"Les gens ont le fantasme qu'une fois l'Illumination survenue, il n'y a plus de douleur. Il est imaginé que tout devient bien, beau, doux et léger tout le temps. Ce n'est pas vrai. La vie est, de par sa nature même, parfaitement belle et parfaitement douloureuse. Quelqu'un de plus poète que moi a dit qu'elle est comme lécher du miel sur une branche d'épines. Aussi longtemps qu'il y a de la vie dans l'organisme humain que nous appelons le sage, il y aura l'expérience de la beauté et de l'horreur, de la joie et de la peine.
jeudi 19 octobre 2023
Totalité pacifique
"Les gens ont le fantasme qu'une fois l'Illumination survenue, il n'y a plus de douleur. Il est imaginé que tout devient bien, beau, doux et léger tout le temps. Ce n'est pas vrai. La vie est, de par sa nature même, parfaitement belle et parfaitement douloureuse. Quelqu'un de plus poète que moi a dit qu'elle est comme lécher du miel sur une branche d'épines. Aussi longtemps qu'il y a de la vie dans l'organisme humain que nous appelons le sage, il y aura l'expérience de la beauté et de l'horreur, de la joie et de la peine.
mercredi 18 octobre 2023
Le passé à digérer
Charles Pépin : « Pour aller de l’avant, il faut prendre son passé avec soi »
[Interview] Du passé, ne faisons pas table rase. Le philosophe et romancier, qui vient de publier Vivre avec son passé, nous conseille de régénérer celui-ci pour s’en libérer.
Notre passé ne passe pas. Il n’est pas un bibelot poussiéreux que l’on peut abandonner sur une cheminée. Au contraire, il est extraordinairement vivace, surgissant dans le présent, sans prévenir, sous forme de réminiscences, de rêves ou d’émotions inexpliquées. Enfance, éducation, événements heureux ou malheureux, mais aussi lointaine histoire familiale : nous sommes faits de notre passé bien davantage que nous ne le pensons. Pour que nous soyons réellement libres, le « philosophe du quotidien » Charles Pépin nous incite à le cultiver et à investir le territoire trop souvent inexploré de notre mémoire. L’enjeu ? Comprendre qui nous sommes et aller de l’avant vers ce qui nous rendra heureux.
Plutôt que d’oublier, démarche souvent illusoire, se souvenir nous permet de mieux vivre avec nos fantômes, nos traumatismes et nos regrets. Car les neurosciences le confirment : il est possible de modifier son passé, sa marque parfois négative sur nous, sa nocivité. Saisissons-nous aussi du trésor des beaux souvenirs, cet « édifice immense » dont parle Proust, à portée de main, sur lequel nous nous attardons trop peu, embarqués malgré nous dans l’accélération généralisée de nos existences. Voyageons dans le temps, pour donner au présent sa véritable épaisseur, et pourquoi pas goûter dès ici-bas à quelque chose de l’éternité. C’est à un compagnonnage avec le passé que nous invite ardemment Charles Pépin, convaincu que s’y trouve une clé du bonheur.
Pourquoi écrire sur le passé ?
J’ai cherché une sagesse qui permettrait de bien vieillir parce que je suis entouré de gens qui ressassent, et que j’avais peur de leur ressembler ! En outre, les dernières découvertes des neurosciences sur la mémoire m’ont passionné, notamment celles concernant la plasticité cérébrale et le fait que nos souvenirs ne sont pas une donnée figée mais peuvent être « retravaillés » grâce à des thérapies. Enfin, l’idéologie moderniste selon laquelle on peut tourner la page, se débarrasser d’un passé trop pesant par une simple décision, m’agace. C’est faux et inefficace. Je défends l’idée que pour aller de l’avant, il faut prendre son passé avec soi. Je veux proposer une philosophie qui permette cela.
« Le passé ne passe pas », écrivez-vous. De quelle manière est-il encore vivace dans le présent ?
Nous le constatons lorsque nous vivons une réminiscence : une histoire d’amour, un moment de sa paternité reviennent parfois d’un coup, extrêmement, précisément, à la manière de Proust et sa madeleine. Cela montre que le passé est bien là, certes pas en permanence et de manière consciente, mais quelque part. Nous ressentons aussi parfois une forte émotion, comme de la colère, dont nous ne comprenons pas la cause mais dont la clé se trouve dans le passé. Il y a aussi nos rêves où certaines images convoquent une période ancienne qui vient se mélanger aux souvenirs plus récents.
Le passé n’est pas du passé. L’illusion qu’il est révolu nous entrave souvent au quotidien, car nous ne comprenons pas qu’il nous travaille encore. Il faut faire avec, l’étudier, l’accepter, puis parfois le mettre à distance mais certainement pas le balayer d’un revers de main.
Ignorer son passé créerait un « appauvrissement de nos existences ». C’est-à-dire ?
Notre identité n’est pas abstraite, mais le fruit d’une histoire, comme Bergson l’a magnifiquement montré. Ce que nous avons vécu se sédimente et fait notre identité. Coupés de notre passé, nous ne nous connaissons pas. L’identité sans mémoire est creuse. Le risque alors est de « flotter » ou de s’accrocher à des identités factices et rapides.
Nous retourner vers notre passé permet aussi de savoir ce qui compte pour nous et donc d’aller vers ce qui nous ressemble et nous rendra heureux. C’est à cette condition, par exemple, qu’une reconversion professionnelle peut être réussie. Nos souvenirs nous donnent des indices sur la manière de conduire notre avenir. Se tourner vers le passé et aller vers l’avenir ne s’opposent pas, à l’image du rugby où les joueurs courent en avant en faisant des passes arrière. La mémoire est une force d’avenir.
Pourtant, ignorer ce passé est parfois de l’ordre de la survie.…
Il existe des situations où pendant un moment qui peut être très long, parfois des décennies, il est impossible de revenir sur le passé car il est trop violent. C’est une question de survie. Cela a été le cas pour Jorge Semprun, par exemple, qui, de retour des camps d’extermination, a parlé d’« oubli volontaire » pour reconstruire sa vie. Beaucoup de femmes violées le vivent ainsi. Cela est légitime et nécessaire. Mais ce passé risque de revenir des années après sous forme de flashs traumatiques ou de névroses, d’émotions inexpliquées. Il faudra alors s’y confronter pour aller mieux. Jorge Semprun a fait l’expérience de cauchemars au terme desquels il ne savait plus si les camps étaient une expérience fantasmée ou réelle, s’il était encore là-bas ou pas. Il était rattrapé.
Même lorsque l’on dispose d’une force de vie qui nous fait aller de l’avant, il est dangereux de tourner la page car le passé risque de revenir d’autant plus violemment qu’il a été refoulé. En outre, nous pouvons intervenir sur un souvenir qui nous hante, il n’est pas figé à jamais, comme nous l’enseignent de nouvelles thérapies prometteuses sur la mémoire traumatique. Le cerveau se reconstruit sans cesse.
Les « leçons de vie » tirées de certaines expériences douloureuses peuvent être modifiées. Par exemple, une enfance difficile, avec un père absent et une mère pas aimante, nous fait conclure que nous ne sommes pas dignes d’être aimés. Or nous savons aujourd’hui qu’il est possible de casser cet « enseignement » par une courte psychothérapie. Il faut certes accueillir son passé, mais on peut aussi en diminuer la nocivité.
Une autre méthode, déjà développée par les stoïciens, est celle de « l’habituation » : au lieu de fuir une image qui me hante et reviendra inévitablement, il me faut m’habituer à cette scène douloureuse, la mort de mon frère, cet examen raté… en lui donnant des rendez-vous, en la convoquant et en la regardant en face, quelques minutes par jour pendant quelques mois. Ainsi il y aura une usure de la toxicité du mauvais souvenir. Cela marche très bien ! Il y a aussi la méthode de la « dilution » du mauvais souvenir dans des bons. C’est l’intuition de Jorge Semprun : « faire le plein » de bons souvenirs, qui feront ensuite la guerre aux douloureux.
Le passé, c’est aussi les souvenirs heureux…
Oui ! Ils sont un trésor à disposition que nous ne mobilisons pas assez ! Se souvenir des belles choses est décisif et très simple, à condition d’y prêter attention. Or nous sommes le plus souvent affairés par le présent et soucieux de l’avenir. Lorsque nous avons des flashs d’un bon souvenir, nous le laissons repartir sans lui donner une réelle place.
Proust nous donne une méthode pour y goûter réellement : il faut s’arrêter et être attentif, s’y attarder ne serait-ce que quelques minutes. Alors, au lieu d’être nostalgiques, nous sommes joyeux ! À la manière de Proust, nous pouvons nous souvenir non seulement de cette plage l’été, mais aussi de la blague lancée à ce moment-là, de l’orangeade que nous avons bue, etc. Le passé est présent. Nous avons le pouvoir de le faire revenir et de revivre un bonheur.
Épicure propose aussi de mesurer combien ce bonheur passé aurait pu ne pas être, et conseille de se remplir de son caractère miraculeux. « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant », dit de manière tragique Prévert. Je milite pour que nous entendions « le bruit que le bonheur fait en revenant », lorsque nous le convoquons. Pour cela, il ne faut pas se laisser prendre par l’accélération généralisée de nos existences. Prenons soin de notre mémoire, par exemple en imprimant certaines photos de notre téléphone pour les regarder vraiment, au lieu de les faire défiler…
Comment existe la liberté si « nous sommes notre passé » ?
Si je considère la liberté comme la possibilité de faire ce que je veux, alors la conscience de mon passé entrave ma liberté. Mais cette vision est une illusion. Je propose avec Bergson de redéfinir la liberté comme le fait d’être pleinement soi et de faire des choses qui nous ressemblent et expriment notre personnalité. Cette liberté découle de l’examen de mon passé. Le passé n’est pas un déterminisme, mais un conditionnement.
Plus nous prenons conscience que nous aurions pu naître ailleurs, avoir une autre place dans la fratrie, plus nous pouvons reconquérir une réelle liberté et inventer notre avenir. Être dans le déni, en croyant comme Sartre que l’on peut s’arracher complètement à son passé, nous condamne à aller dans le mur, parfois en reproduisant des schémas sans le savoir ou en étant habité par le passé sous forme de névroses.
N’est-il pas illusoire de vouloir « prendre tout notre passé avec nous » ? Une partie nous échappe…
Nous ne pourrons jamais tout savoir de notre passé, mais nous pouvons identifier des grandes dates clés. En outre, bien sûr, notre passé n’est pas que le nôtre, il est aussi celui des générations précédentes, de notre classe sociale. Mais nous pouvons avoir une prise sur lui. Par exemple, Didier Eribon, dans Retour à Reims, analyse son rapport au monde, et comprend ce qui vient des générations passées. Une psychogénéalogie peut aussi nous faire comprendre certains fantômes qui nous hantent.
Tous les secrets de famille ne doivent pas être levés, et il faut parfois tourner le dos au passé, mais une vie et une liberté proprement humaines nécessitent de savoir qui nous sommes pour aller vers l’avenir. Les auteurs d’œuvres importantes ont une conscience aiguë du passé, comme les grands hommes et femmes politiques capables de parler à un peuple parce qu’ils savent faire résonner son histoire. Nietzsche nous prévient : si tu ne sais pas de quoi tu es l’héritier, tu ne pourras rien fonder.
N’avons-nous pas besoin de rites pour faire mémoire ?
Nous avons besoin d’être invités à nous souvenir, comme lors des enterrements, par exemple dans la culture juive où l’on se rassemble une fois par semaine pendant deux mois pour cultiver le souvenir du défunt. Sans ces rites, nous sommes pris dans la hâte du présent et ne pensons pas suffisamment à nos morts. Nous en souffrons, ils nous manquent. Pourtant lorsque nous y pensons réellement, nous arrivons à les rendre vivants et à passer ce cap qui consiste à vivre et à prolonger le dialogue avec eux.
Nous pouvons goûter alors à quelque chose de l’éternité. De quelle manière ?
Nous raisonnons beaucoup en trois blocs – passé, présent, futur – distincts. Pourtant, Proust, Bergson et Freud disent la même chose : il n’y a pas de linéarité du temps, tout est mélangé dans une étrange simultanéité. Pour Bergson, ce que l’on a vécu persiste indéfiniment : lorsque je me retourne vers mon passé, que je me souviens de moi à 7 ans dans ce jardin, à 15 ans dans ce lycée, à 40 ans dans cette entreprise, il me semble que je touche à l’existence du moi, qui reste constant dans tous ces moments. C’est bien la même personne à chaque fois.
Au cœur de ce travail de mémoire, je sens quelque chose d’immuable qui est mon âme, une permanence de mon moi, et donc quelque chose de la vie éternelle. Proust considère que l’expérience de la mémoire peut nourrir une espérance en la vie éternelle.
Ne vivons-nous pas aussi des moments de « pur présent » ?
Il y a une mode « d’habiter le présent ». Pour traverser certains traumatismes et constater que je ne suis plus dans ce passé qui m’a fait mal, cela peut être utile. Mais, au-delà, le « pur présent » me paraît illusoire, car en réalité, nous vivons l’instant en étant le fruit de notre passé. Déguster un bon vin, en savourant l’instant présent n’est possible que parce que, comme le dit David Hume, un apprentissage a mené à cette « délicatesse de la perception ». Celle-ci est toujours imprégnée de souvenirs et d’éducation. L’idée de « pur présent » appauvrit l’existence.
Bien sûr, ce retour sur son passé est moins important à 17 ans qu’à 60, mais chaque seconde qui passe s’enfuit dans le passé, et nous commençons à vieillir très jeune ! Vivre, c’est accumuler du passé, comme une matière à portée de main qui peut nous indiquer où sera notre bonheur futur. Assouplissons notre rapport au passé, comme nos articulations, afin de bien vieillir et de ne pas devenir un « vieux con ». Pour vivre avec son passé, et non dans son passé.
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source : La Vie
mardi 17 octobre 2023
lundi 16 octobre 2023
L'essentiel à lire...
Texte de Sabine Dewulf :
Je vous avais promis, il y a quelque temps, une note de lecture à propos du dernier livre de Daniel Morin. La voici !
Daniel Morin, "Je, ne sait pas", éditions ACCARIAS / L’ORIGINEL, 2023. Jean-Louis Accarias
Ce nouveau livre de Daniel Morin, écrit en dépit de toute la « résistance » de celui qui fut ouvrier métallurgiste pendant tant d’années et ne se considère pas comme un enseignant spirituel, me paraît incontournable dans cette quête de « l’impossible » que mènent les chercheurs spirituels. Et ce, pour au moins deux raisons.
D’abord parce qu’il est direct, tranchant, va droit à l’essentiel. Avec lui, la métaphysique est une lame de couteau, elle découpe des phrases simples et denses, où la stupidité apprend à voler en éclats : « Le plus loin où un homme puisse aller, c’est là où il est. »
Ensuite parce qu’il témoigne avec constance du paradoxe qui fonde toute spiritualité digne de ce nom : horizontalité et verticalité (immanence et transcendance) sont indissociables. Ce paradoxe implique le fait, par exemple, que la « distinction » « unit » au lieu de séparer. Or, trop souvent, les enseignements dits spirituels privilégient l’une ou l’autre des polarités qui forment nos contraires en se coulant dans le discours, univoque par nature. Tenir les deux dimensions ensemble, celle de l’Absolu et celle du relatif, relève d’une approche différente, où la métaphysique se livre sans concession, où rôde même la poésie : « La vie, c’est l’immobilité qui danse. »
Il est, dans ce livre, beaucoup question de l’ « équilibre » : l’équilibre relatif, produit par d’incessants mouvements, n’est que l’ombre d’un équilibre parfait, parfaitement immobile, inconcevable pour notre raison dualiste. Le vrai déséquilibre ne se situe qu’entre la réalité et l’idéal que l’être humain projette sur celle-ci : « Il y a bien un je de référence, mais qui n’est pas possesseur de son histoire. Le moi-conducteur est ouvert à ce qui est, et le contexte va appeler la réponse. Il n’y a pas besoin de moi pour que l’acte se fasse, même s’il y a bien une forme je qui va être active. » Lorsque le « je » (ou le « moi ») prend conscience du fait qu’il « ne sait pas », il prend conscience par là même de son absence de liberté personnelle : « D’un point de vue absolu, personne n’a le moindre libre-arbitre. Personne ne peut décider un acte à partir de lui-même en oubliant ce qui permet que cela soit. » Il peut alors revenir à ce qui permet son existence, la source ineffable, ou Totalité immuable, encore appelée par l’auteur « le Grand Je ne sais pas ».
L’ouvrage est constitué de deux grandes parties : la première comporte un prologue, une introduction et cinq chapitres thématiques successivement intitulés « L’équilibre », « L’espèce humaine », « Moi je », « La frontière, la limite, la non-séparation » et « La psychologie impersonnelle » ; la seconde section, la plus longue, est constituée de Questions/Réponses et suivie d’un épilogue.
Daniel Morin n’enseigne pas, il répond simplement à des questions qu’on lui pose, trois jours par an. Ce qu’il aime dans ces échanges, c’est « faire vibrer le lien ». Son écoute est singulière : « […] quand une personne pose une question, je n’écoute pas vraiment ce qu’elle dit mais j’essaye de sentir ce qu’elle ne veut pas dire. » Il éclaire le présent, le déjà-là, mais ne s’offusque jamais de ce que nous demeurions dans l’illusion : « Le problème, c’est que tu veux une certitude dans le futur. Tu peux simplement revenir au présent : « Qu’est-ce que je peux faire ? » Et peut-être que la réponse immédiate sera : « Je ne sais pas. » Le seul problème que vous n’énoncez pas, c’est vouloir autre chose à la place de ce qui est. » Inlassablement, il redit, avec des variations subtiles, des angles de vue légèrement différents, ce qu’il a toujours martelé, frappé du coin de l’évidence : « Par son arrogance, l’humain veut autre chose à la place de ce qui est pour se rééquilibrer par la pensée, en imaginant un ailleurs qui n’existe pas. J’appelle ça se shooter à l’imaginaire. » Ou encore : « Ce qui met à mal l’équilibre de la société, c’est le virus de la croyance d’être une entité séparée autonome. »
Dans ces dialogues, il revient sur ce qui fonde sa propre expérience : le moi n’est pas possesseur mais conducteur ; on ne peut approcher l’absolu qu’en vivant complètement dans le monde relatif ; l’absolu est indicible ; la Totalité est parfaitement immobile et elle est inconcevable pour notre esprit ; le seul problème que nous rencontrons, c’est que nous désirons qu’il y ait autre chose à la place de ce qui est déjà là ; la séparation n’existe pas… Il décrit aussi sa relation passée avec Arnaud Desjardins, en notant que les différences de forme n’affectent pas l’identité de leur vision de l’essentiel. Il évoque également la relation maître-disciple, la réincarnation à laquelle il ne croit pas… Il distingue la « douleur » de la souffrance » et définit la peur comme « la peur de perdre » et l’oubli de notre lien avec le désir. Il reprend la métaphore saisissante de l’eau et des glaçons pour démonter notre croyance en la séparation, ainsi que le grand thème de la « demande d’impossibilité », qui est en fait une « demande d’imbécillité ». Il tente enfin de peindre cette « tranquillité de base » qu’il vit de manière constante, à partir de l'axe de ce qu'il appelle le moi-zéro, quelles que soient les circonstances et les expériences vécues, si désagréables soient-elles.
D’une manière saisissante, les mots de Daniel Morin nous permettent d’entrevoir un véritable abîme métaphysique, un vide plein de l’Être, un vertige d’expérience à la fois radicale et d’une immense simplicité.
J’aime terminer mes notes de lecture par un florilège de citations. Je les ai ici choisies pour leur pouvoir décapant ou poétique. Elles sont à savourer, à se redire, si l'on veut s'extirper de cet imaginaire où la pensée toujours s’englue, afin de voir ce qui se présente à nous, au lieu de le penser...
« Où est le contour de l’arbre qui bouge dans le vent ? […] Où est la limite de votre corps quand vous fermez les yeux ? »
« Il y aura l’action sans bénéficiaire, il y aura l’acte sans acteur. »
« Le ressenti n’a pas d’extérieur. »
« On ne peut pas atteindre ce qui est déjà là, c’est-à-dire l’expression de l’indéfinissable. »
« L’acceptation totale du relatif, c’est l’absolu. »
« On est tous exactement à notre place, comme le vent qui passe dans les branches de l’arbre, les feuilles qui bougent exactement comme elles doivent bouger. »
« Dans responsabilité, il y a réponse, c’est-à-dire la réponse la plus juste en tenant compte du contexte. »
« La vraie liberté, c’est l’acceptation parfaite, la non-discussion de la non-liberté ».
« La clé, c’est la non-discussion absolue de ce qui est. »
« Tout mouvement est généré par la loi de recherche d’équilibre dans le relatif ».
« Ce n’est pas toi qui cherches, c’est la danse de la vie. »
« […] on ne peut rien rajouter ni enlever à ce qui est déjà là. »
« Toute pensée qui n’aboutit pas à un acte est une pensée inutile. »
« On est reliés par ce que l’on ignore. »
« […] la partie est toujours pleine de la substance du Tout. »
« […] refuser nos limites revient à refuser l’infini. »
« Le mouvement, c’est la différence dans le temps. »
« l’Unicité, c’est la multiplicité reliée, interdépendante. »
« Moi + non-moi = le Tout. »
« Le relatif et l’Absolu sont toujours au même endroit. »
« l’Être étant l’extension du non-Etre, / le non-être étant la contraction de l’Être. »
« « Je, ne sait pas », tout simplement parce que « je » n’est pas un sujet séparé de son extériorité mais le reflet de ce jeu entre Rien et Tout. »
dimanche 15 octobre 2023
Sourire aux ténèbres
« Au milieu des ténèbres, je souris à la vie…
Alors, je cherche une raison à cette joie…
Je crois que la vie elle-même est l'unique secret.
Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse
sous les pas lents et lourds de la sentinelle…
...
Une seule chose me fait souffrir : devoir profiter seule de tant de beauté.
Je voudrais crier par-dessus le mur :
je vous en prie, faites attention à ce jour somptueux !
N’oubliez pas, même si vous êtes occupés,
même si vous traversez la cour à la hâte, absorbés par vos tâches urgentes,
n’oubliez pas de lever la tête un instant
et de jeter un œil à ces immenses nuages argentés
et au paisible océan bleu dans lequel ils nagent.
Faites attention à cet air plein de la respiration passionnée des dernières fleurs de tilleul,
à l’éclat et la splendeur de cette journée,
parce que ce jour ne reviendra jamais, jamais !
Il vous est donné comme une rose ouverte à vos pieds,
qui attend que vous la preniez, et la pressiez contre vos lèvres
...
Ma chère Sonitschka, il y a tant d'insouciance dans ces nuages qui passent, comme un sourire indifférent, que je n'ai pu m'empêcher de sourire moi aussi, car je suis toujours en accord avec le rythme de vie qui m'entoure.
Devant un tel ciel, comment pourrait-on être méchant ou mesquin?
N'oubliez jamais de regarder autour de vous,
vous y trouverez toujours une raison d'être indulgente. »
Rosa Luxembourg 1871-1919 / Lettres de prison - extraits
photographie: Clarence H. White 1871-1925
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samedi 14 octobre 2023
Hommage à Hubert Reeves
Il aimait les étoiles et les arbres !
Dialogue avec les arbres millénaires
vendredi 13 octobre 2023
Croisée des chemins
Peu de personnes comprennent vraiment la nature du Travail.
L'Absolu et le relatif s'y donnent la main, le quotidien et l'intemporel.
Selon notre nature, notre structure de personnalité, un des deux pôles y est souvent privilégié et l'autre oublié, mais il nous faut tenir les deux aspects sous peine de se perdre.
Arnaud m'avait écrit, "un éleveur de papillon prend grand soin des chenilles" . De fait les deux sont nécessaires. Sans l'un, l'autre n'existe pas. Et nous devons respecter et entretenir les deux aspects en nous. Si l'on oublie l'un, on perd l'autre.
L'être humain ne peut trouver la paix et le bonheur qu'à la croisée des deux et l'accompagnant l'a compris et le vit. Il n'a pas peur de sa grandeur, ni de son humanité faillible .
Il ne prétend pas à une perfection illusoire désincarnée, ni au tout horizontal sans Verticale comme seul possible . Il vit à la croisée des deux et en comprends les différents aspects chez chacun.
Pascal Caro
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jeudi 12 octobre 2023
Le son du silence
Hier, après avoir rendu hommage à Lama Teunsang, nous avons médité sur les sons.
Nous avons développé quelques points :
- entendre ne demande aucun effort, il n'y a rien à faire pour entendre,
- nous ne choisissons pas les sons que nous entendons,
- le paysage sonore change d'instant en instant et n'est jamais identique,
- quand les sons ont disparu où sont-ils ? qu'en reste-t-il ?
- nous fermons les yeux pour mieux écouter, mais nous entendons aussi bien les yeux ouverts,
- Focaliser son attention sur les sons fait-il disparaître les pensées ?
- Où se situe le son ? Où il a été produit ? Dans mon oreille ? Dans mon cerveau ? Dans ma conscience ? Partout ?
- Qui entend le son ?
- Ne suis-je pas semblable à un océan de silence au sein duquel les sons se manifestent, semblables à des vagues ?
- Le silence de l'être, comme l'océan, est toujours présent. Les sons, tels de vagues, se manifestent au sein du silence.
- Ce silence de l'être pointe vers cette paix que nous sommes au cœur de nous-mêmes.
Philippe Fabri-----------------
mercredi 11 octobre 2023
mardi 10 octobre 2023
Pas de règles.
Il n'y a pas un personnage qui va basculer.
Parce que c'est la FIN du personnage.
Donc, le personnage ne va pas accéder à une autre réalité.
On pense toujours à partir du point de vue du personnage que l'on croit être, donc on a vraiment l'impression qu'on va se libérer de quelque chose.
Il n'y a pas de règles, on voit ce qui se fait dans l'instant.
~ Betty Quirion
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lundi 9 octobre 2023
Hommage pour un 9 octobre 1978
Le mot dans le regard
Le cœur est voyageur
L'avenir est au hasard...
L'écoute est notre vraie nature.
Nous sommes plus ou moins habitués à être à l'écoute d'un objet, de notre environnement, de notre plus proche entourage : corps, sens, pensée.
dimanche 8 octobre 2023
Se taire
Actrice, coach et poétesse, Peggy Deleray nourrit plusieurs vocations. Engagée dans l’Ordre des carmes déchaux séculiers, elle témoigne ici de sa conversion et de son combat spirituel pour témoigner de Dieu dans tout ce qu’elle fait.
















