dimanche 26 avril 2026

Zaz : « Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée »

En 2025, Zaz a sorti « Sains et saufs » chez Tôt ou tard. Réédité le 27 mars 2026, ce sixième album marque une nouvelle étape dans la vie de la chanteuse française à la renommée mondiale : une entrée dans une vérité de soi plus profonde, libérée des addictions et de la volonté de plaire.

En 2020, après avoir attrapé le Covid, j’ai décidé de faire un jeûne ; j’avais appris que cela pouvait « réinitialiser » le système immunitaire. J’ai surtout arrêté toutes les addictions : le café, les cigarettes, l’alcool. C’était si dur… Mais de jour en jour, je me sentais de mieux en mieux. Je renouais avec une espèce de lucidité sur la vie, une sérénité. À ce moment, j’ai pris conscience que j’agissais jusque-là comme une super-héroïne : je voulais changer le monde, c’était ancré très profondément en moi.

En construisant mon album Isa (Parlophone, 2021), et plus encore Sains et saufs (Tôt ou tard, 2025), j’ai donc fait le choix de sortir de la recherche de perfection pour prendre du plaisir, m’amuser. J’ai testé plein de trucs, dans les textures, dans les voix. J’ai lâché quelque chose, peut-être l’envie de plaire. Je me suis présentée comme je suis.

Le choix de la vie

Je m’appelle Isabelle Geffroy. Je suis née le 1er mai 1980 dans la banlieue de Tours (Indre-et-Loire). Mon père était dysfonctionnel : très alcoolique, mentalement pas sain. Ma mère, dépressive. Comme tous les enfants, je pensais que c’était de ma faute si mes parents n’allaient pas bien. Alors, j’ai voulu les sauver, mais à 13 ans, déjà très curieuse, je me suis mise à la drogue, j’avais envie de tout tester.

La communication avec mes parents est devenue compliquée. Plus personne ne me tenait. Je suis allée en pension, puis en foyer, et à chaque fois je me suis fait virer. La juge pour enfants m’a alors envoyée vivre à Bordeaux (Gironde) chez ma sœur, de neuf ans mon aînée – j’ai un frère qui a quatre ans de plus que moi. J’avais 15 ans. L’école, j’y allais ou je n’y allais pas. Tout était très chaotique. Mais j’avais en moi, depuis l’âge de 4 ans, cette intuition que si j’étais venue sur terre, c’était pour une raison précise. Que je serais chanteuse et que je serais connue.

Ma mère m’avait inscrite au conservatoire, puis à des cours de chant, mais le côté académique m’ennuyait beaucoup. J’ai toutefois pu apprendre à jouer du violon, du piano, et développer une très bonne oreille. Quand je chantais – et je chantais tout le temps –, cela me procurait des émotions : de la tristesse, de la joie. Et, d’un coup, je me connectais aux humains. Enfin ! C’était si difficile avant, pour moi : il fallait décoder tout un tas de psychismes différents.

J’avais 20 ans quand mon ancien petit copain s’est fait assassiner. Cela a été comme un déclic. Moi, j’étais vivante. J’avais encore le choix : la mort ou la vie. Cela ne dépendait que de moi. Grâce à la mission locale, j’ai obtenu une aide financière du conseil régional pour une formation à Bordeaux, au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam). J’y suis entrée en 2000. Il y avait des scènes ouvertes, des ateliers… et j’avais un cadre, une structure. J’ai intégré mon premier groupe de blues. À la fin de la formation, j’ai répondu à une petite annonce pour intégrer un orchestre au Pays basque. J’ai été retenue. Puis, j’ai intégré un groupe de composition en français et espagnol, donné des cours de musique dans une Maison des jeunes et de la culture (MJC)… J’ai toujours eu cette folie d’y aller, et d’y aller à fond.

Retrouver le contact

J’avais une copine qui habitait Paris. Quand je lui rendais visite, j’étais toujours excitée par cette ville. Je voulais « monter à la capitale ». « Tu vas perdre ton intermittence », me disait-on. Mais il fallait que je le fasse. J’agis à l’instinct, pour être cohérente avec moi-même, pas pour l’argent. La vie m’a montré qu’à chaque fois que je faisais preuve d’audace, il y avait quelque chose de mieux, derrière, qui m’attendait. Cela n’empêche pas la peur. J’étais terrifiée quand je suis arrivée à Paris, à 26 ans. J’ai débuté Aux trois mailletz, un cabaret, entre minuit et 5 heures du matin… Puis j’ai atterri dans un autre endroit où je chantais deux fois par semaine.

Un jour, je suis sortie fumer une clope. Un homme est venu vers moi et m’a lancé : « Je t’ai entendue. Est-ce que cela te dit d’aller chanter à Vladivostok ? » J’ai alors appris que cet homme était le directeur de l’Alliance française de cette ville en Russie, Cédric Gras. Je suis partie avec un pianiste, en plein mois de décembre. C’était complètement dingue. Il faisait – 25 °C. Je reprenais des éléments du répertoire de la chanson française et quelques chansons à moi. J’avais déjà mon nom de scène : Zaz. Pour moi, c’est le symbole de l’infini, du serpent qui se mord la queue. Ce qui meurt et renaît sans cesse. C’est un peu moi. Je suis sans cesse en train de mourir et de renaître.

Je suis issue d’une famille catholique mais je ne suis pas allée au catéchisme. Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée. Je me disais que je ne pouvais pas vivre autant de trucs horribles s’il y avait un Dieu. J’étais fâchée avec lui, en tout cas avec ce que j’imaginais être Dieu. Je voyais juste que j’étais en galère, que je n’étais pas aidée, ni dans le concret, ni dans l’invisible. Je me suis même fait tatouer une croix à l’envers – je l’ai refaite à l’endroit. À 20 ans, je suis tombée dans un trou. Mais, étonnamment, il y avait toujours ce je-ne-sais-quoi en moi, cette présence. J’ai compris que c’était à moi de retrouver le contact. Que rien n’avait jamais été contre moi. J’ai alors voulu tout savoir sur les religions. Je me suis mise à bouquiner, énormément.

Après la Russie, je n’avais plus de boulot. Je chantais dans la rue, avec des amis. Un jour, nous avons trouvé un endroit à Montmartre. Nous faisions du folklore et cela collait parfaitement au quartier. Tous les peintres nous ont accueillis. Une foule de gens s’arrêtaient pour nous écouter, certains pleuraient. On me voyait comme « une gamine à la Piaf ». Jusqu’au jour où j’ai participé à un concours. Je suis arrivée en finale, à l’Olympia, et… j’ai gagné. J’ai alors enregistré un album tout en continuant à jouer dans la rue. Mes chansons commençaient à passer à la radio. Je veux a fait un carton, y compris dans d’autres pays, notamment en Allemagne mais aussi en Amérique latine, et à l’Est…

Qui je suis vraiment

À 30 ans, je touchais à la notoriété. On m’adorait ou on me détestait. Je vivais un rêve alors je ne voulais pas me plaindre, je voulais tout donner à ceux qui m’aimaient. Je n’ai pas mis de limites. L’alcool n’a pas aidé. Il était constamment là, comme les clopes. J’ai beaucoup travaillé sur moi, suivi des thérapies. Mais m’arracher à l’alcool, je n’y arrivais pas. En 2018, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Quelqu’un d’hyperdoux, de calme, de compréhensif. Pour moi, c’était l’occasion. J’avais envie de construire. Je désirais aussi savoir qui j’étais vraiment, sans artifice, sans alcool, sans cigarette. J’ai arrêté du jour au lendemain, en 2020, grâce au jeûne.

En parallèle, j’ai réalisé que je n’avais pas la main sur ce qui était extérieur à moi. Quoi que je fasse, le monde ne changerait pas. J’ai compris que je m’étais trompée : il fallait que je change, à l’intérieur. Ce n’était pas mon nom d’artiste que je devais modifier, comme je l’avais songé un temps, mais ce que j’avais mis dedans. Je me suis alors résolue à prendre soin de moi, à appliquer à moi-même tout ce que je voulais faire aux autres. À partir de là, mes relations se sont transformées, mon rapport au monde aussi. J’ai commencé à poser des limites. J’ai préparé l’album Isa. Et puis, mon père est mort. Sa mort a ouvert une autre porte.

Cet album, ce dernier, je l’ai appelé Sains et saufs parce que malgré tout ce que j’ai enduré, je suis saine et sauve. J’écris des chansons pour qu’elles s’adressent à d’autres, les rejoignent. Les chansons sont universelles, voilà pourquoi j’ai choisi le pluriel. Ce n’est pas mon album, mais le nôtre.

Dedans, je parle du pardon, je m’adresse à Dieu. Il est une intelligence qui m’accompagne. J’ai toujours eu le sentiment d’une présence auprès de moi. Aujourd’hui, je médite, cela me permet d’aller dans un espace qui est, pour moi, la source. Là, il n’y a plus de mental. Même si parfois je doute, je sais que j’ai dû traverser toute mon histoire pour incarner ce que je dois incarner aujourd’hui. Ces épreuves, je les ai vécues, et donc je peux en parler. Sans elles, je ne chanterais pas comme je chante. Il y a encore des trucs que je n’arrive pas à régler. Ce n’est pas parfait et cela ne le sera jamais. Mais je veux transformer les choses, pour plus de liberté. Et pour plus de conscience. Nous sommes sur terre, et nous sommes privilégiés pour cela. Cela ne dure pas longtemps. Alors, allons-y quoi. Vivons !


Les étapes de sa vie

1980 Naissance d’Isabelle Geffroy à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire).

2000 Formation au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam), à Bordeaux (Gironde).

2009 Zaz remporte la finale de la troisième édition du concours le Tremplin Génération de France Bleu/Réservoir qui se tient à l’Olympia.

2010 Sortie de l’album Zaz. Buzz de la chanson « Je veux ».

2020 Arrêt de l’alcool, du tabac et du café.

2021 Sortie d'Isa.

2025 Sortie de Sains et saufs, entrée au label Tôt ou tard.

2026 Réédition de Sains et saufs, tournée mondiale.

Interview Isabelle Demangeat

Source : La Vie

samedi 25 avril 2026

Etre un jardin ou la mer...

J'ai joué mon ombre
regagné mon corps au bord d'une prière
quelque chose penchait
devant moi
ou l'intérieur de moi
c'était comme une échelle
appuyée contre un mur bleu
c'était à peine visible
un trait de lumière entre la peau
  et le pull-over
une joie qui gagnait du terrain
arrondissait les bruits, les cailloux
  et tirait mon écharpe
vers la mer








Aujourd'hui le ciel avance tout seul
je cherche un mot
de l'eau sauvage
pas grand chose
comme un cheval
j'ai attaché mon silence à l'amandier
je suis à l'intérieur des heures
et ce que je traverse m'accomplit
j'ai trouvé un arbre brillant
comme la peau d'un phoque
après le soleil
sur la route du retour
j'ai prié pour vivre encore

demain: mon rire
sera un jardin

Extraits de
Coralie Poch - Et je pourrais aussi être la mer
Ed. L'ail des ours - 2026 - 8€

---------------------- photo du jardin réalisé avec le sourire

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vendredi 24 avril 2026

Tao ?

 Dans le Tao Te King, Lao-Tseu ne donne pas une définition figée du Tao, car il affirme d'emblée que le Tao ne peut pas être défini par le langage. Il le décrit plutôt par ses attributs, sa fonction et ses manifestations paradoxales.


Voici les traits essentiels qui caractérisent le Tao dans le texte :
1. L'inexprimable (L'Absolu)
​Le Tao est situé au-delà des mots et des concepts. Dès le premier chapitre, Lao-Tseu explique que si l'on peut nommer une chose, on limite sa nature. Le "Tao éternel" est une réalité fluide, sans forme et indescriptible.
​2. La Source (L'Origine)
​Le Tao est le principe créateur, la matrice qui précède l'univers.
​Le Vide primordial : Il est souvent décrit comme un vide qui n'est pas "rien", mais une potentialité infinie.
​La Mère de toutes choses : Il est l'unité dont découle la multiplicité du monde (le ciel, la terre et les dix mille êtres).
​3. Le Non-Agir (Wu Wei)
​Le Tao n'agit pas de manière volontaire ou forcée. Il est le modèle de l'action sans effort :
​Spontanéité : Le Tao agit en se laissant être. Il ne force rien, il laisse chaque chose suivre sa propre nature.
​Souplesse : Dans les chapitres 76 et 78, Lao-Tseu compare le Tao à l'eau. L'eau est molle et faible en apparence, mais elle est capable de venir à bout de ce qui est dur et fort. Le Tao triomphe par la douceur.
4. L'impartialité (L'Indifférence bienveillante)
​Le Tao ne possède pas de moralité humaine ou de préférence. Le chapitre 5 le dit explicitement :
​« Le ciel et la terre ne sont pas humains ; ils traitent les dix mille êtres comme des chiens de paille. »
​Cela signifie que le Tao est parfaitement impartial. Il soutient la vie sans s'attacher aux résultats, sans juger, et sans posséder ce qu'il crée.
​5. Les caractéristiques paradoxales
​Lao-Tseu utilise souvent des paradoxes pour aider l'esprit à concevoir le Tao :
​Il est "le plus grand" tout en étant "le plus infime".
​Il est "invisible", "inaudible" et "insaisissable".
​Il est le "retour" : tout ce qui est en mouvement finit par revenir à sa source, le Tao.
En résumé :
Le Tao est une loi naturelle, un flux ou une dynamique universelle. C'est le chemin de la simplicité et du retour à l'état originel, où l'individu, en harmonie avec ce flux, n'essaie plus de dominer le monde mais s'y intègre parfaitement.

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source : article FB

jeudi 23 avril 2026

Mystère bleu.

 

"Bleus de la profondeur,
Nous n'en finirons pas
d'interroger votre mystère.
L'illimité n'étant
Point à notre portée,
il nous reste à creuser, ô bleus
Du ciel et de la mer,
Votre mystère qui n'est autre
que nos propres bleus à l'âme."
François Cheng - La vraie gloire est ici
peinture: Leon Spilliaert 1884-1946
Sea scape with white sails 1922

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mardi 21 avril 2026

"Demain, c'est maintenant"

Hier, j'ai accompagné un ami poète. C'était la cérémonie d'enterrement de Pierre Dhainaut décédé le 14 avril à 90 ans. 

- Au revoir le souffle poétique que tu nous partageais par vague lumineuse à chaque rencontre... Et ta voix et ton écoute profondes.



(Vert pâle, la couleur...)

Vert pâle, la couleur, ou vert tendre, à quoi 

servirait-il de la définir quand tu la rencontres
la première fois cette année ? Couleur est vie
voulant plus que la vue : les bourgeons
resurgissent, ils s’allongent, ils pèsent,
ils ne pèsent pas, le vert pâle, le vert tendre, 
réjouis-toi d’être inapte à répondre
avant de parcourir le seuil sous la glycine,
renonce à demander où tu te rends.





Des pierres, que signifie pour des pierres
perdre haleine ? En si petit nombre 
nos tournures, cela n’est que cela,
un son qui sort d’un son, le réintègre, 
et ce que l’on prend pour des stèles 
compactes, la douleur aussi les perfore.
Venir, venir en aide, ravager le spectacle, 
prendre sur soi le mal, quelques mots, 
ânonnés, dégageront la route.

Pierre Dhainaut
Et pourtant, Éd. Arfuyen, 144 p., 15 €

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lundi 20 avril 2026

Cataclysme

 

jeune
je croyais
que Dieu m’accorderait des passe droits
sur la foi de ma seule bonne mine
je croyais
que mon culot
associé à mon innocence
emporteraient le morceau
me garantissant
une sorte de Noël permanent
J’imaginais
que la pointe de mon discernement
cisaillerait les couches et sous couches
constitutives du Vieil Homme
je comptais
sur la constance de ces fées
qui un temps, c’est vrai, me portèrent
j’avais le sens de l’essentiel
mais me le figurais à l’abri
des turbulences de ce monde
et des crucifixions banales
je voulais ignorer
qu’il allait s’agir de payer
de toujours davantage
faire face
de ne s’extraire
des tortillements du moi
que pour se faire chaque jour plus poreux
au cataclysme continu
des uns, des autres,
y compris du pauvre type
que l’on désigne par mon nom
je faisais le malin
en toute naïveté
aujourd’hui, Seigneur
je ne fais plus le fier
aux premières loges
j’ai vu la déconfiture
d’un paquet de parleurs
qui pourtant portaient beau
mon œil retaillé
pour une vision crue
cet œil nouveau a vu
la vanité des édifices
des gloses ivres d’elles-mêmes
il a vu la pauvreté
sous les hermines d’éveil,
les apparats de sagesse,
il a vu
la vacuité des pleines consciences
il a mesuré la misère
sous les coups de peinture vite faits
je n’ai rien renié de mes rêves de jeunesse
me suis simplement bon an mal an
acquitté de la redevance
pour qu’ils deviennent réalité
c’est juste que la réalité de mes rêves
diffère sensiblement de leur version onirique
bien plus belle en somme ,
mais si terrible
l’actualité imparable
de la non séparation
pas un promontoire
de béatitude imbécile
mais un nivellement par le haut
à ras d’humanité
la laborieuse dissolution du moi
laissant apparaître
non pas " personne "
mais la personne ,
incarnation du mystère
alignée
sur l’inassimilable douleur de l’ensemble
l’émerveillement
la gratitude,
la dilatation de la poitrine
chevillées au corps de souffrance
Le miel sur la lame de rasoir
Le ciel solidaire de la terre
Gilles Farcet




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dimanche 19 avril 2026

Choisir

 LA SPIRITUALITÉ NE NOUS ÉPARGNE PAS. ELLE NOUS APPREND À CHOISIR

Il y a une attente sourde chez beaucoup de cheminants spirituels : que comprendre suffise à alléger. Que voir les choses clairement permette de ne plus les subir. Que l'éveil soit une sorte de sortie de secours.
Mais ce qui se passe est plus étrange et plus exigeant.
La pratique ne désamorce pas les obstacles.
Elle modifie le terrain sur lequel on les rencontre. Et progressivement, elle rend visible quelque chose qu'on préférait ne pas voir : une grande partie de nos souffrances ne nous tombent pas dessus. Nous les reconduisons.
Pas par masochisme. Par habitude. Par familiarité avec ce qui nous épuise.
Il y a des difficultés qui ne mènent nulle part. Les disputes qu'on rejoue pour ne pas affronter quelque chose de plus profond.
Les liens qu'on maintient parce que les rompre engendrerait des conséquences, souvent supposées, que nous ne sommes pas prêts à assumer.
Les résistances qu'on appelle des principes. On s'y abîme, mais elles ont la forme rassurante du connu.
Et les autres difficultés. Celles qui demandent quelque chose de réel : un renoncement, un positionnement, une rupture avec une image de nous-mêmes. Elles ne sont pas douces. Souvent, elles sont bien plus déstabilisantes que les premières. Mais elles ont une orientation. Quelque chose se transforme pour de bon dans celui ou celle qui les traverse.
La tradition taoïste parlerait ici de 辨 (biàn) — le discernement, la capacité à distinguer. Non pas le bien du mal, mais le fécond du stérile. Ce qui nourrit le mouvement, le vivant en nous, de ce qui l'entrave sous des apparences de profondeur.
Ce déplacement-là ne se fait pas une fois pour toutes. Il se refait, à chaque carrefour.
Choisir l'inconfort qui structure plutôt que celui qui disperse.
Tenir une direction même quand elle coûte.
Cesser de spiritualiser ou de rationaliser ce qui demande simplement du... courage.
Le critère change. Ce n'est plus "est-ce difficile ?", parce que de toute façon, tout finit par l'être.
C'est "est-ce que cette difficulté nous engage dans quelque chose de vivant ?". Ou à minima, fait à nouveau renaître une étincelle?
La spiritualité ne simplifie pas la vie, au contraire.
Elle nous rend simplement moins disponibles pour ce qui nous consume sans nous nourrir.
Et après de nombreuses années de pratiques, souvent plusieurs dizaines, plus disponibles du tout pour autre chose que ce qui nous nourrit, tout en servant l'ensemble, et l'indicible.
Fabrice Jordan

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samedi 18 avril 2026

La vraie confiance !

 

Régulièrement nos projets tombent à l’eau, nos plans sont bousculés. Des imprévus se glissent dans nos agendas bien ordonnés.


Comment réagissons-nous ?

Nous rassurons-nous à l’aide de pensées rationnelles ou d’idées spirituelles pour ne pas sentir la réalité de notre vécu. Les dires spirituels peuvent se transformer en subtils échappatoires lorsque nous les utilisons pour nous couper d’une vérité plus profonde et sensible de nous-mêmes.

Accusons-nous la vie, sous la forme d’un autre ou d’un événement, de saboter nos plans, de nous priver de ce que nous méritons de plein droit. La plainte, le ressentiment nous enferment dans des boucles qui nous détournent et nous éloignent de la réalité.

Tout imprévu est l’occasion d’apprendre sur soi, sur les croyances et les peurs qui nous sclérosent. Trop souvent nous ne savons pas recevoir l’enseignement. Nous rationalisons ou accusons trop vite sans laisser le temps et l’espace à un vrai ressenti de se déployer. Nous avons si peur de nos émotions alors que si nous savons les vivre en intégrité, elles nous ramènent vers nos ressources et notre puissance qui attendent notre pleine reconnaissance dans les tréfonds de l’être.

Donnons-nous à la vérité de l’instant. Ne nions rien, aucune émotion, aucune réaction. Prenons acte de nos pensées, de nos croyances, de nos attentes. Profitons de l’occasion pour approfondir la connaissance de l’entièreté de notre royaume intérieur.

Lorsque qu’un projet échoue plutôt que de fuir la sensation de vide, nous la laissons être et se déployer. Nous ne cherchons pas d’alternative. La vie nous offre ce temps pour être. Nous avons alors l’opportunité de rencontrer celui que l’on cherche : l’être véritable sous le personnage. Celui qui est en phase avec le flux des événements, en accord avec la réalité, qui a compris, non pas intellectuellement mais dans son épaisseur, dans sa substance, que s’opposer au courant c’est souffrir assurément. Celui qui est suffisamment vaste et stable pour accueillir et laisser vivre en lui tous les remous et qui sait, sans savoir, combien il est vain de lutter contre le grand courant du Réel.

Tout, absolument tout, sur notre chemin, est une opportunité d’entrer un peu plus profondément dans la chair du Réel et de retrouver le vrai royaume. Celui où il fait bon vivre, se poser et demeurer dans une sécurité et une plénitude inaltérable.

La vie et ses changements incessants sont dessinés sur mesure pour nous permettre ce retour. Sachons retrouver la vraie confiance, celle qui gît dans la profondeur du cœur.

- Nathalie Delay

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jeudi 16 avril 2026

Dépendance...

 


[…] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

‍FOURTEENTH DALAI LAMA, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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mercredi 15 avril 2026

Ce qui est


Je veux "ce qui est". Parce que je suis suffisamment éveillée pour voir que c'est ce qu'il y a de mieux, non seulement pour moi, mais pour tout. 

Très chers, commencez-vous à comprendre que ce n’est pas la réalité qui change, mais ce que vous croyez qui modifie la réalité ? 

Le monde est créé devant mes yeux, il émerge et me renvoie une image appelée la vie. C'est merveilleux de ne pas être l'auteur de l'action. 

Tout est une histoire. L'esprit (mental) invente des histoires imaginaires et vous croyez ce qu'il vous raconte. Chaque fois que vous êtes stressé ou effrayé, vous croyez ce que votre esprit vous dit. Le Travail consiste à découvrir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas pour vous, la différence entre la réalité et l'imagination. Pour aimer "ce qui est" et s'éveiller à soi-même.

~ Byron Katie 

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mardi 14 avril 2026

L'urgence du vivant

 Tatiana Giraud nous recentre sur l'importance du vivant.

(désolé pour la qualité de la vidéo que j'ai du diminuer pour qu'elle rentre ici)


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