jeune
je croyais
que Dieu m’accorderait des passe droits
sur la foi de ma seule bonne mine
je croyais
que mon culot
associé à mon innocence
emporteraient le morceau
me garantissant
une sorte de Noël permanent
J’imaginais
que la pointe de mon discernement
cisaillerait les couches et sous couches
constitutives du Vieil Homme
je comptais
sur la constance de ces fées
qui un temps, c’est vrai, me portèrent
j’avais le sens de l’essentiel
mais me le figurais à l’abri
des turbulences de ce monde
et des crucifixions banales
de toujours davantage
faire face
de ne s’extraire
des tortillements du moi
que pour se faire chaque jour plus poreux
au cataclysme continu
des uns, des autres,
y compris du pauvre type
que l’on désigne par mon nom
je faisais le malin
en toute naïveté
aujourd’hui, Seigneur
je ne fais plus le fier
aux premières loges
j’ai vu la déconfiture
d’un paquet de parleurs
qui pourtant portaient beau
mon œil retaillé
pour une vision crue
cet œil nouveau a vu
la vanité des édifices
des gloses ivres d’elles-mêmes
il a vu la pauvreté
sous les hermines d’éveil,
les apparats de sagesse,
il a vu
la vacuité des pleines consciences
il a mesuré la misère
sous les coups de peinture vite faits
je n’ai rien renié de mes rêves de jeunesse
me suis simplement bon an mal an
acquitté de la redevance
pour qu’ils deviennent réalité
c’est juste que la réalité de mes rêves
diffère sensiblement de leur version onirique
bien plus belle en somme ,
mais si terrible
de la non séparation
pas un promontoire
de béatitude imbécile
mais un nivellement par le haut
à ras d’humanité
la laborieuse dissolution du moi
laissant apparaître
non pas " personne "
mais la personne ,
incarnation du mystère
alignée
sur l’inassimilable douleur de l’ensemble
l’émerveillement
la gratitude,
la dilatation de la poitrine
chevillées au corps de souffrance
Le miel sur la lame de rasoir
Le ciel solidaire de la terre


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