...J’ai été abandonné à ma naissance, déposé au seuil d’un dispensaire rue d’Assas, à Paris. À l’époque, l’état civil attribuait au nourrisson une identité provisoire, constituée des prénoms des trois premiers soignants en contact avec lui. Puisque nous parlons d’« heureux hasards », je me suis aperçu que mon identité temporaire associait les prénoms de mes trois meilleurs amis ! Superbe clin d’œil du destin, de Dieu peut-être…
J’ai été accueilli par des parents qui m’ont sauvé, un ingénieur et son épouse qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. Alors que notre société nous pousse à nous poser en victimes, je suis heureux d’affirmer que je n’ai manqué de rien. J’ai reçu beaucoup d’amour, j’ai vécu une enfance heureuse, je ne reproche mon destin à personne, pas même à ceux qui m’ont abandonné. Tant que mes parents étaient en vie, je m’étais interdit de rechercher mes géniteurs. Mais ma mère est décédée depuis 20 ans… et je n’ai toujours pas entamé de recherches : j’ai renoncé à cette quête. En réalité, j’ai toujours été attiré par demain. Je ne cultive pas le regret.
Mes parents m’ont élevé dans la religion catholique ; mon père était très investi dans notre paroisse, il a participé à la construction de la nouvelle église. J’ai grandi dans une famille ouverte aux autres et assez consciente de sa chance pour savoir que beaucoup en avaient souvent moins. Chez ma grand-mère paternelle, tendre la main était une tradition.
J’ai grandi dans cet esprit, jusque dans la rue où nous habitions, au Plessis-Bouchard (Val-d’Oise), peuplée de familles différentes mais solidaires, très liées. C’est à leur contact que je me suis nourri de valeurs que je perpétue à mon tour : la sincérité des sentiments que l’on échange, la densité des relations authentiques. J’ai une conscience aiguë de notre interdépendance : nous sommes tous fragiles, impossible de s’en sortir sans les autres ! Dans une société qui pousse à étiqueter, à réduire aux différences pour mieux nous isoler et nous opposer, il est urgent de revenir à cette conviction...
Source : la vie
« Je vous souhaite… » Carte blanche à Gilles Legardinier
Que souhaiter pour 2026 ? Dans une époque qui malmène à ce point les sentiments et l’espoir, il est impossible de se contenter des vœux classiques de circonstance. Bien sûr, la santé est nécessaire, mais, pour le reste, j’ai envie de souhaiter à chacun le courage, celui d’être soi-même, celui de porter ses valeurs, de choisir ses engagements en son âme et conscience, dans l’intérêt de tous. L’un de mes romans s’intitule Quelqu’un pour qui trembler, et ce titre continue de me parler absolument. Je vous souhaite de vivre pour et avec ceux pour qui vous tremblez, je vous souhaite de construire, d’imaginer, d’avancer hors des sentiers sinueux et glissants sur lesquels notre société nous entraîne trop souvent. Je vous souhaite de voir grand, d’aimer fort, de vous opposer sereinement et sans violence à ce qui vous révolte. Je me réfère régulièrement à une citation du cardinal Mazarin — comme quoi, même les êtres peu recommandables ne disent pas que des bêtises : « Il faut être fort pour affronter une catastrophe, il faut être grand pour s’en servir. » C’est vraiment ce que je nous souhaite, collectivement : réussir à affronter et à survivre aux épreuves et, plus encore que de simplement les surmonter, en tirer un mieux. Car les difficultés n’empêchent pas d’être heureux. Et ça, c’est la bonne nouvelle de l’année ! Tel est le message que je cherche à faire passer à travers mes ouvrages : le monde nous renvoie ce que nous lui adressons. Si nous tirons dessus, nous prendrons des rafales ; si nous lui envoyons un ballon, nous jouerons. Une conviction m’anime, partagée par les membres de la « Compagnie des heureux hasards » que j’ai imaginée dans mon dernier roman : toute situation peut s’améliorer, si l’on fait preuve de volonté et d’un peu d’ingéniosité, a fortiori quand on est plusieurs à vouloir se retrousser les manches pour œuvrer ensemble. Excellente année à vous !
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