dimanche 22 septembre 2019

Tantras dans le bouddhisme tibétain

Un explicatif synthétique et efficace sur ce que sont les tantras dans le bouddhisme tibétain. 
À bien des égards les propos peuvent être repris presque tels quels en ce qui concerne le Xuan Xue 玄学 (les enseignements ésotériques) du taoïsme. La proximité géographique explique sans doute les influences mutuelles. Fabrice Jordan

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samedi 21 septembre 2019

Vigilance (2)




« Conviez-vous à revenir au présent avec beaucoup de douceur. Et même si vous n’avez rien fait d’autre, pendant cette heure entière, que de rappeler votre cœur un millier de fois, fût-il reparti à chaque fois que vous l’avez ramené, cette heure aura été fort bien employée. »
François de Sales

Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 76.

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vendredi 20 septembre 2019

Vigilance (1)

« Si tu dois traverser un grand ravin sur un pont large, tu n’as pas besoin de beaucoup de vigilance. Mais si c’est une question de vie ou de mort et que tu dois traverser sur un tronc d’arbre, tu vas automatiquement être plus vigilant. Donc la vigilance est par rapport à ce que tu as peur de perdre. Vous ne pouvez pas apprendre à être vigilant. Vous l’êtes par rapport à ce que vous portez comme intention et à ce que vous ne voulez absolument pas perdre. »

Daniel Morin

Extrait de la belle anthologie de Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 36.



jeudi 19 septembre 2019

Pratiques répétées


"C'est quand on a longtemps fréquenté ces questions, quand on a longtemps vécu avec elles, que la vérité jaillit soudain dans l'âme, comme la lumière jaillit de l'étincelle, et ensuite croît d'elle-même."

Platon (lettres)

peinture de Gérard Beaulet
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mercredi 18 septembre 2019

Entrée dans le poumon


On peut ne pas bien respirer... sans en avoir l'air.
Nous sommes en automne pour la médecine chinoise, moment ou la sève descend progressivement vers les racines ou les jours diminuent. L’expression de cette saison correspond à l’organe du Poumon.
L’énergie  du poumon à l’automne nous invite tout d’abord à nous recentrer sur nos priorités, à définir des objectifs à atteindre. Cette attitude de réflexion, d’organisation, est bénéfique pour la clarté d’esprit, pour développer  sa sérénité

Respirer profondément augmente notre énergie      

Il est bénéfique de pratiquer des exercices de respiration, comme dans certains Qi Gong,  la cohérence cardiaque, de respiration consciente, ou dans le yoga de pranayama. Dans le même genre d'idée, il est souhaitable d’aérer son domicile pour respirer un air sain comme il est bénéfique de se promener en pleine nature en respirant à plein Poumon.   
Son énergie est le métal comme les minéraux extrait de la terre, ils sont à la fois très purs comme nos alvéoles pulmonaires, très puissants, ils nous donnent la force de notre respiration. Les poumons sont les maîtres du qi : traduction de l’énergie.  
Cette énergie est alors diffusée dans tout l’organisme. On retrouve fréquemment dans les troubles de la fatigue chronique, une respiration peu profonde ou bloquée si l’énergie de la respiration stagne au Poumon.

mardi 17 septembre 2019

Rendez-vous à Ming Shan




L'enseignement de la lignée d'Arnaud Desjardins et Swami Prajnanpad à Ming Shan le 2 & 3 novembre 2019!
Nous sommes très heureux d'accueillir cet enseignement de l'Advaita Vedanta à Ming Shan, qui s'intègre dans le cadre des rencontres inter-spirituelles que nous organiserons régulièrement. Un tournus des enseignants de cette lignée devrait avoir lieu environ deux fois par an, sur une base régulière.
Pour cette première session de deux jours, ce sont les voix de Gilles Farcet et son épouse Valérie Anderegg Farcet que nous aurons la chance d'accueillir. Gilles a été un permanent de l'ashram d'Hauteville et un des bras droits (il en avait plusieurs, si, si) d'Arnaud. Il dirige aujourd'hui une sangha reliée à Hauteville, assisté de son épouse Valérie, qui s'occupe plus particulièrement du travail sur l'inconscient dans ce binôme vertueux.
De notre point de vue, c'est une grande chance de pouvoir accueillir un enseignement s'exprimant au travers d'un Yin et d'un Yang, forcément complémentaires et synergiques.
Je me permets de signaler qu'il est rare que cet enseignement soit transmis hors du cadre de Hauteville et des groupes qui en sont issus. C'est donc une rare opportunité de pouvoir voir de quoi il retourne et de faire l'expérience directe de cette lignée laïque dans un cadre plus informel.
Tous les renseignements sur notre site internet www.mingshan.ch sous la rubrique "Développement spirituel".

Fabrice Jordan

lundi 16 septembre 2019

"Je ne dis rien, donc je n'exprime rien"

"Je ne dis rien, donc je n'exprime rien"
Cette injonction cachée est très présente dans le monde de la spiritualité.
Nourris par nos lectures, nos stages, nos pratiques, nous avons appris à considérer certaines expressions comme "positives" et d'autres, comme "négatives". Ainsi, l'amour, la compassion, le sourire font partie des expressions que notre ego aime mettre en avant. A l'inverse, la colère ou le simple fait d'exprimer la valeur que nous nous octroyons est le plus souvent mal vue.
Combien de fois ai-je entendu des "non, non, tout est ok" forcés, par des pratiquants de longue date, se transformer ensuite en guerres de tranchées larvées et non assumées? Aussi, comme l'enseigne l'analyse transactionnelle, le niveau "apparent" de la conversation peut être totalement à l'opposé du niveau "caché" de l'enjeu relationnel.
Ici à nouveau, une science cognitive occidentale est plus indiquée et performante qu'une science introspective orientale, qui n'est pas outillée pour mettre de telles interactions en évidence, pour les métaboliser et les transformer. C'est pourquoi ce type d'interaction est très courant dans le monde des pratiquants spirituels. 


Le modèle des 5 mouvements (éléments) chinois est ici intéressant, en tant que symbole. Il y a deux grands déficits possibles de la parole: le premier est une pathologie du passage du Bois au Feu. L'autre une pathologie du passage du Métal à l'Eau et du "passage à l'eau".
Le premier, le déficit du passage du Bois au Feu, peut être classifié de constitutionnel. Pour des raisons familiales, d'entourage, systémiques, certaines personnes (en fait, nous sommes très nombreux à avoir des déficits de ce côté là) n'ont pas appris les compétences nécessaires à l'élaboration de leur ressenti et leur verbalisation. Le Bois est associé à la sortie de l'invisible vers le visible, de l'inaudible vers l'audible. Le Feu est associé à l'expression au sens large et donc à la parole. Un mouvement normal du Bois vers le Feu consiste donc à avoir la capacité à ressentir nos émotions (non encore audibles) à les métaboliser, puis à passer au Feu en les exprimant. Ce passage peut se travailler, s'entraîner et des compétences peuvent être acquises. Si ce n'est pas le cas, notre système énergétique dévie cette énergie vers la Terre, plutôt que vers le Feu, entraînant ainsi tout le cortège des manifestations psycho-somatiques. Le système s'exprime donc, mais suit une voie non physiologique, et nous payons le prix des symptômes pour garder notre équilibre. Nous avons donc ici une pathologie du "non POUVOIR dire". Une technique comme la CNV, par exemple, est un modèle d'entraînement du passage du Bois au Feu et peut donc aider à guérir cette pathologie. 

Le deuxième déficit est très différent, et touche particulièrement les pratiquants spirituels. Il s'agit du déficit du passage du Métal à l'Eau. Ici, nous n'avons pas à faire à une pathologie du non pouvoir dire, mais à une pathologie du non VOULOIR dire. Pourquoi? Que se passe-t-il lorsque nous nous disons? Nous nous délimitons (passage au métal, qui tranche, qui délimite) et nous donnons une forme à notre ressenti. Que se passe-t-il quand une forme émerge? Elle peut être critiquée. Elle montre ses qualités, mais en même temps ses limites. Et ses failles, aussi.

L'élément qui suit est l'EAU, qui représente psychiquement et symboliquement le passage de la mort à la vie. L'eau a une double symbolique. Elle peut être très menaçante (pensez à un tsunami) ou être le berceau de la vie. Autrement dit, elle représente ce que Freud appelle l'angoisse de castration. En se "disant", on prend le risque d'être contre-dit et castré psychologiquement. Et ceci est tout simplement intolérable pour certains egos. Alors autant se taire et se complaire dans une position métallique, de repli, qui en même temps fait planer sur l'interlocuteur toute la menace de l'Eau: sa puissance, son mystère (le non dit est menaçant car il est flou et peut donc porter sur tout et n'importe quoi), la menace de mort psychique.
Dans le monde spirituel, qui prétend si souvent vouloir tuer l'ego, il est marrant de constater à quel point celui-ci se défend de manière si intelligente. Il peut en plus prétendre "n'avoir rien exprimé" et en tout cas pas cette pauvre émotion nommée colère qui n'appartient qu'aux moldus, de son point de vue. Sous des apparences discrètes et modestes, cette position est en réalité éminemment narcissique. 

Ainsi donc, une position que la psychologie moderne appelle "passive-agressive" prend tout son sens. Ne pas dire peut être aussi, voire plus violent que dire ou exprimer maladroitement, par la colère, quelque chose qui doit être exprimé.
Profitons-en pour rappeler que la spiritualité, au niveau le plus fondamental, est RELATION. Relation à l'autre, relation à la nature et à sa propre nature, relation au Cosmos. Même les particules élémentaires, pour pouvoir exister, doivent s'acquitter du "ticket existentiel" nommé relation. Sans entrer en relation avec son environnement, une particule ne peut sortir du Vide quantique. Alors imaginons à quel point la relation est importante pour nous, qui nous prétendons non élémentaires! ...


Fabrice Jordan

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dimanche 15 septembre 2019

Rêve intérieur

Les personnages de mon rêve
sont venu converser avec moi
hors de mon rêve.


Et cela, ils n’ont pas pu le supporter.

Ils se sont sentis prisonniers
des formes truquées
de ce rêve à l’envers.




je n’ai pas su les retenir.

Je n’ai pas su créer pour eux un autre rêve au
dehors.
Un rêve véritable.


Pourrai-je me remettre à présent

à converser avec eux au-dedans?


Roberto Juarroz, 15ème Poésie Verticale

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vendredi 13 septembre 2019

La nature, voir que nous ne sommes pas séparés





Lorsque le corps devient plus conscient, par cette rencontre quotidienne avec nos perceptions intimes, il peut alors se mettre de lui-même au diapason de la nature et s’y harmoniser.
La forêt qui borde mon village me le rappelle tous les jours. On ne peut pas dire que je m’y promène, j’y plonge littéralement.
Ce n’est pas moi qui y pénètre, c’est la forêt qui entre en moi, vibre et vit en moi.
Mon corps jubile d’y aller, de sentir les odeurs de moisi, de pourriture, de végétal naissant, de sève et de résine.
L’immobilité et l’immensité des arbres me redressent.
Chaque pas sur la terre meuble restructure mon dos, replace mes épaules.
La densité végétale, la force du sol si fertile, la verticalité, les mouvements si lents des troncs, tout cela m’attrape et me transforme dans l’instant.
La forêt me dépose en moi-même.
Elle m’invite à m’habiter et à habiter l’instant totalement, inconditionnellement.
Je n’ai jamais eu ce sentiment qu’il fallait me relier à la nature ou à quoi que ce soit d'autre.
J'ai simplement longtemps pleuré de sentir que c'est moi qui me coupais.
Après que mes croyances à propos d’une possible coupure aient été démasquées, ce que je découvre plutôt c’est que je ne suis pas séparée.
Pas de reliance donc, mais voir que qu'il n'y a pas de séparation.
Amitié à tous

Séverine
Auteure de "Vivante ! Un éveil à la vie, à la joie et à l'amour" - éd. Accarias l'Originel.
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jeudi 12 septembre 2019

Trouvez la paix, et le bonheur vous sera donné par surcroît...


«Le vrai bonheur est un état d’être qui ne peut pas dépendre de ce qui vous est donné ou de ce qui ne vous est pas donné. Au moins ce point-là est certain : je ne peux compter vraiment sur rien. Sur rien. Vous ne pouvez pas vraiment compter sur les autres et vous ne pouvez pas vraiment compter sur vos différents fonctionnements à vous : vous pouvez tomber malade, être épuisé de fatigue, etc. À chaque seconde cette poursuite du bonheur est contredite et elle est menacée.
Qui, qui est heureux ? Qui est malheureux ? Qui cherche à être heureux ? Étudiez très attentivement, très soigneusement le mécanisme du bonheur et de la souffrance. Étudiez-le en vous-même et pour vous-même. Ne mentez pas, ne mentez pas de façon éhontée, et ne venez pas me dire : c’est une poursuite égoïste. Tous, sans exception, vous aspirez au bonheur et vivez pour le bonheur. De toute façon, seul un être qui a trouvé le bonheur a une chance de montrer aux autres comment y arriver eux aussi. C’est donc un accomplissement éminemment altruiste.» 
Arnaud Desjardins, «Le vedanta et l'inconscient», chap. 3

mardi 10 septembre 2019

Paix... ici.

Interview de Douglas Harding de 1983

"Richard Lang : Est-ce que tu trouves que dans ta propre vie tu as atteint un sentiment de paix profonde à travers cette conscience ?

Douglas Harding : Oui, en effet. Cela ne pourrait pas être plus profond.
Cela ne pourrait pas être plus disponible, et ça ne pourrait pas être plus naturel ou familier pour nous. C’est là depuis toujours, et ça ne peut jamais être accompli, amélioré ou cultivé.
C’est simplement ici pour être contemplé.
Cette paix est notre véritable nature, ce n’est pas quelque chose que nous rencontrons.
C’est là où nous sommes, plus près que quoi que ce soit d’autre. 
Nous ne venons pas à elle, nous venons d’elle. Pour la trouver nous devons nous permettre de revenir à l’endroit que nous n’avons jamais quitté."

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lundi 9 septembre 2019

Celui qui garde ses rêves...


J’ai passé quelques jours tout seul au bord d’une longue rivière. Il n’y avait ni TV, ni radio, ni littérature, ni beaux-arts, ni musique. Tout ce qui existait là était vivant. La musique vivait entre l’eau et le rocher, sur les lèvres d’une autre rosée rencontrant une rosée d’herbe vivaient les beaux-arts. La poésie vivait sur les antennes d’un insecte tâtant le sol. Le roman vivait dans le long voyage tranquille de cet insecte.
Tout ce qui existait là bougeait. L’eau, des feuilles d’arbre, des nuages, des oiseaux et de petits animaux bougeaient sans cesse et l’eau de pluie, les cris des insectes nocturnes, la lumière du jour et le clair de lune de la nuit et la lumière d’eau de la rivière et l’ombre de toutes ces choses bougeaient. Ce monde qui bougeait autour de moi faisait mouvoir mon corps en me repoussant. Tout mon corps exposé, je me mis à respirer en imitant la respiration des feuillages épais des arbres.
Enfin, j’ai pu savoir que même ma chair, étant vivante, respirait. Le corps qui respirait, dés qu’il se fut échappé des ordres compliqués de ma tête inquiète, se mit à être à l’aise. Mes épaules devenaient légères ; mes yeux devenant vifs, je pouvais voir des fruits d’arbre se cacher dans la toile d’araignée ainsi que le chant d’amour que créent les insectes en agitant leurs ailes. J’ai enfin compris que toutes les choses du monde bougeaient en une seule chose.
Toutes les choses du monde n’en formaient qu’une. Elles ne pouvaient être différentes. Alors je me suis décidé à rejeter la différence entre le grand et le petit. Je me suis décidé à rejeter la différence entre le visible et l’invisible, entre vivre et mourir. C’était une décision difficile pour moi-même. Quelques jours après, alors que je disais au-revoir à la rivière en quittant le rivage désert, elle s’est approchée de moi sans mot dire pour mettre quelques rivières claires et longues dans mon cœur. Alors je suis devenu rivière
Celui qui garde ses rêves - Mah Chong-gi

Peinture Marthe Brilman
« Alors qui suis-je maintenant ?
Un cornouiller à la peau crevassée
par le vent d’hiver sourit sans répondre.
Celui qui garde ses rêves est heureux. »


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dimanche 8 septembre 2019

Talents...



"Développez vos talents naturels, asseyez-vous devant les faits comme un petit enfant et soyez prêts à renoncer à toute idée préconçue, laissez-vous humblement guider dans n'importe quel abysse et partout où la nature vous mène, car autrement vous n'apprendrez rien."

T. H. Huxley

mercredi 4 septembre 2019

Energie à récupérer



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Zazen : le pouvoir salutaire de la respiration naturelle !



Il existe quantité d’exercices respiratoires inventés par l’homme et utiles à des objectifs divers. On peut diverger d’opinions quant à leur justesse. Mais il n’existe qu’un exercice indiscutable de ce qu’on appelle la respiration. Cet exercice n’a pas été inventé par l’homme ; il lui est inné. On l’appelle le Souffle; action vitale, infaisable, qui n’est pas du ressort du Moi (qui fait mille choses) mais du ressort de l’être, de l’acte être.
Toute personne qui pratique l’exercice appelé « zazen » est invitée à porter une pleine attention au va-et-vient qu’est le Souffle. Pourquoi ?
L’anecdote suivante me semble répondre, on ne peut mieux, à ce questionnement :
Peu de temps après son arrivée au Japon (1938) Graf Dürckheim s’est plongé dans le monde du Zen en pratiquant résolument deux exercices : zazen et le tir à l’arc traditionnel, le Kyudo. Pratiquant régulièrement zazen à côté d’un moine zen d’un certain âge, il lui demande: « Vous qui pratiquez zazen depuis plus de cinquante ans, que faites-vous au cours de cette assise en silence ? ». Le vieil homme sourit et lui dit « Oh vous savez, c’est toujours un peu difficile. J’essaie d’arriver à ce point où je laisse le souffle aller et venir, sans intervenir. Et ce qui n’arrête pas de m’étonner est que, lorsque j’y arrive … tout en moi se calme ! ».


Tout en moi se calme !
Rappel : Za signifie s’asseoir; zen signifie calme. Que fait la personne qui pratique zazen ? Rien !
Au cours de mes études à l’université, on m’a appris que la respiration - "fonction physiologique exclusivement corporelle" - peut favoriser une bonne santé et améliorer nos facultés et nos capacités dans le domaine du travail ou du sport; les exercices respiratoires, inventés par l’homme, contribuent à atteindre ces objectifs.
Une fois chez Graf Dürckheim, cet entendement a été rapidement bousculé : « Zazen ? C’est un exercice de métamorphose. Si on traduit cet idéogramme japonais par le mot méditation il faut ajouter qu’il s’agit de la méditation sans objet. Son sens est l’éveil de l’être humain à sa vraie nature, ce que j’appelle son être essentiel; il s’agit en fait de l’éveil à une réalité que nous sommes et qui est malheureusement trop souvent ignorée: notre propre essence ». Malheureusement ? « Oui. Parce que cette ignorance est la cause de la plupart de nos névroses. Zazen est donc un exercice de transformation de l’homme entier. Ce mouvement de métamorphose, c’est dans la respiration que nous l’expérimentons. Ce qu’on appelle la respiration est davantage qu’une alimentation de l’homme en oxygène; c’est l’action vitale absolue ».


L’éveil à notre vraie nature, à notre propre essence ?
Ni la pleine conscience de la respiration diaphragmatique ni la pratique d’un exercice respiratoire inventé par l’homme ne peuvent donner accès à notre vraie nature. Sans aucun doute ces pratiques permettent parfois de constater un certain apaisement, mais c’est le plus souvent une amélioration temporaire. Tant que la personne n’arrive pas à cette expérience mystérieuse — En ce moment "je inspire" et moi je n’y suis pour rien; en ce moment "je expire" et moi je n’y suis pour rien  il lui sera difficile et même impossible de faire l’expérience du grand calme intérieur. Un calme qui n’est pas que le contraire de l’agitation.
  
Jacques Castermane
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mardi 3 septembre 2019

Samadhi...

Prenez une corde avec une pierre attachée au bout et faites-la tourner. Que voyez-vous'? Un cercle. Mais c'est une pierre et un morceau de corde. C'est la pierre qui en tournant crée l'illusion du cercle. La grossièreté de votre vision vous empêche de percevoir les différentes positions de la pierre. D'où l'apparence du cercle. C'est une illusion, un phénomène non une substance. La pierre et la corde sont réelles. Le cercle est irréel. De même au cinéma, notre vue est grossière. Nous ne pouvons distinguer entre les différentes images qui sont projetées sur l'écran, une à une. En apparence, un homme lève les bras, frappe son ennemi etc... Mais l'action que nous voyons n'a pas lieu. C'est seulement une impression, une apparence, personne ne frappe personne. Des images différentes apparaissent sur un écran. La grossièreté de notre vision nous empêche de percevoir les images séparées. Nous voyons une action là où il n'y en a pas. De même dans le monde. On l'appelle Jagrat: ce qui bouge bouge. 

C'est le samsara fuyant et éphémère. Il n'y a pas de rivière, il y a seulement un écoulement. Bien que rien ne se passe, vous avez l'illusion d'un monde: parce que tout change, il n'y a jamais d'entité. Tout ce que nous voyons est pure impression, apparence, phénomène, nom et forme. Il y a un changement continuel dans le monde extérieur : bonheur d'un côté, malheur de l'autre, plaisir et souffrance, chaleur et froid, douceur et brutalité, amour et haine etc... Partout la dualité. Rien n'est monotone. Observer la nature est extrêmement intéressant et ce n'est pas peine perdue. A chaque seconde tout est nouveau. Si tout dans ce monde est nom et forme et évanescent y a-t-il une base au moins à ces apparences? Y a-t-il quelque chose de réel et de permanent, quelque chose qui ne change pas? Oui. 

C'est l'arrière plan, sur lequel se produisent ces changements, qui est réel. Le cercle est une illusion. La pierre est réelle. Les images sont vraies, mais l'action déployée est irréelle. L'observateur perçoit ce changement. La vision qui perçoit le changement ne change pas. Ceci est permanent, c'est la substance. Aussi faites en sorte de percevoir et ressentir le changement dans chaque chose. Alors rien ne vous affectera, ne vous bouleversera, parce que vous savez que tout est simple phénomène et apparence. Quelle que soit l'apparence, vous demeurez calme, serein et désintéressé. C'est cela le samadhi: vous êtes lucide mais non affecté.


Entretiens avec S. Prajnanpad publiés par R. Srinivasan, L’originel, p. 62-63. Jacques Martin