mercredi 8 avril 2026

Immobile

 


Tout semble absolument immobile. Point de mouvement ni de frémissement, vide absolu de toute pensée, de toute vision. Personne n'est là pour interpréter, observer ou juger. Une immensité illimitée, incommensurable, absolument tranquille et silencieuse.

Point d'espace, ni de durée pour parcourir, pour recouvrir cet espace. Voilà ici le début et la fin de toutes choses. Il n'y a réellement rien à en dire.

Krishnamurti

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mardi 7 avril 2026

Subir l'expérience

 Q : Qu'en est-il de la douleur physique ? Et de la souffrance ? 


Mooji : Tout est grâce. Si vous aviez vraiment le libre arbitre et le pouvoir de façonner votre destin, de créer votre vie idéale, vous laisseriez probablement de côté tous les inconforts, tout ce qui défie votre ego, tout ce qui expose vos sentiments de culpabilité ou de honte et tout ce qui menace vos attachements. Vous excluriez tous ces éléments et les remplaceriez par des expériences à saveur de chocolat.

Mais quel que soit votre effort pour construire et sécuriser une vie qui satisfasse vos projections, vous échoueriez toujours à égaler, en qualité et en bon augure, la vie qui se déroule sans intention humaine.

Un homme a dit un jour à Sri Nisargadatta : "Maharaj, vos paroles résonnent profondément dans mon cœur. Je sens leur pouvoir et je sais qu'elles sont vraies. Mais si je dois être honnête en décrivant mon expérience, je dois admettre que tout au long de ma vie, j'ai ressenti continuellement de la souffrance..."

Et Maharaj répondit : "Non, ce n'est pas vrai. Vous ne faites pas l'expérience de la souffrance, vous souffrez parce que vous subissez votre expérience."

Vous souffrez parce que vous n'acceptez pas votre expérience.

Quand vous ne souffrez qu'à moitié, vous pouvez l'endurer. 

Mais si vous souffrez totalement votre souffrance, elle vous laisse tomber.

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lundi 6 avril 2026

Né pour mourir

 

J’ai longtemps cru que nous étions nés pour mourir…

Et tout me donnait raison, l’observation du monde environnant, de mes proches vite disparus, les lois de la thermodynamique, divers effondrements, climatiques, économiques, politiques et autres, plus personnels…

Ceci étant observé, que faire ? Se soumettre à la fatalité ? Accepter l’inacceptable ?

Mais qui nous dit que cela est inacceptable ? Nous n’avons rien d’autre à accepter que la mort, nul autre destin que celui de nous y soumettre. Obéir à la nature, c’est obéir à la mort ; y a-t-il autre chose que la nature ?

Le créateur de la nature ? Une plus haute nature de laquelle nous dépendons, d’une mort plus vaste où s’engouffrent toutes nos petites morts ?

Seuls ceux qui « aiment » la mort, la respectent, lui résistent, ceux qui renoncent à subir la mort mais qui la choisissent de plein fouet et en toute innocence, sans rien en attendre, peuvent la vaincre et cesser de la craindre.

Si seul « l’amour est plus fort que la mort » comme le proclame un crucifié, un enterré, un vraiment mort, ce ressuscité qui hante la colline aux pamplemousses en Galilée, alors j’avoue que je me suis trompé : nous ne sommes pas nés seulement pour mourir, même si cela n'empêche pas la mort, nous sommes nés pour aimer, même si nous n’avons rien d’autres à aimer que la mort.

L’amour ne fait pas plus de bruit que le sourire d’un nouveau-né sous les décombres. Mais qui a des oreilles pour l’entendre ? Qui a le cœur assez profond pour accepter de ne pas comprendre et d'aimer davantage ?

Celui-là « sait » comme le disait Spinoza « que nous sommes éternels. »

Jean-Yves Leloup, avril 2026

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dimanche 5 avril 2026

Emprunter la voie du coeur

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En ce week-end de Pâques, nous vous invitons à regarder ou revoir "El Camino del Corazon", un film hors-série (de la série Une lignée vivante) réalisé par Guillaume Darcq, disponible gratuitement en ligne grâce au lien ci-dessous.
Il s'agit d'un documentaire consacré à la transmission de l’Adhyatma yoga (yoga vers le Soi) au Mexique, qui mêle des entretiens avec Arnaud Desjardins et les instructeurs spirituels de cette école ainsi qu’avec des élèves mexicains.
Le film est sous-titré en français et en espagnol (à choisir dans paramètres).

samedi 4 avril 2026

Respiration divine

 Et si la résurrection n’était pas seulement un mystère à célébrer, mais un chemin à vivre ? En relisant Christian Bobin, notre chroniqueuse invite à écouter le souffle du monde et à traverser la mort sans désespoir.

Marie Madeleine avait raison, le Christ est un jardinier. Il a semé sur la terre les germes de la résurrection. Ses gestes et ses paroles sont un mode d’emploi pour redevenir ces corps de lumière, ceux que nous étions à l’origine et que nous deviendrons. Ressusciter, c’est devenir et revenir. Mais le chemin de l’homme ressuscité est long tant il est encombré des gravats de son orgueil, son envie, sa haine, son avidité.

Au regard de l’évolution violente du monde et de l’empressement des va-t-en-guerre, il y a de quoi désespérer y compris en faisant le constat de nos propres faiblesses.

Apprendre des arbres

« Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s’effondrent, privées d’appui, et il ne nous reste plus qu’à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre la compassion que le monde ignore » : cette réflexion de Christian Bobin dans son Ressusciter (Gallimard, 2001) peut sembler naïve face à la brutalité des temps. Le poète pourtant a toujours raison ! Il suggère, pour résister à la déréliction, de se souvenir que tout dans l’univers, dans le moindre brin d’herbe, dans ma main, dans mon cœur, dans mon chien, il y a la présence du souffle. Présence que les arbres, qui font le pont entre ciel et terre, peuvent nous faire entendre.

Si l’on prêtait attention à ce pneuma qui anime chaque être vivant, avant nos intérêts personnels, alors on sentirait battre cette respiration divine dans ce passant qui nous arrête un peu trop longtemps à notre goût, dans le chant des oiseaux qui sont de retour et les petits clins d’œil que la vie nous adresse. On ferait une pause : on inspirerait avec l’idée d’accueillir et on expirerait avec l’idée de restituer ce que l’on a reçu. Ce serait le premier pas pour ressusciter. Cette fête christique nous y invite. Elle ne se cantonne pas à une célébration le temps d’un dimanche, un petit jour et puis s’en va ! Que pouvons-nous expérimenter dans notre quotidien de la résurrection du Christ ? Une philosophie de la vie et une autre approche de la mort.

« Dans la mort, il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie » chante-t-on en ce jour. Ainsi grâce au Christ, nous passerons devant cette mort qui attend toute personne sur terre. Nous passerons sans qu’elle nous piège dans sa fosse, nous passerons en la saluant. Elle ne sera plus notre tombeau, elle sera notre libération. Le Christ désire que nous soyons vivants. Il nous a délivré de l’ultime souffrance. Pourquoi ne pas y penser lorsqu’un être cher nous quitte et rend le dernier souffle ?

L’ultime tabou


En cette fête de notre résurrection avec Lui, j’aimerais aussi faire cette demande : puisqu’en ce jour tout est possible, que l’ultime tabou, le plus grand désespoir n’est plus, j’aimerais qu’Il me raconte l’épisode qui suit sa descente dans la mort. Après avoir brisé les verrous et fait tomber les portes, après avoir délivré du lieu d’attente sombre et oublié ceux qui étaient enfermés, que se passe-t-il ?

Christ, qu’as-tu fait de ceux qui étaient prisonniers dans le gouffre du schéol ? Adam, Ève, Jean le Baptiste, tous ceux que les peintres ont représentés et puis ceux qui resteront des anonymes pour la plupart d’entre nous et des proches pour quelques-uns. Christ dis-moi où est mon frère, mes grands-parents, mes amis, ceux que je ne vois plus et que je garde présents dans mon âme ? « Mon cœur bat dans le noir. La vie s’attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement » (Christian Bobin). Christ, fais-moi goûter la vie qui déborde la mort.

Paule Amblard

------------- source : La Vie

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vendredi 3 avril 2026

Un réel fou


 Tout récit est une bienfaisante trahison du réel, car le réel est fou. Si nous pouvions tout percevoir, nous serions confus, bombardés d'informations insensées, impossibles à associer. Dans un réel chaotique, nous ne pourrions adopter aucune conduite cohérente. Incapables de nous adapter, nous serions éliminés. C'est pourquoi nous faisons le ménage, nous agençons des morceaux de réel pour en faire une fiction qui plante dans notre monde intime une image cohérente et oriente notre chemin de vie.

La création d'un monde de mots permet d'échapper à l'horreur du réel en éprouvant au fond de soi la plaisir provoqué par une poésie, une fable, une belle idée, une chanson qui métamorphose la réalité et la rend supportable.

Boris Cyrulnik - Extraits de "La nuit, j'écrirai des soleils"

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jeudi 2 avril 2026

Joie de Pâques

 

On parle rarement de la joie au seuil du Jeudi saint.

Et pourtant, il y a là une forme de joie très singulière, presque paradoxale, qui ne ressemble en rien à l’enthousiasme ou à la légèreté que l’on associe habituellement à ce mot.

Ce n’est pas une joie qui nie l’épreuve.

Ce n’est pas une joie qui évite la nuit qui vient.

C’est une joie qui coexiste avec ce qui va être perdu.

Au moment même où tout commence à vaciller, où les liens vont être éprouvés, trahis, déchirés, il y a encore, dans ce dernier repas, dans ces gestes simples, dans cette présence offerte, quelque chose qui tient. Quelque chose qui se donne, sans se retenir, alors même que tout pourrait se refermer.

C’est peut-être là que se loge une autre manière de comprendre la joie.

Non pas comme l’absence de douleur, mais comme la capacité de rester ouvert, de rester présent, de rester en lien, même lorsque l’on sait que l’on ne sera pas épargné.

Il y a une joie très profonde à pouvoir aimer sans garantie. À pouvoir donner sans être certain de recevoir. À pouvoir être là, entièrement, sans se retirer à l’avance pour ne pas souffrir.

Ce n’est pas une joie confortable.

Ce n’est pas une joie qui protège.

C’est une joie qui consent.

Une joie qui naît, peut-être, non pas de ce qui est facile, mais de ce qui est vrai.

Et peut-être que le Jeudi saint nous approche de cela, de cette capacité à habiter un moment jusqu’au bout, à ne pas fuir ce qui vient, à ne pas se fermer avant l’heure, à ne pas se retirer de la relation par anticipation de la blessure. Une joie grave, silencieuse, presque secrète, mais réelle.

La joie de ne pas se quitter, même quand tout, autour, commence à se défaire.

Kabbalah vitrail

Peinture : Philippe de Champaigne, La Cène

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mercredi 1 avril 2026

Ecoute la flèche

 


Ce que vous entendez doit vous pénétrer comme une flèche et atteindre quelque chose au plus profond de vous. Il doit y avoir une réaction intérieure. Sans cette réaction, ce que vous entendez ne servira à rien. Vous le saurez lorsque la flèche atteint sa cible.


~ Nisargadatta Maharaj


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mardi 31 mars 2026

Insaisisable


C'est pourquoi la simple contemplation de l'insaisissable est génératrice d'amour. 

Regardons une fleur, sans cupidité, sans vouloir la saisir, regardons-la absorber le soleil. 

Qu'aucune pensée d'égoïsme ne brouille le dialogue qu'elle entretient avec nous, et bientôt l'âme même de sa vie florale rejoindra notre plus intime sensibilité. 

D'elle à nous l'amour se réfléchira comme entre deux miroirs.

Roger Godel - "Essais sur l'expérience libératrice"


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lundi 30 mars 2026

Forces désarmées

 Peut-on imaginer de très forts niveaux de puissance désarmés par la conscience et par l’amour ?

Quand notre niveau de puissance est coupé, séparé, de notre niveau de conscience, cela ne peut nous conduire qu’à la catastrophe.

Aujourd’hui, nous observons un niveau de puissance très élevé technologiquement, capable de réduire en cendres ceux que nous considérons comme nos ennemis ou nos adversaires.

Ce niveau de puissance ne correspond pas à un niveau de conscience où l’on découvre que tout est Un, interrelié, comme nous le rappelle la physique contemporaine et les êtres évolués de toutes grandes cultures d’Orient et d’Occident.

Pour ce niveau de conscience, la guerre est impossible. On ne peut pas utiliser l’intelligence humaine à créer des armes avec lesquelles elle ne peut et ne veut que se détruire elle-même, il y a trop à faire pour la sauvegarde et l’embellissement de la planète.

Le déploiement des niveaux de puissance que nous observons peuvent être utilisés et utilisables que par des niveaux de conscience faibles ou dualistes qui ne voient qu’oppositions et séparations entre les êtres, les choses, les sociétés et les nations.

Consciences qui voient les choses en surface où tout est multiple, jamais en profondeur où tout est Un.  

Il s’agit d’être conscient de l’un et de l’autre, ne pas opposer l’un et l’autre et ne pas oublier l’un ou l’autre : l’un en profondeur, le multiple en surface, c’est l’unique Réel.

Comment éveiller ce niveau de conscience, qui rendra non nuisible leur niveau de puissance, chez nos « dirigeants » ? Sans doute faut-il commencer par observer que ce qui dirige nos dirigeants peut nous diriger nous-mêmes.

Ce qui dirige et oriente notre vie, est-ce la volonté de puissance à laquelle nous soumettons notre volonté de conscience, ou est-ce la volonté de conscience qui peut éclairer nos différents niveaux de puissance ?

Si nous avons plus de plaisir à nous soumettre les autres et à nous soumettre aux autres plutôt qu’à nous accueillir et nous respecter, sans doute sommes-nous malades, en tout cas nous ne sommes pas heureux.

Faut-il rappeler la sagesse de Rabelais, « Science (puissance), sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Oser même aller au-delà : puissance, conscience, « sans amour » n’est que ruine de l’âme, perversion de l’humain véritable, oubli de l’Être, du Vivant, qui a besoin de bras désarmés pour se rencontrer et vivre.

L’histoire sur le temps long nous le rappelle : à la fin, ce sont « les forces désarmées » qui l’emportent. On appelle cela le printemps…

Jean-Yves Leloup, mars 2026

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dimanche 29 mars 2026

Se détacher ?


Quand vous êtes attaché à quelque chose, c'est que vous en avez besoin. Quand vous n'en avez plus besoin, vous êtes naturellement détaché. Il ne s'agit pas de quelque chose que vous pouvez fabriquer. Vous êtes détaché d'un tas de choses auxquelles vous étiez attaché à une époque. Ce détachement s'est fait sans effort. 

Chercher à être détaché est une forme d'anticipation. Vous devez respecter vos attachements : ils sont là parce qu'ils sont nécessaires. Sinon vous rentrez dans une forme de violence. Vous voulez vous détacher de quelque chose, mais vous allez compenser par autre chose. C'est une forme de perte d'énergie.

Ce que vous appelez "le monde" est une représentation. Une projection de votre imaginaire affectif. Plus vous devenez intime avec votre fabrication, moins il y aura de dichotomie. Quand quelque chose ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. 

Quand un amour, une maladie ou une attraction ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. Mais vouloir quitter quelque chose est une forme d'ajournement. Quand vous avez 18 ans vous ne pouvez rien faire pour avoir 20 ans, cela se fait tout seul.

Donc, si vous vous dites : "Je voudrais me détacher mais je suis encore attaché"... c'est que ce n'est pas le moment. Vous voulez quitter cette femme, mais, euh... vous ne le voulez pas vraiment. Et bien ce n'est pas le moment. Un jour vous allez vous réveiller et vous regardez votre femme et c'est fini. Il reste l'affection mais c'est fini. À ce moment-là, vous allez découvrir une fonctionnalité.

~ Éric Baret

Le vrai détachement vient quand les choses nous quittent d'elles-mêmes. Et elles nous quittent dès qu'on a vraiment compris qu'elles ne tiennent jamais leurs promesses. 

~ Jean Klein

(photo : Éric Baret)

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samedi 28 mars 2026

Prendre demeure

on veut pourtant tout agripper
par les mots
le bout cassé d'un regard
d'une flamme
ou de l'enfance
on aime cette étrange manière
de sauver le monde
mais il n'y a pas de miroir ici
pas de visage arrêté
juste un restant de clarté
qui veut prendre demeure
Michel Pleau - Prendre demeure
Écrits des Forges

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vendredi 27 mars 2026