Une certaine liberté...
vendredi 27 mars 2026
jeudi 26 mars 2026
Vigilance vivante
"Chaque fois que je suis vigilante et stoppe cette jacasserie (j'y suis parvenue de plus en plus souvent, ces temps derniers, et ma joie en a été profonde), l'air et le vent me traversent comme paysage ; je deviens vaste et tout a en moi son écho : le craquement des arbres qui se répondent par intervalles, les cris d'oiseaux qui rayent le ciel, le bruit de grain moulu que font sous mes pas les brindilles sèches. Alors, seulement, je me sais vivante."
Christiane Singer
tableau du Douanier Rousseau
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mercredi 25 mars 2026
Ecoute du printemps
On n’arrête pas le printemps qui arrive.
Peut-il suspendre ces bruits de couteaux au fond de nos âmes ?
Ces épaisses fumées qui empoisonnent l’air ?
On n’arrête pas le printemps, c’est l’heureuse défaite promise à toutes nos armes,
c’est la brise légère qui achève nos discours assassins.
L‘homme est grand s’il dépasse son hiver, il sait que celui-ci reviendra mais,
pour quelques heures il ne casse pas l’œuf, il n’écrase pas le bourgeon,
de tout ce qui doit éclore.
Il attrape la vie au vol,
il écoute.
Jean-Yves Leloup, mars 2026
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mardi 24 mars 2026
« Vérifiez que vous êtes un humain »
Un colis se fait attendre : le transporteur qui doit me le livrer me propose de suivre son acheminement en temps réel. Je me connecte donc sur le site de l’agence, mais, avant de me donner les informations nécessaires, un message s’affiche sur mon écran : « Vérifiez que vous êtes un humain »… C’est une belle question pour un temps de carême ! Pour m’en assurer, je dois recopier fidèlement une suite insensée de chiffres et de lettres.
Être humain, ce serait donc cela ? Reproduire ce que l’on a vu ou répéter ce qui se dit ? Cela m’évoque plutôt l’idée d’une vérification que je suis bien un enfant sage, ce que je n’ai pas envie d’être. Entre être un enfant sage de la Loi ou un fils rebelle de l’Esprit, mon choix est fait. Comme je ne m’exécute pas, la machine me propose une alternative : quatre morceaux d’un puzzle à reconstituer. J’ai le sentiment d’être un petit singe dont on voudrait tester l’intelligence.
Se sentir reconnu et appelé
J’ai appris de ce prophète de Nazareth que j’ai pour ami depuis longtemps une autre idée de ce qu’est être humain, sans trop savoir si je le suis assez : je n’ai pas trouvé de plus bel être que lui. Et je sais qu’un grand nombre, depuis des siècles, se sont inspirés de lui. Cet homme-là n’avait rien de l’étoffe d’un surhomme ou d’un héros.
Il se tenait là. Vraiment là. Il était là « pour ». Pour un aveugle à Jéricho, pour une femme submergée par son affectivité, pour un jeune homme que l’on disait riche, pour des lépreux qui n’en pouvaient plus d’être à la marge, pour une femme de Samarie qui se mentait à elle-même et pour tant d’autres encore. Purement présent à leur histoire, sans se soucier des ricanements et des critiques infondées de ceux qui assistaient à leur rencontre. Son « être là » le rendait profondément humain et donnait à d’autres envie de le devenir.
Il écoutait : les gens le savaient bien. Il entendait les joies et les espoirs, les cris et les tristesses. Il entendait même le non-dit. Nombreux sont ceux qui ont osé lui dire, sans crainte d’être jugés, ce qu’ils avaient dans le cœur : deux pèlerins déçus, une femme jetée en pâture à la vindicte des bien-pensants, deux de ses compagnons de route rêvant d’une place de choix dans son royaume. Chacun se sentait reconnu et appelé, invité à faire quelques pas de plus. Il savait restaurer le vouloir-vivre de l’autre. Ne serait-ce pas cela, être humain ?
Plus pauvre que lui, plus simple, il n’y avait pas. Il s’était choisi quelques disciples pas toujours fiables, sans préjuger de leur réponse. Il ne cherchait pas son intérêt. Sa pauvreté le rendait rencontrable, à âmes égales : « Quel bel homme que celui-là », devaient se dire ceux qui croisaient sa route. Sa façon d’être déconstruisait chez l’autre tout désir de puissance. Il apprenait — en le vivant — que la fragilité n’est pas une tare, mais un chemin…
Des chemins d’être
Il n’a jamais voulu voler quelqu’un, le ramener à lui ou l’annexer. Il ouvrait des chemins d’être que l’on croyait impossibles. Il ne remplissait personne de son savoir mais il libérait, déliait, désenchaînait : c’était comme une passion en lui, une « vocation ». Y a-t-il plus juste humanité que celle-là ? Dieu ne pouvait sans doute pas mieux se dire qu’en lui.
Ses quatre postures, être là, écouter, se tenir simplement et ne jamais chercher à manger l’autre m’invitent. Relire ma vie à l’aune de ces quatre attitudes, chercher des points d’ajustement, les déployer dans l’aujourd’hui de ma vie me permettraient de répondre à la question de mon transporteur… Mais j’ai encore bien du chemin à faire. À l’heure qu’il est, à quelques semaines de Pâques, j’attends toujours mon colis…
Raphaël Buyse
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lundi 23 mars 2026
Retour à l’innocence primordiale
ERIC EDELMANN, Retour à l’innocence primordiale - 21 méditations pour se rappeler qui nous sommes , paru aux éditions L’ORIGINEL Editions L'Originel Charles Antoni (2026).
dimanche 22 mars 2026
Vérité sans bénéfice !
Abandonnez l'idée que vous faites des choix et alors vous serez libre.
samedi 21 mars 2026
« La roue de la transformation »
« La roue de la transformation »
Les citations en italique de cette lettre sont issues du livre de K.G. Dürckheim : « Pratique de la voie intérieure – Le Quotidien comme exercice ».
Une personne engagée sur la Voie du zen, à la redécouverte de son être essentiel - sa vraie nature -, n’a de cesse de se soumettre à une transformation qui ne s’arrête jamais. Cette transformation est « le dynamisme créateur de la vie » qui anime tous les êtres vivants, processus dont nous pouvons prendre conscience et témoigner dans notre existence : c’est un chemin de maturité et d’éveil propre à l’être humain.
« L’homme possède une conscience grâce à laquelle il
devient responsable de son devenir. C’est à la fois sa chance et son péril, car
il peut se manquer lui-même. »
Se trouver, c’est se réaliser dans sa plénitude d’être
humain : une affaire de toute une vie de connaissance de soi, de pratique et
d’attention à entrainer et développer au sein de son existence quotidienne.
Le zen n’est pas une fuite, mais une plongée dans le monde
tel qu’il est. Dans ce livre - Pratique de la voie intérieure- Dürckheim parle «
de ces faux prophètes qui promettent à l’homme perturbé une tranquillité à bon
marché, une tranquillité bourgeoise » et de « ces fausses pratiques qui
éloignent l’homme de son vrai centre ».
L’homme est ainsi trompé sur le sens de son inquiétude
profonde, qui ne sera jamais guérie par une recherche de fixité ou par
l’atteinte d’un état définitif, ni par un bien-être relatif. C’est l’écoute et
le respect de son besoin de se confier à une transformation voulue par « la
Grande Vie » qui le libèrera d’un MOI sclérosant et réducteur.
S’ouvrir à la roue de la transformation, c’est découvrir une Voie qui ne finit jamais et accepter de vivre en tant que « Personne en devenir. »
Cette roue présente cinq rayons, cinq « axes de travail », qui amènent l’être humain à briser la coquille de l’ego, s’ouvrir, s’épanouir, et vivre pleinement dans le monde sans s’y perdre tout en gardant un contact avec l’Être, centre sacré de sa Personne.
Voici les cinq rayons de la roue : 1) la vigilance ou « état de veille critique »,2) le lâcher prise, 3) l’union avec le fond, 4) le devenir nouveau ou renouvellement, 5) la consécration de la Voie dans la vie quotidienne ou « Transparence à l’être ».
« L’état de veille critique », c’est reconnaitre de plus en plus souvent ce qui entrave l’expression de notre profondeur - l’Être authentique -, et remettre régulièrement en cause nos attitudes figées égocentrées (postures, réactions, mécanicités …), ainsi que notre habitude de tout saisir par la pensée (refuser/préférer, fixer, comparer, analyser). Abandonner l’ego et perdre ses repères habituels et ses illusions est une « dure rencontre avec le monde tel qu’il est, abandon d’un faux désir d’harmonie sans failles, pour découvrir ce qui nous attend au-delà des contradictions. »
Cet « au-delà des contradictions » est un chemin d’accueil
et d’intégration.
Processus d’intégration de tous les aspects de nous-mêmes et
de notre existence, et non d’élimination du désagréable et d’opposition à tout
ce qui peut nous déranger.
Pour que s’éveille « la conscience de ce qui est faux »,
c'est-à-dire de ce qui est dépendant de la conscience rationnelle, refusée ou
verrouillée par elle, l’homme en chemin doit se relier à ce qui en lui le rend
plus vivant, plus fluide, plus transparent à sa vraie nature : « son noyau de
vie. » Ce noyau est le siège de la première conscience sensorielle, appelée
aussi conscience océanique, répondant aux forces de vie qui nous animent et
nous ouvrent à la complétude de notre Personne et de notre existence. « Hara,
centre vital de l’Homme » n’est pas accessible par la pensée ; reconnaitre que
la pensée n’est qu’une fonction de l’existence humaine, et non son Essence, est
le grand défi du zen. Se tenir en son centre juste est une attitude de tout soi-même
à retrouver, exercer et favoriser par l’attention au corps vivant.
« La réalisation de la Personne est le fruit d’un exercice permanent. Lorsque l’homme accepte cette pratique permanente, il se trouve sur la Voie.»
Les deux rayons de la roue, « lâcher prise » et « union avec le fond » sont les bases qui nous sortent de « l’ordre statique du moi, dépassé par l’ordre évolutif de la Vie. »
« Le lâcher prise est l’abandon de l’attitude qui fait
que nous nous fions uniquement à ce que nous pouvons atteindre ou faire avec
notre conscience ordinaire, afin d’acquérir une nouvelle conscience qui
préserve le dynamisme créateur de la Vie. » L’union avec le fond, c’est
sentir, intégrer et servir au cœur de nous-mêmes et de notre existence ce geste
de transformation permanent qu’est l’acte d’être, ou « L’être en acte ».
Ne plus avoir peur de l’impermanence (tout change tout le temps), ne plus
chercher à se réfugier dans une posture confortable et définitive, « telle
est la dignité de l’audacieux. » Avec cette ouverture au renouvellement, «
l’homme ne peut cesser, à chaque instant, de se sentir responsable tant de son
attitude que de son existence. »
La « transparence à l’être » est une manière de vivre sans
cesse remise en jeu par la roue de la transformation, et ainsi se rendre de
plus en plus disponible à une transformation innée, infaisable, appelée et
voulue par notre profondeur.
La Voie ne remet pas en cause le monde, la Voie ne nous
culpabilise pas, ne nous juge pas, ne fait pas de nous des héros ou des
médiocres, mais nous invite à ne plus ignorer notre véritable Essence. La Voie
part d’une existence dans le monde faite de luttes et d’efforts constants pour
y survivre, y maintenir une position, domaine de l’ego et de ses combats, pour nous
ouvrir à une existence apaisée et vivifiante, nourrie de la reconnaissance de
notre être essentiel, source d’une transformation portée par la Vie, domaine de
la Confiance et du Calme intérieur.
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vendredi 20 mars 2026
Pratique des actes bénéfiques
Si l'on souhaite se libérer définitivement de la souffrance, il est important de bien distinguer ce qu'il faut faire de ce qu'il ne faut pas faire. Car on ne peut espérer goûter le fruit d'un acte bénéfique que l'on n'a pas accompli, ni échapper aux conséquences de ses propres méfaits. Une fois mort, nous suivrons le sillage de nos actes, les bons et les mauvais. À présent que nous avons le choix entre deux chemins qui nous conduisent l'un vers le haut et l'autre vers le bas, n'agissons pas en contradiction avec nos désirs les plus profonds. Pratiquons tous les actes bénéfiques possibles, mêmes les plus infimes. Les gouttes, en s'ajoutant, ne finissent-elles pas par remplir une grande jarre ?
jeudi 19 mars 2026
Pensées sur moi
Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.
14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)
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Ecoute
mercredi 18 mars 2026
Brin d'herbe
Dessous, c'est l'abîme. Pour ne pas y glisser, je m'accroche à un brin d'herbe. Depuis quarante-cinq ans je m'y accroche et il tient, miraculeusement il tient.
Christian Bobin, Autoportrait au radiateur
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mardi 17 mars 2026
A côté de la vie
lundi 16 mars 2026
Sur la route spirituelle avec Véronique Desjardins
Véronique Desjardins, son parcours, sa sadhana, et à son rôle spécifique dans la transmission de l'Adhyatma Yoga tel que véhiculé à Hauteville.















