lundi 8 novembre 2021

Voir autrement (conseil de l'hexagramme 20)

Hexagramme 20 : VOIR 


Une prise de conscience salutaire
En changeant de regard, il arrive souvent de découvrir des choses que jusqu’ici l’on ne voyait pas... ou que l’on ne voulait pas voir. Cesser d'avoir les yeux rivés sur son petit souci (car il est presque toujours « petit », si nous le considérons car rapport à notre vie entière, et à LA vie dans son ensemble), c’est aussi avoir le courage d’en découvrir tous les tenants et aboutissants, y compris ceux qui dérangent, sans se laisser déstabiliser pour autant. Savoir élever son point ce vue, c'est aussi être sûr de soi et avoir confiance dans ses propres facultés de jugement.


Voir ce qui n’est pas visible à première vue
L’hexagramme nous incite à mieux regarder, non seulement avec nos yeux, mais avec toutes nos facultés de perception. Tout comme la chouette qui voit dans le noir, nous pouvons appréhender ce qui est invisible ; encore faut-il avoir accès à notre « œil intérieur », que nous tendons trop souvent à mettre en veilleuse.. C’est lui qui va vous permettre de voir ce qui normalement vous échappe, d’aller au-delà des apparences en aiguisant vos facultés d’intuition.

Un regard perçu par les autres
Ceux qui savent vraiment voir ce qui les entoure et en perçoivent les aspects cachés ont souvent un regard plus brillant et plus perçant que celui des autres ; cette intensité n’échappe pas à ceux qui les entourent. Élever son point de vue traite aussi du charisme, celui d’une personnalité dont le rayonnement peut influencer l’entourage et qui se doit d’en tenir compte.

Coup de projecteur

L'hexagramme 20 nous parle d’une qualité malheureusement très rare, l'impartialité. Être capable d’envisager un problème dans sa globalité, en sortant des limites étriquées de notre vision des choses et de nos intérêts personnels, est une des choses les plus difficiles qui soient. En effet, nous sommes en quelque sorte «enfermés» à l’intérieur de nous-mêmes, ce qui nous empêche de nous voir tels que nous sommes. Cette incapacité nous porte à projeter nos propres défauts sur les autres : c’est là tout le sens du vieux proverbe de la paille et de la poutre. Élever son point de vue, c'est essayer de mieux nous «voir» en oubliant nos désirs, nos espoirs et nos craintes. C’est aussi nous démarquer par rapport à l’opinion des autres, conserver notre intégrité et rester imperturbable en toutes circonstances, même les plus difficiles.

Extrait de "Prendre les bonnes décisions avec le Yi King, de Nathalie Chassériau


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dimanche 7 novembre 2021

Paix sous la vague

 


"Une mer très tourmentée et déchaînée, avec des vagues hautes comme des montagnes, me fut montrée. Puis je m'aperçus que, sous la surface, régnaient une paix et un calme merveilleux.
J'entendis ces mots :
"Cherche au fond de toi et trouve cette paix Qui dépasse tout entendement; Ce qui se passe au dehors importe peu. Conserve-là."
~Eileen Caddy

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samedi 6 novembre 2021

Eveil et structure...

 

" Alors, vous voilà dans une pièce avec un enseignant non dualiste populaire. Il fait son truc, c’est plein d’étincelles et à un moment, voilà, vous y êtes ! Où ? Nulle part. Qu’arrive-t-il ? Rien. Tout est parfait, réel, tel quel. Vous êtes sans voix, plein de gratitude et d’émerveillement et de joie face à toute cette splendeur. Vous quittez la pièce et il vous reste peut être un peu du halo de cette expérience, mais vous supposez que ce halo est la même chose que ce dont vous avez fait l’expérience dans la pièce. Un jour après, même si ce vécu s’est complètement dissipé, vous croyez toujours y être. Vous avez fait une expérience, cette expérience était réelle et vous croyez que tout est accompli en ce qui vous concerne. Plus besoin de travail. Vous avez réalisé le but de la voie. Vous êtes éveillé, réalisé, illuminé. Grosse erreur….

Le travail spirituel ne consiste pas en une expérience momentanée mais en une intégration, une digestion, une croissance…
Mon enseignement est passé de la transmission de l’éveil …à la tentative d’encourager les gens à grandir et à se comporter en adultes. C’est beaucoup plus difficile que l’éveil. Beaucoup plus.
Si nous ne bâtissons pas des fondations , ne vérifions pas qu’elle sont solides puis ne développons pas une structure, l’éveil est inutile, ne sert absolument à rien… 
Ce que je fais maintenant, c’est aider les gens à grandir, c’est aussi ce que font tous les enseignants que je considère comme des amis."


Lee Lozowick, extrait d’une causerie du 22 février 2009

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vendredi 5 novembre 2021

Posture de l'esprit



Maître Deshimaru disait quant à lui : "Hishiryo". 

Ne pas aller de pensée en pensée, ni de non-pensée en non-pensée.

Ne pas penser à propos de la pensée."

Et le meilleurs outil pour cela, bien entendu, ce n'est pas notre propre esprit.

Notre propre esprit ne peut pas orchestrer cela, ne peut pas le diriger.

Le meilleur outil, c'est la posture et la respiration.

Lorsqu'on occupe pleinement sa posture, tout le volume de sa posture, lorsque la respiration est ample, libre, profonde, l'esprit cesse tout naturellement de tourner à vide, de poursuivre ses marottes et ses chimères.

Et, sans même s'en rendre compte, on devient le "miroir précieux" qui reflète l'univers entier, jusqu'à l'infini.

Le Samadhi du miroir précieux. L'Hokyozanmai de Tozan Ryokai commenté par Luc Boussard

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jeudi 4 novembre 2021

Perception plus ouverte...

 

Une perception erronée peut créer une infinité de problèmes.

Toutes nos souffrances proviennent en fait de ce que nous ne reconnaissons pas les choses pour ce qu’elles sont.

Nous devrions toujours nous demander humblement : « En suis-je certain ? », et laisser ensuite un peu d’espace et de temps pour permettre à nos perceptions de devenir plus profondes, plus claires et plus stables.

Thich Nhat Hanh



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mercredi 3 novembre 2021

L'esprit du Zen

 

Ce que le zen recèle « d’universellement » humain


C’est ce qui est proposé au Centre depuis son inauguration par K. G. Dürckheim il y a quarante ans.

Le pilier de la Voie tracée par K.G. Dürckheim à son retour du Japon n’est pas une théorie à propos du Zen, c’est l’exercice appelé Zazen (exercice à ne pas confondre avec ce qu’on entend actuellement par méditation).

Dans ses instructions Dogen Zenji (1) postule que : « Chercher à comprendre profondément le Zen n’est rien d’autre que pratiquer zazen ». Graf Dürckheim précise que cet exercice, zazen, n’a de sens que s’il est pratiqué dans « l’esprit du Zen ».

DANS L’ESPRIT DU ZEN !

Cette indication a souvent été et est encore souvent mal interprétée. Signifie-t-elle qu’il s’agit d’un Zen édulcoré, lénifié, réduit à un usage qui pourrait être annexé, sans trop les déranger, à différents secteurs de la culture occidentale ?

D’où la mise en place ici d’un Zen-laïque opposé à un Zen-chrétien ou d’un Zen dit moderne opposé à un Zen dit ancestral et donc suranné ! Un tel entendement ne peut que diviser et nous écarter du caractère universellement humain du Zen. Y aurait-il une respiration-chrétienne, une respiration-laïque, une respiration-moderne qui serait plus avantageuse pour l’être humain que celle qui, d’instant en instant s’organise et prend forme selon les intentions de la Vie, les intentions de l’être, les intentions de notre vraie nature ?

Lorsqu’il parle de l’esprit du Zen, Graf Dürckheim attire notre attention sur deux approches absolument différentes du réel : « L’esprit occidental PENSE le réel comme étant un ensemble d’objets ; L’esprit oriental VOIT le réel comme étant un ensemble de processus, un évènement ».


J’invite celles et ceux qui seraient embarrassés ou importunés par cette distinction à lire la préface de Christian Bobin pour un ouvrage sur l’art et la spiritualité au Japon (2). Voici quelques lignes de son avant-propos titré Métaphysique des bébés : « L’Occident s’en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu’il croit être leur “sagesse”. Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu’il comprend : des techniques, des recettes, des savoirs ».

« En cela seulement qu’il comprend ! »

Le verbe comprendre est propre à la mentalité de l’homme occidental. Un maître de Kyudo (l’art du tir à l’arc), un maître du Chado (l’art qu’est la cérémonie du thé) n’enseigne pas un savoir ou un savoir-faire. Il n’invite pas ses disciples à comprendre quoi que ce soit. Un maître Zen partage sa connaissance. Partager sa connaissance est en lien avec l’expérience intérieure, le vécu corporel, le vécu intime de l’enseignant. Partager sa connaissance ne peut se faire que sur un chemin d’expérience et d’exercice ; le chemin est la technique — la technique est le chemin. Oui, mais c’est propre à la tradition orientale ? Non, observez, en Occident, l’enseignement proposé par un maître de danse ou un maître de musique. Il n’enseigne ni un savoir ni un savoir-faire ; lui aussi partage sa connaissance.

Hirano Katsufumi Rôshi, grâce aux sesshin qu’il anime Amérique et en Europe depuis plus de trente ans, a perçu l’écueil qui empêche les occidentaux de simplement et véritablement pratiquer zazen. Je crois pouvoir dire que cet obstacle est la difficulté de l’homme occidental de passer de l’usage de la conscience DE à l’usage de la conscience SANS de.

Voilà pourquoi, chaque fois qu’il est venu au Centre, Hirano Rôshi n’a cessé de répéter que :

« Il y a mille et une manières de méditer

mais il n’y qu’une façon de pratiquer zazen »

« On ne pratique pas zazen avec le mental »

« Zazen est pratiqué SANS but »

« Zazen est un exercice indubitablement corporel ».

Injonctions que je souhaite respectées et affirmées par les élèves du Centre qui proposent la Voie de l’action ; ce chemin à tracer qui exige que l’on reprenne tout à zéro. (3) Au Centre Dürckheim la question « Pourquoi pratiquer zazen ?» laisse place à la question « Comment pratiquer zazen ? ». Autrement dit, il ne s’agit pas de mentaliser zazen. Il s’agit d’exercer zazen, de se laisser imprégner physiquement par la technique afin de l’intégrer, de l’incorporer. L’incorporer c’est retrouver le calme intérieur, la paix intérieure, la simple joie d’être, symptômes de notre état de santé à l’origine.

Zazen ! Retour à la métaphysique des bébés ? Je suis tenté de répondre ... oui.

Jacques Castermane

(1) Lire : Hirano Katsufumi Rôshi : ENSEIGNEMENTS (recueillis par J. Derudder) (2) Préface de Christian Bobin dans “Comme le lune au milieu de l’eau” de Yoko Orimo - Ed. Sully (3) Voir rubrique « Pratiquer près de chez soi » sur le site du Centre : www.centre-durckheim.com

lundi 1 novembre 2021

L’invisible, un mystère qui rend plus humain


Dans son dernier livre intitulé "Vivre avec l'invisible", la psychothérapeute et écrivaine française Marie de Hennezel explore le lien qu'entretient chaque être humain avec l'invisible. Une relation intime, essentielle, et si naturelle qu'elle en devient oubliée, délaissée ou trop taboue.

Entretien réalisé par Delphine Allaire - Cité du Vatican 

Le lien humain avec l’invisible est naturel, secret, spontané, parfois poétique. Il peut prendre des formes variées: intuitions, rêves prémonitoires, synchronicités, dialogue avec un ange gardien ou présence protectrice d’un saint, d’une personne disparue... Les chemins vers la prescience d'un ailleurs, d'une possible proximité avec l'au-delà, sont innombrables. Une démarche d’humilité et de mystère qui «rend plus humain», et fait parler le cœur.

En s'appuyant sur de nombreux témoignages et sa propre réflexion de psychanalyste, Marie de Hennezel dévoile l'universalité du lien entretenu avec l'invisible dans son dernier essai "Vivre avec l'invisible", paru le 30 septembre 2021 chez Robert Laffont.


Qu’est-ce qui vous a inspiré pour vouloir explorer ce lien avec l’invisible dans un livre?

Une conversation avec Stéphane Hessel avant sa mort. Il citait cette phrase du poète allemand Rainer Maria Rilke: «Nous sommes encadrés d’invisible». Stéphane Hessel n’étant pas quelqu’un de religieux, cela m’avait particulièrement intrigué. J’ai donc commencé à écouter mes patients, à prendre des notes au fil des années, et le confinement est arrivé. Des personnes très seules m’ont alors dit s’être souvenues de la mort d’un proche, s’être adressées à un saint ou à un ange. Une relation qui les a aidées à tenir le coup. Je me suis dit qu’il était temps d’écrire un livre, dont le seul objectif est de montrer que le lien à l’invisible est quasi-universel. Un livre sur le lien, non sur l’invisible, que je serais bien incapable de définir au-delà de «ce que l’on ne voit pas». Les gens mettent des choses différentes derrière ce mot «d’invisible», mais c’est une expérience naturelle. On en parle peu car elle relève de l’intime et du secret, mais aussi car l’on redoute d’être pris pour un fou ou de ne pas être cru. L’irrationnel n’a tellement pas sa place dans notre monde.

Qu’est-ce que le monde gagnerait à «reconscientiser» ce lien avec l’invisible, à renouer avec ce fond mystique en chacun?

De l’humilité, car tout ne repose pas sur ce que nous voyons, touchons et pouvons expliquer. Aussi le mystère de la transcendance, qui semble effectivement être rentré dans la grande intimité de chacun. On n’ose plus en parler. C’est dans les moments de désarroi, détresse et grande vulnérabilité que l’on fait appel à un invisible –anges, saints, personnes disparues. On se rend compte alors d’une forme d’efficacité, c’est-à-dire que l’aide arrive. Cela m’a beaucoup frappée que les gens me disent: «Quand je demande de l’aide, elle arrive». Une sorte de lien qui se perpétue au-delà du visible.

Ce n’est pas seulement extérieur. Il y a tout le champ qui relève aussi de l’intériorité: l’intuition, la petite voix intérieure, les rêves. Des personnes sentent en elles qu’il y a un guide, une force. Les écrivains disent prendre la plume et que leurs personnages les emmène on ne sait pas toujours où. Les gens décrivent des expériences où «autre chose intervient». Quelqu’un me disait qu’au fond, je proposais un cadre spirituel qui dépasse les religions. Des personnes sans religion particulière sentent bien qu’il y a «autre chose». Nous pouvons y gagner à redevenir plus humains, admettre qu’on ne peut pas tout contrôler ou compter seulement sur ses propres forces.

Vous dites que les enfants et les personnes âgées ont un accès privilégié aux réalités invisibles. Que faut-il à un esprit qui a perdu ce lien pour le lui faire retrouver ?

Je ne sais pas s’il y a quelque chose à faire, car la vie s’en charge. Dans l’épreuve, les gens se tournent vers un invisible, un grand-père, une grand-mère, une figure protectrice. Notre monde est si rationnel, que peut-être faudrait-il oser ne serait-ce qu’en parler plus. Comme la mort et la vieillesse, c’est un sujet tabou. Des sujets dont on n’aime pas parler, car ils nous renvoient à cette part de l’humain qui ne maîtrise pas les choses, au mystère, et aux questions sans réponses.

Y-a-t-il un écueil à trop vouloir chercher l’invisible, je pense à l’occultisme par exemple?

Oui il y a un vrai écueil. Cela n’a pas d’intérêt. Des gens m’ont donné des témoignages montrant qu’il s’agit là d’une piste dangereuse. L’invisible est là, autour de nous. On peut faire appel à l’invisible quand l’on en ressent le besoin, mais pas le rechercher, vouloir le maîtriser, le contrôler. Il existe un certain danger aussi pour tous ceux qui essaient «d’expliquer» l’invisible. C’est une piste que je n’ai pas voulu prendre; à mon sens, elle ne mène nulle part. Le lien avec l’invisible arrive spontanément, naturellement. On ne le contrôle pas. C’est un cri du cœur qui jaillit dans des moments de questionnements, de désarroi, comme un signe qui vient nous rappeler que nous ne sommes pas seuls. Le lien avec l’invisible ne peut pas venir du mental, mais du cœur.

Il est intéressant à ce propos d’écouter les personnes aveugles, qui vivent dans l’invisible; ce qu’elles disent de la perception de l’autre à travers la voix, la présence. Ce sont des facultés qu’ont aussi les voyants mais qu’ils négligent. La joie des aveugles aussi, m’a beaucoup frappée, car au fond, eux, sont «nécessairement» à l’intérieur d’eux-mêmes. Une intériorité très riche.

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dimanche 31 octobre 2021

Ne pas agir ou comment faire nous-mêmes notre melheur


Il arrive fréquemment que nous sentions devoir faire quelque chose, qu’une décision doit être prise, que nous devons agir, et pourtant nous ne le faisons pas.
Nous évoquons alors de multiples raisons, nous rationalisons, nous remettons à demain, parce que finalement, « ce n’est pas si grave que ça ». La situation est médiocre, mais « ça pourrait être pire ».
Cette stratégie marche bien un temps, en effet, tant que trop de choses ne se surajoutent pas au problème de base. Néanmoins, il finit toujours par arriver un moment où c’est le corps qui commence à parler.
Au début, oh, pas grand-chose, justement. Une insomnie ici, quelques maux de tête, de l’impatience inhabituelle, un colon irritable qui le devient de plus en plus.
La vie commence à actionner une sonnette relativement douce, mais il s’agit quand même d’une alarme.
Avec un peu de chance, nous écoutons le message, mais c’est plutôt rare à ce stade, parce que finalement, cela reste fonctionnel et épisodique. Pourtant, au-dedans de nous, nous savons, déjà.

Alors le temps passe, la situation ne s’améliore pas, s’enkyste, se trouble ou s’empire. Si nous ne bougeons toujours pas, la vie actionne une sonnette un peu plus forte : grosse grippe qui nous cloue au lit une semaine, petite hernie discale qui commence à nous empêcher de garder les activités qui nous font plaisir, état dépressif ou anxiodépressif mais qui ne nécessite pas encore de traitement véritable. Et ces insomnies, toujours plus fréquentes, et ces labilités émotionnelles, et ce sentiment de dévalorisation.
Encore une fois : le choix. On n’écoute pas, ça va aller, ça arrive à tout le monde, c’est une mauvaise passe.
Et puis, encore quelques mois, années et cette fois, la vie tape sec : burn-out qui nous cloue six mois en arrêt et va laisser des séquelles et un gros trou dans le CV, hernie discale qui nécessite une opération, accident grave, AVC ou infarctus, état dépressif majeur nécessitant un suivi et une prise en charge médicamenteuse, et au final, dégradation des relations en général, divorce, grosse crise, perte d’emploi. A ce stade, nous sommes les jouets de la vie et nous n’avons plus de choix. La vie a finalement choisi pour nous.
Quel est l’intérêt de l’introspection, de l’honnêteté, du discernement et de l’humilité dans un tel processus ? Il est simple.
Plus nous écoutons tôt les signes que nous envoie la vie quand nous sommes mal orientés, plus notre liberté est grande. Plus nous écoutons tard, et moins nous avons le choix de la suite.
Par exemple : nous savons que notre job ne nous satisfait plus. Si nous lisons les premiers signes, il est très simple de garder le poste tout en en cherchant un autre, nous ne sommes pas dans une urgence vitale. Nous pouvons postuler, avons le choix de refuser un emploi s’il ne nous plaît pas, et finalement de trouver notre nouvelle orientation avec les meilleures chances de succès. Nous avons été stratégiquement efficaces, avons eu de la marge de liberté et nous nous sommes respectés au passage.

Maintenant, imaginons la même chose sans écouter notre voix intérieure ni les signes subtils du départ : nous sursoyons à tout et après de multiples alarmes, la vie nous arrête : gros burn-out, état dépressif majeur, un an d’arrêt de travail. Immense trou dans le CV qui empêche de trouver un travail, car nous sommes encore fragiles et les employeurs le sentent. Chômage, qui nous oblige à prendre le premier travail venu payé moins bien que le précédent et encore moins intéressant.
La différence ? Notre marge de liberté a fondu comme peau de chagrin.
Qu’est-ce qui nous a manqué entre la première et la deuxième solution : bien souvent du courage, tout simplement. Et la capacité à faire des deuils.
Malheureusement, quand nous ne les faisons pas consciemment, ils nous sont imposés de manière souvent bien plus dure que si nous avions osé traverser la rivière. Oui, ça fait peur. Mais derrière l’eau : la clairière, le bois, le renouveau. Et non, pas de court-circuit possible et pas de garantie avant d'avoir osé. Il faut traverser l'Eau, la métamorphose, l'accouchement, le baptême. Ca fait mal, oui, mais quelle renaissance derrière!
Alors courage !
Fabrice

 le tigre est un symbole de courage et de décision dans le taoïsme. Il est associé au métal, qui discerne et tranche.
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samedi 30 octobre 2021

Tout se reçoit...


 


Si j’aspire si fort au détachement, comme un naufragé agrippé à une bouée, c’est que je sens que le cœur est assoiffé. Le matériel ne lui offre que de courts répits. Vanité des vanités, tout est vanité ! Vanité de croire qu’un magasin, aussi vaste soit-il, puisse nous rassasier. Illusion de penser qu’il suffit de prendre l’avion et de méditer une heure par jour pour que les traumatismes et les émotions perturbatrices s’envolent. 

Alors, qu’est-ce qui sauve ? 

Rien, peut-être ! À part accueillir, désarmé, ce vide. Impossible de bricoler à la va-vite des solutions palliatives au manque. Je me surprends à vouloir acheter la guérison et je visite le Bouddha ou le Christ comme on se rendrait chez un concessionnaire : « Bonjour, vous n’auriez pas un truc pour moi ? » 

Tout ne se donne pas… Tout se reçoit. 

Alexandre Jollien, Vivre sans pourquoi

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vendredi 29 octobre 2021

Mélodie intérieure


"Que tu sois environné par le chant d'une lampe ou la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place. 

Savoir quand tu dois intervenir dans le chœur, c'est le secret de ta solitude : de même que c'est l'art de la relation véritable : se laisser tomber de la hauteur des mots dans l'unique et commune mélodie."

Rainer Maria Rilke  1875-1926, Notes sur la mélodie des choses

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jeudi 28 octobre 2021

Saveur de fondre

 


Je suis 

vivante comme jamais 

et je suis morte, en même temps. 

C'est une absence 

étonnamment présente. 

À tout vivre dans la paix

je suis tombée dans un étonnement profond 

et je me suis laissée faire.

de plus en plus

de plus en plus profondément. 

Il y a 

cette saveur du Silence...

Une douceur

qui est là, en continu

C'est ce silence qui sait

C'est ce silence qui fait

Tu laisses cette fluidité agir

La vie s'occupe de toi

Tu n'as pas à porter ta vie

...

Yolande Duran


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mercredi 27 octobre 2021

Un banc de réflexions

 

S'étendre sur le dos par une belle nuit étoilée. De préférence en un lieu où l'horizon est bien dégagé, comme dans un désert ou sur la mer. Se voir et se sentir dans l'espace, parmi les étoiles qui nous entourent de partout. Et se dire: " je suis un habitant du cosmos"

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