lundi 12 janvier 2026

Ciel au corps




 "Mon nouveau recueil, intitulé "Ciel au corps", vient d'être publié aux éditions L'Atelier des Noyers. Les poèmes ont ceci de particulier qu'ils ont été illustrés par ma fille Marie : ces œuvres abstraites, avec leur jeu de couleurs subtil, sont également disponibles sous la forme de cartes postales que ces éditions font paraître en même temps que les livres. 

Marie m'avait déjà accompagnée dans l'illustration très précise et codifiée de l'oracle alphamythique. Elle s'est livrée ici à un travail totalement différent, pleinement artistique. "



Extrait :

Mes pensées pèsent moins
que bulles de savon.
Y croire est pourtant le poison
répandu dans mes veines.
Soudain ma peine se déroule,
avale la maison
et toutes ses armoires.
Maintenant y ruisselle
hors des yeux sur les joues,
depuis une chanson
venue tout droit du ciel
dans la vitalité
de l’impuissance vraie.

Sabine Dewulf

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Ciel au corps, est la une joie profonde d'offrir la possibilité d'un duo mère-fille. Cette complicité particulière qui nous lie, mère-fille, est un sujet en soi pour la parole poétique; on la retrouve comme un fil tendu entre les générations dans les paroles de Sabine.

Rien n'efface les parfums d'enfance
entêtés ou ailés,
flottant près des platanes.
Est-ce le corps ou le mot
qui délivre ?
Je compte mes conquêtes,
même au nœud de l'été
où se blottit un autre été
immaculé.

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dimanche 11 janvier 2026

Conscience de l'interdépendance

 ...J’ai été abandonné à ma naissance, déposé au seuil d’un dispensaire rue d’Assas, à Paris. À l’époque, l’état civil attribuait au nourrisson une identité provisoire, constituée des prénoms des trois premiers soignants en contact avec lui. Puisque nous parlons d’« heureux hasards », je me suis aperçu que mon identité temporaire associait les prénoms de mes trois meilleurs amis ! Superbe clin d’œil du destin, de Dieu peut-être…

J’ai été accueilli par des parents qui m’ont sauvé, un ingénieur et son épouse qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. Alors que notre société nous pousse à nous poser en victimes, je suis heureux d’affirmer que je n’ai manqué de rien. J’ai reçu beaucoup d’amour, j’ai vécu une enfance heureuse, je ne reproche mon destin à personne, pas même à ceux qui m’ont abandonné. Tant que mes parents étaient en vie, je m’étais interdit de rechercher mes géniteurs. Mais ma mère est décédée depuis 20 ans… et je n’ai toujours pas entamé de recherches : j’ai renoncé à cette quête. En réalité, j’ai toujours été attiré par demain. Je ne cultive pas le regret.

Mes parents m’ont élevé dans la religion catholique ; mon père était très investi dans notre paroisse, il a participé à la construction de la nouvelle église. J’ai grandi dans une famille ouverte aux autres et assez consciente de sa chance pour savoir que beaucoup en avaient souvent moins. Chez ma grand-mère paternelle, tendre la main était une tradition.

J’ai grandi dans cet esprit, jusque dans la rue où nous habitions, au Plessis-Bouchard (Val-d’Oise), peuplée de familles différentes mais solidaires, très liées. C’est à leur contact que je me suis nourri de valeurs que je perpétue à mon tour : la sincérité des sentiments que l’on échange, la densité des relations authentiques. J’ai une conscience aiguë de notre interdépendance : nous sommes tous fragiles, impossible de s’en sortir sans les autres ! Dans une société qui pousse à étiqueter, à réduire aux différences pour mieux nous isoler et nous opposer, il est urgent de revenir à cette conviction...

Source : la vie



« Je vous souhaite… » Carte blanche à Gilles Legardinier
Que souhaiter pour 2026 ? Dans une époque qui malmène à ce point les sentiments et l’espoir, il est impossible de se contenter des vœux classiques de circonstance. Bien sûr, la santé est nécessaire, mais, pour le reste, j’ai envie de souhaiter à chacun le courage, celui d’être soi-même, celui de porter ses valeurs, de choisir ses engagements en son âme et conscience, dans l’intérêt de tous. L’un de mes romans s’intitule Quelqu’un pour qui trembler, et ce titre continue de me parler absolument. Je vous souhaite de vivre pour et avec ceux pour qui vous tremblez, je vous souhaite de construire, d’imaginer, d’avancer hors des sentiers sinueux et glissants sur lesquels notre société nous entraîne trop souvent. Je vous souhaite de voir grand, d’aimer fort, de vous opposer sereinement et sans violence à ce qui vous révolte. Je me réfère régulièrement à une citation du cardinal Mazarin — comme quoi, même les êtres peu recommandables ne disent pas que des bêtises : « Il faut être fort pour affronter une catastrophe, il faut être grand pour s’en servir. » C’est vraiment ce que je nous souhaite, collectivement : réussir à affronter et à survivre aux épreuves et, plus encore que de simplement les surmonter, en tirer un mieux. Car les difficultés n’empêchent pas d’être heureux. Et ça, c’est la bonne nouvelle de l’année ! Tel est le message que je cherche à faire passer à travers mes ouvrages : le monde nous renvoie ce que nous lui adressons. Si nous tirons dessus, nous prendrons des rafales ; si nous lui envoyons un ballon, nous jouerons. Une conviction m’anime, partagée par les membres de la « Compagnie des heureux hasards » que j’ai imaginée dans mon dernier roman : toute situation peut s’améliorer, si l’on fait preuve de volonté et d’un peu d’ingéniosité, a fortiori quand on est plusieurs à vouloir se retrousser les manches pour œuvrer ensemble. Excellente année à vous !

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samedi 10 janvier 2026

- Dans la série « Vacuité ou rien » : Stephen Jourdain -

J’ai eu la chance de croiser un jour ce type dans ma vie, et il y a des croisements qui sont des carrefours, ouvrant des directions nouvelles. Ne pas se fier à la cravate, ni à l’allure vieille école : ce type est un cas, (le seul à ma connaissance à avoir innocemment connu l’éveil spirituel (« un foudroiement « ) à quinze ans en bûchant désespérément sur la fameuse phrase de Descartes « Cogito ergo sum » (!). Hors norme, un cas du genre que l’on ne croise pas impunément. 
Lorsque je l’ai rencontré, j’avais déjà pas mal bourlingué (en quête de musique) et, de l’Inde au Mexique en passant par le Sahara, j’avais évidemment rencontré la « spiritualité » sous des formes diverses, croyances, rituels, pratiques, vécu certaines expériences parfois bouleversantes, certaines décisives. Les « comprendre » exigeait de les dépouiller de leur contexte culturel d’origine pour tenter de les intégrer à la manière de penser de cet occidental en errance post-moderne que j’étais. Soit : les débarrasser d’un type de langage hérité de traditions ancestrales, associé à un certain nombre de croyances, d’imaginaire, de valeurs, etc, afin de pouvoir les digérer dans ma langue, fut-ce malgré elle. Sur ce point, Stephen m’a appris à mettre les points sur les « i » (d’intelligence, et d’idiotie) : il ne s’agit pas d’intégrer « l’Éveil » à la pensée, mais la pensée à l’éveil. Ce qui est une toute autre affaire, exigeant un saut trans-logique, d’ordre poétique. Mais qui est aussi, et surtout, infiniment drôle… c’est là d’ailleurs que Steve marquait l’authentique : un « éveillé » qui se prend au sérieux est selon lui un jean-foutre.

Si ce « travail » trans-traditions (trans-langages) paraît conceptuellement complexe, devant défier/déjouer les limites de la logique en sautant de paradoxes en paradoxes, le fil d’Ariane de la musique (et les lois de la résonance) me permit de simplifier radicalement la question, et c’est sur elle que je rencontrais Stephen. D’abord, à la lecture de son bouquin « Éveil », j’étais resté un moment sidéré par cette langue rare, d’une précision au rasoir, poussée par une passion inextinguible de ciseler les concepts et les mots pour faire place à l’indicible, son analyse du processus psychique devant souvent céder à la poésie pour éclore de manière sensible. Et sa façon vigoureuse de donner des coups balais dans toutes les certitudes, poncifs, croyances ou vérité « spirituelle » était aussi radicale que vivifiante. Et puis cette remarque - « l’oreille est moins asservie que l’œil, c’est une voie directe, immédiate, moins formatée par le dressage social que le regard » m’avait évidemment fait tendre l’oreille.

La première fois que je l’ai vu, c’est dans un bar parisien où il discutait de la logique du tiers-inclus avec quelques amis, tout en trempant son sandwich camembert-beurre dans son café (!). Le ton, le regard, l’humour, le feu, il me parut tout de suite que ce type savait de quoi il parlait. De toute évidence, il jouait, mais ne se la jouait pas. On a donc parlé. Enfin… d’abord je l’ai surtout écouté : entendre réfléchir à ces questions sans références à l’orient, au chamanisme ou autres traditions est plutôt rare ces jours, surtout dans une langue française exceptionnellement travaillée, nuancée, pulsée du dedans par l’exigence de précision. Une culture comme on n’en voit plus guère, nourrie d’Aristote, Rimbaud, Lavelle… un autre siècle, non encore infecté par le new-age. 

Il m’a invité chez lui, en Auvergne. Au lieu de répondre à mes questions, il s’est mis au piano. On a joué une bonne heure. Pas un virtuose, mais le bon vieux jazz en ternaire qui réchauffe. Et puis on a parlé, de tout et n’importe quoi, pendant des heures, oubliant de manger. Il rebondissait de pensée en pensée comme un enfant joue, innocemment, vivement, passionnément. De ces conversations dont on oublie tout, sauf la qualité rare de l’air qu’on y respire : inoubliable. Fort intrigué par le Nada yoga, il me questionna sur mes diverses rencontres indiennes, et apprécia au plus haut point mon apprentissage auprès des grenouilles du Bengale ! Au moment de le quitter pour aller à l’hôtel, il m’a confié son dernier manuscrit : « J’aurais rêvé d’être Henri Miller, composer des textes fleuves, mais au bout de quelques pages je deviens un écrivain exécrable. Je suis bon pour les flashes, les textes courts… Tu me diras demain. ».
Lourde responsabilité que de lire le manuscrit d’un auteur qu’on connaît. Stephen n’est pas facile à lire, la densité des acrobaties logiques exige une attention soutenue à chaque mot, en présence permanente d’un indicible autour duquel il tourne, l’abordant effectivement par flashes sous des angles divers. À part « Éveil », dont la teneur poétique infuse m’avait transporté, j’avais eu parfois du mal à finir les deux ou trois de ses livres qui m’étaient tombés sous la main. J’ai donc ouvert son manuscrit. J’ai d’abord retrouvé sa manière, à la fois provocateur, gouailleur et infiniment stylé, où les affirmations les plus provocatrices jouaient avec une auto-dérision permanente. Mais bon… j’avais déjà « compris » de quoi il retournait (croyais-je), et je survolais ça tout en acquiesçant, sans surprise… jusqu’à une page, qui retourna la situation comme un gant.

Il y décrivait le processus d’apparition des pensées - que je connaissais intellectuellement pourtant sous tous les angles - mais là, il sut m’impliquer dans cette vision-tunnel où la pensée est pensée par une pensée qui la contient, qui aussitôt est elle-même pensée par une autre qui la contient, mouvement en poupées russes ouvrant au vertige. Sauf que là, ce n’était plus un processus logique lu sur une page, mais - comme en perpendiculaire à la page devant moi - la pensée de cette page s’ouvrait à la pensée de moi en train de la lire, qui s’ouvrait à la pensée de moi en train de penser tout cela, etc…
Cette soudaine actualisation du texte au présent sensible me fit rire : je voyais ma pensée arriver de je ne sais où, me traverser « physiquement » comme la bulle traverse le champagne, et disparaître dans l’éclosion spontanée d’une autre, où je me voyais moi-même en train de vivre cela et donc aussitôt une autre, où je me voyais en train de me voir voyant tout cela… Et cette ouverture verticale (que la logique ne peut que réduire en suite stérile de pensée de la pensée de la pensée, etc. ), vécue comme se démultipliant par elle-même comme un espace intérieur allant d’ouverture en ouverture, me fit rire… et rire encore, et encore. La pensée du rire démultipliait le rire, et j’ai ri comme jamais encore je n’avais ri : ri de moi-même, du jeu roublard que je me jouais en me prenant pour telle ou telle pensée, de la nature humaine, de l’étendue cosmique de la farce « individualité », de la liberté soudaine éprouvée, radicale, indéracinable… rire de bon cœur de voir l’Illusion des illusions, rire librement, de rire, de vivre, de respirer. Je voyais, j’entendais, me voyais voir, m’entendais entendre, et cela depuis un lieu aussi intime qu’infiniment vaste, qu’aucun rire jamais ne pourrait combler, car il est la source vive de tous les rires. Je me suis endormi ravi. 

Le lendemain, je lui ai rendu le manuscrit : « - Alors ? - Ça marche ! » Il m’a lancé un clin d’œil, l’air d’un gamin aux anges. On n’en a pas reparlé, il y avait bien plus important : on a passé l’après-midi midi aux puces de Clermont, rayon vêtements, où il se transforma soudain en fureteur-connaisseur parfaitement concentré, tout content de rapporter un manteau Cardin à un prix dérisoire. Stephen était aussi élégant et exigeant en vêtement qu’en paroles.
Je l’ai revu quelques fois à Paris, où des amis se réunissaient (entre autres, le musicien Michel Deneuve qui composa la musique d’une de ses vidéos, ainsi que le voyageur du désert, peintre et musicien Daniel Popp) : il était un hôte charmant, attentif, d’une politesse exquise. Étrangement, lorsqu’il est mort, malgré l’amitié qui s’était tissée entre nous, je n’ai éprouvé aucun sentiment de perte : ce qu’il m’avait transmis ce soir là est imperdable, c’est la clef. Avant ? Après ? Le temps n’a aucune prise sur ça. Me restait juste à apprendre à m’en servir. Me faudra quand même le temps d’apprendre à renoncer aussi à cette volonté là : suffit de laisser opérer tout ça tout seul : il n’y a ni clef ni serrure, car il n’y a pas de porte, c’est ouvert 24/24. 😉 (Salut Steve, ça marche toujours !)

Dominique Bertrand 

- quelques minutes d’entretiens au Québec (laisser ses certitudes à l’entrée) :

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vendredi 9 janvier 2026

Observation !


Vous est-il déjà arrivé de vous asseoir calmement, les yeux fermés, et d'observer le mouvement de vos pensées ?
Avez-vous déjà observé votre esprit à l'œuvre, ou plutôt, votre esprit s'est-il observé lui-même, juste pour voir quelles sont vos pensées, quels sont vos sentiments, comment vous regardez les arbres, les fleurs, les oiseaux, les gens, comment vous réagissez face à une suggestion ou à une nouvelle idée ?
L'avez-vous déjà fait ?
Si vous ne le faites pas, vous manquez beaucoup de choses.
(Think On These Things)

☯️
Un homme sérieux est celui qui est vraiment, totalement engagé dans l'investigation de sa propre vie : ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas, ce qu'il pense. L'existence entière. Un tel engagement, complet, total, c'est cela une personne sérieuse.
(Talk 1, Bangalore, 5 January 1974)
☯️
Pour observer vos pensées secrètes, vos motivations cachées, vos peurs insoupçonnées, les espoirs, les chagrins, les aspirations, les motivations profondes — pour les découvrir, pour les faire remonter à la surface exige un esprit extraordinairement vif. Et l'esprit n'est vif que lorsqu'il est calme.
(The New Mind)
☯️
Se regarder en face est très difficile car nous voulons nous échapper de nous-mêmes.
(Talk 1, New Delhi, 15 December 1966)
☯️
Nous avons peur de nous connaître car nous nous sommes divisés en "bien" et en "mal" : le noble et le méchant, le pur et l'impur. Le "bien" juge sans cesse le "mal", et ces fragments sont en conflit permanent. Ce conflit est douloureux.
☯️
La forme la plus élevée d'intelligence humaine consiste à s'observer soi-même sans jugement.
~ JIDDU KRISHNAMURTI

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jeudi 8 janvier 2026

Dieu m’a inondé de bienfaits...

 Gilles Farcet : "Pourquoi ne pas, sans rien nier du tragique, sans même s'interdire de demander, prendre la mesure de tout ce que nous avons reçu et recevons ?"

Cette nouvelle vidéo de Gestion des Restes (filmée l'été dernier pendant notre petite tournée) le propose :

Tu le vois dans le bleu du ciel
Tu le vois quand une femme est belle
Tu l’entends dans les contrechants
Dans les pleurs d’un petit enfant
Tu le goûtes dans un fruit mûr
Tu le respires dans l’air pur
Tu le sens omniprésent
Tu le captes au coeur du vivant
Dieu m’a inondé de bienfaits
Je sais
Et je les lui rendrai
Je l’ai vu briller dans la nuit
Dans les étoiles à l’infini
Je l’ai dégusté dans ce vin
Je l’ai senti dans ce parfum
Je l’ai deviné dans l’eau bleue
Dans le crépitement du feu
Je l’ai reconnu dans ton regard
Je l’ai pressenti
Dans la douceur du soir
C’est vraiment fou
Si fort si doux
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mardi 6 janvier 2026

Au cœur de l’existence, l’essence

 

La vigilance, qualité naturelle d’attention du corps vivant, est une présence au réel par la sensation. Vivre dans cette attention ouverte et inclusive ne demande pas de rajouter des surplus à l’existence : plus de sensations, fortes si possible, plus d’expériences, plus de variété dans nos activités. Cette recherche du toujours plus ne nourrit que le faire et le paraître à la surface de nous-mêmes mais reste vide de sens quant à notre relation à l’être profond que nous sommes. L’Être n’est pas quelque chose, Être est une action : c’est ce que je fais, sens, vis et ressens en tant que Personne.

Ce terme de Personne est très important pour Dürckheim, qui emploie ce mot pour qualifier un être humain devenant conscient de sa vraie nature, de son appartenance à la « Grande Vie », et pas seulement un individu mené par le moi existentiel et ses performances dans le monde : avoir plus, savoir plus, pouvoir plus.

La pleine attention sensorielle au réel affine le sentir, le goût du vrai soi-même, rafraichit notre rapport à l’ordinaire du quotidien et donne un sens plus intérieur, plus intime à notre existence.

Ainsi, tout au long d’une journée, il y a ce que je fais et comment je le fais ?

Ce « comment » est le domaine de l’être : plutôt crispé ou détendu ? Fermé ou ouvert ? Dans un rythme juste ou précipité ?

Ce que je suis en train de faire, qu’est-ce que cela me fait ?

Suis-je en contact avec ce que je sens et ressens ?

Suis-je toujours désireux de vite passer d’une activité à une autre ?

Suis-je toujours intérieurement dépendant de la situation extérieure ?

Bien des aspects de sécurité et de maitrise de notre existence sont illusoires et nous éloignent de notre profondeur, du vrai point d’appui de notre existence - Être-, source intérieure d’indépendance, de stabilité et de force d’être soi au sein des activités mondaines. D’où cette question récurrente de Dürckheim : « Quand allez-vous cesser de fuir l’essentiel ? » L’essentiel ? Je suis un être vivant porté par la vie, et chacun de mes gestes me rapproche ou m’éloigne de cette profondeur.

Revenir à l’essentiel, c’est se confier au calme intérieur qui nous attend au cœur de nos existences.

Est-il juste de vivre toujours inquiet, agité, angoissé, fatigué, de vivre dans la fuite en avant ? De vivre constamment dans un esprit de possession ?

Lâcher prise du besoin de faire, de contrôle, d’acquisition, ne peut pas être une action volontaire que « Moi » je peux faire.

«Le lâcher dont il s’agit sur la Voie et un -se confier-» disait Maître Eckhart.

La voie du zen nous invite à porter notre attention sur une attitude plus juste, juste parce qu’en contact avec ce qui nous soutient en profondeur, notre être essentiel, tout en étant pleinement investis dans nos activités existentielles. Ce « plus juste » est le domaine corporel du geste et de la sensation, de notre manière d’être, de ce que je fais et comment je le fais.

« S’exercer, c’est développer l’intuition de ce qui est juste » nous dit Dürckheim, aussi bien dans la pratique d’un exercice spécifique que dans un quotidien vécu comme exercice, afin de sentir que « l’extraordinaire se cache au cœur de l’ordinaire ».

L’exercice spécifique, c’est reprendre za-zen tous les matins, une activité qui, extérieurement, peut sembler stricte et sévère, mais qui révèle une vie intérieure foisonnante. Pratiquer za-zen est stérile si ne se dévoile pas une intériorité riche de cette vérité : enfin je m’abandonne à ce qui ne dépend pas de moi, à la source de mon humanité : « Quel mystère, j’inspire … j’expire…et moi, je n’y suis pour rien !

L’exercice, c’est aussi affiner encore et encore notre relation à l’Essence - ce qui intérieurement nous porte, nous soutient - dans les activités du quotidien, en renouvelant l’attention au tout simple par la pratique des quatre attitudes dignes - marcher, être debout, être assis, être allongé – et découvrir qu’un « exercice que l’on fait tout le temps n’est plus un exercice, c’est une autre manière d’être au monde. »


Nous reprenons un même exercice, un même geste, afin de goûter la Personne que nous devenons.

Une Personne consciente de sa complétude, de son unité avec l’être essentiel qui la porte et la nourrit, mais aussi consciente de son appartenance à l’existence. « Un homme qui se dit spirituel et qui n’a pas de contact avec la matière est quelqu’un dont on peut douter » nous rappelle Dürckheim.

Dans le zen, nous ne multiplions pas les exercices, mais nous reprenons un seul exercice, nous portons une attention de plus en plus fine à nos actions quotidiennes les plus banales, afin de sentir ce qui nous anime en profondeur : souffle, renouvellement de la forme et de la tenue, relation à nous-mêmes et au monde réactualisée sans cesse.

Un geste est une action unique, une création de l’instant, qui nous ramène constamment au processus de transformation voulu par la vie et animé par la loi universelle de l’impermanence : tout change tout le temps.

Une loi naturelle dont l’ego ne veut pas entendre parler, cherchant à se fixer dans des acquis, des croyances ou des postures. Le souffle, premier geste vital, infaisable, nous montre le chemin de cet abandon à la Grande Vie, source de la pleine confiance.

Joël PAUL

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lundi 5 janvier 2026

Lune du Loup

 Attention, elle est là.

LUNE DU LOUP
On pense que la pleine lune de janvier a été appelée Lune du Loup parce qu’il était plus probable d’entendre les loups hurler à cette période de l’année. Longtemps, on a cru que ces hurlements étaient liés à la faim hivernale. Nous savons aujourd’hui que ce n’est pas le cas.
Les loups hurlent pour d’autres raisons :
délimiter leur territoire, localiser les membres de la meute, renforcer les liens sociaux, se coordonner pour la chasse. Le hurlement est avant tout un langage — collectif, structurant, vital.

Une version issue des traditions amérindiennes est particulièrement intéressante. Les peuples autochtones d’Amérique du Nord considéraient le loup comme un animal totem, à la fois craint et profondément respecté. Lorsque arrivaient les nuits glacées de janvier, la pression augmentait : il fallait se nourrir, protéger la meute, parfois des petits, dans un contexte de ressources limitées.
Les campements humains se protégeaient par des feux, mais les hurlements nocturnes restaient impressionnants. C’est dans ce contexte que la première pleine lune de janvier aurait pris le nom de Lune du Loup.
Un autre nom, la Lune Centrale, utilisé par les Assiniboines des Grandes Plaines du Nord, fait référence au fait que cette lune marque approximativement le cœur de la saison froide.
De nombreux noms traditionnels mettent d’ailleurs l’accent sur la rudesse de l’hiver :
– Lune Froide (Cree)
– La lune qui explose de givre (Cree)
– Lune Gelée (Algonquin)
– Lune Sévère (Dakota)
– Lune Dure (Dakota), en référence à la neige durcie en croûte
D’autres appellations ont également été recensées :
la Lune de la Bernache (Tlingit), la Grande Lune (Cree), la Lune des Salutations (Abenaki de l’Ouest) et la Lune de l’Esprit (Ojibwe).
Une lune de seuil. Une lune de résistance. Une lune qui rappelle que, dans le froid et la nuit, la survie passe par le lien.


Irina Andryushchenko Basquin
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dimanche 4 janvier 2026

Point fixe

 

C'est un point
où rien n'existe
où tout est déjà là quand même
on est réuni
*
C'est là où chacun
peut se rassembler
et d'emblée se réconcilier
avec soi-même
*
Dans le dehors on est dedans
c'est comme une porte
qu'on ne voit pas
qu'on ne pousse pas
une porte
qui ne serait ni ouverte
ni fermée
mais une porte
qui se franchirait sans cesse
qui se confond
avec nos corps
Claudine Bohi - Point fixe
Peintures : Germain Roesz et Anne Slacik
Éditions L'Ail des ours

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samedi 3 janvier 2026

Hommage à Francis Hallé

Francie Hallé est décédé à la Saint Sylvestre, lui qui aimait tant les arbres !



“ À quoi sert le beau ? Qu’est-ce qu’il signifie ? Dans les forêts tropicales, j’ai réfléchi à ça puisqu’on est entouré de belles choses. Ma conclusion, au moins provisoire, c’est que la beauté est la preuve de l’évolution a bien fonctionné et que le résultat est parfait.”

Et je constate que l’émerveillement, à mesure que les années passent, prend de plus en plus d’importance. J’en suis à prétendre que la beauté devrait faire partie intégrante de la biologie et de l’écologie 

J’ai souvent été en colère. Je me souviens particulièrement d’une altercation avec un autre chercheur qui me disait que la beauté n’était pas mesurable. Je lui avais répondu : « Et ton intelligence, tu crois qu’elle l’est ? » C’est quand même une vraie question : pourquoi la science se résumerait à ce qui est mesurable ? Qui a décidé de ça ? Quand j’ai découvert les forêts primaires, la beauté m’a sauté aux yeux. Là-bas, si tu as une empathie pour le monde végétal, l’émerveillement est permanent. Tu ne peux pas l’ignorer. Pour ma part, je crois que c’est le dessin qui m’a sauvé. Il exige une attention, un regard, de l’imagination. Ça a été une méthode très efficace pour me débarrasser de l’approche réductrice de certains scientifiques.

« L’être humain peut-il coexister avec une nature intacte sans l’abîmer ? Nous devrions en être capables, mais il nous reste à le prouver »

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vendredi 2 janvier 2026

En guise de vœux

 2026

pourquoi pas, si vous le dites
reste que ce chiffre
sonne creux
à mon oreille interne
à son tempo à elle
Ce pourrait tout aussi bien
être 2056
Photo personnelle
2090
1836
alors oui
le temps existe
bien pratique unité de mesure
7 h 50
au moment où j’écris
m ‘indique la montre
jeudi
me dit le calendrier
tandis que l’agenda m’annonce
à quoi il est prévu
que j’occupe le vendredi
le cœur déverrouillé pourtant
fait peu de cas du temps
l’œil
lampe du corps
éclaire
une dimension atemporelle
bien des morts sont présents
nombre de soi disant vivants
déjà morts
contemporain
de mon enfance
de ma jeunesse
comme de ma vieillesse
apparu bientôt disparu
entre temps
si pleinement
partie prenante
de l’instant
je me recueille
devant la dépouille
de mes amis défunts
l'un puis l'autre
déjà loin
la fermeture de leur cercueil
muée en improbable rite
l’employé des pompes funèbres présentant à l’autre
les vis
telles des reliques disposées
en un panier
Dessin de Etienne Appert
vêtu de pourpre
le chagrin est là
à sa place
vu depuis le promontoire de l’esprit
les vis ont déjà sauté
les justes se sont levés
les méchants précipités
là où il y a pleurs
et grincement de dents
le cauchemar de l’histoire se dévide
péripéties répétitives
quelques variantes de surface
juste pour produire l’illusion
les jours se fondent
je veux veiller
moi si gourd
si inconsistant

Gilles Farcet

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jeudi 1 janvier 2026

Aujourd'hui !



« Kawahara, qui ne parle pas beaucoup, a dit :

"Qu'est-ce que ça peut faire si les fleurs se fanent ?

Il suffit qu'elles tiennent aujourd'hui." »

Inaba Mayumi, La péninsule aux 24 saisons

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Parce que se préoccuper déjà de « ce qui sera » alors que, « ce qui est » n’en est même pas encore à « n’être plus », revient à se précipiter de vivre par mort anticipée.

Alors, entre d’un côté, les rétrospectives de l’année sur le point de se clore et, de l’autre, les projections de l’année qui s’apprête à éclore,

Que chacune et chacun d’entre nous puisse honorer la flamme vivante – tantôt puissante, tantôt vacillante – dressée et dansante au cœur de soi à laquelle,
quels que soient les passages de relais et les transitions traversées,
nous pouvons à tout instant nous relier pour nous soutenir et nous orienter de la façon la plus juste dans les quêtes et cheminements qui sont les nôtres.

Et, qu’ils soient stables ou fluctuants, quels que soient les diamètres et les couleurs de notre cercle,
quels que soient tout ce dont il est constitué, ce qui s’y fait, ce qui y fond, ce qui en fuit,
puissions-nous à tout instant y reconnaître le centre et l’axe vivants qui d’instant en instant se cherchent et se trouvent en nous.

Marie Ghillebaert

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« Au cœur de notre vie si fragile, partout menacée par la destruction, il existe en nous, en amont de chaque dérive temporelle, un lieu lumineux de la toute-confiance. […]
De ce lieu intime de la toute-confiance émane une clarté qui, à partir du centre secret de notre âme incarnée, pénètre, soulève et guide vers l’avenir, en dépit de tous les obstacles de la vie présente, le moi chancelant dont nous nous faisons le porte-parole doublement précaire. Nous y buvons ensemble, comme à une source de vie cachée, le souffle du futur infini :
« Par-delà tout le mal
Et plus haut que la nuit »
Claude Vigée, Danser vers l’abîme

« À chaque jour suffit sa peine.
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ;
car le lendemain aura soin de lui-même. »
Matthieu 6:34

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Claude Le Moal, La véritable histoire d’Adam et Eve enfin dévoilée, tome 1

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