et qu’elle ne bouge pas au fil des années, des décennies, de l’existence toute entière. 

Elle ne se modifie en rien. Ce que cet homme perçoit maintenant avec tant d’acuité était là il y a vingt ans. De fait, nous l’avons déjà abordé ensemble à maintes reprises, et presque dans les mêmes termes. 

Ce qui change, ce n’est pas la stratégie c’est sa conscience à lui du degré auquel cette stratégie le manipule. 

En pratique, cette stratégie n’est rien d’autre que l’ego et le mental au niveau du noyau, la façon dont l’ego et le mental se sont cristallisés chez cette personne particulière. C’est précisément pourquoi la prétention à émerger du principe ego est naïve.

 L’ego n’est pas un principe, c’est chez chacun de nous un fonctionnement certes régi par des lois impersonnelles s’appliquant à tous (l’ego-centrisme) mais qui s’articule de manière quasi unique chez chacun. 

Voilà aussi pourquoi la distinction entre psychologie et spiritualité s’avère au final artificielle. 

Il y a bien un « niveau spirituel » à distinguer du « niveau psychologique ». 

Mais dès lors qu’il s’agit de « Travail » de "liberté", les deux s’interpénètrent continuellement. 

Oui, le niveau spirituel en lui même n’est pas affecté par le niveau psychologique ; oui ce niveau spirituel est en lui même radicalement libre, non dépendant, non inscrit dans le temps, l’espace, l’histoire … 

Et l’erreur fatale consiste à croire, encore une fois naïvement si on y réfléchit ,qu’une forme humaine (donc une personne) pourra en tant que forme fonctionner dans le monde des formes à partir de ce niveau spirituel sans que quoi que ce soit de la forme interfère et colore.

Erreur qui amène à considérer (ce qui est bien pratique) que l’ « éveil » se passe de tout contexte et donc à négliger, même pas le travail « psychologique » mais tout simplement … le « Travail », le travail sur cette matière humaine à travers laquelle le niveau spirituel va s’exprimer, se manifester. 

Cette négligence conduit à tous les abus, à toutes les illusions, à toutes les « chutes » malheureusement si fréquentes dorénavant chez nombre d’enseignants se voulant « éveillés ». Ils ont négligé le contexte, voire utilisé  « l’éveil » comme un alibi pour s’économiser le « travail ». Dangereuse négligence à moyen terme. 


J’ai relu récemment des notes prises il y a quelques années à propos de ma propre « stratégie de survie ».  Et j’ai été frappé de constater comment tout était déjà clairement articulé dans ces notes. Et comment, pourtant, il m’est nécessaire d’y revenir, encore et encore, tant qu’il en reste ne serait ce que des bribes actives. 

En vérité, sur la voie, on ne fait que tourner autour du noyau, en cercles concentriques. On tourne autour, on s’en rapproche. Plus on s’en rapproche plus c’est « chaud ». Jusqu’à traverser le dit noyau. Le trou de l’aiguille. Voir le traverser plusieurs fois car il a la vie dure. 

C’est cela « le travail ». Combien de personnes pourtant sincèrement touchées par « la voie » ne le soupçonnent pas encore ? Et ce travail se situe tellement à l’opposé des fascinations actuelles pour l’immédiat, la soi disant approche « directe ». Comme si il existait des approches "indirectes" empruntées par quantité de pauvres gens tenant absolument à perdre leur temps ...

Gilles Farcet (extrait du "carnet")

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mardi 2 mai 2023

Vers une conscience vivante

 Voici mes impressions après la lecture du nouveau livre "Vers une conscience vivante" de Jean Bousquet, éditions ACCARIAS L’ORIGINEL, 2023, 187 pages.

« Apprendre à vivre sans refuge conceptuel est garant de la plus haute sécurité. » (p. 41)

Ce livre de Jean Bousquet, conférencier et écrivain, se compose de 43 chapitres thématiques, du « temps d’une vie » à la « libération spirituelle », de longueur variable et de contenus divers, du texte élaboré à la succession d’aphorismes. Il nous invite avant tout à demeurer au cœur de nos questions, de leur exigence vitale, en oubliant les réponses, qui toutes ne pourront que nous conduire à une fausse sécurité. Il passe en revue les grands domaines de l’existence superficielle qui est la nôtre – de la société mercantile, néo-libérale, sur-consommatrice, qui dégrade et saccage les ressources planétaires, à l’intelligence artificielle – et propulse dans notre esprit un grand souffle libérateur.
La syntaxe et le vocabulaire utilisés en témoignent : il ne s’agit pas ici de nous proposer une nouvelle sagesse ou une nouvelle méthode spirituelle, mais au contraire de balayer et de dissoudre… Aussi les phrases sont-elles volontiers marquées par la négation. On y relève des adjectifs puissants comme « radical », « vertical », « crucial », « sauvage », « invincible », « inconditionnelle », « incommensurable », des déterminants absolus tels que « tout », « aucun », des adverbes tranchants comme « rien », de vigoureux substantifs comme « soif », « cataclysme », « brasier », des formules décisives, à l’image de « cri vers la Lumière », « Révélation fulgurante », « immensité inembrassable », « indispensable arrachement aux habitudes délétères, mortifères » loin du « marécage de l’accoutumance à un monde, à une vie sans perspective, à une vie coupée de l’Esprit, sans joie réelle, sans amour, sans renouveau ». L’auteur utilise également le mode impératif, ainsi que des figures de style particulières, par exemple cette métaphore filée, en s’adressant directement à nous pour rendre l’impact de ses mots encore plus intense et frappant : « Imaginez que vous entrez dans un appartement situé en étage […]. Il arrive un moment crucial, critique, où tout ce bric-à-brac psycho-mental vous pèse, oui, vous devient insupportable »… Ailleurs, il emploie l’antithèse, seulement marquée par le point-virgule : « Toutes les formes meurent un jour ; la Vie demeure éternellement. » Ou bien ce néologisme qui dit bien ce qu’il veut dire : « mots-cages ». Ou encore l’énumération de synonymes et de sonorités, la répétition de mots ou l’anaphore, qui assènent leurs coups de marteau : « fermée, fixe, figée, finie, définitive, donc morte » ; « Plus rien à gagner ; plus rien à perdre non plus. »
On l’aura compris, cet ouvrage de Jean Bousquet nous invite perpétuellement à la « révolution » intérieure. Il met en garde contre tous les pièges spirituels, y compris ceux de la méditation. Il martèle, tranche dans le vif, nettoie et rafraîchit. Un livre qui ne fait pas semblant et qui décape, inattendu et salvateur !
Voici un bouquet de citations qui m’ont particulièrement frappée :
● « Lorsque des traditions spirituelles affirment que le monde est illusion, ce n’est pas tant de la matière qu’il est question mais de l’inévitable biais cognitif-perceptif de notre conscience inconsciente d’elle-même. »
● « C’est indescriptible et pourtant très simple : c’est comme c’est ; une évidence indiscutable à laquelle on se rend enfin. Il n’y a rien à en dire, rien à en penser ; on ne peut ni l’aimer ni la détester, tant elle emplit tout ; ce serait encore s’en éloigner, l’envelopper de chimères, la cacher de nouveau. La réalité, c’est ce qu’il reste quand il n’y a plus rien. »
● « La vraie pensée est au-delà des mots. La vraie pensée est silencieuse. »
● « Comme pour tout, il y a un prix à payer pour pouvoir se tenir sereinement et durablement debout sur le terrain solide de la vérité. »
● « La conscience vivante n’est pas un mécanisme de la pensée. La conscience vivante est un voyage sans destination ; nous « n’arrivons » jamais, nous restons simplement vivants, alertes, en éveil. »
● « Seule la Vie crée ; l’être humain ne sait que reproduire, imiter, multiplier ; et bien souvent, seulement se reproduire, s’imiter, se multiplier. »
● « Ceux qui se dépouillent de tout mouvement interne se connectent au simple. »
● « Personne n’est droit. Personne n’est vertical. Personne n’est l’intermédiaire parfait entre ciel et terre, le « paratonnerre » idéal. Tous penchent d’un côté ou de l’autre, suivant des inclinations irrépressibles, ataviques, viscérales, structurelles, cellulaires, innées. »
● « La chute cesse lorsque plus rien en moi ne résiste à la chute. »
● « L’acte authentique, libre de tout devenir ou intention spatiotemporels, dénoue les liens, tranche les nœuds, enseigne sans paroles : il délivre le présent. »
● « Consulter la mémoire est une activité bruyante autant qu’inutile, pleine d’espoir fébrile et d’anxiété, finalement frustrante. Rien de neuf ne peut en sortir. Or le silence absolu est toujours neuf, toujours vierge, toujours surprenant, toujours émerveillant. »
● « Ne vous enfuyez pas, ne résistez pas, ne dissimulez pas, mais voyez ! C’est cela, être vide ; c’est cela, le vide libérateur ! »
● « Donner presque tout, jeter presque tout dans le feu de la vérité, est insuffisant, inutile. Un engagement total – non pas dans une organisation, non pas dans une foi quelconque en une quelconque divinité – est le minimum exigible. »
● « Le septième sens n’est pas un ajout, une nouvelle excroissance ou propriété de la personne humaine issue de l’évolution. Il est le résultat d’un retournement, d’une révolution interne spontanée, d’une rupture radicale avec tout le fonctionnement ordinaire (ou extraordinaire ) de la personne (pensée, sentiment, désir, émotion, activité) - d’un adieu conscient à toute la confusion reconnue telle qu’elle est. »
● « Le vide est la seule réalité permanente ; tout ce qui vient l’emplir ou le traverser n’est que passager, transitoire. »
● « Il n’existe pas de mauvais choix ; seulement des choix conscients et des choix inconscients. »
● « Le feu de l’attention est un feu de joie libératrice. En consumant ce qui est mort en nous, il redonne la vie. »
● « La peur de l’ego n’a pas d’autre fondement que l’existence même de celui-ci ; l’ego est la peur, l’ego est la mort. […] La mort de cette mort est Vie véritable. »
● « La libération spirituelle passe immanquablement par des actes posés en toute conscience, des engagements mesurés et conséquents. Chaque pas prépare l’envol, mais les pas, aussi nombreux soient-ils, ne peuvent suffire à eux seuls. Un élément mystérieux, très individuel et intime, doit être ajouté ; un levain seul capable de faire monter la pâte soigneusement pétrie. Ce levain est la soif spirituelle, réelle, authentique, puissante, inextinguible, qu’aucun enseignement, aucune pratique, aucune appartenance ne saurait faire naître ni étancher. »

Par Sabine Dewulf
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