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dimanche 18 janvier 2026

Au delà de l'Eau

René Sidelsky :
J'ai eu la grâce de me trouver devant l'amour infini à New-Delhi en 1972

Ma se reposait dans sa chambre, quand on l'entendit s'exclamer : « De l'eau ! De l'eau ! » Pensant qu'elle avait soif, une jeune fille vint lui porter un verre d'eau fraîche. Ma secoua la tête : « Non, non, il y a de l'eau partout ! » La jeune fille n'y comprenait rien. Ce jour-là, une mère était venue avec ses deux enfants. Ils étaient allés jouer près d'un bassin et étaient tombés à l'eau. Ils reviennent dégoulinants vers leur mère bouleversée et tout agités s'écrient qu'une jolie dame (la même qui le matin leur avait donné des guirlandes de fleurs) était venue les tirer de l'eau ». Au même moment, Ma, sur son lit, s'exclamait : « De l'eau ! De l'eau ! »


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samedi 17 janvier 2026

Tout coule

 

"Nous entrons et n'entrons pas dans la même rivière.
On ne peut entrer deux fois dans la même rivière.
Tout coule et rien ne dure.
Tout cède et rien ne reste fixe.
Les choses froides deviennent chaudes,
le chaud devient froid,
l'humide sec, le sec humide.
C'est la maladie qui rend la santé agréable ;
Le mal qui rend le bien plaisant;
La faim qui rend la satiété désirable;
La fatigue qui rend le repos précieux.
C'est une seule et même chose d'être vivant ou mort,
Éveillé ou endormi, jeune ou vieux.
Le premier aspect devient chaque fois l'autre
et réciproquement,
par un brusque renversement inattendu.
Il désintègre et remet les choses ensemble.
Toute chose arrive en son temps."
Osho Rajneesh 1931-1990
L'harmonie invisible : Les fragments d'Héraclite
aquarelle : John William Tristram 1870-1938
River scene 1921

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vendredi 16 janvier 2026

Etre entier.

 

Chères amies, chers amis,

Quoi que vous fassiez, faites-le complètement. Soyez entiers, conscients et présents des pieds à la tête.

Si vous percevez une dissonance entre votre cœur, votre esprit et votre corps, enquêtez, observez.

Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’essayent de vous dire le corps et le cœur que votre mental étouffe, nie, bafoue.

Osez être vous-même, osez être vrai, en dehors de tout modèle, de tout idéal. Il ne s’agit en aucun cas de complaisance égotique mais de laisser se dévoiler le Soi.

Vous êtes une fleur unique dans le jardin de l’Absolu. Honorez votre singularité, cessez de la travestir afin qu’elle puisse irradier la vérité de son origine.

Nathalie Delay

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jeudi 15 janvier 2026

Voeux avec Joshin Luce Bachoux


Faites un vœu !

 

Vous arrive-t-il de faire des vœux ? Je ne parle pas des vœux de Nouvel An mais de ces souhaits devant une étoile filante dans le ciel d'été : aller marcher sur la lune, flâner sous les tropiques à bord d'une jonque...

 

Dans notre tradition, nous faisons souvent des vœux, mais d'une tout autre sorte : il s'agit de partir du quotidien, et même des moments les plus banals de ce quotidien, ces moments que l'on ne voit même plus parce qu'ils ne font que se répéter, jour après jour. Or ces petits gestes qui nous semblent sans importance, poster une lettre, allumer son portable sont en fait ceux qui tissent notre vie même, dans son ennui, dans sa routine ; alors plutôt que de les ignorer, transformons-les grâce à un vœu :

 

Allumant mon Smartphone,

je fais le vœu de n'y déposer tout au long de la journée

que des paroles bienveillantes.

 

Notre vœu est à la fois un vœu minuscule et un vœu immense ! Un vœu minuscule parce qu'il est réalisable, avec un petit peu d'attention, un petit peu de cœur. Immense car il va changer notre journée pour le meilleur. Il va permettre de vivre au creux même des jours, sans rien perdre, sans se perdre.

 

M'éveillant au matin,

je fais le vœu d'écouter ceux que j'aime

surtout ce que je n'entends pas.

 

Il y a beaucoup de vœux possibles, en fait, il n'y a pas d'instant qui n'y soit propice.

 

Les vœux qui nous font sourire :

 

Redémarrant la Box,

je fais le vœu de me souvenir

que moi aussi j'ai parfois besoin de déconnecter.

 

Quand j'entends le moustique zinzinner à mon oreille,

je fais le vœu de me rappeler

que j'en ai embêté plus d'un avec mon bavardage.

 

Ceux qui nous rendent plus sages :

Devant le grand ciel bleu

je fais le vœu de ne pas oublier

qu'il y a aussi des jours avec nuages.

 

Après avoir écouté la radio ce soir,

je fais le vœu d'être attentive

à ne pas rajouter un seul geste de violence

dans ce monde qui en déborde.

 

Et ceux qui allègent nos journées :

 

Vidant la poubelle,

je fais le vœu de me débarrasser

aussi de ce qui encombre mon esprit.

 

Ou ceux qui nous aident à mieux voir :

 

Lorsque je tombe sur quelqu'un de désagréable,

je fais le vœu de bien regarder

s'il n'y a pas la même personne au fond de moi.

 

Il y en a pour chaque occasion :

 

Quand au lever je vois le soleil déjà debout,

je fais le vœu

de ne pas dormir ma vie.

 

Assis à une terrasse de café,

je fais le vœu de déguster

ma journée comme elle sera servie.

 

C'est une façon de remplir nos jours, de mettre de la joie dans les petites choses qui en deviennent pleines de compassion et d'amour :

Remplissant de graines la mangeoire à oiseaux,

je fais le vœu d'être source de réconfort

en toutes circonstances.

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mercredi 14 janvier 2026

Entre deux...


Ce matin, je marche entre neige et rivière.

Un troglodyte, un couple de merle, un rouge-gorge, m'accompagnent. Les mésanges sont restées près des graines. Le pinson des arbres aussi.

La neige qui recouvre, qui ralentit, qui oblige à faire attention à chaque pas.

La rivière qui continue de couler, quoi qu’il arrive, sans bruit inutile, sans se justifier.

Entre les deux, il y a un rythme qui me parle profondément.

Apprendre à ralentir sans se figer.

Apprendre à laisser passer sans se dissoudre.

C’est peut-être là que se tient mon travail :

dans cette attention au corps, aux gestes simples, dans cette manière de rester présent à ce qui est là — sans forcer, sans expliquer trop vite, sans vouloir réparer.

La neige enseigne le silence.

La rivière enseigne la continuité.

Et entre les deux, il y a une place à habiter.


"Kabbalah - Jessica"

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mardi 13 janvier 2026

Invente !

 "Inventer, inventer… devant les tragédies du monde, devant les drames qui nous frappent, face aux guerres et à l’injustice, inventer, inventer toujours des chemins de paix, inventer une société éveillée et plus juste. Inventer des remèdes collectifs à la souffrance."

Alexandre Jollien


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lundi 12 janvier 2026

Ciel au corps




 "Mon nouveau recueil, intitulé "Ciel au corps", vient d'être publié aux éditions L'Atelier des Noyers. Les poèmes ont ceci de particulier qu'ils ont été illustrés par ma fille Marie : ces œuvres abstraites, avec leur jeu de couleurs subtil, sont également disponibles sous la forme de cartes postales que ces éditions font paraître en même temps que les livres. 

Marie m'avait déjà accompagnée dans l'illustration très précise et codifiée de l'oracle alphamythique. Elle s'est livrée ici à un travail totalement différent, pleinement artistique. "



Extrait :

Mes pensées pèsent moins
que bulles de savon.
Y croire est pourtant le poison
répandu dans mes veines.
Soudain ma peine se déroule,
avale la maison
et toutes ses armoires.
Maintenant y ruisselle
hors des yeux sur les joues,
depuis une chanson
venue tout droit du ciel
dans la vitalité
de l’impuissance vraie.

Sabine Dewulf

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Ciel au corps, est la une joie profonde d'offrir la possibilité d'un duo mère-fille. Cette complicité particulière qui nous lie, mère-fille, est un sujet en soi pour la parole poétique; on la retrouve comme un fil tendu entre les générations dans les paroles de Sabine.

Rien n'efface les parfums d'enfance
entêtés ou ailés,
flottant près des platanes.
Est-ce le corps ou le mot
qui délivre ?
Je compte mes conquêtes,
même au nœud de l'été
où se blottit un autre été
immaculé.

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dimanche 11 janvier 2026

Conscience de l'interdépendance

 ...J’ai été abandonné à ma naissance, déposé au seuil d’un dispensaire rue d’Assas, à Paris. À l’époque, l’état civil attribuait au nourrisson une identité provisoire, constituée des prénoms des trois premiers soignants en contact avec lui. Puisque nous parlons d’« heureux hasards », je me suis aperçu que mon identité temporaire associait les prénoms de mes trois meilleurs amis ! Superbe clin d’œil du destin, de Dieu peut-être…

J’ai été accueilli par des parents qui m’ont sauvé, un ingénieur et son épouse qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. Alors que notre société nous pousse à nous poser en victimes, je suis heureux d’affirmer que je n’ai manqué de rien. J’ai reçu beaucoup d’amour, j’ai vécu une enfance heureuse, je ne reproche mon destin à personne, pas même à ceux qui m’ont abandonné. Tant que mes parents étaient en vie, je m’étais interdit de rechercher mes géniteurs. Mais ma mère est décédée depuis 20 ans… et je n’ai toujours pas entamé de recherches : j’ai renoncé à cette quête. En réalité, j’ai toujours été attiré par demain. Je ne cultive pas le regret.

Mes parents m’ont élevé dans la religion catholique ; mon père était très investi dans notre paroisse, il a participé à la construction de la nouvelle église. J’ai grandi dans une famille ouverte aux autres et assez consciente de sa chance pour savoir que beaucoup en avaient souvent moins. Chez ma grand-mère paternelle, tendre la main était une tradition.

J’ai grandi dans cet esprit, jusque dans la rue où nous habitions, au Plessis-Bouchard (Val-d’Oise), peuplée de familles différentes mais solidaires, très liées. C’est à leur contact que je me suis nourri de valeurs que je perpétue à mon tour : la sincérité des sentiments que l’on échange, la densité des relations authentiques. J’ai une conscience aiguë de notre interdépendance : nous sommes tous fragiles, impossible de s’en sortir sans les autres ! Dans une société qui pousse à étiqueter, à réduire aux différences pour mieux nous isoler et nous opposer, il est urgent de revenir à cette conviction...

Source : la vie



« Je vous souhaite… » Carte blanche à Gilles Legardinier
Que souhaiter pour 2026 ? Dans une époque qui malmène à ce point les sentiments et l’espoir, il est impossible de se contenter des vœux classiques de circonstance. Bien sûr, la santé est nécessaire, mais, pour le reste, j’ai envie de souhaiter à chacun le courage, celui d’être soi-même, celui de porter ses valeurs, de choisir ses engagements en son âme et conscience, dans l’intérêt de tous. L’un de mes romans s’intitule Quelqu’un pour qui trembler, et ce titre continue de me parler absolument. Je vous souhaite de vivre pour et avec ceux pour qui vous tremblez, je vous souhaite de construire, d’imaginer, d’avancer hors des sentiers sinueux et glissants sur lesquels notre société nous entraîne trop souvent. Je vous souhaite de voir grand, d’aimer fort, de vous opposer sereinement et sans violence à ce qui vous révolte. Je me réfère régulièrement à une citation du cardinal Mazarin — comme quoi, même les êtres peu recommandables ne disent pas que des bêtises : « Il faut être fort pour affronter une catastrophe, il faut être grand pour s’en servir. » C’est vraiment ce que je nous souhaite, collectivement : réussir à affronter et à survivre aux épreuves et, plus encore que de simplement les surmonter, en tirer un mieux. Car les difficultés n’empêchent pas d’être heureux. Et ça, c’est la bonne nouvelle de l’année ! Tel est le message que je cherche à faire passer à travers mes ouvrages : le monde nous renvoie ce que nous lui adressons. Si nous tirons dessus, nous prendrons des rafales ; si nous lui envoyons un ballon, nous jouerons. Une conviction m’anime, partagée par les membres de la « Compagnie des heureux hasards » que j’ai imaginée dans mon dernier roman : toute situation peut s’améliorer, si l’on fait preuve de volonté et d’un peu d’ingéniosité, a fortiori quand on est plusieurs à vouloir se retrousser les manches pour œuvrer ensemble. Excellente année à vous !

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samedi 10 janvier 2026

- Dans la série « Vacuité ou rien » : Stephen Jourdain -

J’ai eu la chance de croiser un jour ce type dans ma vie, et il y a des croisements qui sont des carrefours, ouvrant des directions nouvelles. Ne pas se fier à la cravate, ni à l’allure vieille école : ce type est un cas, (le seul à ma connaissance à avoir innocemment connu l’éveil spirituel (« un foudroiement « ) à quinze ans en bûchant désespérément sur la fameuse phrase de Descartes « Cogito ergo sum » (!). Hors norme, un cas du genre que l’on ne croise pas impunément. 
Lorsque je l’ai rencontré, j’avais déjà pas mal bourlingué (en quête de musique) et, de l’Inde au Mexique en passant par le Sahara, j’avais évidemment rencontré la « spiritualité » sous des formes diverses, croyances, rituels, pratiques, vécu certaines expériences parfois bouleversantes, certaines décisives. Les « comprendre » exigeait de les dépouiller de leur contexte culturel d’origine pour tenter de les intégrer à la manière de penser de cet occidental en errance post-moderne que j’étais. Soit : les débarrasser d’un type de langage hérité de traditions ancestrales, associé à un certain nombre de croyances, d’imaginaire, de valeurs, etc, afin de pouvoir les digérer dans ma langue, fut-ce malgré elle. Sur ce point, Stephen m’a appris à mettre les points sur les « i » (d’intelligence, et d’idiotie) : il ne s’agit pas d’intégrer « l’Éveil » à la pensée, mais la pensée à l’éveil. Ce qui est une toute autre affaire, exigeant un saut trans-logique, d’ordre poétique. Mais qui est aussi, et surtout, infiniment drôle… c’est là d’ailleurs que Steve marquait l’authentique : un « éveillé » qui se prend au sérieux est selon lui un jean-foutre.

Si ce « travail » trans-traditions (trans-langages) paraît conceptuellement complexe, devant défier/déjouer les limites de la logique en sautant de paradoxes en paradoxes, le fil d’Ariane de la musique (et les lois de la résonance) me permit de simplifier radicalement la question, et c’est sur elle que je rencontrais Stephen. D’abord, à la lecture de son bouquin « Éveil », j’étais resté un moment sidéré par cette langue rare, d’une précision au rasoir, poussée par une passion inextinguible de ciseler les concepts et les mots pour faire place à l’indicible, son analyse du processus psychique devant souvent céder à la poésie pour éclore de manière sensible. Et sa façon vigoureuse de donner des coups balais dans toutes les certitudes, poncifs, croyances ou vérité « spirituelle » était aussi radicale que vivifiante. Et puis cette remarque - « l’oreille est moins asservie que l’œil, c’est une voie directe, immédiate, moins formatée par le dressage social que le regard » m’avait évidemment fait tendre l’oreille.

La première fois que je l’ai vu, c’est dans un bar parisien où il discutait de la logique du tiers-inclus avec quelques amis, tout en trempant son sandwich camembert-beurre dans son café (!). Le ton, le regard, l’humour, le feu, il me parut tout de suite que ce type savait de quoi il parlait. De toute évidence, il jouait, mais ne se la jouait pas. On a donc parlé. Enfin… d’abord je l’ai surtout écouté : entendre réfléchir à ces questions sans références à l’orient, au chamanisme ou autres traditions est plutôt rare ces jours, surtout dans une langue française exceptionnellement travaillée, nuancée, pulsée du dedans par l’exigence de précision. Une culture comme on n’en voit plus guère, nourrie d’Aristote, Rimbaud, Lavelle… un autre siècle, non encore infecté par le new-age. 

Il m’a invité chez lui, en Auvergne. Au lieu de répondre à mes questions, il s’est mis au piano. On a joué une bonne heure. Pas un virtuose, mais le bon vieux jazz en ternaire qui réchauffe. Et puis on a parlé, de tout et n’importe quoi, pendant des heures, oubliant de manger. Il rebondissait de pensée en pensée comme un enfant joue, innocemment, vivement, passionnément. De ces conversations dont on oublie tout, sauf la qualité rare de l’air qu’on y respire : inoubliable. Fort intrigué par le Nada yoga, il me questionna sur mes diverses rencontres indiennes, et apprécia au plus haut point mon apprentissage auprès des grenouilles du Bengale ! Au moment de le quitter pour aller à l’hôtel, il m’a confié son dernier manuscrit : « J’aurais rêvé d’être Henri Miller, composer des textes fleuves, mais au bout de quelques pages je deviens un écrivain exécrable. Je suis bon pour les flashes, les textes courts… Tu me diras demain. ».
Lourde responsabilité que de lire le manuscrit d’un auteur qu’on connaît. Stephen n’est pas facile à lire, la densité des acrobaties logiques exige une attention soutenue à chaque mot, en présence permanente d’un indicible autour duquel il tourne, l’abordant effectivement par flashes sous des angles divers. À part « Éveil », dont la teneur poétique infuse m’avait transporté, j’avais eu parfois du mal à finir les deux ou trois de ses livres qui m’étaient tombés sous la main. J’ai donc ouvert son manuscrit. J’ai d’abord retrouvé sa manière, à la fois provocateur, gouailleur et infiniment stylé, où les affirmations les plus provocatrices jouaient avec une auto-dérision permanente. Mais bon… j’avais déjà « compris » de quoi il retournait (croyais-je), et je survolais ça tout en acquiesçant, sans surprise… jusqu’à une page, qui retourna la situation comme un gant.

Il y décrivait le processus d’apparition des pensées - que je connaissais intellectuellement pourtant sous tous les angles - mais là, il sut m’impliquer dans cette vision-tunnel où la pensée est pensée par une pensée qui la contient, qui aussitôt est elle-même pensée par une autre qui la contient, mouvement en poupées russes ouvrant au vertige. Sauf que là, ce n’était plus un processus logique lu sur une page, mais - comme en perpendiculaire à la page devant moi - la pensée de cette page s’ouvrait à la pensée de moi en train de la lire, qui s’ouvrait à la pensée de moi en train de penser tout cela, etc…
Cette soudaine actualisation du texte au présent sensible me fit rire : je voyais ma pensée arriver de je ne sais où, me traverser « physiquement » comme la bulle traverse le champagne, et disparaître dans l’éclosion spontanée d’une autre, où je me voyais moi-même en train de vivre cela et donc aussitôt une autre, où je me voyais en train de me voir voyant tout cela… Et cette ouverture verticale (que la logique ne peut que réduire en suite stérile de pensée de la pensée de la pensée, etc. ), vécue comme se démultipliant par elle-même comme un espace intérieur allant d’ouverture en ouverture, me fit rire… et rire encore, et encore. La pensée du rire démultipliait le rire, et j’ai ri comme jamais encore je n’avais ri : ri de moi-même, du jeu roublard que je me jouais en me prenant pour telle ou telle pensée, de la nature humaine, de l’étendue cosmique de la farce « individualité », de la liberté soudaine éprouvée, radicale, indéracinable… rire de bon cœur de voir l’Illusion des illusions, rire librement, de rire, de vivre, de respirer. Je voyais, j’entendais, me voyais voir, m’entendais entendre, et cela depuis un lieu aussi intime qu’infiniment vaste, qu’aucun rire jamais ne pourrait combler, car il est la source vive de tous les rires. Je me suis endormi ravi. 

Le lendemain, je lui ai rendu le manuscrit : « - Alors ? - Ça marche ! » Il m’a lancé un clin d’œil, l’air d’un gamin aux anges. On n’en a pas reparlé, il y avait bien plus important : on a passé l’après-midi midi aux puces de Clermont, rayon vêtements, où il se transforma soudain en fureteur-connaisseur parfaitement concentré, tout content de rapporter un manteau Cardin à un prix dérisoire. Stephen était aussi élégant et exigeant en vêtement qu’en paroles.
Je l’ai revu quelques fois à Paris, où des amis se réunissaient (entre autres, le musicien Michel Deneuve qui composa la musique d’une de ses vidéos, ainsi que le voyageur du désert, peintre et musicien Daniel Popp) : il était un hôte charmant, attentif, d’une politesse exquise. Étrangement, lorsqu’il est mort, malgré l’amitié qui s’était tissée entre nous, je n’ai éprouvé aucun sentiment de perte : ce qu’il m’avait transmis ce soir là est imperdable, c’est la clef. Avant ? Après ? Le temps n’a aucune prise sur ça. Me restait juste à apprendre à m’en servir. Me faudra quand même le temps d’apprendre à renoncer aussi à cette volonté là : suffit de laisser opérer tout ça tout seul : il n’y a ni clef ni serrure, car il n’y a pas de porte, c’est ouvert 24/24. 😉 (Salut Steve, ça marche toujours !)

Dominique Bertrand 

- quelques minutes d’entretiens au Québec (laisser ses certitudes à l’entrée) :

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vendredi 9 janvier 2026

Observation !


Vous est-il déjà arrivé de vous asseoir calmement, les yeux fermés, et d'observer le mouvement de vos pensées ?
Avez-vous déjà observé votre esprit à l'œuvre, ou plutôt, votre esprit s'est-il observé lui-même, juste pour voir quelles sont vos pensées, quels sont vos sentiments, comment vous regardez les arbres, les fleurs, les oiseaux, les gens, comment vous réagissez face à une suggestion ou à une nouvelle idée ?
L'avez-vous déjà fait ?
Si vous ne le faites pas, vous manquez beaucoup de choses.
(Think On These Things)

☯️
Un homme sérieux est celui qui est vraiment, totalement engagé dans l'investigation de sa propre vie : ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas, ce qu'il pense. L'existence entière. Un tel engagement, complet, total, c'est cela une personne sérieuse.
(Talk 1, Bangalore, 5 January 1974)
☯️
Pour observer vos pensées secrètes, vos motivations cachées, vos peurs insoupçonnées, les espoirs, les chagrins, les aspirations, les motivations profondes — pour les découvrir, pour les faire remonter à la surface exige un esprit extraordinairement vif. Et l'esprit n'est vif que lorsqu'il est calme.
(The New Mind)
☯️
Se regarder en face est très difficile car nous voulons nous échapper de nous-mêmes.
(Talk 1, New Delhi, 15 December 1966)
☯️
Nous avons peur de nous connaître car nous nous sommes divisés en "bien" et en "mal" : le noble et le méchant, le pur et l'impur. Le "bien" juge sans cesse le "mal", et ces fragments sont en conflit permanent. Ce conflit est douloureux.
☯️
La forme la plus élevée d'intelligence humaine consiste à s'observer soi-même sans jugement.
~ JIDDU KRISHNAMURTI

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jeudi 8 janvier 2026

Dieu m’a inondé de bienfaits...

 Gilles Farcet : "Pourquoi ne pas, sans rien nier du tragique, sans même s'interdire de demander, prendre la mesure de tout ce que nous avons reçu et recevons ?"

Cette nouvelle vidéo de Gestion des Restes (filmée l'été dernier pendant notre petite tournée) le propose :

Tu le vois dans le bleu du ciel
Tu le vois quand une femme est belle
Tu l’entends dans les contrechants
Dans les pleurs d’un petit enfant
Tu le goûtes dans un fruit mûr
Tu le respires dans l’air pur
Tu le sens omniprésent
Tu le captes au coeur du vivant
Dieu m’a inondé de bienfaits
Je sais
Et je les lui rendrai
Je l’ai vu briller dans la nuit
Dans les étoiles à l’infini
Je l’ai dégusté dans ce vin
Je l’ai senti dans ce parfum
Je l’ai deviné dans l’eau bleue
Dans le crépitement du feu
Je l’ai reconnu dans ton regard
Je l’ai pressenti
Dans la douceur du soir
C’est vraiment fou
Si fort si doux
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