mercredi 10 juin 2026

Pour la personne en chemin tout commence par une expérience !

 

Dans la tradition qu'est le Zen, l'expérience dont il est question est appelée Satori.

La signification du kanji satori est : compréhension.

Il ne s'agit pas d'une compréhension intellectuelle. Il s'agit d'une « compréhension directe » qui ne se fait pas à travers l'entendement, la réflexion intellectuelle.

Selon D.T. Suzuki : « Le satori peut être défini comme une saisie intuitive de la nature des choses par opposition à la compréhension analytique qu'on peut en avoir. Pour compliquer ou simplifier les affaires (c'est selon), le maître zen évoque cette saisie à l'aide d'un autre kanji :  Kenshō !

Kenshō  ...   Satori ?

Lorsqu'il est confronté à ces indications, l'homme occidental fantasme d'autant plus que cette expérience est présentée comme étant ... spirituelle tout en étant une expérience... physique.

Récemment, Joël Paul nous rappelait ce que Sensei Deshimaru reprochait aux français qui se disaient intéressés par le Zen : "C'est d'imaginer que satori est grand comme ... Versailles".  

À Graf Dürckheim  qui avait préfacé son ouvrage « Vrai Zen », maître Deshimaru avait répondu que : Satori est l'état naturel de l'être humain.

Il me semble important de partager la réponse qui m'a été donnée :

Observez un enfant qui, à l'approche de son premier anniversaire, est soudainement animé par une intention intérieure puissante : faire ce que jusque-là il n'a jamais encore fait : marcher. 

Après beaucoup d'efforts, l'enfant se tient debout ... se trouve en équilibre ... fait quelques pas et tombe. Kenshō ! Pourquoi ? Parce que dans ces actions, bien qu'entravées, se manifeste la présence de la nature de Bouddha présente en tout être humain (qu'il soit né en Occident ou en Orient).   

Ensuite, grâce à un effort sans cesse renouvelé, l'enfant se rendra compte qu'il peut marcher tout le temps et dans un parfait équilibre. Satori !  Pourquoi ? Parce que désormais, par sa manière de marcher, l'enfant témoigne qu'il est en contact permanent avec sa vraie nature.

Ce qui ne signifie pas qu'il s'agit d'un acquis définitif. Tout au long de notre existence, chaque pas  est le fruit et le témoignage d'un processus appelé création.  

La marche appelée kin-hin n'est pas une construction, une fabrication ; la lenteur qui favorise la momentanéisation de chaque pas a pour sens de —se défaire— de ce qui entrave ce processus infaisable par le moi capable de faire mille et une choses.

Lorsqu'il vivait au Japon, Graf Dürckheim pratiquait régulièrement l'exercice appelé zazen dans un ZenDo, assis à côté d'un moine qui avait le double de son âge. Et voilà que tout à coup, à la fin de l'exercice, le vieux moine s'écrie : Quel mystère ... quel miracle ... je respire !

C'est peut-être le moment d'entendre que lorsqu'on est en chemin : 

S'émerveiller, c'est ne jamais s'habituer !


Kenshō ? Satori?

C'est aussi l'expérience que : "En ce moment j'inspire, et moi je n'y suis pour rien! " 

Expérience de cette action infaisable — le souffle vital — grâce à laquelle en ce moment huit milliards d'êtres humains sont en train de vivre.  

Quel mystère ... quel miracle ...! 

S'émerveiller, c'est ne jamais s'habituer !

Ce que dit le maître Zen Ryokan n'est pas un souhait. Il adresse à toute personne qui se dit en chemin une injonction.  Il attire notre attention sur un danger : celui de pratiquer par coeur, comme d'habitude.   Il ne s'agit pas de vouloir apprendre à s'émerveiller. Il s'agit d'apprendre que lorsque je marche, par exemple, "ce pas" jamais encore n'a été et plus jamais ne sera ! 

À son retour du Japon en 1947, Graf Dürckheim a perçu la difficulté à laquelle est confronté la personne occidentale qui s'intéresse aux chemins de la sagesse initiés en Extrême-Orient.

Christian Bobin, poète de la sagesse humaine, observe les mêmes malentendus que le vieux sage de la Forêt Noire : « L'Occident exsangue, au bord de se dévorer lui-même, s'en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu'il croit être leur SAGESSE. Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu'il COMPREND : des techniques, des recettes, des savoirs. »

En ce moment pour ce moment "je inspire" et moi je n'y suis pour rien !

Il ne s'agit pas d'une théorie. Il s'agit d'une expérience, d'un senti et d'un ressenti. Il s'agit d'une expérience corporelle, physique.   

Pour un homme en chemin tout commence par une expérience.


L'expérience est inobjectivable! 

Notre langage, et d'autant plus lorsqu'il s'appuie sur ce qui est aujourd'hui tendance : l'Intelligence artificielle, est fondé sur l'objectivation. Un coach (encore un mot tendance) formé à la pratique de la méditation en quelques semaines peut vous proposer son savoir et son savoir-faire en vous promettant l'accès à plus de 100 bienfaits!

Hirano Röshi, qui a animé des sesshin au Centre Dürckheim pendant une dizaine d'années écrit que : Pour apprendre l’entraînement et donc l’ascèse qu’est zazen, il faut pratiquer avec un maître authentique. Graf Dürckheim parlant de la relation entre celui qu'on appelle le maître et celui qu'on appelle le disciple me disait : " Le Maitre Zen ne propose ni un savoir ni un savoir-faire. 

Le maître Zen  partage sa connaissance".

Il me semble qu'il en est de même pour le maître qui enseigne le Yoga, le Taïch-Chuan comme aussi pour le maître de musique ou le maître de danse. 

Le maître n’est pas un élément de stabilité. La personne en chemin, si elle aspire à la tranquillité, à la sécurité, à l’harmonie risque d'être déçue parce qu'il arrive que le maître retire le tapis sous les pieds de l’élève, car lorsqu'on se dit en chemin ce qui importe c’est MARCHER et non pas s’installer. 

Profitez de votre premier séjour au Centre Dürckheim, ou de votre centième séjour au Centre Dürckheim pour vous émerveiller ! Il arrive qu'en pratiquant zazen un oiseau chante ... lorsque vous arrivez au Centre de bon matin les roses, les tulipes s'ouvrent ... et le soir elles se referment ... Au loin, un chien aboie ... tout près le ruisseau gargouille ...

 

Jacques Castermane 

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mardi 9 juin 2026

Mon corps est une étoile

Je me place face à un miroir, j’étends mes bras latéralement, je prends conscience de mon envergure, j’écarte mes jambes pour obtenir une assise solide; je vois apparaître une étoile formée par mon corps. Mon ventre en est le centre et les cinq branches sont formées par ma acte, mes deux bras et mes deux jambes.

Cette étoile à cinq branches est le symbole de l’homme microcosme. Le centre, mon ventre, me relie au cosmos et, en moi, il est le point de convergence de tout mon être ; en lui s’amorce mon expansion. J’y suis vraiment moi-même.

Ma tête, par ma colonne vertébrale, capte les vibrations célestes et les amènent à mon ventre qui les renverra, transformées à la terre par le chemin de mes jambes. Mes pieds, via mes jambes, reçoivent les vibrations telluriques pour les humaniser dans mon ventre et les envoyer vers le ciel par ma colonne et ma tête. Mes mains, par mes bras, sont des radars qui se meuvent du ciel à la terre en passant par l’environnement qui captent toutes sortes d’énergies qui, toujours en passant par mon ventre, sont transformées et renvoyées dans l’espace.

Pour vivre un tel dynamisme il est absolument nécessaire d’apprendre à vivre dans son ventre, dans son hara, ce qui est un travail de longue haleine. Ensuite, il est nécessaire de libérer nos épaules et nos aînes qui, chez la plupart coupent les communications entre notre tronc et les bras et les jambes, comme la nuque empêche la communication avec la tête. Enfin, nos pieds, nos mains et notre tête auront à affiner leur capacités réceptives et émissives.

Ainsi préparé, mon corps connaîtra un double mouvement. Le premier s’ouvre en étendant la tête, les bras et les jambes et se branche sur le cosmos tout entier. Le deuxième mouvement est un recueillement sur soi en recroquevillant la tête, les bras et les jambes, comme le fœtus dans le sein de sa mère ou comme «l’attitude du cocher» qui s’accoude à ses genoux...

Extrait de : Je vis ma vie comme je vis mon corps par H-J Bury 

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dimanche 7 juin 2026

Edgar Morin, l’unité d’une voie

 Parmi les grands humanistes français qui accompagnent la conversation démocratique, il tenait une place à part. Le sociologue et philosophe Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026 à l'âge de 104 ans, avait fait de sa longue existence la matière même d’une pensée toujours renouvelée.


« Renaître et renaître jusqu’à la mort… » C’était l’une de ses nombreuses maximes de vie. Edgar Morin est décédé le vendredi 29 mai 2026. Durant ses presque 105 années d’existence, il aura eu le temps d’observer plusieurs fois ce « commandement », comme il disait. Par l’esprit, à travers les recommencements qui ont scandé son itinéraire intellectuel, amoureux et spirituel. Et à la lettre, en esquivant de justesse plusieurs rendez-vous avec la camarde.

L’enfance dans « une totale liberté mentale »

« J’ai échappé à la mort dès avant ma naissance, sans parler des risques que j’ai pris durant la Résistance. Plus tard, j’ai survécu à deux graves accidents de santé », confiait-il à Laure Adler dans la dernière Heure bleue que lui avait consacrée la journaliste le 26 juin 2023 sur France Inter.

Le doyen des intellectuels français a raconté cet événement originel à plusieurs reprises : la maladie cardiaque de sa mère lui interdit d’avoir des enfants. Enceinte, elle prend en vain des produits abortifs. Étranglé par le cordon ombilical, le bébé doit son salut au médecin, qui le secoue par les pieds jusqu’à ce qu’il pousse son premier cri. Luna, la mère du petit Edgar, décède une dizaine d’années plus tard. Sa mort provoque chez son fils unique un « Hiroshima intérieur », une immense solitude et une culpabilité « toujours prête à revenir ».

Son père, Vidal Nahoum, est commerçant dans le quartier du Sentier, à Paris. Dans Vidal et les siens (Seuil, 1989), Edgar Morin – c’est le nom qu’il conserve de ses années de clandestinité dans la Résistance – explore les origines de sa famille. Des juifs séfarades de souche italienne côté maternel, installés à Salonique port de l’Empire ottoman sur la mer Égée. Côté paternel, les Nahoum sont des Séfarades expulsés d’Espagne en 1492, fixés à Livourne en Italie, avant de rejoindre Salonique. Ses parents se rencontrent à Paris où Edgar grandit dans « une totale liberté mentale », « libre de chercher ses propres vérités », raconte-t-il dans un livre d’entretiens avec Djénane Kareh Tager Mon chemin (Fayard, 2008).

Comme un concentré d’histoire contemporaine

Si sa vie personnelle lui fournit une inépuisable matière pour se découvrir lui-même, le destin public d’Edgar Morin est un concentré d’histoire contemporaine. À 16 ans, il envoie des colis aux anarchistes catalans en pleine Guerre d’Espagne. À 21 ans, sous l’Occupation, il rejoint la résistance communiste. En 1956, il quitte le Parti communiste, prenant acte que la terreur stalinienne est une impasse et une imposture. Il s’en explique en 1959 par une retentissante « autocritique » dans un essai du même nom. Depuis, et jusqu’à son dernier souffle, il n’a cessé de partager sa passion pour la vitalité de la démocratie, attentif à tout frémissement collectif porteur d’espérance.

Quant à sa carrière professionnelle au CNRS, elle épouse l’évolution sociologique de la société française, depuis l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1980. Ses enquêtes ethnologiques font date. Dans la Métamorphose de Plozévet (1967), il analyse la fin de la paysannerie, la révolte des jeunes, et – déjà ! – la montée des valeurs féministes. Autant de changements inscrits dans la singularité de cette commune bigoudène, dans le Finistère, où il séjourne près d’un an. Quand les sociologues de l’époque ne voyaient que des classes sociales, il est le premier à décrire en 1963 le surgissement, en France et aux États-Unis, d’une classe d’âge adolescente avec sa culture propre. En 1969, il publie une célèbre enquête sur le mécanisme de propagation d’une rumeur (la Rumeur d’Orléans, Seuil) selon laquelle de jeunes femmes prétendument chloroformées disparaissaient dans les cabines d’essayage des détaillants juifs de la rue de Bourgogne, à Orléans.

« C’était un narcissique généreux »

« Sa vie même est une quête d’unité entre ses engagements politiques, ses recherches et son histoire intime », souligne Bernadette Puijalon, anthropologue, qui fréquente ses écrits depuis les années 1960. En effet, nous savons presque tout des amours d’Edgar Morin. Il a raconté chacune de ses épouses, depuis Violette, la mère de ses deux filles, puis Johanne, la Canadienne, et Edwige, l’adorée, décédée en 2008. Jusqu’à Sabah, sa compagne, universitaire marocaine rencontrée au Festival des musiques sacrées à Fès en 2009.

« C’était un narcissique généreux qui a exposé au fil des années ses avancées, ses incohérences, ses carences avec honnêteté. Il indiquait en permanence où il en était, à ce moment précis de son chemin d’homme. Ce grand intellectuel m’a montré qu’on pouvait s’approprier son domaine de recherche pour grandir soi-même. » Spécialiste des âges de la vie, Bernadette Puijalon l’a interviewé alors qu’il n’avait « que » 70 ans. « Je lui dois la plus délicate mise en garde contre l’infantilisation de nos parents vieillissants, se souvient-elle. Un des secrets de sa vitalité, c’était de dialoguer en permanence avec le meilleur de l’enfant, le meilleur du jeune homme qu’il avait été et le meilleur du vieillard qu’il espérait devenir. »

Au carrefour de l’intime et du politique

L’apport d’Edgar Morin se situe au carrefour de l’intime et du politique. Il a été notamment l’un des premiers à montrer que l’autonomie est un mythe, sur le plan intime et collectif : c’est la gestion de nos dépendances et interdépendances qui la détermine. En 1972, il découvre le rapport du Club de Rome et prend conscience du problème écologique sur lequel il n’a cessé de réfléchir et d’alerter jusqu’à sa mort. « J’ai alors compris que la course aux profits était la cause principale de la dégradation de notre environnement et qu’elle conduisait à la crise de la démocratie un peu partout », se souvient-il dans Mon chemin.

Toujours, il additionnait les approches au lieu de les opposer. C’est le cœur de la fameuse « pensée de la complexité ». Complexité au sens étymologique : ce qui est tissé ensemble. Elle est explorée, sous la forme d’une véritable aventure intellectuelle, dans les six volumes de la Méthode, publiés de 1977 à 2004. Cette méthode se veut une « voie », surtout pas un système.

Parcours intellectuel des États-Unis à l’Amérique du Sud

L’origine de ce travail monumental s’ancre dans ses séjours en Amérique du Sud et aux États-Unis. À la fin des années 1960 en Californie, il découvre l’école des sciences humaines de Palo Alto dont les théoriciens considèrent que la réalité n’existe pas en soi : chacun construit des réalités et des systèmes qui peuvent fonctionner ou dysfonctionner. « Le premier volume de la Méthode est arrivé à un moment de vide intellectuel où les espérances révolutionnaires se désintégraient, reconnaît-il dans Mon chemin. Il a suscité un certain intérêt et m’a valu des interviews où j’ai pu exposer mes idées. »

Ses idées se propagent dans le monde, en particulier en Amérique latine. En Colombie, il existe aujourd’hui un « doctorat en pensée complexe » reconnu par le ministère de l’Éducation. Une statue en bronze d’Edgar Morin a même été érigée en 2007 dans la ville d’Hermosillo, 600 000 habitants, dans le nord du Mexique. « En Amérique latine, l’œuvre de Morin est accueillie comme l’aventure interdisciplinaire d’un marginal génial et d’un franc-tireur inspirant », analyse son disciple, le philosophe franco-colombien Nelson Vallejo-Gomez dans le livre Edgar Morin, les cent premières années (Hermann, 2023). « Le débat intellectuel latino-américain, notamment dans les universités publiques, était phagocyté par les querelles idéologiques entre marxisme et antimarxisme, capitalisme et communisme, amis et ennemis, explique-t-il. La lecture de Morin apparaît comme un bol d’oxygène pour une minorité en quête de liberté d’esprit. »

« Curieusement, la pensée de cet intellectuel agnostique a d’abord été accueillie dans des institutions catholiques comme l’Université pontificale bolivarienne de Medellín (Colombie), l’Université Cândido Mendes de Rio de Janeiro (Brésil), l’université ibéro-américaine, créée par des jésuites à Mexico », poursuit Nelson Vallejo-Gomez. Ses plaidoyers pour une éducation transdisciplinaire, coopérative, suscitent en particulier un intérêt constant depuis la parution de son livre les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Seuil, 2000).

En France, un contemporain capital, sollicité et attendu

En France, la pérennité de sa vivacité intellectuelle et son immense curiosité en font un contemporain capital, sollicité et attendu, car il ne donne pas de leçon. Interviewé dans les colonnes de La Vie, le 17 septembre 2020 (N° 3916), en pleine crise sanitaire, il souligne : « La notion de voie s’oppose à la notion rigide de programme et à la notion statique de modèle de société, alors que tout est en évolution. Il n’y a pas de but à atteindre, mais un cheminement à aménager. »

« Que te reste-t-il à faire ? », l’interrogeait Laure Adler. « Continuer dans le sens de ma vie, en essayant de lutter contre l’illusion et l’erreur. J’ai moi-même fait deux erreurs fondamentales dans ma jeunesse. J’ai été pacifiste parce que je ne savais pas que Hitler voulait coloniser toute l’Europe. J’ai été communiste, parce que je me faisais des illusions. Quand on fait des erreurs aussi profondes, on réfléchit sur les sources. À 102 ans, je me sens plus motivé que jamais car nous vivons des circonstances terribles et allons vers des désastres en somnambules. »

« Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère »

Edgar Morin, jusqu’au bout, a appelé à cultiver des oasis de fraternité, de pensée et de convivialité face à la régression qui menace. Des oasis de résistance où seront sauvegardées les forces de liberté et de conscience. Beaucoup de jeunes aujourd’hui suivent cette voie de façon très concrète sans avoir forcément lu ou entendu le vieux sage.

Edgar Morin ne croyait pas au Dieu personnel des religions monothéistes, ni en aucun système théologique, mais il était sensible aux mystères. « Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère », disait-il à Laure Adler à l’occasion de la parution de son dernier livre (Encore un moment, 2023). « C’est la dégradation physique de tout l’être. C’est une loi de la nature. C’est la vie qui est un mystère. Pourquoi cette force créatrice dont je suis possédée même à mon âge ? Ce n’est pas moi qui possède la vie. C’est elle qui me possède. » En tout cas, la vie l’aura aimé autant qu’il l’a aimée.

source La Vie - par Dominique Fonlupt

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vendredi 5 juin 2026

Les refus inutiles

 



L'être humain victime de son pouvoir de dire "Non"
Les deux facteurs à prendre en compte : le temps et les circonstances

1) Le refus appliqué au temps

> Le refus du passé est IMPUISSANT à changer le réel

> Le refus du présent est IMPUISSANT à changer le réel

> Seul le refus du futur peut (éventuellement) influer sur le cours des choses

2) Le refus appliqué aux circonstances

> Le refus de ce qui ne dépend pas de moi est IMPUISSANT à changer le réel

> Le refus de ce qui dépend de moi peut (éventuellement) influer sur le cours des choses


3) La sagesse consiste à cesser de s’opposer mentalement et émotionnellement à son passé et à son présent et à concentrer sa capacité de refus sur, et seulement sur, les circonstances futures qui dépendent de nous. (1 refus sur 4, selon le schéma !)

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jeudi 4 juin 2026

Conscience vivante


 "On ne reproduit jamais un éveil ; on ne fait que collaborer étroitement au processus éveillant qui s’est mis en route. Dans la mesure où l’on y collabore de façon profonde, sincère, intelligente, on devient de plus en plus conducteur de ce processus, et on l’incarne de plus en plus. 

Il faut reconnaitre que la lumière, l’intelligence de l’éveil n’éclairent en fait que les lieux dont on a ouvert les portes en nous. Ensuite tout le travail consiste à coopérer avec cette dynamique de l’éveil, à ouvrir une à une les portes de toutes les zones obscures pour y faire s’engouffrer la lumière de l’éveil, la lumière de cette intelligence que l’on conserve en soi. Elle est vivante en moi. Au cœur de mon être, je me sais éveillé, je me sais libre, indéniablement. Pourtant, je sais que ce n’est pas suffisant, que je ne suis pas ce qu’en Inde on appelle un « réalisé », c’est a dire un homme définitivement établi dans l’éveil, et qu’il reste encore bien des domaines de ma conscience qui doivent être investis de cette qualité, visités par cette intelligence.

Il m‘est alors apparu évident que ce qui était au cœur de la voie du monde, dans la vie quotidienne, c‘était la relation, et que la pratique consistait à faire de cette relation un travail constant. C’est ce que j’ai appelé la pratique de la « relation consciente ». 

Je me suis rendu compte à quel point l’enseignement qui mettait en avant l’éveil comme le but ultime avait tendance a individualiser la démarche et à renforcer l’égoïsme de chacun. Dans mon enseignement, j’ai voulu au contraire que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l’autre, en entrant en relation profonde avec l‘autre dans la mesure où celui-ci est l‘occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. (...)

ll se passe quelque chose a partir du moment où l’on n’est plus obsédé par l’éveil et où l’on entre vraiment en relation avec ce qui est. C’est d’ailleurs là que j’ai compris la vraie signification du mot satsang, qui tient une grande place en Inde cela ne se limite pas à la fréquentation du guru, mais c’est élargir le guru à tout ce qui est et fréquenter le réel en tout et partout. Le grand enseignement, le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est ; c’est l’occasion d’un grandir qui, par nature, est de la nature de l’éveil.

En sanskrit, Brahman signifie « grandir », « croître «. Cette dynamique, du fait qu’elle devient prioritaire, nous libère de l’objectif de l’éveil ; on prend peu a peu conscience de la nature réelle du grandir et on se rend compte que cette nature est la réalité. Quand le Christ dit : "Je suis le chemin, la vie, la vérité ", il ne dit pas " Je suis le bout du chemin ", mais " je suis le chemin ". C’est quand on entre dans un grandir constant, qu’on ne cherche plus à atteindre une destination finale, un but, qu’on l’appelle « éveil » ou autrement, que le grandir devient lui-même la conscience vivante dans laquelle tout est inclus. Saint Jean de la Croix disait : « Celui qui s’arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout. » 

Yvan Amar

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mercredi 3 juin 2026

Une part de lui-même


IL Y AVAIT UNE FOIS UN ENFANT QUI SORTAIT CHAQUE JOUR

Il y avait une fois un enfant qui sortait chaque jour,
Et au premier objet sur lequel se posaient ses regards, il devenait cet objet,
Et cet objet devenait une part de lui-même pour tout le jour ou une partie du jour,
Ou pour nombre d'années ou d'immenses cycles d'années.
Les précoces lilas devinrent une part de cet enfant,
Et l'herbe et les volubilis blancs et rouges et le trèfle blanc et rouge, et le chant du moucherolle brun.
Et les agneaux de Mars et les petits rose pâle de la truie et le poulain de la jument et le veau de la vache.
Et la couvée caquetante de la basse-cour ou celle qui s'ébat dans la bourbe au bord de la mare,
Et les poissons qui se suspendent si curieusement sous l'eau et le superbe et curieux liquide.
Et les plantes aquatiques avec leurs gracieuses têtes aplaties, tout cela devint une part de lui-même.
Extrait de Poèmes de Walt Whitman
- WALT WHITMAN – Poète américain – 1819 - 1892
(traduit de l’anglais par Léon Bazalgette)
la fleur, illustration de Simone Rea (illustrateur italien né en 1975)

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mardi 2 juin 2026

Mon secret...

 


Jiddu Krishnamurti, ce grand philosophe et maître spirituel indien, voyagea et s’adressa au public dans le monde entier presque continuellement pendant plus de 50 ans, essayant de transmettre par la parole (le contenu) ce qui est au-delà des paroles, au-delà du contenu. Au cours d’une allocution qu’il donna vers la fin de sa vie, il surprit son audience en demandant :« Voulez-vous connaître mon secret ? » Tous les gens présents dressèrent l’oreille. Certaines personnes venaient l’écouter depuis 20 ou 30 ans et n’arrivaient toujours pas à saisir l’essence de ses enseignements. Enfin, après toutes ces années, le maître daignait leur donner la clé de la compréhension ! « Mon secret, dit-il, c’est que je ne me préoccupe pas de ce qui arrive. »

Il n’élabora pas sur le sujet et j’imagine que la plus grande partie de son audience fut encore plus perplexe qu’auparavant. Cependant, les implications de cette affirmation toute simple vont loin.

Quand je ne me préoccupe pas de ce qui arrive, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que, intérieurement, je suis en harmonie avec ce qui arrive. « Ce qui arrive », bien entendu, renvoie à la qualité de ce moment, qui est toujours déjà tel qu’il est. Cette expression renvoie au contenu, à la forme que ce moment – l’unique moment à exister – prend. Être en harmonie avec « ce qui est », c’est être en lien sans résistance intérieure avec ce qui se produit. Cela veut dire laisser l’événement être ce qu’il est sans l’étiqueter mentalement comme étant bon ou mauvais. Cela veut-il dire que vous ne pouvez plus passer à l’action pour amener des changements dans votre vie ? Au contraire ! Quand vos actes sont fondamentalement et intérieurement liés au moment présent, ils sont sustentés par l’intelligence de la vie.

Eckhart Tolle ( Nouvelle Terre P : 168-169 )

lundi 1 juin 2026

Exercices doux pour le dos

 

• Apanasan, des genoux à la poitrine

- Le mouvement: Allongé sur le dos, sur un tapis, enserrer les deux genoux avec vos bras et les amener vers la poitrine. Rester immobile d'une à deux minutes en respirant calmement et amplement. Puis dessiner lentement avec les genoux de 5 à 10 petits cercles, dans un sens, puis dans l'autre.
• Bitilasana Marjaryasana, la posture du chat-vache

- Le mouvement: À quatre pattes, mains placées sous les épaules et genoux sous les hanches. Inspirer, puis laisser le ventre se relâcher vers le sol en relevant la tête vers le ciel. Le dos se cambre. À l'expiration, arrondir le dos, regard vers le nombril (photo). À faire de 5 à 10 fois.
• Malasana - la posture de la Guirlande

Souvent appelée posture de la guirlande, est en fait aussi celle du Mala, le rosaire indien. Les indiens s'asseyent volontiers accroupi... et bien plus aisément que la plupart des occidentaux. Dans la posture finale de Malasana, les bras forment une couronne autour du corps, et donc une boucle d'énergie. Idéalement, le front touche le sol... c'est une attitude à la fois d'ancrage (pieds, bassin), de prière (Mala) et de lâcher-prise : on s'en remet à la Terre ou au Plus-Haut.
Cette première version est en fait une variante plus facile de la posture classique. Si nécessaire, on peut mettre les talons sur une couverture, pour les surélever.

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