mercredi 7 janvier 2026
Quelques réponses de Matthieu Ricard
mardi 6 janvier 2026
Au cœur de l’existence, l’essence
La vigilance, qualité naturelle d’attention du corps vivant, est une présence au réel par la sensation. Vivre dans cette attention ouverte et inclusive ne demande pas de rajouter des surplus à l’existence : plus de sensations, fortes si possible, plus d’expériences, plus de variété dans nos activités. Cette recherche du toujours plus ne nourrit que le faire et le paraître à la surface de nous-mêmes mais reste vide de sens quant à notre relation à l’être profond que nous sommes. L’Être n’est pas quelque chose, Être est une action : c’est ce que je fais, sens, vis et ressens en tant que Personne.
Ce terme de Personne est très important pour Dürckheim, qui
emploie ce mot pour qualifier un être humain devenant conscient de sa vraie
nature, de son appartenance à la « Grande Vie », et pas seulement un individu
mené par le moi existentiel et ses performances dans le monde : avoir plus,
savoir plus, pouvoir plus.
La pleine attention sensorielle au réel affine le sentir, le
goût du vrai soi-même, rafraichit notre rapport à l’ordinaire du quotidien et
donne un sens plus intérieur, plus intime à notre existence.
Ainsi, tout au long d’une journée, il y a ce que je fais et
comment je le fais ?
Ce « comment » est le domaine de l’être : plutôt crispé ou
détendu ? Fermé ou ouvert ? Dans un rythme juste ou précipité ?
Ce que je suis en train de faire, qu’est-ce que cela me fait
?
Suis-je en contact avec ce que je sens et ressens ?
Suis-je toujours désireux de vite passer d’une activité à
une autre ?
Suis-je toujours intérieurement dépendant de la situation
extérieure ?
Bien des aspects de sécurité et de maitrise de notre
existence sont illusoires et nous éloignent de notre profondeur, du vrai point
d’appui de notre existence - Être-, source intérieure d’indépendance, de
stabilité et de force d’être soi au sein des activités mondaines. D’où cette
question récurrente de Dürckheim : « Quand allez-vous cesser de fuir l’essentiel
? » L’essentiel ? Je suis un être vivant porté par la vie, et chacun de mes
gestes me rapproche ou m’éloigne de cette profondeur.
Revenir à l’essentiel, c’est se confier au calme intérieur
qui nous attend au cœur de nos existences.
Est-il juste de vivre toujours inquiet, agité, angoissé,
fatigué, de vivre dans la fuite en avant ? De vivre constamment dans un esprit
de possession ?
Lâcher prise du besoin de faire, de contrôle, d’acquisition,
ne peut pas être une action volontaire que « Moi » je peux faire.
«Le lâcher dont il s’agit sur la Voie et un -se confier-»
disait Maître Eckhart.
La voie du zen nous invite à porter notre attention sur une
attitude plus juste, juste parce qu’en contact avec ce qui nous soutient en
profondeur, notre être essentiel, tout en étant pleinement investis dans nos
activités existentielles. Ce « plus juste » est le domaine corporel du geste et
de la sensation, de notre manière d’être, de ce que je fais et comment je le
fais.
« S’exercer, c’est développer l’intuition de ce qui est
juste » nous dit Dürckheim, aussi bien dans la pratique d’un exercice
spécifique que dans un quotidien vécu comme exercice, afin de sentir que «
l’extraordinaire se cache au cœur de l’ordinaire ».
L’exercice spécifique, c’est reprendre za-zen tous les
matins, une activité qui, extérieurement, peut sembler stricte et sévère, mais
qui révèle une vie intérieure foisonnante. Pratiquer za-zen est stérile si ne
se dévoile pas une intériorité riche de cette vérité : enfin je m’abandonne à
ce qui ne dépend pas de moi, à la source de mon humanité : « Quel mystère,
j’inspire … j’expire…et moi, je n’y suis pour rien !
L’exercice, c’est aussi affiner encore et encore notre
relation à l’Essence - ce qui intérieurement nous porte, nous soutient - dans
les activités du quotidien, en renouvelant l’attention au tout simple par la
pratique des quatre attitudes dignes - marcher, être debout, être assis, être
allongé – et découvrir qu’un « exercice que l’on fait tout le temps n’est plus
un exercice, c’est une autre manière d’être au monde. »
Nous reprenons un même exercice, un même geste, afin de goûter la Personne que nous devenons.
Une Personne consciente de sa complétude, de son unité avec l’être essentiel qui la porte et la nourrit, mais aussi consciente de son appartenance à l’existence. « Un homme qui se dit spirituel et qui n’a pas de contact avec la matière est quelqu’un dont on peut douter » nous rappelle Dürckheim.
Dans le zen, nous ne multiplions pas les exercices, mais
nous reprenons un seul exercice, nous portons une attention de plus en plus
fine à nos actions quotidiennes les plus banales, afin de sentir ce qui nous
anime en profondeur : souffle, renouvellement de la forme et de la tenue,
relation à nous-mêmes et au monde réactualisée sans cesse.
Un geste est une action unique, une création de l’instant,
qui nous ramène constamment au processus de transformation voulu par la vie et
animé par la loi universelle de l’impermanence : tout change tout le temps.
Une loi naturelle dont l’ego ne veut pas entendre parler,
cherchant à se fixer dans des acquis, des croyances ou des postures. Le
souffle, premier geste vital, infaisable, nous montre le chemin de cet abandon
à la Grande Vie, source de la pleine confiance.
Joël PAUL
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lundi 5 janvier 2026
Lune du Loup
Attention, elle est là.
dimanche 4 janvier 2026
Point fixe
samedi 3 janvier 2026
Hommage à Francis Hallé
Francie Hallé est décédé à la Saint Sylvestre, lui qui aimait tant les arbres !
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vendredi 2 janvier 2026
En guise de vœux
2026
jeudi 1 janvier 2026
Aujourd'hui !
« Kawahara, qui ne parle pas beaucoup, a dit :
"Qu'est-ce que ça peut faire si les fleurs se fanent ?
Il suffit qu'elles tiennent aujourd'hui." »
Inaba Mayumi, La péninsule aux 24 saisons
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Parce que se préoccuper déjà de « ce qui sera » alors que, « ce qui est » n’en est même pas encore à « n’être plus », revient à se précipiter de vivre par mort anticipée.
Alors, entre d’un côté, les rétrospectives de l’année sur le point de se clore et, de l’autre, les projections de l’année qui s’apprête à éclore,
Que chacune et chacun d’entre nous puisse honorer la flamme vivante – tantôt puissante, tantôt vacillante – dressée et dansante au cœur de soi à laquelle,
quels que soient les passages de relais et les transitions traversées,
nous pouvons à tout instant nous relier pour nous soutenir et nous orienter de la façon la plus juste dans les quêtes et cheminements qui sont les nôtres.
Et, qu’ils soient stables ou fluctuants, quels que soient les diamètres et les couleurs de notre cercle,
quels que soient tout ce dont il est constitué, ce qui s’y fait, ce qui y fond, ce qui en fuit,
puissions-nous à tout instant y reconnaître le centre et l’axe vivants qui d’instant en instant se cherchent et se trouvent en nous.
Marie Ghillebaert
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![]() |
| Claude Le Moal, La véritable histoire d’Adam et Eve enfin dévoilée, tome 1 ----- |
mercredi 31 décembre 2025
A l'orée d'une nouvelle année...
Nous allons passer d'une année à l'autre...
Ce sera l'occasion de reconnaître que depuis trente ans ...quarante ans ... soixante ans ... quatre-vingt ans ... nous passons de l'inspire à l'expire et de l'expire à l'inspire.
Le passage ! Il semble qu'il y a dans cette action le fondement de ce qu'on appelle l'être. Être c'est devenir ; devenir c'est être.
Quant au devenir, il ne se réalise pas dans le temps-pensé mais dans le temps-vécu.
Le temps-vécu ? Ce moment au cours duquel je Inspire ; ce moment au cours duquel je Expire.
Quel âge avez-vous ? Cinquante deux ans! Quel âge à votre respiration ? Quel âge a cette action vitale d'autant plus mystérieuse qu'elle est infaisable ? Y aurait-il en chacun de nous une réalité qui n'a pas d'âge quel que soit notre âge ? Une réalité qui ne serait attachée ni au passé (qui a été et jamais plus ne sera) ni au futur (qui est à venir peut-être).
Nous n'allons pas nous torturer les méninges dans l'espoir de rationnaliser le sens de la Saint Sylvestre. Nous n'allons pas prendre de bonnes résolutions que nous ne tiendrons sans doute pas.
Nous allons nous entraîner à vivre bien le moment présent, quelle que soit l'activité qui sera nôtre dans le cadre de la vie de tous les jours.
Une transformation de notre manière d'être et de notre manière d'agir qui nécessite un EXERCICE.
Parmi lesquels le plus simple de tous : ZAZEN.
Le chemin est la technique ; la technique est le chemin.
La difficulté lorsqu'on pratique zazen ou des exercices qui ont leurs racines en Orient et en
Extrême-Orient, est de donner à la technique la première place. "Les gestes doivent venir en premier, c'est seulement après que se révèle le sens des choses" dit le maître dans l'art du thé à son élève. C'est également vrai lorsqu'on pratique le tir à l'arc (Kyudo). Et cette loi de l'exercice devrait attirer l'attention des personnes qui pratiquent et enseignent le Yoga ou le Taïchi-Chuan, par exemple.
Pratiquer un exercice comme zazen exige aussi de donner au corps la place qui est la sienne : la première. Il s'agit bien entendu du corps que nous sommes (Leib) et pas du corps objectivé, du corps outil (Körper).
D'expérience je sais que lorsqu'on commence la pratique d'un tel exercice certaines choses sont difficiles à comprendre. C'est en pratiquant que petit à petit le sens de telle ou telle exigence s'éclaire.
C’est une caractéristique de l’esprit occidental que de toujours vouloir comprendre mentalement, intellectuellement une technique en imaginant que c’est la seule manière d’arriver à la réaliser. Nous allons apprendre et approfondir une autre approche de l'exercice que la compréhension.
Nous allons, comme l'indique un maître qui enseigne l'Aïkido, "Avaler la technique! Ce que vous avalez, aussitôt vous le digérez! Et ce qu'on digère nous transforme".
Ah ! J’allais oublier un exercice qui n’est pas un exercice mais une rupture avec ce qui est, inconsciemment, notre manière d’être habituelle : « Détendez-vous dans les épaules » ! Ne cherchez pas à détendre quelque chose : les épaules ; ça ne sert à rien. Détendez-vous, en tant que personne qui est tendue dans les épaules et qui, par cette manière d’être en tant que corps vivant (Leib), révèle un manque de confiance en soi. Se dé-tendre dans les épaules est un geste de confiance de l’homme entier.
C'est le moyen de découvrir le pouvoir salutaire de la respiration naturelle, cette action vitale infaisable qui révèle la présence de notre vraie nature.
Bonne année !
Jacques Castermane
mardi 30 décembre 2025
Répondre au désenchantement
"Les effondrements que nous connaissons viennent d'une sorte de mort émotionnelle, d'une apathie.
Je pense que pour lutter contre ces effondrements nous ne devons pas prendre les armes de l'adversaire parce que vous deviendriez l'adversaire.
Il faut lutter simplement avec une puissance aimante, une attention, un regard et, j'oserais même dire, une bonté, mais la bonté il faut l'entendre comme une chose forte.
C'est un mot qu'on a mis à la porte, c'est un mot qu'on a transformé en gueux, en mendiant et qu'on traite comme tel, mais la bonté comme je la définis, c'est la pointe acide de la pensée, c'est une pensée vitale sur le monde et c'est une pensée armée, ça ne rigole pas la bonté!
Voilà comment je répondrais au désenchantement morne partout répandu."
- Christian Bobin
Extrait d'une émission de la Grande Librairie
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lundi 29 décembre 2025
Honorer ce que je suis
Il y a un point qui est important, c'est d'arrêter de se dissocier. Il y a toujours un discours du mental qui vient dire : "Je suis comme ça" ou "Je devrais me comporter comme ça", etc. On a l'idée de comment on devrait être, ou de comment on devrait se comporter, et c'est plus ou moins problématique. À un moment donné, est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement juste être ce que l'on est ? C'est ça aussi l'authenticité : je suis ce que je suis.
J'arrête d'être "deux" en fait. Le deuxième est toujours en train de me dire que comme je suis, ça ne va pas de toute façon : "Les autres attendent ça de moi", "Je ne suis pas à la hauteur", "Je ne suis pas assez spirituel", "Je ne devrais pas montrer ça", etc. Ce sont des discours du mental. Et l'Être est un peu à l'oubli là.
Donc, être "un".
On revient à "Je ne sais pas".
Je ne sais pas comment je dois être.
Je me découvre dans l'instant.
Je n'ai pas de personnage à défendre, pas d'image à défendre. Oui, par moments je vais réagir, et par moments je vais être silencieuse. On n'est pas obligé d'élaborer une histoire, de tout personnaliser. Par moments ça ne parle pas ici. Par moments c'est comme ça. C'est juste un type de langage, mais par moments on peut sentir comment on s'en tient : "Ah, ça respire", "Ah, c'est triste", "Ah, il y a de la colère"... Et quand on personnalise moins, c'est presque moins problématique déjà.
Il arrive un moment où ça suffit de vouloir être un autre ! De vouloir avoir une autre histoire, de vouloir être moins réactif, moins agité, moins en colère, d'être plus ouvert, d'être plus ceci et cela. Mais l'Absolu n'a pas fait d'erreurs quand il a mis en place cette forme ! Et pour Lui il n'y a pas d'erreurs. C'est uniquement le discours mental qui pense qu'il y a des erreurs.
Donc, honorez cette forme, avec ses limites, son aspect humain et son essence absolue. Cette forme se montre comme ça, elle est obligée de se montrer avec ses limites ; dès qu'on prend une forme on se limite. Donc, on a tous nos limites. Et si je vous dis cela, c'est pour petit à petit identifier cette voix du mental. J'aime beaucoup Byron Katie qui l'appelle "la salle de torture mentale", et elle n'a pas tort. Cette voix qui est tout le temps en train de nous dire que ce que l'on fait, c'est pas bien, ça ne va pas, c'est pas comme ça. Et bien sûr, les autres pareil, mais de toute façon, on traite les autres comme on se traite soi-même, il n'y a pas de secret.
On peut être soi, mais sans en faire un truc narcissique, on peut être soi de manière humble. Se dire : "Je vais arrêter d'avoir honte d'être moi-même, de penser que je ne suis pas assez, ou que je suis trop". Tous ces critères n'ont aucune valeur, puisque pour certaines personnes je suis trop, pour d'autres je ne suis pas assez... On ne s'en sort pas ! Alors on peut se dire : "Je suis ce que je suis", mais sans devenir rebelle non plus.
Tout simplement, je suis ce que je suis, et l'autre est ce qu'il est. Et si j'appréciais tout ça, plutôt que de tout le temps vouloir le transformer, et se dire : "Tiens, je vais apprécier ce qui est là". C'est simple, c'est l'amour. ♡
~ Nathalie Delay
Stage dans la Drôme, mai 2022
(extrait d'une vidéo)
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dimanche 28 décembre 2025
Simplicité au centre
"La simplicité est, selon moi, le grand défi de ce troisième millénaire. Nous avons su développer la complexification à outrance, il nous appartient aujourd’hui de conquérir la simplicité et la sobriété comme ce que l’intelligence a de meilleur à nous offrir.
Grâce à des technologies de grande qualité, pensées pour servir la vie, nous devons ré-orienter notre créativité vers de nouvelles productions intelligentes, inspirées par le souci d’augmenter nos aspirations au bien-être par l’art de la simplification : des productions durables et utiles.
Cela implique, bien entendu, de recentrer nos modes de vie vers d’autres objectifs que servir encore et encore la machinerie économique : remettre l’humain et la nature au centre de nos préoccupations."
-Pierre Rabhi-
"La tristesse de Gaïa", Actes Sud, 2021
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samedi 27 décembre 2025
Retours d'enfance...
vendredi 26 décembre 2025
L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue















