samedi 15 novembre 2025

Le rêveur fervent

 LE RÊVEUR FERVENT

si cette vie est un rêve
alors je rêverai
de toutes mes forces
de toute mon âme
et si mon âme elle même
est illusion
alors je choisirai
de croire en elle
de toute ma ferveur
j’embrasserai le rêve
étreindrai l’illusion
et nous danserons
danserons
une danse éperdue
à contre temps
de toutes les indifférences
à rebours
de tous les évitements
à contre courant
de tous les détachements
la danse
de la souffrance
et de l’émerveillement
la danse
de l’affection ordinaire
de la douleur ordinaire
de la joie ordinaire
de l’épreuve ordinaire
de l’espoir ordinaire
de la peur ordinaire
et si je suis moi même
rêve et illusion
qu’importe
qu’importe
je rêverai passionnément
je rêverai
être ce je
cet humain
tout autant banal qu’unique
et déchirant d’humanité
et si la conscience
à l’issue du rêve
se résorbe en elle même
peu importe
je reviendrai
moi le rêveur
rêver de concert
avec tous les rêveurs
frères et sœurs
produits ou pas du rêve
solidaires dans le rêve
je laisserai la conscience
se contempler elle même
et je reviendrai
ordinaire
parmi les ordinaires
et mon rêve
sera si fervent
qu’il renverra
la conscience
à elle même
en son néant

Gilles Farcet

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vendredi 14 novembre 2025

Êtres de nature

Et si on considérait les arbres, ou la nature, comme des êtres ? 🌳 Dans son dernier livre sur l’entraide, Pablo Servigne rappelle que nous sommes dotés de grandes capacités sociales. 🫂
Si l’on voyait la nature comme on voit les humains, on ne pourrait plus la massacrer. Il fait appel aux pensées d’Edgar Morin et de Joanna Macy pour expliquer comment l’élargissement de notre empathie nous rendrait plus humains. ☘️🌼

Mathieu Vidard


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Expérience sur les haricots.

Le professeur Stefano Mancuso, de l’université de Florence, a filmé des pousses de haricots qui grandissaient. Ces derniers ont pour particularité de rechercher « instinctivement » les tiges verticales, que ce soient des troncs, des poteaux ou des bâtons, pour s’élever. En observant la vidéo en accéléré, on voit le haricot pousser en spirale jusqu'à ce qu’il trouve un tuteur, s’y accroche et grimpe enfin. Le comportement du haricot change suivant la présence ou l’absence d’un tuteur dans les environs, comme si le haricot sentait sa présence, même à très grande distance. Dans une autre expérience, le professeur Stefano Mancuso a disposé deux plants de haricot à égale distance d’un unique poteau et les a filmés. En passant la vidéo en accéléré, on voit là encore les deux haricots tournoyer pour essayer de rejoindre le poteau. Mais dès que l'un des deux l’a touché, l’autre renonce et cherche dans une autre direction. Cela signifie que le second haricot a non seulement détecté le poteau, mais qu’il a compris qu'il arrivait trop tard et le laisse donc poliment à son concurrent, plus rapide.

Sylvain Wells. Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. - Extrait de la Voix de l'arbre de Bernard Werber

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jeudi 13 novembre 2025

La voix des autres


"J’ai besoin de la voix des autres
pour me sentir au plus près
des arrachements,
pour entrer en ce lieu détruit
où parler m’est impossible
ou pour être plus juste, en ce lieu
que je tiens détruit au fond de moi
et dont l’accès demeure inconnu,
j’ai besoin que d’autres voix
se mêlent à la mienne,
je leur donne rendez-vous
inlassablement
devant la porte silencieuse et grise
où nul gardien ne veille."

Jean-Christophe Ribeyre

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mercredi 12 novembre 2025

L'action pour changer

... Autre exemple encore. Dans les débuts du Bost (1975), un jeune homme de vingt-cinq ans n'ayant pas poursuivi d'études poussées mais légitimement ambitieux et très compétent en matière d'asanas et pranayama décide d'ouvrir un cours de yoga. Malgré son jeune âge et sa timidité, il téléphone à soixante-dix médecins de sa ville pour leur faire part de son projet, s'appuyant intérieurement sur la formule : « Un refus n'a jamais tué personne. » Pour les convictions du mental un refus sera insupportable mais la voix de la vérité affirme le contraire. Quarante médecins l'éconduisent avec plus ou moins de condescendance ou même d'ironie, trente acceptent de le recevoir, s'intéressent notamment à la relaxation et n'écartent pas l'éventualité de lui adresser des patients. L'un d'eux lui conseille vivement de donner une grande conférence d'information sur le yoga. Pour cela il doit être capable de prendre la parole en public, ce à quoi il se sent particulièrement inapte. Il décide néanmoins d'organiser cette conférence. Il écrit et réécrit celle-ci, l'enregistre sur cassette, étudie ses défauts, l'enregistre encore, s'exerce devant la glace... et place dans les magasins complaisants des affiches annonçant les lieux et date de la conférence en question à laquelle assisteront deux cents personnes. Pourquoi lui, pourquoi pas vous ? « Aide-toi, le Ciel t'aidera. » La fortune sourit aux audacieux. « Be bold », disait Swâmiji.


Si vous ne faites pas le premier pas, vous pouvez « exprimer » mille ans en thérapie, il ne se passera rien. La puissance des habitudes est tellement grande que vous serez très déçus au bout de quelque temps : « Finalement, je ne sens pas que je me transforme vraiment, que mon existence change. » Le travail sur l'inconscient peut vous aider à émerger d'un monde d'illusions, à prendre conscience que vous vous mentez à vous-mêmes, que vous réprimez vos vrais désirs, que vous faites semblant de ne pas vouloir ce dont vous avez en fait tellement envie ou qu'au contraire vous vous battez en surface pour quelque chose que vous refusez de toutes vos forces dans la profondeur. Vous commencez alors à comprendre la stupidité de ces agissements qui ne sont pas appropriés et vont même à l'encontre de vos intérêts. De là peut naître la conviction de la nécessité d'un changement d'attitude et d'un comportement actif pour bousculer vos automatismes, votre routine intérieure. Et ce travail, c'est à chacun de l'accomplir en se prenant en main. Votre existence change si votre être change. Mais si vous changez un petit quelque chose dans votre existence, cela vous aide à changer votre être. Les deux sont vrais et se renforcent mutuellement et ce qui vous était presque impossible vous devient aisé, en fonction de ce qu'une lucidité nouvelle vous fait reconnaître comme juste.

Arnaud Desjardins - La voie et ses pièges

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mardi 11 novembre 2025

Rappel intérieur


 « Dans ce monde qui se dessèche,

si nous ne voulons pas mourir de soif,

il nous faudra devenir source. »

Christiane Singer

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lundi 10 novembre 2025

A la source de notre humanité

 

« Lorsque ce qui nous distingue de l’animal s’impose absolument, cela devient aussi ce qui nous sépare de Dieu. » (K.G. Durckheim - Le maitre intérieur)

Autre livre, autre propos : « Si l’homme est bien destiné à devenir un être pensant, cela se faisant, il oublie d’où il vient ». Ces propos ne peuvent qu’interroger sur le sens que nous donnons à notre existence, notre intelligence, notre humanité ?

L’être humain a deux approches du réel à sa disposition : une approche par la pensée et une approche par la sensation. Deux approches qui, chez l’homme adulte, au lieu de se compléter, s’opposent ou ne font plus qu’une, la pensée rationnelle étouffant de plus en plus la conscience sensitive.


Nous commençons notre existence dans une relation sensorielle au monde.

Depuis les premières impressions dans le ventre de la maman jusqu’aux années de la petite enfance, nous baignons dans une conscience en contact direct avec le réel : pas de noms pour nommer ce que nous sentons, voyons, entendons, faisons … pas de comparaisons, pas d’oppositions entre ceci ou cela.

J’ai été récemment surpris par la qualité des oui et des non de ma petite-fille âgée de 18 mois ; pas des « oui mais … » pour faire plaisir, pour suivre des convenances, ni des « non » de rejet définitif ou de réaction. Rien que des réponses sans aucune rigidité ni à-priori, claires et unifiées de tout son être ; réponses qui, dans l’instant, n’opposent rien à rien et peuvent évoluer au gré des circonstances.

Cette approche directe et sensorielle du réel ne passe pas encore par le filtre de la pensée analytique ou discursive. Elle est propre à l’homme comme à l’animal, car nous sommes tous à l’origine des « êtres doués de vie », étymologie du mot animal.

L’être humain, lorsqu’il quitte ces premières années d’existence, est ensuite amené à développer une autre approche du réel : c’est le développement de la pensée et de l’intelligence conceptuelle. Une évolution tout à fait naturelle et justifiée pour s’insérer dans la société des humains et maitriser au mieux son existence.

Mais, cette approche du réel finissant par « s’imposer absolument », c'est-à-dire partout et tout le temps, nous nous coupons de nos racines, du lien qui fait de nous des êtres vivants, universellement vivants.

Retrouver ce lien est la raison d’être du zen.

Ce que nous accumulons, fixons, vivons avec notre conscience conceptuelle nous coupe du geste d’être, du sentiment d’appartenance « à la Grande Vie ».

C’est alors « que nous nous séparons de Dieu », ou, pour le dire autrement, de l’Essence insaisissable de notre humanité.

La Voie nous éveille au fait que l’aspiration légitime à une existence assurée et maitrisée, si nous n’y prenons garde, finit par s’opposer à la vérité que « Tout ce qui est vivant ne vit que par le devenir » et qu’ainsi, « protégé par la carapace d’un moi qui le tient prisonnier, l’Homme se ferme à l’élan vital transformateur de son être essentiel.» K.G.Durckheim


Notre véritable essence ne peut se dévoiler que si nous renonçons à tout vivre par le prisme de la pensée, et que nous nous ré-ouvrons à une relation directe et sensorielle avec le réel. C’est un réapprentissage de l’expérience d’être, la simple joie d’être, pouvant nous illuminer à la faveur d’un moment particulier, nous faire sentir passagèrement cette réalité : « Qu’il est bon de se sentir vivre ! »

Le zen est un retour aux sources de l’intelligence naturelle dont l’homme est issu et fait encore partie, quel que soit son degré d’évolution intellectuelle, son compte en banque ou sa fonction dans le monde.

Quel paradoxe ! Pour nous rapprocher à nouveau de notre complétude humaine, nous devons nous défaire de ce que nous avons appris à mettre en avant pour nous distinguer de l’animal : la raison conceptuelle.

Un exemple : nous partageons avec le monde animal une même faculté d’attention : voir, goûter, entendre, sentir … sans analyse de ce qui est vu, goûté, entendu, senti. Nous avons perdu cette qualité originelle de présence, et des expressions telles que « pleine attention ! », « vigilance ! » sont souvent mal comprises sur la Voie, synonymes d’un travail sur soi volontaire et autoritaire : « - Je dois sans arrêt faire attention ! » Mais attention à quoi ?

A ce que la conscience rationnelle ne prenne pas tout l’espace et libère la pleine sensorialité, la pleine attention naturelle propre au corps vivant.

Cet état de présence à soi et au monde, ouvert et perméable, est notre état naturel d’attention, qui réapparait lorsqu’il n’est pas mis en veilleuse par la prédominance de la pensée : nous pouvons alors être surpris de re-sentir, re-voir, ré-entendre vraiment ce que nous pensions connaitre parce que nous le nommions ou le classifions.

Cela demande de reprendre au sérieux le monde sensoriel pré-mental, de prendre au sérieux le rappel de « tout faire un tout petit peu plus lentement ».

Ainsi, dans la pleine attention au geste vital, source de toute action, laissons-nous surprendre et transformer par ces moments plus habités qui nous touchent et nous arrêtent dans notre frénésie quotidienne d’efficacité et d’accumulation.

Les expressions de notre vraie nature, les « touchers de l’être », interrogent sans cesse et très concrètement notre humanité par notre manière d’être au monde.

 

Joël PAUL

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dimanche 9 novembre 2025

Arrière plan

 "Ce rire que vous entendez en arrière-plan, c'est Dieu qui écoute vos projets. "


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samedi 8 novembre 2025

Etre sauvé...


 L'irrépressible besoin d'être sauvé : cette phrase m'est venue au réveil, elle m'a tiré par la manche toute la journée. Elle n'était pas gaie, elle n'était pas triste. Lentement, toute la journée elle a traversé mon cœur. Quand un avion dans le ciel de nuit clignote, on le voit, puis on ne le voit plus, puis il revient. Quelque chose passe, avec une phrase à bord : "L'irrépressible besoin d'être sauvé". Il faisait beau puisque j'étais en vie. J'ai mis du temps à entamer la conversation avec cette phrase. D'abord, sauvé de quoi ? lui ai-je demandé. Je trichais, je connaissais la réponse : sauvé de tout, de la grâce et de la laideur, de l'amour et du manque d'amour. Partout, que des abîmes. Il y a un amour plus haut que l'amour. C'est vers lui que s'élevait timidement cette phrase, ce besoin irrépressible d'être sauvé.

~ Christian Bobin - L'épuisement
(photo : Christian Bobin assis à son bureau)

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jeudi 6 novembre 2025

Réalité sans âge


Ô chercheur de vérité,
pratique le détachement de l'esprit.
Persistez jusqu'à ce qu'il reste
seulement un espace vide d'être.
Vous n'avez pas besoin de combattre l'esprit.
Reste seul, vide et libre
de l'esprit et de son monde.
Cette solitude n'est pas personnelle,
c'est la réalité sans âge et à naître.
~ Mooji
O seeker of truth, practice detachment from the mind. Persist until there remains only an empty space of being. You need not fight the mind. Remain alone, empty and free of the mind and its world. This aloneness is not personal, it is the ageless and unborn reality.


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mercredi 5 novembre 2025

Lui le Moi

 LUI LE MOI

certains matins
quand je me réveille
moi
je n’ai pas envie de servir.
le corps se réveille
et avec lui
le moi
de suite en pleine forme ,
lui le moi ne veut pas
que ma personne s’aligne sur ce qui est
lui le moi ne veut pas
être relégué à sa juste place
corps encore engourdi,
esprit un peu embrumé
moi
tout recroquevillé
sur lui même.
lui le moi
veut geindre
revendiquer
murmurer.
c’est ainsi.
il fait son travail
la personne que je suis
avec son intention
aussi au final
c’est très simple.
lui le moi
je le vois
d’assez loin se pointer
je lui adresse un bonjour bienveillant
lui en vouloir ?
de quel droit ?
il fait
ce qu’il ne peut pas ne pas faire,
il accomplit son office.
d’aucuns clament partout
que chez eux lui le moi a disparu
je veux bien,
quoi que je me demande
qui a justement besoin
de tant le faire savoir,
mais après tout
hein ça les regarde
Ici en tout cas
lui le moi
se montre d’autant plus vindicatif
qu’il est de moins en moins écouté
il a perdu
de son influence
au fil des années
et des décennies
un peu comme ces vieux fauves de l’arène politique
qui ici et là donnent de la voix
et grattent aux portes de leurs griffes élimées
consternés
de ne plus peser grand chose.
lui le moi
se rebiffe
au moindre interstice de fragilité
la nuit
ou juste au réveil
ça pourrait marcher du tonnerre
sauf
qu’il ne me la fait plus trop.
il me ferait plutôt pitié
pour tout dire
lui le moi
avec ses postures éculées
ses jérémiades en boucle
ses gesticulations
bien le bonjour chez toi
toi vieux moi
et à la niche

Gilles Farcet

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mardi 4 novembre 2025

lundi 3 novembre 2025

Désapprendre



« N'apprends qu'avec réserve. Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que, naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête innocent! sans songer aux conséquences.
Apprendre, apprendre, cela va toujours. Mais désapprendre, désapprendre, il y faudrait une vie de chaque jour.
On te met dans la tête des certitudes. Plus tard, tu t'apercevras qu'il fallait tout remettre en question. Trop tard. Les habitudes de pensée sont prises. Tu resteras un homme à idées fixes, un homme à cases, un homme qui a réponse à tout, sauf aux vraies questions.
La vie est un désapprentissage. Le sage est un désappreneur. »

Henri Michaux~ {Poteaux d'angle}


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